Critique : Boss 1.01

Le 08 novembre 2011 à 13:47  |  ~ 11 minutes de lecture
Spécialiste des productions ambitieuses (et plus ou moins heureuses) telles que Spartacus ou Camelot, Starz se lance en cette rentrée 2011 dans le drama politique avec son nouveau bébé, Boss. Le résultat est-il à la hauteur des aspirations de la chaîne ?

Critique : Boss 1.01

~ 11 minutes de lecture
Spécialiste des productions ambitieuses (et plus ou moins heureuses) telles que Spartacus ou Camelot, Starz se lance en cette rentrée 2011 dans le drama politique avec son nouveau bébé, Boss. Le résultat est-il à la hauteur des aspirations de la chaîne ?
Par CaptainFreeFrag

Who's the boss ?

 

Bon, je sais que les effets de manche, tu aimes ça, ami lecteur, mais inutile de faire durer le suspense plus longtemps : Boss est bon. Potentiellement excellent, même. Et franchement, le contraire m'aurait fait un peu mal, tant on sent l'importance que revêt ce projet pour la petite chaîne cablée Starz, chaîne pour laquelle on a de la sympathie, à Serie-All, malgré le camouflet infligé l'année dernière par son Camelot de pacotille. En effet, Boss, c'est l'occasion pour Starz de sortir de l'image de productrice de séries un peu neuneus, bourrées d'hémoglobine, de musculatures de rêve et de seins nus pour assouvir les fantasmes les plus primaires d'adolescents en rut. C'est un peu le moyen pour la chaîne de faire la nique aux HBO, AMC et autres Showtime en leur montrant qu'elle aussi, elle a les capacités de produire un drama profond et salué par la critique. En gros, c'est le ticket d'entrée pour la « cour des grands », comme on dit. Et pour se l'offrir, ce ticket, Starz n'a pas lésiné sur les moyens.

 

Quoi de mieux en effet pour en imposer que de se permettre deux têtes d'affiche dès le pilote ? La première, c'est tout simplement l'acteur principal du show, Kelsey Grammer, star du rire assez populaire aux Etats-Unis, et principalement connu pour son rôle du docteur Frasier Crane dans la sitcom Cheers, puis dans le spin-off centré sur ce personnage. La seconde, c'est Gus Van Sant, figure de proue du cinéma indépendant américain, qui, en produisant la série et en réalisant son pilote, vient confirmer le pouvoir d'attraction qu'exerce de plus en plus le monde télévisuel sur les metteurs en scène américains (Martin Scorsese ou Michael Bay ayant également sauté le pas, pour ne citer qu'eux). Non contente d'aligner deux pointures, Starz affiche même une totale confiance dans sa nouvelle série en confirmant une seconde saison plus d'un mois avant la diffusion du pilote. C'est dire si ça nous intrigue, d'autant plus que le projet est quand même sacrément ambitieux.

 


 Starz à la conquête d'un bon accueil critique.

 

My name is Kane

 

Car Boss se propose ni plus ni moins de nous dévoiler les coulisses du pouvoir dans la ville mythique de Chicago, du point de vue d'un homme qui perd progressivement ses repères et se perd peu à peu lui-même à cause d'une maladie neurologique sérieuse (qu'on nous présente d'ailleurs dans une remarquable scène d'introduction, qui fait office de postulat de base pour la série). Cet homme, c'est Thomas Kane, maire de Chicago, interprété par Kelsey Grammer, donc, qui nous livre une prestation impressionnante, captant parfaitement les différentes facettes de son personnage. Tom Kane est en effet un personnage profondément ambigu, car un personnage public, de pouvoir et de façade : il faut le voir, dès la première scène, réagir stoïquement à la description insupportable de sa maladie, remercier la neurologiste comme après une visite de routine, puis s'effondrer seul, avant de repartir comme si de rien n'était pour un discours public enflammé. C'est un homme en constante représentation, qui ne peut jamais vraiment se sentir à l'abri des objectifs, comme nous le montrent d'ailleurs les petit jeux d'espionnage auxquels se livrent les politicards de Chicago tout au long de cet épisode.

 

La dégénérescence de Kane représente donc à cet égard l'enjeu majeur de la série, en ce qu'elle va représenter un combat de tous les instants de la part du maire pour ne pas la révéler et fragiliser cet homme calculateur et impitoyable. Kane apparaît comme un personnage condamné, certes (on nous annonce dès la première scène que la série ne devrait pas durer éternellement...), mais cette révélation de l'issue finale du show, qui pourrait aisément passer pour une faiblesse scénaristique, est à mon sens sa principale force, en ce qu'elle confère à son personnage principal un statut de figure tragique des plus fascinantes. On risque fort d'assister à la construction passionnante d'un héritage familial et politique de la part de Kane, et honnêtement, on fait confiance à Kelsey Grammer pour camper ce personnage complexe, tant il assure comme une bête dans ce pilote, aussi bien dans les excès de rage que dans les quelques moments de tendresse et de doute.

