Critique : Doctor Who 13.0

Le 06 janvier 2022 à 09:42  |  ~ 26 minutes de lecture
Doctor Who : Eve of the fin de l’ère Chibnall.
Par Galax

Critique : Doctor Who 13.0

~ 26 minutes de lecture
Doctor Who : Eve of the fin de l’ère Chibnall.
Par Galax

 

Pour son troisième et ultime spécial de nouvel an faisant figurer les Daleks, Chris Chibnall opte cette fois pour un huis-clos total, dans un épisode à concept de boucle temporelle façon Un jour sans fin, comme le fait remarquer explicitement le compagnon Dan dans l’épisode.

C’est un spécial qui tranche radicalement avec les deux premiers. Celui de 2019 présentait un Dalek militaire qui se faisait battre par un micro-ondes (brr…), et celui de 2021 comportait le retour de Jack Harkness, la Docteur en prison, un départ réussi de deux compagnons et une intrigue politique originale.

Vous l’aurez compris, je trouve que ce spécial vient se placer aisément entre les deux précédents en termes de qualité. Sans être horrible comme le premier, il n’est vraiment pas à la hauteur du précédent.

 

Doctor Who

 

Resolution, Revolution… et Yves ?

 

L’épisode déçoit déjà car il manque l’opportunité de conclure vraiment cette "trilogie Dalek". On aurait pu revoir UNIT, Jack Robertson le pseudo-Trump (dont l'acteur est cancel, apparemment), ou encore l’unité de purification Dalek du spécial précédent, etc.

À la place, Chris Chibnall opte pour un spécial très léger en continuité, pour trancher avec les événements massifs de la saison. Une idée en soi respectable car ingénieuse : l’overdose de continuité est un risque, le budget est déjà bien dépensé, et n’oublions pas les contraintes COVID. Je ne tergiverserai donc pas trop sur ce choix, qui se respecte, même si l’épisode part avec un certain non-intérêt pour ma part.

 

Eve of the Daleks, poster

 

En revanche, je critique l’utilisation finale des Daleks qui est faite. Placer l’épisode sous le signe d’une revanche pure et simple des Daleks suite au danger que représente la Docteur après le final de la saison 13 : c’est un oui. Pour une fois que la série est cohérente si vite ! En revanche, passée cette idée... que font les Daleks ? Ils "tuent" nos protagonistes, mais uniquement parce que le scénario l’autorise. Autrement, ils manquent mille cinq cent fois leurs tirs, et font quelques progrès dans la logique de la boucle temporelle uniquement quand ça arrange le scénario à nouveau (ils ne se téléportent près des héros qu’une fois, ne pensent à enlever l’électricité qu’une fois, etc.).

Et comment oublier cette reprise de la technique "je me baisse pour que les ennemis se tirent dessus", une véritable aberration que Chibnall avait déjà employée dans le pire final de l’histoire, en saison 11 ? (Ryan et Graham se baissaient pour que les sniperbots, les "tireurs les plus précis de l’univers", meurent tous ainsi…). C’est fait ici avec plus de légèreté, cela ne m’a donc pas autant dérangé, mais cela ne sert pas du tout la cause Dalek. À quand remonte la dernière fois où un Dalek a vraiment été menaçant de A à Z...?

 

"Daleks learn"... mais pas trop.

 

En fait, à l’exception de leur vendetta contre la Docteur qui est cool car explicite, on pourrait remplacer les Daleks par virtuellement n’importe quel autre antagoniste régulier. On n’exploite ni leur haine aveugle, ni leur aspect hybride robotique, ni leur lore, ni leur conflit interne. Presque rien. C’est le néant de fond, comme l’était le Dalek de Resolution, avec juste un peu plus d’artifices pour emballer l’épisode. J’ai vu les fans – mêmes détracteurs de cette ère – encenser l’emploi des Daleks dans l’épisode et plus généralement le talent de Chibnall avec ces ennemis.

Quoi ?! Je ne suis pas d’accord. Avec cette trilogie faussement trilogi-enne, Chris Chibnall a certes varié les tons (une course internationale, une enquête politique avec du lore, un huis-clos comique)... mais il a dépossédé les Daleks de certaines de leurs spécificités.

