Au moment de l’annonce des titre des six épisodes composant cette saison 10 d’X-Files, l’un d’eux a tout de suite sauté aux yeux des fans : "Home Again". La plupart pensait qu'il s'agissait d’une suite du très controversé épisode "Home" (La Meute en VF) de la saison 4, dans lequel Mulder et Scully ont affaire à une terrifiante famille pratiquant l'inceste. Mais Chris Carter a rapidement infirmé ces rumeurs, déclarant qu’il n’avait rien à voir avec l’histoire de cet épisode. "Home Again" est écrit par Glen Morgan qui, à l'exception d'un épisode, a travaillé avec James Wong et fut derrière de grands classiques de la série, dont le fameux "Home", bien qu'il n'y soit pas tout à fait lié.

Toujours est-il qu’on vendait l’épisode comme l'un des plus terrifiants de la série. Après visionnage, il s’avère que l’épisode est bien ficelé avec une ambiance assez terrifiante, mais qu’il est aussi constitué d’une intrigue très personnelle touchant un personnage en particulier. "Home Again" envoie Mulder et Scully enquêter sur le meurtre violent d’un homme, dont la tête et les membres ont été arrachés. En parallèle à l’affaire, Scully apprend par son frère que leur mère est mourante à l’hôpital. Deux intrigues très différentes qui vont pourtant se rejoindre sur un thème commun : l’abandon. Une occasion de faire intervenir à nouveau l'un des sujets principaux de la série, à savoir William, le fils de Mulder et Scully.
Horreur et émotion
Cette dixième saison de X-Files arrive déjà à mi-parcours et, pour le moment, les scénaristes n'avaient pas encore tout à fait exploité le potentiel horrifique de la série ; du moins ne l'avaient-ils fait que partiellement. C'est désormais chose faite avec "Home Again", qui a le mérite de rectifier le tir, tout en cherchant à émouvoir le spectateur par le thème des adieux et de l'abandon, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Peut-être que "Never Again" (4.13, écrit par Glen Morgan) était le dernier à toucher autant à la psychologie des personnages, mais l’enquête était vraiment liée, alors que "Home Again" part sur deux pistes très distinctes. Des loners en saison 8 étaient souvent parasités par les ressentis de Scully par rapport à William ou à l’absence de Mulder, mais n’étaient jamais nourris par ceux-là.

L’épisode tente de faire le lien entre d’un côté, le Trashman qui tue et massacre des gens et, de l’autre, Dana Scully qui voit sa mère sur son lit d’hôpital entre la vie et la mort, en incorporant une troisième qui est encore et toujours William. Par une référence encore trop appuyée, Scully rappelle que l’enfant était abandonné par elle et Mulder (alors que ce dernier était absent lors de l’abandon/adoption). Cette lourdeur presque assumée relance une intrigue qui a handicapé les deux dernières saisons. Cet aspect dramatique semble être le ressort de cette courte saison, mais prend une nouvelle tournure. Si en saisons 8 et 9, William était un frein à l'évolution des storylines, il devient en 2016 une thématique beaucoup plus humaine, et donc dramatique. On ne parle de lui qu’en terme de filiation, de perte profonde, de tristesse absolue. Une décision plutôt logique et moins mauvaise qu’il n’y paraît. Il ne faudrait juste pas que William soit le moteur de la relance de l’intrigue fil rouge mythologique.
Comment en est-on arrivé là ? "Home Again" est-il alourdi par ce choix ? Oui et non. L’épisode est bien plus riche que ça, et fait souvent écho à "Arcadia" (6.13), qui traitait quasiment du même sujet, celui de l'entité créée par force de volonté. Si Scully semble voir ses liens familiaux cannibalisés par William, jusqu'à voir le nom de son enfant sur son téléphone chaque fois que quelqu'un l'appelle, c’est parce que sa mère est sur un lit d’hôpital entre la vie et la mort et qu’elle ressent alors sa place dans sa famille. Il y a eu beaucoup d’épisodes où un personnage se retrouvait allongé dans des draps blancs. Ceci a donné de très bons épisodes comme "One Breath" (2.08) dont on voit d’ailleurs un court extrait sous forme de flashbacks dans l’épisode. Gillian Anderson offre une performance émouvante, puissante dans cet épisode, et prouve une fois encore qu’elle est totalement investie dans ce revival.
Du sang et des larmes
C’est à un programme particulièrement chargé auquel nous convient Mulder et Scully cette semaine. En effet, "Home Again" convoque deux figures essentielles de la série : l’horreur pure teintée de fantastique, et les tragédies familiales s’abattant sur la famille Scully. Alors que nous suivons nos enquêteurs dans une investigation particulièrement sordide, faite de démembrements, de sans-abris mystiques et de mythologie bouddhiste, il semble progressivement évident que le scénariste Glen Morgan embrasse le genre avec un certain brio. Les interventions meurtrières du mystérieux Trashman font toutes leur effet, même si la mythologie qui l’entoure s’avère un peu trop floue, ou rappelle parfois trop directement la figure du Golem, déjà employée par la série. Mais cela importe peu car, pour la première fois depuis le début de cette saison 10, la mise en scène suit.