 

 

Il a plus envie de rire, le Kelsey !


Sweet home, Chicago

 

Mais bien qu'il occupe une place prépondérante dans ce pilote, Tom Kane n'est pas le seul personnage dont on adopte le point de vue : le show s'intéresse en effet également à tous ceux qui gravitent autour de lui, à commencer par les membres de sa famille. Son épouse, Meredith (remarquablement interprétée par Connie Nielsen), apparaît ainsi comme une femme blessée et isolée vis-à-vis de son mari, mais qui n'en conserve pas moins une certaine force et une certaine dignité ; même si ce personnage ne déborde pas d'originalité pour le moment, il est fort à parier que son développement au cours de la saison sera des plus intéressants. La fille de Kane, qu'on nous présente comme une infirmière au début de l'épisode, convainc par contre un peu moins : sa relation avec son père est évidemment pleine de tension, ce qui n'a rien de bien révolutionnaire, mais il est tout de même à noter que son histoire avec un jeune Afro-américain des corners, si elle peine à captiver pendant la majorité de l'épisode, prend une dimension intéressante grâce aux mini-twists de fin d'épisode.

 

L'entourage professionnel de Tom Kane n'est pas non plus en reste, même si les personnages qui le composent sont brossés avec plus ou moins de réussite. Le meilleur d'entre eux est probablement le bras droit de Kane, l'homme de l'ombre, qu'on devine cynique à souhait : à la fois conseiller précieux et exécutant chargé de veiller à ce que les basses besognes soient effectuées, on risque fort d'apprécier ses interventions à l'avenir. Ce pilote introduit également des personnages qui ne sont pas formellement originaux, comme l'assistante sexy du maire ou le jeune politique aux dents longues que Kane veut faire élire gouverneur, mais qui n'en possèdent pas moins un certain potentiel et dont on sent déjà qu'ils vont évoluer de manière intelligente au cours du show. A l'inverse, les ennemis du maire, un journaliste fouille-merde et un gouverneur pourri (qui fait toutefois sourire lors de ses apparitions), sont de purs lieux communs qui ne serviront probablement qu'à faire avancer l'histoire sans se soumettre à de réelles introspections (mais qui sait...).

 

Mais il manque encore une figure à ce panorama, et pas des moindres, puisqu'elle influe sur tous les personnages et intervient dans toutes les storylines : il s'agit de la ville, tout simplement. Eh oui, tout comme Baltimore occupait le rôle principal dans The Wire, Chicago se voit attribuer une place d'honneur dans la mythologie de Boss, et même si ce pilote n'atteint ni le brio narratif, ni la profondeur socio-politique de la série de David Simon et Ed Burns, il nous dévoile tout de même un potentiel impressionnant dans l'interaction des personnages avec leur environnement urbain et social. A l'inverse du déplorable The Playboy Club, où Chicago était carrément snobée, les personnages n'évoluent pas ici en vase clos, mais s'inscrivent dans la ville, la parcourent et la vivent, comme l'annonce dès les premières secondes un générique tout à fait remarquable, où les principales figures politiques de la série se dessinent et s'insèrent dans différents quartiers de la cité.

 


 Le générique est franchement réussi.

 

La trame globale de l'épisode vient confirmer cette idée, puisqu'il y est question de la découverte d'un vieux site indien sur la zone d'un projet d'infrastructures de la mairie, qui va non seulement agiter les cercles politiques de Chicago, mais également amener quelques personnages à se révéler et influer sur les actes voire les existences de certains, toutes couches sociales confondues (la conclusion de cette storyline justifiant assez ironiquement le titre de l'épisode, « Listen »). On est donc raisonnablement en droit de s'attendre à de belles intrigues à caractère socio-politique dans les épisodes qui viennent, et franchement, on ne va pas s'en plaindre !

 

Good Gus Van Sant

 

Pour finir, il peut être intéressant de faire un point sur la mise en scène de ce pilote. Je dois confesser que je ne suis pas un grand amateur du cinéma de Gus Van Sant, mais il faut reconnaître que sur cet épisode, il fait le job : la caméra à l'épaule est plutôt convaincante, et j'adhère pas mal à cette façon d'enchaîner les gros plans, de serrer les personnages afin de capter leurs moindres émotions (les acteurs étant globalement excellents, ça fonctionne). L'utilisation des inserts et des très gros plans vient même parfois appuyer le propos de fort belle manière, notamment lors d'une scène où, en plein débat, Tom Kane perd momentanément le contrôle de sa main : la caméra s'attache alors successivement à cette main folle et à l'oeil angoissé du maire, comme pour symboliser la scission de son être, souligner la manière dont la maladie va peu à peu le rendre étranger à lui-même. En outre, il convient de noter que la plupart des images s'inscrivent dans une teinte gris-bleu assez froide, qui rappelle grandement les couleurs de la ville, et qui vient donner une identité visuelle forte à la série.