Et pire que tout : il les a rendus prévisibles. Je m'attendais à ce spécial nouvel an Dalek car c'était une évidence, et je n'avais pas hâte de le voir.

 

Dalek et sapin de Noël

Quelques beaux plans sur les Daleks sont à relever, même si le format huis-clos n'est jamais transcendé

 

Ce n’est pas un hasard si tout le monde est plus hypé par l’annonce du retour des Sea Devils. Même moi, qui n’ait jamais vu un seul de leur épisode de la série classique avec eux, suis très intrigué. Car, sous couvert de "faire du neuf avec du vieux", cela reste un truc jamais vu dans la nouvelle série. Au fond, j’en ai marre des Daleks. Cela m’a vraiment frappé durant Eve of the Daleks. Il est plus que temps de leur donner un repos bien mérité, et de ne les utiliser qu’en guise de caméos pour une longue période de temps, comme l’avait fait Steven Moffat sur la fin de son run.

 

Eve of the Daleks, of the Daleks, the Daleks, Daleks, eks…

 

Le concept phare de l’épisode, une boucle temporelle qui rétrécit à chaque itération, est indéniablement une bonne idée. Et l’exécution semblait bien partie. Dans l'ensemble, ce n'est pas trop mal. C'est divertissant. J’ai néanmoins de nombreuses questions tatillonnes, qui me font dire la chose à ne jamais se dire avec un showrunner de Doctor Who : "le précédent aurait fait mieux" !

En fait, plein de trucs ne collent pas vraiment. Ou plutôt, sans que ce soit des incohérences grossières, il y a trop de non-dits et de trous. C’est souvent le problème avec Chibnall en ce moment d’ailleurs. À celles et ceux qui ont apprécié l’épisode sans se poser trop de questions : je comprends totalement. Mais si on s’arrête deux secondes pour s’interroger : qu’est-ce qui fait un reset de la boucle ? L’heure "minuit" atteinte ? Alors est-ce une coïncidence que les Daleks tuent la Docteur six fois de suite à cette minute précise ? Il est plus logique que ce soit la mort de la Docteur qui réinitialise la boucle, n'est-ce pas ? Alors en quoi s’échapper à minuit change quoi que ce soit, et pourquoi la boucle semble toujours se réinitialiser à minuit ? (on en revient au problème de départ). Et quid du TARDIS, qui aurait donc causé la boucle temporelle pour protéger la Docteur de la mort ? Une belle idée, mais dommage que l’épisode dise que cela n’a été causé que parce que le TARDIS lui-même s’est réinitialisé. En tout cas, c’est ce à quoi pense tout de suite la Docteur, et l’épisode ne revient pas dessus.

 

Yaz et Dan entrepôt

« Attends, on serait pas dans un scénario de merde, là ? »

 

La temporalité des différents cycles est en fait un peu ratée, on sent bien que certaines scènes du milieu d’épisode sont trop longues par rapport à ce qu’elles devraient être. Le gimmick est efficace dans les grandes lignes, mais n’est pas aussi soigné qu’il ne devrait. Le fait qu’un bouclier protecteur ne couvre pas les sorties souterraines est une jolie facilité. Le coup des explosifs pour se libérer de la boucle est passable, tout au plus. L’idée du personnage secondaire qui risque de rester mort à tout jamais est intéressante mais n’est plus ré-exploitée dans les cycles suivants.

 

Une histoire portée par les PERSONNAGES

 

Selon Chris Chibnall, un mec "chelou au bon coeur" est quelqu’un qui utilise un entrepôt pour stocker les affaires oubliées de ses dizaines d’ex-petites-amies.

What. The. Fuck.

Cela ne rend pas Nick attachant mais complètement creepy bordel. ^^ Cela donne une scène comique très réussie sur le coup. Les moments comiques sont même assez réussis, je suis fan du passage où Nick part du principe que Sarah est revenue à l’étage pour le sauver, et celle-ci qui dit « mais oui bien sûr », alors qu’elle était venue prendre les armes pour se tirer. Ou encore cette réplique (un peu forcée mais soit) :

NICK: I'm trying to figure out which is more unlikely -Time loop with robots or 3 people from the council working on New Year's Eve.

