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Critique : Doctor Who (2005) 10.04 - Knock Knock



Hercule Poirot sur Gulli.


Doctor Who (2005)
Genres :
Fantastique, Science-Fiction
Série anglaise
Année : 2004
Format : 42 min
BBC One France 4



En popularisant l’expression « behind the sofa » dans les années 70, impliquant que les enfants devaient se cacher derrière leur canapé pour suivre la série, Doctor Who a ouvert la voie à une longue tradition d’épisodes horrifiques qui se poursuit encore aujourd’hui dans la nouvelle série. Dans cette catégorie, Peter Capaldi n’est clairement pas en reste par rapport à ses prédécesseurs avec des histoires telles que Listen ou Heaven Sent qui ont été parmi les plus abouties de son run. Mais pour un scénariste de Doctor Who, l’horreur est un genre complexe à appréhender. En effet, comment réussir à proposer un divertissement à la fois familial et horrifique en évitant les nombreux clichés qu’implique le genre ? Mike Bartlett, petit nouveau dans la famille des scénaristes du Whoniverse s’y essaye avec Knock Knock, un épisode prometteur qui devait donner le coup d’envoi de la seconde phase de cette saison 10, après trois épisodes qui avaient pour objectif de poser les bases d’une nouvelle relation Docteur/compagne. Et cette semaine, l’effroi est bien au rendez-vous. Mais pas vraiment là où on était en droit de l’attendreaurai.

 

 

L’horreur pour les nuls

 

Bienvenue dans la maison hantée

J'vous préviens, c'est une vraie boucherie là-dedans !

 

La première séquence donne le ton de l’épisode. Une bande de jeunes, dont Bill notre pétulante nouvelle compagne, partent à la recherche d’un appartement sur fond de musique pop, une introduction qui n’est pas sans rappeler (avec de premiers frissons) Class, pénible spin-off sorti du chapeau de Patrick Ness l’an dernier qui avait pour objectif d’offrir une image plus jeune au Whoniverse en traitant de l’effrayante période de l’adolescence.

Mais nulle inquiétude ici, puisque l’on comprend rapidement que cette bande de joyeux lurons ne sera qu’une justification pour offrir plus de potentielles victimes (et quelques références « pour faire jeunes bien que nous soyons de vieux scénaristes » à Spotify et à la télé-réalité) lorsqu’un mystérieux vieillard propose son manoir à louer pour un prix dérisoire. Il reviendra alors au Docteur et à Bill « d’enquêter » (notez les guillemets) pour révéler la sinistre histoire qu’abrite ces murs et sauver leurs chers « amis » (notez, notez) de la terrible menace qui plane sur eux.

 

 Doctor Who et les jeunes

Hi hi, on est trop des djeunz dans cette série ! #TimeTravel #Nardole

 

Vous l’aurez compris, difficile de faire plus prévisible que les trente premières minutes de Knock Knock. Reprocher au scénario d’être sur des rails serait même un affront à la SNCF, bien plus imprévisible que cette pénible resucée de tous les codes les plus éculés du genre horrifique. Les éclairs tonitruants, les planchers qui craquent, le personnage de David Suchet surgissant de l’ombre et disparaissant au coin d’un couloir, la bande de jeunes accros à leur portable se jetant dans la gueule du loup à la première occasion venue… On reste perplexe devant ce mélange sans saveur, trop fade pour prétendre à une parodie du genre, trop cliché pour tirer parti des quelques idées originales qui surgissent çà et là (la vision d’une victime avalée par le mur, maintenue en vie par un tourne-disque, complètement gâchée par la réaction totalement absurde de Bill et son amie).

Mais un scénario inepte peut toujours être porté par une réalisation inventive, car l’horreur est surtout un travail d’ambiance, et Doctor Who a prouvé par le passé qu’elle pouvait distiller une atmosphère effrayante avec quelques effets visuels simples mais efficaces. Malheureusement, pour la deuxième semaine consécutive, Bill Anderson prouve qu’il n’est clairement pas un apport essentiel à la série. Déjà très mou dans ses péripéties, l'épisode n’est pas aidé par une réalisation fainéante et aux choix parfois saugrenus : comment impliquer les spectateurs lorsque toutes les attaques de la première moitié de l’épisode se déroulent hors-champ ? Comment faire ressentir le sentiment d’enfermement lorsque ni le scénario, ni la réalisation ne parviennent à nous faire prendre conscience de l’agencement de la maison hantée ? En bon récit horrifique, Knock Knock aurait dû faire de la maison hantée un personnage à part entière de son récit visuel. Malheureusement, il n’en est rien.

