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Dispatched From Elsewhere est une série AMC parue en ce mois de Mars avec Jason Segel et Sally Fields. Le show est crée par Jason Segel et la meilleure description à en faire est : une série anthologique sur l'existentialisme et l'émergence de l'étrange dans la routine, de la grâce dans l'océan plat du prévisible, entre peur et excitation.
Et c'est intriguant, assez nouveau et plutôt osé. La direction artistique a du cachet, avec quelques fulgurances gilliamesques et une vraie volonté de Segel de parler de l'imprévu et de la propension de l'humain à chercher son bonheur. Le rythme est planant et, si l'intrigue ne se met pas totalement en place, l'univers de la série qui emprunte beaucoup aux romans de société secrète ne verse pas dans la mystery box, élément de scénario condamné à mes yeux pour les dix ans à venir. Sorry, J.J. .
Le héros est Peter, un personnage lisse en apparence et qui subit sa propre existence, ne voyant rien venir dans son avenir d'assez excitant pour vouloir prendre sa vie en mains. Jusqu'à une nuit où, suite à une initiative, il va se retrouver confronté à un choix qui joue sur un format que n'aurait pas renié les Wachowski, celui du libre arbitre.
Homo Sapiens on the trail
Il y aurait beaucoup à dire sur ce show, mais le premier point concerne l'incroyable force qu'apporte Sally Field à cet épisode, à donner de la réalité à cette histoire qui joue perpétuellement sur le fil du ridicule. Personne n'est aussi à 100 % dans chacun de ces rôles que Sally Field, rendant Janice encore plus attachante, créant un effet miroir avec certains des propos de l'actrice sur l'importance de la maternité. Au final, le mérite revient auxc scénaristes qui ont cousu main ce scénario pour nous offrir une nouvelle fois une preuve du dynamisme et du talent de cette actrice que j'apprécie beaucoup.
Evidemment, le fait qu'elle soit en duo avec Richard E. Grant sur une scène digne d'un théâtre rajoute encore plus au plaisir et on s'aperçoit que, bien plus que son intrigue principale, ce sont les personnages qui sont l'âme de cette série. L'histoire autour n'est traitée que comme un concept sociologique élégant et désuet, nous laissant rire de notre propension à aimer le mystère et l'empathie, à nous projeter comme si l'être humain se définissait par sa capacité à voir son reflet dans les reflets de l'autre. Une idée intéressante et bien exploitée ici, même si la série peine à former un tout cohérent, problème qui risque de nuire au show une fois la phase d'exposition achevée.
On passe un joli moment, dans un monde où l'humain jouait à interagir au lieu de jouer avec ses propres peurs paranoiaques... nous sommes vraiment de grands singes psychotiques. La volonté est notre moteur, le désir notre gouvernail, l'évolution notre orgueil et la mémoire notre conscience.
L'étrangeté d'une singularité d'un espace précompact
Deux choses me plaisent beaucoup avec cette série, et la première est cette idée que le mystère n'a pas besoin d'une vision symbolique pour exister. Loin du concept d'explication, Elsewhere society présente l'art comme une démarche de survie, unv moyen de sortir de la vie comme une narration imposée par les conventions sociales. Peut être la série n'en parle pas, mais elle assume parfaitement que comme Peter, nous suivons le récit en le transformant par notre propre vision du réel.
Comment exister dans un univers capitaliste qui ressemble à Scylla, créature multiforme dont il n'est pas possible de s'échapper sans subir le courroux de la machine à uniformiser que l'être humain a crée. Comment se satisfaire d'un monde en visière, en isolation sans perdre cette capacité à atteindre l'autre ? Clara répond à cette question en le refusant, en prenant le risque d'un ailleurs, en cherchant l'imprévu de la nouveauté et en créant dans le marasme un instant d'utopie, l'idée du bonheur qui émerge face à la possibilité d'un ailleurs.
Evidemment, pour une société ultra capitaliste comme la nôtre, où l'individu est noyé sous le divertissement calibré, la vision de Clara est vécu comme une profanation et une agression. La série met le doigt sur un des problèmes de notre époque où l'individu s'est laissé enfermer dans des structures sociales précalibrées via des forums qui ont vu s'installer peu à peu le concept liant communauté et structure idéologique. La lutte sociale s'est alors brisée, car la quête du bonheur de l'individu est remplacée par la réussite via l'acceptation du dictat de l'idéologie du groupe social.
Clara est moi, car c'est la raison pour laquelle j'étais si malheureux à écrire des critiques qui s'uniformisaient, malgré mon besoin de créer le décalage, de briser ce concept d'uniformisation par l'isolement. Et plus j'écrivais, plus ma tristesse était grande d'échouer dans ce que je voulais réellement... il fallait bâtir un mensonge au plus vite, tout détruire et disparaître... l'utopie n'existe que dans l'instantanée, elle se doit d'avancer en effaçant les tentatives du passé.
Le théorème du point fixe est le symbole de la fatalité
Au final, j'ignore si Dispatches from Elsewhere est une très bonne, bonne ou mauvaise série et sincèrement, j'en ai absolument rien à foutre. Elle m'affranchit de mes repères, elle joue avec les codes pour en rire et non s'en enorgueillir, elle propose de sortir des schémas de la cohérence tout en gardant une structure familière, elle cherche la singularité non pas pour plaire au public, mais pour exister tout simplement. Ceci n'est pas un avis critique, mais une pathétique confession dont certains riront en soulignant la pathétique médiocrité de ce show... cela me convient très bien, je vous rassure.