Le problème est qu’il s’agit ensuite de rendre ce pseudo-pervers sympa, et de le mettre en couple avec la fille de l’épisode, Sarah, qui est probablement le personnage secondaire avec le plus de caractère de la série. Quelque chose ne colle pas dans leur relation.

 

Sarah

 

Les deux guests sont relativement efficaces et mémorables, mais le contexte est si étrange (c’est quoi en fait cet entrepôt pour louer de l’espace ? Ça existe vraiment ? C’est ouvert un 31 décembre jusqu’à minuit ?), et leur relation part de si loin à la base, que le changement soudain de comportement de Sarah à la fin est un peu trop bâclé. J’aurais préféré qu’ils restent bons amis qui se mettent à flirter, à la limite. Ou qu'ils mettent une vraie ellipse. Tout va trop vite. Je ne trouve pas cela très crédible, cette transition vers une fin d’épisode où ils s’appellent "bébé" et où la mère de Sarah connaît déjà bien Nick.

Tout cela reste des défauts assez mineurs pour la bonne raison que les acteurs restent convaincants, les personnages assez mémorables, et surtout, qu’ils servent de tremplin pour parler de la vraie relation amoureuse à sens unique de l’épisode, entre une personne "cheloue au bon coeur" et une autre qui manque de confiance en elle : Yaz et la Docteur.

 

Thirteen et Yasmin : Thasmin <3

 

Je n’étais pas fan de l’idée de projeter des fantasmes d’un amour entre Yaz et 13. Je voyais cela comme un moyen pour les fans de donner de la personnalité à Yaz, avant que son développement n’ait lieu.

Son développement a eu lieu sous nos yeux ici, et c’est super.

Franchement, bel exploit de la part de Chris Chibnall, de parvenir à crédibiliser leur relation. Cela tient en trois répliques très bien écrites, en une Mandip Gill qui joue extrêmement bien avec des regards subtils qui en disent long… et surtout en un Dan absolument génial, avec un John Bishop hilarant. Faire de Dan le shippeur qui représente le public permet de faire perdurer ce compagnon éphémère comme une sorte de faire-valoir comique, et c’est la meilleure idée possible pour ce personnage. Comme si la série savait un peu qu'il allait plaire et devenir un meme. Il fallait en fait un Dan qui arrive pour enfin secouer les choses pour Yaz. Dan, dans sa non-subtilité, mêlé à son sens de perspicacité et sa nonchalance pour en parler à la Docteur, Dan qui a côtoyé Yaz pendant des années à l’écran, séparés par la Doc, Dan est en fait celui qui permet au tabou de se briser.

 

Dan, le sentiment accompli

 

Et puis, quel tour de force que de parvenir à se servir du non-développement initial de Yaz en saison 11, suivi par des révélations sur sa solitude et son passif de dépression/manque suicidaire de confiance en soi, avec une pointe de fascination maladive pour 13 lorsqu’elle n’est pas avec elle… tout ceci afin de justifier un malaise sur ses sentiments amoureux naissants. Après Bill Potts qui était la représentation optimiste parfaite pour la série, celle-ci s’illustre avec un personnage beaucoup moins à l’aise et d’une façon totalement inédite, et très réaliste qui plus est. Cela donne une nature d'acceptation de soi au personnage de Yaz, et offre une jolie lecture de son "arc", de son absence d'arc initial, à sa prise de confiance dans le TARDIS, tout en étant de plus en plus déboussolée dans sa relation avec Thirteen.

Et le mieux dans tout ça, c’est que même le comportement de Thirteen extrêmement irritant envers Yaz en devient cohérent. J’ai vraiment eu de la peine pour Yaz dans l’épisode quand 13 lui parle mal. Ce n'était pas la première fois de la saison – mais c'est la première fois que 13 s'excuse, probablement car elle commence à sentir que son malaise va trop loin. Je repense à toutes les fois où Thirteen et sa maladresse affective avec ses compagnons ont été décriées. Personnellement, j'ai toujours été fan d'intégrer ce trait de caractère chez une Docteur, et j'aime beaucoup le côté asocial et antipathique que cela donne à 13. Dan arrive finalement avec l’explication la plus logique : elle se mentait à elle-même et savait très bien ce qu’elle faisait.

