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Bilan : Exile saison 1




Sur le papier, la réunion d'une partie de l'équipe de State of Play, le créateur Paul Abbott et l'acteur principal John Simm, pour un nouveau thriller psychologique en trois volets s'annonçait savoureuse. Et au final ? Au final, c'est tout bon !


Exile
Genre :
Thriller
Série anglaise
Année : 2011
Format : 60 min
BBC One

 

J'ai tant tardé à faire la critique des trois épisodes d'Exile que je me suis dit qu'un bilan aux allures de critique écrit comme un focus serait plus élégant. D'autant que la série, en trois épisodes, a été diffusée sur trois soirées consécutives, les 1er, 2 et 3 mai derniers. Je la traiterai donc comme un tout de trois heures. C'est pas un mea culpa, tout juste une (mauvaise) justification... Alors autant ne pas perdre plus de temps et rentrer tout de suite dans le vif du sujet.

 

T'emballe pas ma fille !

 

Quand j'ai vu, il y a quelques semaines, que la BBC s'apprêtait à diffuser une nouvelle série créée par Paul Abbott, une série qui se passe dans le nord de l'Angleterre, une série avec John Simm... un grand enthousiasme s'est emparé de moi ! Car oui, j'aime Paul Abbott, j'aime John Simm, et toi, mancunian accent, je t'aime aussi. Et tout ça pour de bonnes raisons.

D'abord, Paul Abbott est le créateur de State of Play, Shameless et Clocking-off, trois séries de qualité, de vraies références outre-Manche. Ensuite John Simm... c'est John Simm, l'acteur de State of Play, mais aussi de Life on Mars, et cette-fois je ne m'étendrai pas sur le sujet (quoi que...). Et enfin, le nord de l'Angleterre, de Newcastle à Manchester, je l'aime. Il n'est pas beau, il n'est pas attirant, il est pauvre, mais il a beaucoup beaucoup d'histoires à raconter, sur les mines, sur les ouvriers, sur les ports, sur le foot (que je n'aime pas, mais qui peut donner lieu à de grands scénarios), sur la musique... J'étais donc extatique en attendant le premier épisode, prévu le 1er mai.

Aparté : oui, je tiens à garder ma dignité cette fois-ci, et ne pas émailler cet article de formules racoleuses destinées à attirer un public masculin prépubère sur le site. Il n'y aura donc pas d'allusions aux sous-vêtements ou à quelque autre textile typiquement féminin, non plus qu'à divers phénomènes physico-chimico-physiologiques susceptibles de se produire à la vue de certains acteurs. Tout sera cérébral, analytique... En un mot, digne !

 

Je disais, donc, qu'un grand enthousiasme s'était emparé de moi. Que j'ai presque aussitôt étouffé dans l'oeuf. Bah oui,  après la grande déception qu'a été pour moi Mad Dogs (surtout le dernier épisode), il n'est plus question que je me laisse embarquer par l'affiche et la distribution d'une série brit, aussi séduisantes soient-elles.

 

Tu veux parler ? Tu veux une autre bière ? Tu veux mon 06 ?

 

Du coup, peu de temps avant de regarder le premier épisode, j'en étais arrivée au stade de la méfiance. Après tout, de quoi parle Exile ? D'un journaliste qui a gâché sa vie personnelle et professionnelle, et qui rentre, la queue entre les jambes, dans sa ville natale. Il y retrouve son père, un ancien grand reporter qu'il n'a pas revu depuis près de vingt ans, et qu'Alzheimer a rattrapé, et sa jeune soeur, restée seule pour s'occuper, de plus en plus difficilement, du paternel.

De quoi frémir... Avec un tel matériau de base, il y a en effet moyen de se retrouver avec du pathétique, du dégoûlinant, des bons sentiments, du téléphoné. Bref, du pénible. Et puis j'ai regardé le premier épisode.

 

J'ai la mémoire qui flanche

 

Et dans les faits, on est bien loin du mélodrame à la M6. Certes, le personnage principal, Tom, incarné par John Simm, revient comme le fils prodigue, après être allé vivre sa vie loin de sa famille et surtout après avoir brûlé tous ses vaisseaux. Mais il n'est pas en quête de rédemption. Tout au plus, cherche-t-il au début un toit et une table d'où on ne le renverra pas. Quant à renouer avec son père, Sam, il ne faut pas y compter. D'abord parce que celui-ci ne vit plus qu'une seule période de sa vie, celle, précisément où un drame s'est produit et où son fils est parti. Et c'est peu dire qu'il la revit en boucle.

