Critique : Suits 2.01

Le 22 juin 2012 à 09:01  |  ~ 8 minutes de lecture
Une reprise avec classe pour Suits avec la mise en danger du secret de Mike Ross dont le destin repose dans les mains d'Harvey Specter.
Par sephja

Critique : Suits 2.01

~ 8 minutes de lecture
Une reprise avec classe pour Suits avec la mise en danger du secret de Mike Ross dont le destin repose dans les mains d'Harvey Specter.
Par sephja

Trahison et chantage

 

Suite à l'intervention de Trevor, Jessica Pearson découvre le mensonge de Mike et exige de la part d'Harvey qu'il le licencie immédiatement, sous peine d'être viré lui aussi. Seulement, le brillant négociateur est sur un projet de fusion et montre peu d'enthousiasme à l'idée de se séparer de son assistant. Pendant ce temps, Ross tente d'obtenir d'une libraire qu'elle cesse de porter plainte contre la maison d'édition pour qui elle travaillait pour avoir volé son idée.

 

Résumé de la critique

 

Un épisode très réussi que l'on peut détailler ainsi :

  •  une gestion de la mythologie particulièrement ingénieuse
  •  un goût remarquable pour les confrontations
  •  un monde sous influence
  •  un retour totalement réussi

 

 

 

Savoir manier les règles du jeu

 

Après avoir été la bonne surprise de la saison dernière, Suits semble s'inscrire dans un premier temps comme la suite directe du cliffhanger avec l'invitation de Mike par Jessica dans un restaurant. L'occasion de réinstaller le pitch particulier de la série, reposant sur le mensonge de Mike concernant son diplôme d'Harvard, détail anecdotique qui avait permis de souligner la complémentarité entre Ross et Specter. L'ouverture de cette seconde saison était attendue et va jouer sur le caractère particulier du jeune fraudeur, entre l'excitation de sa propre réussite et la peur de voir son mensonge dévoilé.

En quelques minutes, le spectateur retrouve ses repères grâce à des comédiens et des dialogues impeccables, plaçant Mike Ross en position de difficulté. D'un côté, il s'efforce de sauver son emploi, mais doit aussi sauver la fusion préparée par Harvey en obtenant l'abandon par une jeune écrivaine de sa plainte pour plagiat. Rythmées par la chanson "Smoke and Mirror" de Gotye, deux scènes trahissent les espoirs et les peurs de Ross, pris entre l'excitation et la fragilité provenant d'une vie basée sur un mensonge, aussi adroit soit-il.

Marchant sur un fil depuis son arrivée au service de Specter, Mike Ross s'amuse à maintenir l'illusion, copiant sur ce point Harvey, véhiculant une image de lui suffisamment impeccable et impénétrable pour conserver le contrôle. Seulement, ce mensonge autour d'Harvard était apparu petit à petit comme un défaut, obligeant les scénaristes à centrer la mythologie sur Gabriel Macht et le passé trouble de son personnage. Fini Gregor et les histoires liées à la saison un, Aaron Korsh base sa mythologie sur Jessica et Harvey, offrant un virage attendu et plutôt intéressant.

Episode de transition élégant entre la première saison et la seconde, Suits installe une ambiance nouvelle au sein de Pearson-Hardman, plus tendue et sombre, cristallisée par le style séduisant et manipulateur de Daniel Hardman, l'ancien associé de Jessica. Une personnalité encore floue, mais qui donne déjà une mythologie plus solide à cette seconde saison qui ne mise plus sur l'effet de surprise, essayant de créer un arc ambitieux où le mensonge de Mike prend une importance secondaire.

 

L'art de la confrontation 

 

Si Aaron Korsh ne montre pas une passion excessive pour la cour de justice, il est un auteur qui excelle dans le domaine de la confrontation et des dialogues où les répliques présentent souvent un double sens. Ainsi, la première conversation entre Mike Ross et Jessica est un modèle du genre, laissant apparaître un rapport de force par la maîtrise que sa patronne fait du double discours. Un talent qui fait beaucoup du charme de Suits, série qui se plait à confronter les caractères pour mieux révéler la profondeur de ses différents personnages et la nature complexe des rapports de force.

Ainsi, la première scène entre Harvey et Donna est une réelle réussite, retrouvant aussitôt le charme de ce duo qui s'amuse à s'affronter  sans pour autant réussir à se départager. Un style qui doit beaucoup au duo Gabriel Macht - Sarah Rafferty, toujours charmant, donnant une crédibilité forte à la pression pesant sur Mike Ross durant tout l'épisode. L'idée est de laisser paraître l'attachement de l'avocat à son assistant, l'illusion de perfection d'Harvey Specter ne pouvant être parfaite sans la force de travail de Mike Ross.