 

Cependant, on retrouve quand même certains tics cinématographiques de Gus Van Sant un peu gênants, et qui relèvent même parfois du maniérisme. Ainsi, l'utilisation un peu abusive des ralentis n'est pas toujours très heureuse, comme lors de la scène de cul de l'épisode, totalement gratuite et inutile, qui rappelle au choix la douce période des téléfilms érotiques du dimanche soir sur M6 ou la scène d'introduction de l'infâme Antichrist de Lars Von Trier (les deux comparaisons n'étant pas franchement flatteuses). Le choix des musiques est lui aussi assez navrant, puisqu'au lieu de se constituer une identité sonore propre, le show préfère recycler des thèmes certes beaux, mais carrément éculés, comme la Gnossienne n°1 d'Erik Satie, qu'on doit retrouver au bas mot dans des centaines de films et des milliers de vidéos Youtube. Mais bon, honnêtement, pénaliser ce pilote pour ces quelques défauts serait faire la fine bouche, tant il met en avant un potentiel excellent et des qualités à côté desquelles il serait dommage de passer en cette rentrée des séries un peu pauvrette.


 Bosse ?

 

J'ai aimé :

  • Le générique.
  • Kelsey Grammer, tout simplement monstrueux.
  • Le reste de l'interprétation en général.
  • L'identité visuelle du show.
  • L'aspect socio-politique de la série.

 

Je n'ai pas aimé :

  • Un certain maniérisme dans la mise en scène.
  • La scène de cul (là, j'ai pas trop compris).

 

Note : 15/20.

 

Franchement, cette série, on l'attendait sans trop l'attendre, on se disait qu'éventuellement, on pourrait se la regarder en pointillés, entre un épisode de Terra Nova (ha ha !) ou de New Girl (ha ha ha !). Et pourtant, Boss vient de nous envoyer en pleine face l'un des meilleurs pilotes de la rentrée. Rien que ça. So who's the f***ing boss, now ?!

L'auteur

Commentaires

Avatar CaptainFreeFrag
CaptainFreeFrag
Et désolé pour le retard, mes poussins !

Avatar Gouloudrouioul
Gouloudrouioul
Moi aussi je suis loin d'être un fan de Gus Van Sant (pas mon truc de voir des gens qui marchent pendant 1h), mais ça donne quand même bien envie. Très bonne critique en tout cas, je vais m'y mettre sous peu c'est sûr !

Avatar Taoby
Taoby
Oué, t'est un salaud ma case "nouvelle série" est déjà occupé... Tu fais chier Captain.

Avatar CAD
CAD
Si tu vas leur dire que niveau réalisation, ça t'a fait penser à du Gus Van Sant ou LVT, je suis pas sûr qu'ils le prennent mal bizarremment... Bon bah ça m'a donné très envie, je vais me mater ça. (elle est magnifique la scène d'intro d'Antichrist, c'était juste pour rééquilibrer les choses).

Avatar CAD
CAD
Ah mais j'ai mal lu, c'est lui qui a réalisé l'épisode carrément. Han! Autant pour moi.

Avatar Altaïr
Altaïr
pffff moi aussi je veux savoir rédiger des critiques comme ça :( ça donne envie en tous cas, moi j'aime bien l'esthétique de gus van sant (moins lars von trier)

Avatar Tammuz
Tammuz
Désolé je peux pas lire la critique tant que l'avatar de Lisa me regarde...

Avatar CaptainFreeFrag
CaptainFreeFrag
Content de vous avoir donné envie, car ce pilote vaut vraiment le coup d'oeil ! La comparaison avec Antichrist vaut ce qu'elle vaut : c'est juste le ralenti et la position qui m'ont fait pensé à la scène d'intro. Mais bon, quand il s'agit de casser du sucre sur ce film, je ne peux décemment refuser ! "pffff moi aussi je veux savoir rédiger des critiques comme ça :(" Ba

Avatar CaptainFreeFrag
CaptainFreeFrag
Owned by tab... Donc je disais : elles sont très bien tes critiques, Altaïr ! Et Tammuz, je sais pas ce que c'est que ce bordel, mais Lisa veut pas dégager, alors que mon main avatar sur Gravatar est celui d'Askeladd. Une malédiction particulièrement vicieuse, je pense...

Avatar Taoby
Taoby
"La comparaison avec Antichrist vaut ce qu'elle vaut : c'est juste le ralenti et la position qui m'ont fait pensé à la scène d'intro. Mais bon, quand il s'agit de casser du sucre sur ce film, je ne peux décemment refuser !" Oulalalala mais dis donc toi, faut que tu viennes en parler dans topic cinéma, dis donc, j'étais pas au courant. On à une croisade à mener nous, allez hop hop.

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