Critique : Breaking Bad 4.12

Le 09 octobre 2011 à 14:01  |  ~ 10 minutes de lecture
J'ai décidé d'attribuer un 19 à l'épisode de cette semaine. Une telle note, ça se mérite et l'ennui avec ce genre de note, c'est que plus la note est haute, plus on doit la justifier. Alors c'est parti.
Par Scarch

Critique : Breaking Bad 4.12

~ 10 minutes de lecture
J'ai décidé d'attribuer un 19 à l'épisode de cette semaine. Une telle note, ça se mérite et l'ennui avec ce genre de note, c'est que plus la note est haute, plus on doit la justifier. Alors c'est parti.
Par Scarch

Les défauts :

Je ne savais pas trop par ou commencer cette critique alors je vais m'orienter vers un tout petit paragraphe sur les infimes défauts qui séparent l'épisode de la perfection. Soyez attentif car sera le seul moment ou je laisserais mon objectivité s'exprimer (son antagoniste étant tapie dans un coin, prête à bondir pour la suite).

Allons y donc : parfois, en voulant vraiment être pointilleux, j'ai eu tendance à me dire que certaine scènes étaient un tout petit peu prévisibles, qu'elles laissaient entrevoir légèrement la suite logique des évènements. Je vais cependant mettre un bémol à cette critique : vu qu'on nous prépare aux évènements des trois derniers épisodes de la saison depuis neuf épisodes, les petites anticipations sont tout à fait normales. Voilà, c'est fini. Parlons maintenant du reste :

 

Rien à jeter :

J'ai beau revoir l'épisode, je ne vois pas une seule scène à jeter. La qualité oscillant constamment entre le maitrisé pour les scènes tampons nécessaires et le jouissif pour les autres. Chose étonnante, et qui vaut cette note à l'épisode, il n'y a pas qu'une seule scène jouissive. J'en ai compté trois, à savoir : Le duel entre Jesse et Walter, l'échange entre Gus et Jesse, et enfin, l'arrivée de Gus à la voiture. Ces moments constituent le final en feu d'artifice de l'épisode, l'intensité ne faisant que monter au fil du temps. Au delà de ces trois séquences d'anthologie et de celles qui les précèdent, l'alchimie se créée, sans temps morts. Avec un dosage au millimètre des moments clés de la construction de l'intrigue au sein de l'épisode. Moments clés qui se répercutent sur l'ensemble de la saison vu qu'ils permettent de mettre en valeur les bases un peu longuettes que l'on pouvait reprocher aux précédents épisodes.

Ainsi, si le début de l'épisode fait retomber la pression en se fiant au final du précédent, ce n'est que pour mieux nous surprendre ensuite. La préparation des affaires avec Walt et Skyler suivie des adieux, le plan tableau de Walt au bord de la piscine (au passage, si la scène n'est pas truquée, Bryan Cranston gère vraiment bien le tourné de pistolet sur une table) et l'attente chez Hank et Marie évacuent d'emblée tout ce qui pourrait ensuite entraver le rythme de l'épisode.

S'ensuit une succession de dialogues manipulatoires, dubitatifs ou Cliffesques (licence poétique) qui auraient à eux seuls hisser l'épisode au dessus du quinze symbolique. L'épisode se permet même de nous faire aimer le coéquipier – insignifiant en temps normal – de Hank par un dialogue juste et fin suivi de la scène de fouille qui va mettre le feu aux poudres en coulisse en nous amenant sur Jesse. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à partir de ce moment, tout l'épisode sera concentré sur lui, la pièce de l'échiquier que se partagent les deux adversaires de la saison. Jesse apprend que Walter à balancé la blanchisserie aux stups, puis Jesse écoute ses messages dans sa voiture, suivie de Jesse chez Saul, Jesse à l'hôpital, Jesse chez Walter, Jesse à l'hôpital à nouveau, et enfin, Jesse avec Gus. Les scènes d'ouverture et de fermetures étant focalisées sur Walter. Je reviendrai de toute façon sur ce choix plus tard pour me concentrer pour le moment exclusivement sur la construction.