Mais les meilleures confrontations concernent le duo vedette, une simple réplique bien sentie et parfaitement rythmée de Ross sur la compassion d'Harvey suffisant à rappeler au spectateur les raisons qui lui font aimer Suits. Ecrit avec un réel brio, ces échanges sont imprévisibles, Specter ayant toujours cette petite seconde d'avance sur le spectateur qui lui donne tout son charme et son charisme. Désormais seul aux commandes, Aaron Korsh affirme son style dans ce season premiere simple en apparence, mais particulièrement bien construit autour des différentes confrontations majeures.

Il est amusant de voir d'ailleurs combien le nouveau personnage interprété par David Costabile refuse l'affrontement, fuyant les tentatives d'Harvey pour l'intimider. Une apparente naïveté qui cache une force terrible et intéressante, celle d'une lutte de pouvoir qui s'annonce sans merci et assez passionnante, prémisse intéressant pour une saison assez prometteuse.

 

 

Un univers entre mentor et élève 

 

L'autre intrigue de l'épisode touche à une histoire de droits d'auteur en apparence anecdotique, mais qui va faire au final office de déclaration de foi de la part des auteurs. En effet, si certains se revendiquent d'univers originaux et inédits, Arvon Korsh et Kevin Bray conçoivent l'univers de Suits comme un monde de fraudeurs, d'apparences trompeuses, un jeu de dupe qui donne tout son charme à la série. Ainsi, si Mike Ross est un menteur, les autres personnages le sont bien plus, mentant sur leurs sentiments et leurs convictions, l'être bon se définissant par la manière dont il parvient à faire apparaître sa fragilité.

La série se plait donc à citer Les Affranchis pour mieux raconter l'histoire de deux héros sous influence dans un monde où se côtoie les mentors et les élèves. Si Ross est unique grâce à sa mémoire hors norme, il est le prisonnier de son incapacité à se fondre dans l'univers, à se donner l'apparence de l'être exceptionnel qu'il est. En puisant chez Harvey son sens de l'intimidation, le jeune assistant va contre sa nature et le spectateur peut s'amuser à voir celle-ci reprendre le contrôle alors qu'il tente d'appliquer la recette Specter à la jeune libraire.

C'est cette incapacité à aller contre ses sentiments et sa compassion qui rend Mike Ross d'autant plus attachant, sa faiblesse trouvant sa racine dans sa nature profonde. Les références à Superman sont importantes, car elles sont le coeur d'une série où le costume définit l'être, où notre costume fait de nous notre propre création, l'incarnation d'un fantasme concernant l'être humain, mélange de nombreuses références qui composent chaque individualité. Au travers de cette histoire de droits d'auteur, Aaron Korsh définit la philosophie d'une série soignée, élégante, mais qui ne se prend pas au sérieux et s'amuse à faire apparaître derrière les costumes et les discours de façade la terrible fragilité de l'être humain.

 

Retour gagnant pour un avenir compliqué 

 

Après la bonne surprise de l'année dernière, Suits confirme en proposant un season premiere réussi et ambitieux, porté par une écriture élégante et une mise en scène efficace. Modifiant en profondeur la mythologie pour la recentrer sur le duo Harvey - Jessica, Aaron Korsh montre qu'il a su tirer les leçons de l'année dernière et corriger certains défauts de sa création. En conclusion, un épisode convaincant qui confirme le statut particulier d'une série singulière qui va devoir survivre à l'intérieur d'un été 2012 qui risque d'être dangereux pour les séries USA.

En effet, la concurrence des finales NBA a fortement diminué l'audimat du show, le plaçant dans une situation inconfortable malgré les bons scores à la rediffusion. Loin d'être sereine, les équipes créatives des séries de l'été craignent l'arrivée des JO qui risquent de drainer le public habituel de la chaîne. Espérons que le show saura se maintenir, tant ce premier épisode aura confirmé la bonne impression globale de l'année dernière, faisant de Suits l'incontournable de la saison estivale avec Wilfred et White Collar.

 

J'aime : 

  •  les dialogues sont très bien écrits 
  •  les acteurs excellents, en particulier le duo Sarah Rafferty - Gabriel Macht 
  •  la réalisation parfaite 
  •  l'emploi de la chanson Smoke and Mirror 

 

Je n'aime pas : 

  •  je passe 

 

Note : 15 / 20 

Très bon retour pour Suits qui nous replonge dans l'univers du show en quelques minutes avec de développer une mythologie nouvelle autour de Daniel Hardman. Portée par des comédiens excellents, la surprise de l'année dernière confirme haut la main son statut de série de grand standing.

L'auteur

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