Deux possibilités maintenant : qu’elle mette une distance parce qu’elle a des sentiments réciproques, ou justement car elle n’en a pas du tout. Cela reste à déterminer dans les deux derniers épisodes.

 

Yaz coming-out

 

Mais une chose est sûre, je n’aurais jamais cru un jour que Yaz serait abordée avec un angle aussi intéressant et inédit dans la série. Ce qui n’était que des bribes de personnage, forme au final un tout cohérent, qui parvient à donner du sens et de l’importance à tous les moments (certes peu nombreux, ce qui aide) du personnage : les débuts hésitants, la dépression, la séparation avec Thirteen, le dialogue avec Jack dans le spécial précédent, ou celui avec Claire Clairmont dans l’épisode de la villa suisse. Ou même plus récemment, l’hologramme et les retrouvailles dans Flux, et le fait qu'elle veut vraiment se rapprocher de la Doc et de ce qu'elle traverse.

En fait, je ne pensais pas un jour que Yaz dépasserait le statut qu’elle avait atteint dans Flux de "compagne devenue enfin sympathique bien trop tard, qui n’apportera rien de neuf à la série", pour devenir un vrai personnage. Mieux vaut tard que jamais, surtout quand c'est le fait que ce soit aussi tardif qui joue en sa faveur. Bien joué Mandip, Jodie, Chris et tous les shippers de Thasmin.

 

Artifice et artifices

 

Il me reste un dernier point à aborder, lui aussi très positif : malgré le côté très popcorn de ce spécial de nouvel an (qui assume enfin d'en être un avec des feux d'artifice et la notion de décompte), le fond de l'épisode n'est vraiment pas idiot. Tout tient dans ce speech de la Docteur sur la notion de cycle/boucle, qui donne envie d'abandonner mais qui rappelle l’importance de l’échec, d’essayer, de se relever et de finir par triompher.

Je vous mets tout le speech car c’est assez important selon moi de tout avoir en tête :

SARAH: But we failed to do this the last five times. And this time we have even less time. What makes you think that this is going to work?
DOCTOR: Because something seems impossible. We try, it doesn't work, we try again. We learn, we improve, we fail again, but better, we make friends, we learn to trust, we help each other. We get it wrong again. We improve together, then ultimately succeed. Because this is what being alive is. And it's better than the alternative. So come on, you brilliant humans. We go again and we win.

SARAH : Mais nous avons essayé et échoué cinq fois. Et cette fois, on a encore moins de temps. Comment vous pouvez dire que ça va marcher ? 
DOCTEUR : Parce que ça semble impossible. On essaye, ça ne marche pas. On réessaye. On apprend, on s'améliore, on échoue encore, mais on échoue mieux. On se fait des amis, on apprend à donner sa confiance, on s'aide les uns les autres. On n'y arrive toujours pas. On s'améliore ensemble, et ultimement, on réussit. C'est ça, être en vie. Et c'est mieux que l'alternative. Allez, mes brillants humains. On y retourne et on gagne!

 

C’est un speech probablement cathartique pour Chris Chibnall, comme si le scénariste essayait de se donner du courage et de justifier les caractéristiques de son ère, qui a toujours flirté entre les tentatives d'innovations extrêmes, et le recours à des paris très classiques déjà-vus. En effet, il parle ici :

  • À la fois, des concepts de son ère qui proviennent d'ailleurs, où il itérait dessus jusqu’à trouver la formule réussie. On a notamment l’utilisation des Daleks avec un couple traqué au nouvel an – bien plus attachant et réussi ici que dans Resolution. On a également les multiples échecs de communication de la Doc avec Yaz ou ses compagnons, qui sont réutilisés dans l’intrigue et tentent de se justifier en l'intégrant au caractère de la Docteur et à l'histoire de Yaz. Même Dan est une sorte de réessai de Graham, en soi, si on pousse un peu. Bref, l’ère Chibnall essaye constamment de justifier ses erreurs par itération en réinjectant de nouvelles tentatives de nous séduire, et selon la théorie de la Docteur, cela finit par convaincre au bout d’un moment. C’est le cas ici, clairement, avec Yaz.
  • À la fois, à des idées ultra-novatrices pour casser cette boucle. Chris Chibnall reconnaît ainsi que la série, malgré son potentiel infini, semble condamnée à se répéter au travers de mêmes ficelles, et qu’il faut parfois faire des twists qui retcon presque le canon pour trouver de l’idée. En l'occurrence : l'ère Chibnall reprend de façon abondante des monstres classiques même surutilisés (Cybermen, Maître...), une idée de Gallifrey détruite, une idée de Docteur cachée... mais sort aussi des bombes de lore jamais vues : la Fugitive, le Timeless Child, Tecteun...