Pour mieux nous amener à ce final qui permet à Walter de passer de son propre échec où il n'attendait que le mat, au rattrapage des coups d'avances de son adversaire en le mettant à son tour en échec, l'épisode nous propose une lecture linéaire sur plusieurs niveaux :

Dans la disposition rythmique tout d'abord qui, comme je le disais au début, propose une accélération des sensations qui va crescendo tout au long de l'épisode.

Dans la succession des séquence ensuite, par le biais de Jesse qui passe ainsi pour un pion au sens figuré mais aussi au sens propre (le fait de l'envoyer à différents endroits qui vont l'orienter sur ses « choix » donne l'impression d'une manipulation géographique qui suit la psychologique).

Dans la temporalité enfin, toujours par l'intermédiaire de Jesse. En parlant de ça, même les ellipses matérialisées par les séquences de ville en accéléré sont magnifiques.

Pour résumer la première partie de cette critique, n'ayons pas peur des mots, la construction de l'épisode est parfaite. Elle remplit pleinement son rôle en permettant une lecture aérée et subtile de l'intrigue tout en la rythmant. Passons maintenant au contenu que j'ai brièvement évoqué au dessus, et qui n'est pas en reste, loin de là...

 

Du western aux échecs.

Ayant demandé à Taoby son autorisation pour vous exposer son point de vue que je trouve tout à fait plausible et intéressant (et qui m'a fait voir tout l'épisode sous un autre jour après le premier visionnage), je m'en vais vous exposer mon ressenti sur les faits avec en contre partie celui de Taoby. Toute la seconde moitié de l'épisode et je suppose, tout le contenu de la prochaine saison reposent sur une simple interrogation qui à elle seule, justifie ces quatre saisons de Breaking Bad : Qui a empoisonné le fils de la fille-dont-je-ne-me-souviens-plus-le-nom?

Cette question justifie tout le contenu de ce qui précède car nous n'aurions jamais pu nous poser la question auparavant. Tout ce qui s'est passé depuis le début de la série peut désormais nous amener à douter de Walter. Il fallait au moins tout cela pour que le doute soit permis.

Je n'y avais même pas pensé jusqu'à ce que Taoby me dise « tu vas quand même pas me dire que tu penses que c'est Gus ? » (en gros, avec un accent Marseillais et quelques mots « fleuris »). Et là j'ai douté. J'ai douté parce que oui, Walter pourrait avoir empoisonné le fils de machin-chose. Sur l'échiquier, il devait sacrifier une pièce pour se prémunir d'un mat évident et il se pourrait bien que cette pièce soit le fils de truc.

Le doute est permis car nous n'avons aucune idée de ce que Walter à décidé de faire lorsque son revolver s'est arrêté sur une plante (qui pourrait représenter le poison). Nous n'avons aucune idée non plus de ce que Gus entendais par « je réagirais en conséquence ».

Mais détaillons un peu la lecture de l'épisode dans chaque cas :

 

Si Gus est responsable :

Dans le cas ou Gus serait à l'origine de l'empoisonnement du fils de l'autre, cela voudrait dire qu'il se serait fait contrer en beauté par Walter qui a tiré de son désespoir l'énergie pour revenir dans le combat. Saul n'aurait fait que transmettre une information à Jesse sans l'aval de Walter, et tout se serait joué sur la sincérité de ce dernier.

En ce cas aussi, au moment ou Gus s'entretient avec Jesse, il sait pertinemment que si Jesse sait, Walter n'est pas loin et il est en danger. Donc, lorsque Jesse dit que le gamin a été empoisonné, Gus a compris que Jesse a compris, puis Jesse à compris que Gus a compris qu'il a compris (vous suivez?)

En ce cas donc, Gus, après avoir compris tout ça, s'est dit que sa voiture isolée serait une cible idéale pour une vengeance et a donc préféré tourner les talons avant de s'en approcher.

Dans tous les cas, Gus est mis en échec car Walter rattrape pour le coup son retard, sans pencher vers le côté obscur.

