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Critique : Les Revenants 1.01 - Camille



Lancé en grande pompe par Canal +, les Revenants tient toutes ces promesses - et même plus - dès le premier épisode.


Les Revenants
Genre :
Drame
Série française
Année : 2012
Format : 50 min
Canal+



« Vous savez, les fantômes sont gentils » explique le bienveillant prêtre au milieu du second épisode. Le ton est donné, la série ne jouera pas la carte des portes qui grincent, des revenants qui surgissent de l'ombre et terrorisent les vivants. Non, la nouvelle création de Canal+ évite les clichés horrifiques et le spectaculaire à deux sous. Y compris dans son pitch de base : un jour, sans explication, dans un petit village de montagne dominé par un immense barrage, les morts reviennent à la vie. Ils ne savent pas qu'ils sont morts, ni que les années ont passé.

 

A contre-courant

 

Loin des clichés véhiculés par la pléthore de film ou séries de zombies à la mode, loin des théories conspirationnistes maladroitement développées dans The 4400, les Revenants tracent une route nouvelle, rarement explorée (sauf par le mort-né Babylon Field produit par CBS) : celle de la cohabitation pacifique entre morts et vivants. Le pilot suit la résurrection de Camille, qui a péri dans un accident d'autobus. Cinq ans plus tard, elle réapparaît en contrebas de la route où le chauffeur de bus a perdu le contrôle. « Je suis rentrée, Maman. Excuse-moi du retard », annonce-t-elle à sa mère, totalement pétrifiée, lorsqu'elle franchit le seuil de sa maison. D'emblée, on est fixé sur ce que sera le show : une approche réaliste de l'impossible.

 

La famille de Camille

 

Du pur effroi à l'acceptation progressive, en passant par la folie, les différentes réactions des personnages sont crédibles et on se dit - sans mal - qu'on pourrait avoir les mêmes. Il faut dire que le casting aide beaucoup à cette empathie. C'est suffisamment rare pour le signaler, mais aucun acteur ne sonne faux. Frédéric Perrier, par exemple, est poignant dans son rôle de père perdu, tout comme les deux enfants revenants, très justes et convaincants dans le mutisme ou la peur. Cette attention portée au casting confirme l'ambition de la série.

L'écriture psychologique des personnages est très travaillée et assez fouillée. Et beaucoup de non-dits sont parfaitement compréhensibles. A ce titre, la scène du second épisode où Adèle s'adresse à un Simon mutique dans la bibliothèque est une grande réussite. Cette scène souligne d'ailleurs le jeu des scénaristes avec le spectateur. Bon nombre de séquence des Revenants détournent, en effet, les classiques de l'horreur. Du film de zombies à celui du fantôme venant hanter ses victimes, tout y passe, pour notre plus grand bonheur. Les codes sont habilement intégrés dans la narration et viennent - encore une fois - rendre crédible un projet ambitieux. Si la suite de série tient la route, on se trouve peut-être devant un vrai renouveau pour la télévision française.

 

A contre-temps

 

Il est de coutume dans notre pays de parler de la « crise de la fiction française ». Par manque de moyens et manque d'idées, la série française a peu à peu perdu les jeunes spectateurs qui ont couru vers le streaming et le téléchargement des séries américaines qui ne demandaient que cela. Tout le monde est conscient du problème et pourtant depuis dix ans, presque rien n'a changé. Dans ce sens, on ne peut que saluer les heureuses initiatives de Canal + (Pigalle la nuit), d'Arte (Ainsi soient-ils) et de France Télévision (Plus Belle la vie) d'ouvrir de nouveaux horizons pour la fiction française. On peut, dès lors et sans crainte, affirmer que les Revenants se situent dans cette veine et tire la fiction française vers le haut.

Le principal piège aurait été d'américaniser la série. Combien de scénaristes se sont-ils vantés de faire « un The Wire à la française »? Présenté comme le sacro-saint graal de la télévision US, le show de David Simon a largement brouillé les esprits des pools scénaristiques en France. Si « The Wire » est possible aux Etats-Unis, c'est pour une simple et unique raison : le poste de showrunner. En France, ce métier n'existe pas. Comment alors donner une identité visuelle et narrative unique dans une série lorsqu'un scénariste différent intervient à chaque épisode ?