Ensuite, Tom a-t-il vraiment l'intention de comprendre et pardonner ce que son père lui a fait, cette explosion de violence, soudaine et terrifiante, qui a précipité sa fuite ? Comprendre, peut-être ; pardonner, rien n'est moins sûr. Ce que veut Tom, c'est surtout savoir. Savoir pourquoi son père, quand il avait 17 ans, s'est tout à coup transformé en monstre, au point de le battre à mort dans son bureau.

Mais comment fouiller le passé avec un père à la mémoire fragmentée, quand on a peur de ce que l'on va découvrir ? D'autant que Tom est seul. Une solitude bien méritée, puisqu'il s'est conduit, autant dans son travail qu'avec son entourage, comme un fumiste et un égoïste. Son passé de journaliste est tout, sauf glorieux, et dans les pages du tabloid pour lequel il travaillait, on recense, de son propre aveu, autant de vrais scandales que de fausses révélations. Il n'a pas d'amis et sa soeur Nancy, qui a porté toute seule le fardeau familial, n'a pour lui que ressentiment. Il va pourtant partir en quête de la vérité pendant trois heures d'épisodes. Et récupérer au passage son identité de fils et de journaliste, sa dignité et même celle de son père... Le tout est de savoir comment.

 

 

L'ai-je bien monté ?

 

C'est là que ça devient intéressant. Parce que le fils qui fouille la mémoire et les dossiers de son père à la recherche d'un secret ou d'une révélation, ça n'est pas si original. Et ça serait même pauvre si les seuls obstacles étaient l'amnésie de son père et la difficulté à remettre la main sur des documents datant de vingt ans. Mais les vrais obstacles sont internes, émotionnels, psychologiques. C'est d'abord la réticence du père, Sam (incarné par Jim Broadbent, que je ne verrai désormais plus que comme un type qui s'est miraculeusement relevé d'Alzheimer), à partager ce qui l'obsède. Et la terreur de son fils à l'idée de l'affronter, puis sa colère.

 

Ce que je trouve remarquable, dans Exile, c'est, en particulier dans le premier épisode, l'absence de bavardage. Les personnages parlent par leurs actes, leurs visages, et les dialogues sont crus, brefs et efficaces. Comme dans State of Play, ce sont les scènes quasi-muettes qui parlent le mieux. Tom désarmé, puis exaspéré par son père qui s'obstine à retirer ses vêtements. Sam, immobile, muet, qui reconnaît finalement et très brièvement son fils, mais un fils adolescent.


 

Une scène en particulier résume pour moi le talent du réalisateur et de son acteur principal. Une scène pendant laquelle Tom est au pied de l'escalier qui mène au bureau de son père, pour la première fois depuis vingt ans. La contre-plongée, la peur sur son visage suffisent à dire que c'est un pas énorme, douloureux.

De même, les trois premières scènes du premier épisode sont pour moi un parfait exemple de caractérisation d'un personnage. Un esclandre en pleine conférence de rédaction dans le journal d'où il se fait virer, une fin de non-recevoir auprès d'une maîtresse mal traitée et une pause café/coke sur l'autoroute suffisent à cerner Tom et son univers. Certains critiques outre-Manche ont reproché les clichés, tant sur la confrontation au bureau que sur le retour dans le nord, toujours gris et pluvieux (c'est à ça qu'on le reconnaît disaient-ils). Pour le premier, pour avoir été témoin ou même partie de vraies confrontations professionnelles, je ne trouve pas ça si cliché. Pour le second, je ne suis (malheureusement) pas anglaise, donc je ne peux pas juger. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai trouvé ça extrêmement bien réalisé, et joué. 


Violence pour violence

 

L'une des choses, notamment, qui m'a plu, c'est l'angle délibérément direct avec lequel sont abordées les situations. Les personnages ne sont jamais magnifiés, et leurs rapports ne sont pas édulcorés.

Tom reste au début un irresponsable et un égoïste, uniquement centré sur ses besoins. Attachant, mais salaud. Sam est exaspérant à force d'être insaisissable. Et surtout, il est montré de façon très crue, comme un vieillard vulnérable et débile (dans le sens premier du terme), dont les relations avec ses enfants demeurent très difficiles. C'est poignant, c'est réaliste, et jamais infesté de misérabilisme ou de guimauve.

ATTENTION SPOILER... Et quand Tom, à bout de patience et de colère, finit par le frapper et même tenter de le noyer pour lui faire remonter à toute force les souvenirs et la vérité, je trouve ça très violent, et très juste. Bref, très bien. FIN SPOILER

Heureusement d'ailleurs, que certaines scènes viennent donner un peu d'humour et de respiration à la série. Sans quoi le visionnage serait difficile.