 

Si Walter est responsable :

L'hypothèse qui veut que Walt soit responsable de ce que vous savez est à la fois horrible et jubilatoire. Horrible parce que l'infanticide et en particulier le filsdelacopineajessecid serait tout de même une étape supplémentaire dans son breaking bading (vous aussi, faites comme moi, inventez des mots, c'est génial). Horrible aussi parce que si Gus ne fait rien à Walter, je trouverais légitime que Jesse le torture pendant toute une saison vu que ce dernier est tout de même responsable de deux meurtres dans son entourage, dont une jeune fille et un enfant, tout en ayant réussi à lui faire assassiner un homme qu'il ne connaissait pas pour sauver sa peau. Bref, si Walt est responsable, je crois comprendre ou va nous mener Breaking Bad, mais j'y reviendrai plus tard.

Donc Walt, avec son revolver s'est dit que sa dernière chance c'était de retourner l'arme de Gus contre lui, et en écrivant ça, je viens de comprendre la symbolique éventuelle de la scène en question.

Bref, en suivant ce raisonnement, Walt s'est servi de Saul par l'intermédiaire de l'homme de main pour prendre la drogue à Jesse et là, l'ennui, c'est que je ne comprends pas les motivations de l'avocat. Walt n'ayant plus beaucoup d'argent, je ne pense pas qu'un pot de vin ait suffit à Saul pour participer à une entreprise aussi risquée que le meurtre de Gus, mais passons.

Le dialogue à demi mot entre Jesse et Gus prendrait aussi une autre envergure, car ce dernier aurait simplement compris que Walt a franchi une étape, qu'il ne recule plus devant rien et que Jesse mérite bien quelque jours pour s'en remettre.

Enfin, sur le chemin vers sa voiture, alors qu'on le voit réfléchir, Gus comprend le jeu de Walt et anticipe le prochain coup. En ce cas, Gus est gagnant car il reste en vie et continue de mettre son adversaire en échec. Walter, quant à lui, devient Heisenberg ou pire, un Gus en devenir.

Et c'est cela que je trouve intéressant dans cette interprétation car cette saison, ou du moins les trois derniers épisodes consacrés à Gus prendraient une autre dimension : le fait de nous montrer le chemin de vie d'un homme qui s'oriente vers le trafic de drogue, perd son associé (son Jesse) et s'endurcit au point d'être capable de tuer pour ses affaires me rappelle étrangement Walt. Le cartel étant déstabilisé, si Gus tombe, Walt présenterait ainsi toutes les qualités pour devenir le nouveau magnat de la drogue locale et ainsi, la boucle serait bouclée.

 

La suite?

Comme je le disais, la réponse à la question sur l'empoisonnement de blabla influencera à mon avis tout le déroulement de la suite. J'ai quand même tendance à m'orienter vers le choix de Taoby car le but avoué des scénaristes est d'aller jusqu'au bout dans le « breaking bad ». En tout cas cet épisode m'a fait vibrer pendant quarante-cinq minutes et m'interroger pendant vingt-quatre heures, chose que peu de films ont réussi à faire. Et là, je dis chapeau M Gilligan.

 

Ce que j'ai aimé :

 

  • Tout l'épisode
  • Après aussi

 

Ce que je n'ai pas aimé :

 

  • Ne pas voir l'épisode en Hd (connexion limitée, d'ou les photos bof).

 

Note : 19/20

L'auteur

Commentaires

Avatar Guismo
Guismo
Tres bonne critique bravo !! Et c'est vrai que quand on se pose cette question (qui a empoisoné machin chose) on voit l'épisode et la suite differement, en tous cas les deux théorie sont tres bien détaillé et plausible donc merci de nous retourner le cerveau ... on se croirai revenu a l'époque de Lost !!

Avatar Mahnmut
Mahnmut
Bonjour, je découvre tardivement ce site et les excellentes critiques des épisodes de BB. Bravo et merci de mettre en mots si justes toutes mes interrogations et ressentis, des critiques à la hauteur de cette série décidément incomparable !!

Avatar Scarch
Scarch
Merci beaucoup pour les compliments. Breaking Bad est la seule série qui soit inspirante pour n'en dire que du bien, donc je laisse exprimer ma subjectivité sans prendre le risque de passer pour un oui-oui vu que la qualité de la série est incontestable.

Image Breaking Bad
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