C’est un discours très intéressant pour cette série sans fin, qu’aucun épisode n’avait vraiment abordé jusqu’ici à ma connaissance. Et quoi de plus pertinent que de le faire dans un épisode où l’intrigue se répète, dans un remake littéral de l'histoire sans fin ?

 

Voyage dans le TARDIS

 

L’épisode conclut par les compagnons du jour qui en ressortent grandis et décident de… prendre un taxi pour partir en voyage. Car comme on le sait toujours, la morale de la série ne changera pas : il ne s’agit toujours que d’une superbe ode au voyage. La série vient par cycle, celui de Jodie se termine bientôt (comme la fin de l'épisode ne nous le rappelle pas du tout subtilement…), et Doctor Who ne cessera de se réinventer. De réinventer ici les Daleks (et d’échouer de toute évidence, selon moi), de ramener là les Sea Devils, de revigorer une relation Doc/compagne au point mort (et de réussir avec brio là-dessus, selon moi toujours).

Cela sonne comme un aveu d’échec, oui, peut-être... mais aussi une autorisation, voire un devoir à échouer pour mieux réussir ensuite. Chris Chibnall semble répondre aux détracteurs qui disent des phrases comme "seules dix saisons de la série sont canon" ou "l’ère de Jodie aurait dû ne jamais exister". Comme le dit la Docteur dans son speech : l’alternative à la tentative et à l'échec, c’est la mort – du show en l’occurrence. Cet appel à continuer à avancer, à innover, à voyager, et à se faire des amis sur le chemin, bref, de créer de l’histoire, jusqu'à réussir, est très représentatif du beau message de voyage et de réinvention de Doctor Who, que ce soit pour ses personnages ou pour ses créateurs et toutes les personnes qui y participent.