Cerise sur le gâteau, Murray Gold semble avoir totalement abandonné toute ambition dans son travail musical. Le moindre petit rebondissement est très lourdement souligné par des musiques peu inspirées, ce qui s'avère plutôt ironique au vu de la place qu'elles occupent dans le récittue. Knock Knock incarne donc une constellation. L’alignement parfait de potentiels gâchés se complaisant dans les codes surannés du genre horrifique. Mais si l’épisode ne brille pas par son originalité dans sa première partie, peut-il être sauvé par son dénouement ?

 

Twelve devant le portail

« Vous êtes sûrs que vous voulez pas garder ce script pour la saison 11 ? »

 

 

Doctor Who pour les nuls

 

Knock Knock pourrait-il être un de ces épisodes capricieux qui révèle ses qualités lors de son dénouement ? Encore une fois, inutile de faire durer le suspense. Si la première partie de l’épisode était un condensé de clichés sur les films d’horreur, la suite ressemble davantage à un cahier des charges peu inspiré du parfait petit scénariste de Doctor Who.

Bien aidé par la présence de Peter Capaldi et David Suchet, qui parviennent à insuffler un peu d’étrangeté dans une histoire qui en manque cruellement, le scénario dévoile mollement son pot aux roses, annihilant progressivement le peu de mystère qui pouvait exister au profit d’enjeux sans queue ni tête, servis par des effets spéciaux de piètre qualité et par une révélation qui ne produit absolument pas l'effet escompté sur le spectateur, le build-up autour du personnage de Suchet ayant été trop faible pour qu'on se sente impliqué par son histoire.

 

Les bêtes dans les murs

Des ennemis mémorables, à n'en point douter...

 

Et pourtant. Et pourtant, pris à part, les éléments de Knock Knock ne sont pas mauvais. Le concept des créatures se cachant dans le bois pour dévorer leurs victimes a tout à fait sa place dans la série, tout comme la vision de cette femme faite de bois (évoquant cependant un épisode peu apprécié de Steven Moffat), condamnée à la vie éternelle par un petit garçon prisonnier dans son corps de vieillard. Mais l’épisode tente tellement de compliquer en vain ses enjeux, empilant par la même occasion les incohérences, qu’il désamorce chacune de ses (rares) bonnes idées par une exécution maladroite. 

Car avoir des idées ne suffit pas à faire un bon épisode de Doctor Who. La science-fiction n’est rien sans fond, sans discours sous-jacent. Bien évidemment, il est possible d’apprécier une aventure pour le frisson qu’elle nous procure. Mais Knock Knock est définitivement trop faible dans sa construction pour captiver son public de bout en bout. Ironiquement, Mike Bartlett semble tenter de marcher dans les pas de Steven Moffat, mais sans insuffler à son scénario les niveaux de lecture et de référence que le showrunner écossais parvient généralement à distiller dans ses créations. Ici, le double-sens est bien présent puisque la situation du personnage de David Suchet, maintenant prisonnière une personne en espérant ainsi la protéger, fait écho au Docteur et au Vault. Mais en l'absence d'informations supplémentaires sur cet arc qui n'en finit pas de commencer, le jeu de miroirs tombe à plat.

 

La femme en bois

Moi quand je débarque à une soirée à laquelle je ne suis pas invité.

 

 

Steven Moffat pour les nuls

 

On retrouve ainsi dans Knock Knock bon nombre des lubies de Steven Moffat (aussi appelé le « Bingo Steven Moffat » dans certains cercles de fans, voir plus bas), privées des fondations essentielles à la construction d’un scénario cohérent : un enfant effrayé à l’origine de tous les événements du scénario, la peur des petits détails de notre quotidien (un plancher qui craque), des monstres qui n’ont pas conscience du mal qu’ils infligent (que ce soit le cas des insectes ou du personnage de Suchet) ou bien encore une intrigue se résolvant par le pouvoir de l’amour et l’importance de la famille… 