 

Simon et Alice

 

Comme Pigalle la Nuit à l’époque, Les Revenants possède un showrunner et cela change tout. Même si Fabrice Gobert (réalisateur du très bon Simon Werner a disparu) est crédité dans le générique comme créateur et scénariste de la série, c’est bien du poste de showrunner qu'il s’agit. Déléguant son travail de réalisateur à partir de l’épisode trois, Gobert a supervisé l’ensemble de la mise en image de la série. De ce travail fastidieux résulte une véritable plus-value pour le show : une vraie identité visuelle. Situer l’action dans une ville perdue au milieu des montagnes donne d’emblée au show une palette graphique où dominent les gris du granite et du béton, une palette reconnaissable entre mille et qui sert à merveille le propos. Dans ce lieu à l'horizon barré de hautes montagnes, isolé physiquement, surplombé par un immense barrage, dans cette ville où règne l'ennui, tout est finalement possible.

 

Porté par un travail sur la lumière proprement sidérant et une bande son envoûtante, la série donne à voir ce qui ce fait de mieux en terme de production française à l’heure actuelle et s’impose comme la meilleure nouveauté de cette terne rentrée 2012-2013.


J’ai aimé :

  •  Un sens du cliffhanger malin
  •  Un détournement intelligent des codes de l’horreur
  •  Une interprétation bluffante

 

Je n’ai pas aimé :

  •  Quelques raccourcis liés à des facilités scénaristiques évitables

 

Ma note : 

- Episode 1 : 16/20

- Episode 2 : 14/20




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A propos du rédacteur

Koss Koss
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18 commentaires sur cet article


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#1
Puck a écrit le 25/11/2012 à 22h28
Entièrement d'accord. La vision du pilot a été un vrai choc, comme j'en ai rarement senti devant une nouvelle série ces derniers temps. J'ai hâte de voir la suite, et j'ai même pensé prendre brièvement Canal+, c'est dire !
Je voulais quand ajouter quelques compléments (tu permets Koss ?).
Pour moi, parmi ce casting haut de gamme, il faut aussi distinguer Céline Sallette, qui campe dès le premier épisode un personnage tout en nuance, à plusieurs facettes. Un personnage qu'elle fait vivre aussi bien dans les silences et les regards que dans les dialogues (en revanche, mention moyen moins à sa voisine, qui dénote et surjoue totalement au milieu d'un casting sobre et réaliste). Face à elle, Victor, un petit garçon extrêmement troublant, dont les apparitions font immanquablement penser à Morse.
Je souhaitais parler aussi de cette violence réaliste, banale quotidienne. Que ce soit l'accident de bus, l'agression, la diversité des réactions des vivants et des morts, on est à chaque fois dans une mise en scène sobre -sans effets sonores appuyés- qui rend les choses très palpables et contribue à plonger le spectateur, de façon beaucoup plus effrayante et profonde que les effets "sursauts", dans un effroi et une terreur qui ne peuvent qu'aller grandissant (enfin je l'espère). On est bien dans l'inquiétante étrangeté.
Enfin, un seul reproche, Koss, comment as-tu pu passer sous silence ce magnifique générique, un petit bijou visuel, qui est un parfait préambule aux épisodes ?
Bref, les Revenants, c'est très bien, et on aimerait avoir votre avis aussi.
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#2
MoolFreet a écrit le 25/11/2012 à 23h29
Elle est spoilante la critique ? J'ai vraiment beaucoup d'impatience pour cette série, du coup si je peux lire sans être spoilé...
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#3
MoolFreet a écrit le 25/11/2012 à 23h30
Par contre vous ferez gaffe, la fiche série semble n'avoir aucune image et du coup ça fait moche sur le site.

(Vous pourrez supprimer ce commentaire quand ce sera corrigé, vu qu'il n'y a plus de forum...
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#4
Koss a écrit le 26/11/2012 à 00h31
Pas d’inquiétude, on ne spoile rien du tout. Les bons twists restent secret. Et pour ce qui est des images, on n'a pas le pouvoir de le faire.

Je voulais aussi remercier Puck qui m'a donné un coup de main dans l'élaboration de cette critique.
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#5
Altair a écrit le 26/11/2012 à 09h43
excellente critique, qui fait vachement envie !
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#6
MoolFreet a écrit le 26/11/2012 à 23h19
TRES LEGERS SPOILERS

Y'a une scène qui m'a marqué dans l'approche du "réalisme face à l'impossible" comme dit dans ton excellente critique Koss : lorsque Camille rentre et se rend dans la salle de bain, le réflexe de sa mère d'enlever les cierges, les photos, les mémentos... cette réaction rationnelle face à l'irrationnel va bien montrer que l'axe de la série c'est de savoir comment gérer tout ça.