C’est particulièrement sympa d’avoir une telle scène et un tel propos sur la réinvention de la série (qui constitue même la scène finale, avec cet enchaînement taxi-TARDIS-Sea Devil), dans un épisode bourré de défauts et avec des éléments très médiocres, comme d’autres très réussis.

~~~

Au fond, l’important est d’essayer, car c’est ainsi que les histoires sont créées. Difficile donc d’en vouloir à Chris Chibnall tant il tente de toutes ses forces d’innover dans une série peut-être plus piégée que jamais. Cet épisode de boucle temporelle hasardeuse, aux ennemis surexploités peu crédibles et aux facilités scénaristiques abondantes, possède plusieurs aspects profondément attachants, grâce à du coeur à l’ouvrage, notamment dans son divertissement, dans sa vision sur la réinvention de la série, et sur la brillante réussite de l'évolution de la relation entre Thirteen et Yaz.

Ce premier spécial annonce donc une volonté de donner une ultime tentative pour corriger, apprendre de ses erreurs, et réussir. Et la dernière itération, Flux, était si proche du but et de la perfection, qu’on a vraiment envie d’y croire. Et si cela ne fonctionne pas non plus, la série en ressortira tout de même grandie. Il n’en fallait pas plus pour lancer le pénultième épisode de Jodie Whittaker, Mandip Gill et Chris Chibnall.

 

J’ai aimé :

  • Thasmin <3 et la dynamique de la team TARDIS en général
  • Le gimmick temporel est original et accrocheur
  • Quelques échanges très drôles dans un épisode léger et digeste, ce qui change après la saison chargée
  • Les mentions à Flux qui clarifient l’histoire et exploitent bien les événements majeurs (l’idée de vendetta Dalek, Dan/Yaz, Yaz/Docteur, la confirmation de la survie de l'univers, etc.)
  • Un discours méta sur la série qui tourne en boucle et l’importance de l’essai au renouveau
  • Chris Chibnall montre qu’il tente d’apprendre de ses erreurs, avec parfois beaucoup de succès (le prisme inédit sur la sexualité, le couple secondaire attachant)
  • Petit détail, mais je suis fan de l’effet visuel de départ sur le TARDIS qui fait un reboot

Je n’ai pas aimé :

  • Les Daleks ne sont pas crédibles et trop génériques – une pause est nécessaire…
  • La non-opportunité de boucler une trilogie
  • Les limites énormes de l’écriture dans la crédibilité des boucles temporelles, avec plein de trous
  • Chris Chibnall qui montre qu’il tente d’apprendre de ses erreurs, avec parfois beaucoup de difficulté (le scénar’, les ennemis, savoir gérer la demi-mesure entre fanservice total et absence de lore)
  • L’univers de l’épisode pas très cohérent, avec cet entrepôt et Jeff le deus-ex-machina

Je n’oublie pas :

  • Le meilleur caméo retour de l’histoire. Cf. le Coin du Fan

Ma note : 12-13/20, je ne me mouille pas trop, cela pourra marginalement baisser ou augmenter avec le temps, notamment à quel point la relation Yaz/Doc aura un climax émotionnel réussi.

 

Le Coin du Fan

 

  • Un personnage revient tout droit sorti du premier épisode de Jodie Whittaker. Est-ce Tim Shaw ? Est-ce Grace ? Est-ce le kebab man ? Mieux ! Dites bonjour à Karl, le conducteur de grue du premier épisode.

 

Karl

 

Ce caméo est à la fois aberrant et génial, tant personne ne peut se souvenir du personnage. Il faut se rappeler que dans le premier épisode, tout le gimmick du personnage était qu'il se répétait sans cesse qu’il est "important, spécial, aimé". C’est assez incroyable de le revoir pour cinq secondes, trois saisons plus tard, en train de kiffer sa vie avec des feux d’artifice. Et n’est-ce pas un beau message qu’en effet, tout le monde est important et doit prendre confiance, même les acteurs avant le plus petit rôle d'un épisode ? La nature tellement aléatoire de ce retour me fait plus que sourire !

 

  • Le caméo n'est peut-être pas si aléatoire que cela, si on pousse un peu le raisonnement. Karl regarde le feu d'artifice, le même qui semble symboliser la suite de la relation Yaz/13, comme la réalisation le souligne bien. Et la présence de Karl nous renvoie immédiatement au premier épisode, notamment à la fin, à l'enterrement de Grace, où Graham évoquait... "Trois belles années avant de tomber amoureux." Le tout est très proche d'un plan sur 13 qui fixe Yaz avec un changement de focus très clair. Oui oui. Chiboss avait-il vraiment tout prévu ?

 

  • Le personnage du chelou au bon coeur de l’épisode s’appelle Nick. À un moment, Sarah pense qu’il approche et l’appelle "Nick", alors qu’il s’agissait d’un Dalek. Ce à quoi le Dalek commente :

I am not Nick.

C’est une phrase peu anodine puisque l'acteur jouant la voix des Daleks de la série (et celle des Cybermen et Zygons, entres autres) depuis la première saison, s’appelle… Nicholas Briggs, surnommé Nick. Probablement un petit hommage à l’acteur le plus présent dans la série !

 

Rendez-vous au printemps pour des pirates, l’Asie, et les Sea Devils !

L'auteur

Commentaires

Avatar Gizmo
Gizmo

Excellente critique, à laquelle j'adhère totalement !

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Avatar OmarKhayyam
OmarKhayyam

Super article! Je pense qu'on est globalement d'accord. 

Pour Thasmin, j'adorerais que ce soit réciproque, d'autant que ça pourrait résonner avec le discours du Docteur dans Demons of the Punjab ("Love, in all its forms, is the most powerful weapon we have, because love is a form of hope and, like hope, love abides in the face of everything.") J'adorerais aussi que leur fin, ce soit pas une mort tragique ou un truc du genre, mais qu'elles viellissent ensemble et qu'à la fin Thirteen se régénère. Ce serait sobre, mais on a peut-être besoin d'une romance comme ça. 

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