Rôles à Baftas

 

Je sais, le jeu de mot est facile, mais il faut avouer que les deux acteurs principaux, ainsi que Olivia Colman (que l'on a pu voir dans Hot Fuzz et dans Dr. Who) qui incarne Nancy, la soeur, sont époustouflants. Et si Jim Broadbent (Sam) ne récolte pas un Bafta lors de la prochaine session, je veux bien me faire tatouer le portrait de Carrie Bradshow dans le dos. Alors, évidemment, on me rétorquera que la moitié du temps, on ne voit que le vide dans ses yeux. A quoi je réponds : il faut un grand talent pour pouvoir le faire, et encore plus pour passer brusquement de cet état à la lucidité (vous n'avez qu'à revoir la plupart des épisodes de Friends, et vous constaterez, comme moi, que Matt LeBlanc est un grand acteur).

Quant à John Simm, je l'ai dit, je ne m'étendrai sur le sujet que s'il le veut bien. Mais comme d'habitude, ce qu'il est dans la série, ce qu'il fait, ce qu'il ressent, j'y crois. Et j'ai mal avec lui.

 

 

Radotage ou matûrité ?

 

Il y a quand même des reproches à faire à cette mini-série. Notamment le grand secret à l'origine de tout et sa révélation, qui sont peut-être trop rapidement traités dans le dernier épisode. Ce troisième volet prend pour moi des allures d'enquête plus classique, et je le regrette un peu. On tombe dans le policier plus banal, voire même un peu fangeux, le fait divers avec investigation, confrontation au méchant, scènes de fouilles... Alors que la série est bien plus forte et très juste quand elle est centrée sur le trio familial.

Et puis il y a le secret lui-même. Je ne veux pas spoiler mais je suppose que le crime à l'origine de tout ça est plausible et que dans la réalité, il existe de telles histoires. C'est juste la chronologie des faits et leur impact sur les protagonistes, qui, pour moi, ne sont pas exposés assez nettement. Quoi que... Peut-être que Paul Abbott veut délibérément rester dans la veine réaliste. Et que tout le monde, effectivement, ne s'effondre pas sous les révélations.

Enfin, la fin est vraiment très (trop ?) proche de celle de State of Play. Sam peut être vu comme un Cal Mc Caffrey de quarante ans, y compris dans son goût pour les femmes des autres, mais il est usé et aigri. La révélation de la vérité, par voie de presse, coûtera beaucoup, à lui à ses proches. Et là aussi, la série s'arrête avec l'envoi de l'article. Je ne sais pas si Abbott a une véritable fascination pour la presse, ou s'il a voulu donner, en quelque sorte, une suite à State of Play, mais on peut y voir une redite. Toutefois, là où State of Play parlait de la fin douloureuse et nécessaire des illusions, Exile lui emboîte le pas, et enchaîne, à la fin, sur la reconstruction et la reconnaissance de sa famille.

En tout cas, pour moi, le pari est réussi. Et j'attends le prochain opus, film ou série, signé Paul Abbott.

 

J'ai aimé :

  •  les acteurs, qui donnent réellement corps à des personnages. A tel point que j'ai du mal à les dissocier.
  •  la réalisation très efficace, et sobre, surtout dans le premier épisode
  •  la violence très réaliste
  •  l'absence totale d'effet mélodramatique

 

Je n'ai pas aimé :

  •  la partie "enquête et révélations" du dernier épisode
  •  c'est tout, je crois

Ma note : 16/20




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A propos du rédacteur

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7 commentaires sur cet article


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#1
Gouloudrouioul a écrit le 06/06/2011 à 00h10
Et ben très bon focus, ça donne vraiment envie. 3 épisodes à peine, je crois que je vais m'y mettre bientôt :D . Par contre j'aurais une question : est ce que la série a un lien direct avec State of Play ?
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#2
Puck a écrit le 06/06/2011 à 00h16
Non, aucun. C'est juste un parallèle que je fais. Et je pense que tu y trouveras une structure familière, si tu as vu les deux.
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#3
Gouloudrouioul a écrit le 06/06/2011 à 00h32
Ok merci :)
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#4
Puck a écrit le 06/06/2011 à 01h37
Je viens de voir que les épisodes sont en streaming sur youtube, en bonne qualité, apparemment.
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#5
raphyju a écrit le 06/06/2011 à 22h23
J'ai très envie de voir ces 3 épisodes mais je ne trouve pas les sous titres...savez-vous où se cachent-ils? même en anglais??
merci...
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#6
Puck a écrit le 06/06/2011 à 22h31
J'ai du les récupérer, en anglais, sur subscene.
www.subscene.com
Sinon, addic7ed
Et si tu ne trouves pas, je te les envoies par mail;
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#7
raphyju a écrit le 06/06/2011 à 22h41
Merci pour l'info, je les ai trouvé en anglais, ça a l'air d'aller.
J'ai hâte de regarder ça...



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