En bon élève, Mike Bartlett a tenté un mélange de genres entre l’horreur, le conte de fées et la science-fiction, sans parvenir à trouver l’équilibre qui aurait permis à ces trois éléments d’offrir un résultat harmonieux. Et contrairement aux épisodes précédents, il n’est même pas possible de se rabattre sur le duo principal, tant le Docteur et Bill s’avèrent transparents dans cette aventure. Peter Capaldi livre une prestation sans véritable saveur, évitant de peu l’auto-caricature, tandis que le personnage de Pearl Mackie apparaît tour à tour transparent ou générique, voire parfois même assez out of character dans sa relation avec le Docteur, plus proche des duos Clara/Eleven ou Clara/Twelve que de la dynamique qui s’était instaurée dans les épisodes précédents. Le duo qui avait illuminé les premiers épisodes de la saison n’est donc clairement pas mis en valeur dans cette aventure, révélant ainsi la fragile structure sur laquelle repose une saison 10 qui peine à trouver ses marques.

 

Suchet

Quelle classe, tout de même !

 

Car au-delà de toutes les erreurs commises par Mike Bartlett dans son scénario, la faute revient surtout à Steven Moffat qui retombe dans ses vieux démons de showrunning. Ainsi, les personnages apparaissent et disparaissent au profit de l’intrigue d’un épisode, comme la mère adoptive de Bill qui aurait eu légitimement sa place dans Knock Knock (et aurait même pu remplacer la bande de jeunes, permettant à l’épisode de se concentrer sur un personnage que nous avions déjà rencontré par le passé).  Ainsi personne ne mourra dans cet épisode (quel était donc l’intérêt de tuer des personnages dans ce cas ? Pourquoi ne pas seulement les rendre prisonniers des murs, rendant ainsi leur sauvetage final plus cohérent ?) car cela impliquerait de traiter ces morts et leur impact, notamment sur le personnage de Bill. Ainsi, la résolution est clairement précipitée (sans que jamais le Docteur ne s’attarde sur les conséquences de l’aventure ou les raisons de la présence alien sur les lieux) au profit d’un énième arc mal intégré qui réussit l’exploit d’être redondant en l’espace de quatre épisodes. Ainsi Doctor Who se répète et, à l’image de son personnage éponyme dans cet épisode, nous semble soudainement un peu trop âgé pour continuer ce genre de bêtises…

 

Knock Knock est un épisode raté qui révèle une série dont les mécanismes s’avèrent de plus en plus rouillés avec le temps. Un paradoxe étrange venant d’un nouveau scénariste qui aurait dû insuffler un peu de sang neuf en ce début de saison timide, sans aucun doute le plus faible depuis que Steven Moffat est à la barre, en dépit de la bonne énergie distillée par Peter Capaldi et Pearl Mackie. Finalement, un vieillard qui s’imagine toujours enfant, tentant vainement de maintenir en vie sa créature figée par le temps, ne serait-ce pas une belle métaphore de ce qu’est devenue la série aujourd'hui ?

 

 

J’ai aimé :


  • Plaisant de revoir David Suchet, un des rares guests mémorables de l’ère Capaldi
  • Quelques bonnes idées…

 

Je n’ai pas aimé :


  • … Malheureusement mal exploitées par un scénario creux et confus
  • Une réalisation effrayante de fainéantise
  • Une musique trop envahissante, empêchant la moindre tension
  • Un casting transparent
  • Moins d’une minute de Nardole
  • Un arc qui lasse déjà, répétant les défauts de showrunning des saisons passées

 

Ma note : 08/20.

 

~~~

 

Bonus 1 : Le Coin du Fan (de David Suchet)

 

  • David Suchet a avoué avoir accepté de jouer dans Doctor Who avant même de lire le scénario de l’épisode. Au vu du résultat, un rapide coup d’œil sur son contenu aurait peut-être été souhaitable…
  • Grand fan de la série, David Suchet se souvient d’avoir regardé à la télévision le tout premier épisode de Doctor Who lorsqu'il était petit. Il reconnaît même s'être caché derrière le sofa lors de la première apparition des Daleks. 
  • Peter Capaldi et David Suchet ont déjà travaillé ensemble, notamment sur la série Agatha Christie’s Poirot dans l’excellent épisode Wasps’ Nest
  • La première victime citée par le Docteur lorsqu'il confronte le personnage de David Suchet s'appelle Christie. Un hommage discret du scénariste ?

 

 

Bonus 2 : Le Coin du Fan (de Doctor Who) pas motivé

 

  • La maison est la même qui a été utilisée lors de certains plans du tournage de Blink.
  • Harriet Jones, figure bien connue des fans durant le run du Dixième Docteur, est mentionnée. 
  • