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Avis sur les saisons
Avis sur les épisodes
Doctor Who est une série si inégale, avec des sommets prodigieux et des épisodes d'une rare indigence, que parfois on est juste content d'avoir... Un bon épisode.
The Haunting of Villa Diodati n'est pas d'une originalité folle dans ses concepts (dans la grande tradition de "Chibnul pioche dans sa collection de DVD" on a donc un mélange de The Haunting et Terminator), mais tout est suffisamment bien pensé et exécuté pour passer un bon moment. Je suis, par exemple, assez client des moments où le Docteur et ses compagnons "profitent" d'une époque (comme Twelve et Bill au début de Thin Ice), j'ai donc bien apprécié le début de soirée chez Byron, l'ennui du Doc et la déception que ressentent les compagnons forcés de faire des mondanités.
De même, on a souvent reproché à Chibnul d'introduire beaucoup trop de personnages. Ici, le contexte historique l'oblige, mais je trouve que tous trouvent une place dans l'intrigue. Polidori, par exemple, est le plus anecdotique du lot, mais son somnambulisme est utilisé pour clarifier la nature du "piège" qui encercle les personnages. Idem pour le bébé, qui donne une motivation claire à Mary tout en teintant d'ironie toute cette histoire quand on connaît le sort qui lui est réservé peu de temps après les événements de l'épisode. Globalement, The Haunting of Villa Diodati trouve un bon équilibre entre les épisodes historiques "caricaturaux" (mais on n'en demande souvent pas plus à Dr Who) et une certaine connaissance de son sujet permettant d'intégrer quelques idées pertinentes dans le corps de l'intrigue. De même, l'épisode parvient à développer tout le casting secondaire et à offrir des choses aux compagnons. C'est plus (Graham et ses fantômes, sympa mais osef) ou moins (Yaz qui parle de sa vie avec le Docteur, Graham qui s'oppose sur le sort de Percy à la fin) anecdotique, mais c'est tellement rare dans cette ère que ça fait un bien fou, d'autant plus quand ça permet à Whittaker d'offrir une bonne scène de tension dramatique à la fin.
Autre point positif de cet épisode : c'est la première fois depuis bien longtemps qu'un épisode m'a semblé agréablement plus long que prévu. Le rythme de l'épisode était bien géré, donnant suffisamment d'ampleur à tous les éléments de son intrigue sans trop brûler les étapes. Le fait que la menace du Lone Cyberman aie été introduite précédemment et que la conclusion n'en est pas vraiment une aide, mais si c'est le meilleur moyen pour que la série arrête de précipiter ses intrigues, je suis preneur.
Concernant le Cyberman, je rejoins à peu près tout ce que dit Galax à son sujet. C'est un des ennemis les plus casse-gueule à représenter, et il a connu des traitements plus qu'aléatoires par le passé. Cette nouvelle approche est donc plutôt bienvenue, mais j'ai un peu peur qu'il perde de la superbe dans les prochains épisodes...
Dans mes petits reproches à l'épisode, je trouve un peu dommage que Mary Shelley soit finalement si secondaire au récit et que toute l'intrigue tourne autour de Percy. Mais j'y vois (comme pour la résolution power of love) une potentielle subversion des attentes puisque l'ère Chibnall nous a toujours offert des portraits de femmes historiques fortes jusqu'ici, nous promettre Mary Shelley et la création de Frankenstein pour finalement nous révéler que c'est l'héritage de Percy Shelley qui est vital à l'intrigue pourrait être un autre moyen de jouer avec les attentes du public. Un peu maladroit, quand même.
Je rejoins enfin Galax sur l'idée que s'incruster le soir de la création de Frankenstein me semblait pas forément être la meilleure idée pour un voyageur temporel, d'autant plus que l'Histoire est effectivement totalement bouleversée à la fin de l'épisode, et que le Docteur ne prend même pas la peine d'essayer de rétablir les événements ou d'effacer la mémoire des personnages. Mais soit, c'était un bon épisode.
C'est encore une fois le même problème.
Ascension of the Cybermen est un épisode relativement basique dans ses propositions, mais la crainte de voir Chibnul nous assomer d'une nouvelle bouse transforme désormais le plomb en or.
Il y a quelques chouettes idées, reconnaissons-le. On sent le fanboy dans le traitement des Cybermen (la cyberwar, les cyberdrones rigolos, le nouveau design, les morceaux flottants dans l'espace, le climax) et l'amoncellement de mystère rappelle les belles heures de Moffat (Brendan ! Ko Sharmu ! La vérité vraie cette fois pour de vrai de vrai !!), avec une crainte un peu similaire de voir tout exploser en vol, sans le pay-off émotionnel que Moffat savait souvent très bien gérer.
Difficile donc de juger l'épisode sur cette simple première partie. C'est une fuite en avant, peuplée des sempiternels personnages secondaires sous-écrits et de compagnons dont on veut nous prouver l'incroyable évolution (Graham est optimiste !! Yaz ressemble au Docteur !! Ryan... fronce les sourcils !!). On se demande quand même pourquoi le Docteur qui jurait mordicus de ne plus exposer ses compagnons aux dangers des Cybermen les catapulte pépouze en pleine cyberwar. Mais bon, la promesse de la fin d'une ère aide sans doute à faire passer la pillule d'un épisode qui repose quand même sur une grosse aberration scénaristique, LE truc de base à justifier quand tu bases ton intrigue sur une course-poursuite dans l'espace : pourquoi ne pas revenir au Tardis et sauver illico presto tout ce petit monde ?
Doctor Who, c'est du Play-Doh. Tout est possible avec, et la série n'est jamais aussi frustrante que lorsqu'un auteur ne profite pas de cette opportunité, comme Chibnul en saison 11. Mais Chibnul n'est plus, acclamons le Chiboss !
J'ai souvent regretté sous le règne de Moffat que la série se complaise dans le fan service et les intrigues d'initiés. Cependant, il faut bien l'admettre, arrivée à sa douzième saison il est difficile de contenter à la fois les nouveaux venus et les fidèles parmi les fidèles. Après une saison 11 qui ouvrait la porte à tout le monde, Chibnall s'amuse cette fois-ci à la claquer au nez des puristes en bouleversant 57 ans d'histoire comme jamais aucun showrunner ne l'avait tenté avant lui. Spyfall nous l'avait promis, tout n'était que mensonge.
Certes, je suis plus client d'un Docteur simple gallifreyéen animé par l'envie de découvrir le monde, et recourir au cliché du héros/élu à l'origine de tout est loin d'être mon approche favorite, mais je ne me formalise plus du canon de la série. The Timeless Children nous rappelle qu'à l'image de son héroïne, Doctor Who est protéiforme, et qu'un futur showrunner pourra très bien effacer ou prolonger les idées de Chibnall pour nous proposer autre chose.
La qualité essentielle qui ressort de l'épisode/la saison, c'est que Chibnall s'amuse enfin. Il n'a plus peur d'une série à l'héritage si massif. Au contraire, il joue avec, réalise quelques délires de fans (les CyberLords au design aussi grotesque que génial, ou encore l'intégration du générique de la série classique), et ouvre des perspectives pour la suite. Il va maintenant falloir se retrousser les manches et ne pas fuir face à ce qui a été (dé)construit, monsieur Chibnall. Car nous dire que le Docteur reste le Docteur, peu importe son histoire/son nom, Moffat l'a déjà fait. Maintenant, il va falloir s'emparer de son sujet et poursuivre sur cette voie, en corrigeant encore un peu cette écriture empesée et parfois un brin fainéante (l'intervention de pépé à la fin) pour paver l'avenir du show.
Comme le dit si bien Galax, la question est désormais posée : Doctor Who ?
J'aime bien les costumes des monstres chauve-souris géantes.
C'est à peu près tout, les quelques bonnes idées des premiers épisodes tombant ici totalement à plat. De ma faible expérience des Classics, le découpage assez fréquent en 4 épisodes me semble le principal problème. La structure 3 épisodes/3 actes éviterait légèrement ces insupportables allers-retours qui ne servent qu'à relancer laborieusement l'intrigue.
