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Bilan : Seinfeld saison 1




Premier bilan sur la première saison de la plus grande sitcom américaine. Un prologue d'une certaine manière à ce qui sera par la suite le "show about nothing".


Seinfeld
Genre :
Comédie
Série américaine
Année : 1989
Format : 22 min
NBC France 2

Car il faut un commencement

Seinfeld est une sitcom née de l'imaginaire du comique de stand-up Jerry Seinfeld et de l'auteur Larry David. Elle apparaît pour la première fois sur les ondes de NBC en 1989. Pour la chaîne, il s'agit seulement de produire une nouvelle sitcom mettant en scène un humoriste à la mode, la tendance étant à l'époque au show nominatif (Cosby show par exemple). Pour les créateurs, le concept qui va servir de point de départ à la série est assez simple : raconter la génèse d'un sketch ou comment le quotidien peut aider à trouver l'inspiration.

Diffusé pendant l'été, Seinfeld va pouvoir profiter de cette courte période pour expérimenter beaucoup et trouver son style en développant assez rapidement un groupe de quatre personnages (voir ci dessous, de gauche à droite, Kramer, Georges, Elaine, Jerry) qui restera le même durant neuf saisons.

 

Petite présentation du quatuor 

Georges Costanza (Jason Alexander, excellent) est le petit chauve du groupe, un insupportable râleur qui ne peut s'empêcher de voir dans le moindre évènement l'expression de sa propre malédiction. Doté d'un caractère abominable, il est clairement un anti-héros, préférant fuir plutôt que de faire preuve du moindre courage. 

Jerry Seinfeld est certes le héros du show, mais va s'avérer être un personnage assez passif, préférant la place de l'observateur critique à celle de héros. Très ironique, il raille beaucoup les autres dans ses sketchs, se moque de la nature humaine, son humour reposant essentiellement sur un sens de la critique plutôt cruel. 

Elaine Benes (Julia Louis-Dreyfuss impeccable) est présentée comme l'ex petite amie de Jerry, avec qui il a réussi à conserver une forte amitié. Adepte du commérage, elle cache derrière une bonne conscience de façade une forme de cruauté particulièrement vicieuse. 

Cosmo Kramer (Michael Richards) est le voisin pique-assiette de Jerry, un marginal impulsif adepte de l'intrusion dans la vie d'autrui sans jamais demander l'autorisation. Animé d'une énergie débordante et incontrôlable, il est le personnage qui saura, le premier, tirer au mieux profit du public. 

 

Une sitcom à l'accent très théâtral

Très vite, la série va pouvoir se permettre un luxe bien particulier qui fera son charme durant neuf saisons (à quelques exceptions près, mais j'y reviendrais durant la saison deux). A l'époque, les studios de tournage de NBC accueillaient fréquemment du public, permettant à Kramer de beaucoup interagir avec les réactions des spectateurs. Souvent premier à l'applaudimètre, on apprécie de voir comment Kramer adapte son jeu aux différentes réactions du public, surtout dans la scène du Scrabble (épisode deux), .

Seinfeld ressemble de ce point de vue plus à du théâtre qu'à une vraie sitcom comme on l'entend maintenant, les acteurs considérant beaucoup plus l'espace scène que l'espace caméra. (J'explique rapidement, l'espace caméra désigne en fait le viseur de la caméra et l'espace scène la pièce dans son ensemble. Il est important pour un acteur de savoir dans quel espace il se trouve). Ce style assez original pour l'époque fait de Seinfeld une sitcom particulière, alors que les rires enregistrés ont envahi le moindre programme.   

 

Georges, Jerry et Superman

Par la force comique de leur échange, Georges et Jerry forme clairement le duo le plus réussi de cette première saison. Leur conversation, souvent à la limite du surréalisme, témoigne de l'ambition des auteurs en matière d'humour, la nature pessimiste de Georges s'équilibrant parfaitement avec celle plus ironique de Jerry. Les deux s'entendent bien car ils souffrent tous les deux de la même maladie, assez unique dans le monde de la sitcom : le syndrome de Superman.

Le principe de cette maladie est le suivant : imaginez que vous soyez dans la rue, un incident se produit devant vous et vous avez durant quelques secondes la possibilité d'influer sur les évènements. Le syndrome de Superman consiste à faire exactement l'inverse de ce que Superman ferait dans une telle situation, préférant le choix de l'égoïsme à celui du courage et de la vertu. 

Les héros de Seinfeld sont méchants, moqueurs, raleurs, égoïstes et battent assez régulièrement des records de mauvaise foi. On ne rit que rarement avec eux, mais on jubile devant l'expression de ces faiblesses si communes, les situations se prêtant remarquablement bien à l'expression de la mauvaise foi la plus terrible.

 

Une structure très bien pensée du "show about nothing" 

Seinfeld est l'autobiographie d'un comique et se découpe en deux éléments très distincts : une partie sur scène, l'autre sous la forme d'une sitcom. Si la partie sur scène ne s'avère pas toujours très brillante, elle permet d'amener de manière élégante le thème de l'épisode et d'éviter les lancements poussifs ou maladroits. Placées en  introduction et en conclusion, les séquences sur scène donnent une vraie intégrité à l'épisode et font partie intégrante du style Seinfeld. 

Car si cette série a été appelé "show about nothing", c'est par sa volonté -qui ne cessera de s'affirmer- de tirer son inspiration de simples éléments de la vie courante. Seinfeld sait prendre une histoire somme toute ennuyeuse, et peut la transformer en un moment de comédie pure grâce à la force de ses personnages. C'est dans les instants de transition où rien ne se passe que le comique de la série s'exprime le mieux, donnant lieu aux meilleures scènes de la saison (L'épisode 3 et l'attente au pied de l'immeuble).

 

Des défauts qui disparaissent petit à petit

Loin de faire encore l'unanimité après cette courte première saison, Seinfeld est encore une série à potentiel, possédant déjà quelques séquences remarquables et un épisode référence (épisode 4). La série se cherche, imposant petit à petit au spectateur son humour si particulier, fondé sur l'observation acerbe de la lâcheté et de la faiblesse de l'être humain. Les pièces se mettent en place une à une, preuve qu'une simple sitcom est le fruit d'un perpétuel travail de remise en question. 

Mais peut-être reconnait-on les grandes séries à cela, la capacité de prendre des risques, de chercher par tous les moyens à trouver l'équilibre parfait dans la forme et le fond. Il ne reste plus qu'à entamer la deuxième saison pour voir si elle saura confirmer cet incroyable potentiel. 




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A propos du rédacteur

sephja sephja
645 avis
1908 notes
Moyenne : 12.4

 Visioneur raffiné

ho, ho, have you seen my ghost ?

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