Sinon, j'aime bien la gestion des flashbacks, pertinents, pas excessifs alors que la tendance peut être à l'abus, on s'occupe de gérer le présent avant de penser au passé, comme les personnages en fait.
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#7
Puck a écrit le 26/11/2012 à 23h36
Ouaip, entièrement d'accord avec ton exemple. Je l'avais trouvée très réussie cette scène moi aussi. Très crédible (j'allais dire vraisemblable, mais bon)
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#8
Scarch a écrit le 28/11/2012 à 10h42
Très bonne critique, très pro (je ne peux plus en parler sur le forum, je ne peux plus me connecter).
Cela dit, j'attends de voir. Le jeu à la fois théatral et sobre à la française dans tout ce qui est dramatique m'a gêné un tout petit peu (la maman qui voit sa fille morte depuis 4 ans rentrer à la maison, je ne voyais pas une réaction tétanisée). Alors ok, ça passe, mais j'ai l'impression que ça prend le contre pied extreme des américains et leurs excés de zèle à vouloir jouer a fond la carte du pathos. Il en faut quand même un petit peu, du pathos, et les réactions, là, sont vraiment très très sobres.
Sinon, c'est très bien réalisé et je suis d'accord avec tout le reste de la critique.
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#9
Puck a écrit le 28/11/2012 à 17h28
Tu ne trouves pas que la mère est quand même bien dans le pathos, justement ? Elle est complètement en vrac cette femme, et ses réactions sont très justes.
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#10
Scarecrow a écrit le 28/11/2012 à 19h47
Alors là Puck va falloir que tu m'expliques c'était quoi les séries français des années 80-90 qui nous manque tant ? Tu parles également d'un vide des 10 dernières années alors qu'au contraire je trouve que la France n'a jamais produite d'aussi bonne série.
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#11
Puck a écrit le 28/11/2012 à 20h21
Alors, je ne sais pas à qui s'adresse ta question, mais je ne me rappelle pas avoir écrit ça.
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#12
Scarecrow a écrit le 28/11/2012 à 20h29
Oups c'est Koss qui a écrit l'article ^ ^

Au temps pour moi.
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#13
Puck a écrit le 28/11/2012 à 21h01
Mais sinon, ce que je comprends (et partage), c'est que ça fait plusieurs années que l'on nous parle de renouveau de la fiction française. D'une rupture avec l'ère Navarro et Julie Lescaut. Alors, c'est vrai que Canal a mis les moyens, mais en dehors de Kaamelott, des deux premières saisons d'Engrenages, de Fais pas ci, fais pas ça, de l'Ecole du pouvoir sur Arte, je n'ai rien vu d'exceptionnel. Il y a bien des tentatives (Maison Close, par exemple), mais ça s'effrite assez vite.
Bon, après, j'ai pas vu Pigalle la Nuit, qui avait l'air bien.
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#14
Scarecrow a écrit le 28/11/2012 à 21h09
Tu peux rajouter également Braquo, Mafiosa et le tout dernier les revenants.
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#15
Puck a écrit le 28/11/2012 à 21h32
Les Revenants, bien sûr, puisque c'était pour dire que ça changeait. Mafiosa, pas vu. Braquo, heu... c'est quand même du grand n'importe quoi, non ?
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#16
Koss a écrit le 28/11/2012 à 21h59
Puck à tout dit. La série télé française cela n'a jamais vraiment été ça (sauf Farateka and Coe). Un problème de culture, je crois. Même le format télé US de 45 minutes n'a longtemps pas semblé convenir à la TV francaise.
Il y aura un vrai sujet à aborder, là : Quelles sont les raisons de l'échec de l’implantation du format sérielle en France ? Vous avez 3 heures.
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#17
Koss a écrit le 28/11/2012 à 21h59
* Karateka and Co (with Jean Marais)
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#18
Scarecrow a écrit le 28/11/2012 à 22h43
La saison 2 de Braquo part un peu dans tous les sens (cela dit rien à avoir le craquage d'un 24) mais c'est du très bon. Au final ca fait pas mal de bonnes séries française en 10 ans. Et leur niveau n'a rien à voir avec celui d’antan.



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