Moi, je me plais à mon visionnage discret, mais régulier, à l'idée que personne ne lira jamais cet appel du coeur à voyager en des terres inconnues, à oser la fantaisie sans tenir compte du cadre social, cadre chaleureux en apparence, mais féroce et cruel au final. Car vivre chaque jour avec la même famille est un poison, car se croire meilleur et différent par son appartenance au groupe est une bétise, car l'intelligence ne se mesure pas à ce que l'on aime ou fréquente.
Cette critique est moi car elle parle sincérement d'une série qui joue avec les codes du récit complotiste pour mieux raconter le besoin du voyage dans l'inconnu que justifie la certitude inéluctable de la mort. Avant les ténèbres, il faut exister et trouver une voie, oser l'aventure dans son rapport à l'autre, mais surtout se rappeler qu'une idéologie ne peut être universel : elle appartient à un instant donné et à un lieu précis. L'idéologie globale, c'est l'uniformisation via le pourcentage et les statistiques, c'est le dictat de la majorité qui, par loi des grands nombres, est toujours consensuel... une nouvelle forme d'aliénation.
Trouver un ailleurs, un monde dans le monde, un kangourou dans la poche d'un kangourou, une fractale qui témoigne de la vraie structure de l'univers, la vérité dans le fait que le choix n'a pas d'importance. Il n'y a pas de chemins vertueux, juste la nécessité de prendre une route et de cacher le temps d'un instant cette certitude cruelle d'un monde qui s'achevera dans un ballet de trous noirs sombres et froids si les étoiles se laissent manger.
Cette série me plait car elle veut croire que chacun peut générer son propre bigbang et avancer avec en son fort intérieur un sourire : celui d'avoir découvert un show qui me plait beaucoup. C'est égoïste, tout comme cet avis long et un rien malaisant... j'avais envie de l'écrire, je l'ai fait, c'était cool. Pour ceux qui malencontreusement l'aurait lu : bonjour, ceci n'est pas une critique, ceci n'est pas un avis, ceci ne sont que des lettres mal agencées par un survivant sur une boule de matière piégé dans le souffle d'une explosion gigantesque... une infime étincelle dans l'immense déflagration de la réalité.
Le réel comme une complétification de l'espace des "conscients"
Et voilà, toujours seul dans un parcours avec moi-même au sein d'une des séries les plus intéressantes de cette année... oh non, pas de regrets, l'humanité comme dans The Grid, suit des courants qui ne les mène que rarement à une singularité. Pourtant, l'effet de groupe est l'un des plus grands vecteurs de faux semblants qui soit, celle où l'appartenance au groupe génère plus de récompense que le fait d'accomplir ses propres rêves. A la fin, la musique s'arrête, le rideau tombe, les fils deviennent visibles et l'illusion s'efface pour ne laisser que tristesse et ennui, des corps cherchant les restes du souffle de cette expérience collective éteinte.
Peut-être est-ce ma raison d'être ici. Désolé, c'est une partie incompréhensible ou confuse, mais certains comme CAD m'avait reproché de ne jamais dire vraiment ce que j'avais sur le coeur, de ne pas assez me montrer retord ou cynique dans mes avis. Mais mon problème est qu'avec les bonnes séries, je vis le voyage de manière trop personnel, je n'ai pas d'autres arguments que les mots du ressenti, la mémoire des instants où j'ai été touché ou blessé. Et j'adore le chemin que cet épisode a pris, même si la rencontre avec l'architecte est un peu téléphoné, j'aime le fait d'avoir ramené le récit sur la solution la plus crédible, celle de l'expérience sociale et des questionnements qu'elle entraîne.
Car la fin d'une oeuvre est toujours décevante, nous obligeant à déchirer le rideau et à prendre cette sensation particulière, ce trouble de l'instant qui s'avère être impossible à garder. Dispatches of Elsewhere parle simplement de notre lutte interne entre l'idéologie et le matérialisme, de l'effort de volonté nécessaire à l'être humain pour garder son équilibre entre les deux et ne pas sombrer. Car face à la réalité, ce sont nos névroses qui réapparaissent, tandis que la lumière se rallume et nous retransforme en les comédiens d'une pièce dont nous ne parvenons pas à contrôler pleinement la progression.
Voir Jason Segel chanter aussi faux avec autant de conviction et de sincérité m'a convaincu que la série était bien plus que ce que j'imaginais au début, qu'elle essayait d'atteindre à l'universel débat sur la quête du bonheur, seule moyen d'échapper à la certitude de la mort. L'imperfection originelle, l'incapacité du vivant à se maintenir, la peur de se renier soi-même, la culpabilité comme un moteur de la création, comme si l'art lui-même avait deux visages : le bruit de l'expérience sociale et le chuchotement d'un message intime chuchoté par celui qui désire être entendu par ceux qui tendent l'oreille.
C'est pour cela qu'il est difficile de critiquer, de donner un avis sans hurler trop fort ou parler trop bas : comme Clara, je suis enfermé dans une petite pièce à frapper ses mots dans le seul but de partager mon utopie : celle où les séries ne se consomment pas, mais se vivent comme une expérience aussi solitaire que collective. Ou le chuchotement de nos propres faiblesses et de la passion n'est pas couvert par les hurlements d'une foule qui juge, dévore et perd de vue le message pour ne penser qu'à ce qu'elle peut tirer de ce temps perdu. Et à la fin, le silence d'un Dieu inexistant, d'un monde où la finalité n'existe pas, d'un visage défait qui comprend que la nature irréversible d'une erreur et le choix brutal qui en résulte.