Les séquences horrifiques, notamment celle illustrée par la chanson Downtown de Petula Clarke, sont de jolies réussites, et distillent un véritable malaise tout le long de l’épisode. De même, c’est le découpage qui nous permet de ressentir un peu du trouble de Dana Scully alors que sa mère est au plus mal. Pourtant, "Home Again" a le défaut de mêler deux histoires distinctes. Ce qui touche Dana Scully tranche avec l’enquête. Les scènes s’enchaînent, les ambiances aussi, difficile alors d’avoir une attention correcte. Pourtant, c’est aussi une force puisque l’épisode parvient à nous prendre aux tripes sur deux facettes : l'angoisse et la compassion. L'angoisse car "Home Again" propose une enquête plutôt efficace et réussie même si elle a un goût de déjà-vu. La compassion car les moments entre Mulder et Scully sont simples, touchants et justes. On retrouve les moments d’émotion que la série nous avait servis. Simplement, comme l’épisode est coincé entre deux ambiances, on annihile la durée de notre effroi et celle de notre compassion.
Entre deux eaux
Ce qui fait que X-Files a su se renouveler, et ce grâce au schéma suivant : une enquête, un drame personnel et un personnage qui souhaite retravailler tout de suite. Rarement, nous avions eu un épisode construit de la sorte dans l'histoire de la série, et ça fait du bien. On aura beau râler sur le choix de parler de William, "Home Again" offre une palette d’émotions intéressante. C'est finalement une suite psychologique et thématique à "Home". Le point critique de l’épisode arrive quand l’existence de Trashman est justifiée par un personnage. Les laissés pour compte, les SDF que défend Trashman, ne doivent pas être oubliés. Les Hommes décident de se débarasser de gens devenus inutiles, dangereux ou tout simplement sans espoir. À ces mots, Scully repense à William qu’elle a abandonné pour le protéger, pour penser aussi à son avenir. Le parallèle peut paraître maladroit, surtout quand on peut faire l’analogie entre les déchets que l’on laisse derrière nous et William, qu’elle a laissé derrière elle.

C’est la première chose qui vient à l'esprit en voyant cette scène, mais qui se retrouve cependant un peu gâchée par de nouveaux flashbacks de la naissance de William et de quelques scènes où Scully parle de lui dans la saison 9. On touche alors à ce que Glen Morgan sait faire de mieux : le côté sombre de l’être humain. Morgan est glauque dans le traitement de ses idées, et on le voit encore ici. L’épisode nous questionne aussi sur notre part de responsabilité. Le terme est repris dans l’épisode et prend tout son sens. On ne parle pas que de ce qu’on laisse, mais également de notre responsabilité dans cet acte de repli, d’abandon. Et celle-ci, Scully en a conscience. Elle veut croire aussi, comme elle dit dans une scène touchante. Elle a ses combats, et le season finale, "My Struggle II", sera son épisode.
Home Again joue sur plusieurs registres avec efficacité, Morgan ayant réussi à faire dans l’originalité en nous reparlant de la cellule familiale de Scully avec intérêt. On peut regretter que William soit très présent, mais le côté humain sonne moins faux qu’en saisons 8 et 9. L’enquête n’était pas des plus inspirées avec une fin précipitée, mais fait froid dans le dos et a le mérite de faire réfléchir.
J'ai aimé :
- De bons moments d'angoisse.
- Un épisode qui fait la part belle à Scully.
- Un bon mélange d'horreur et d'émotion...
Je n'ai pas aimé :
- ... qui a du mal à masquer ses faiblesses.
- Trop de place laissée à William.
- Mulder un peu mis de côté.
Ma note : 14/20.
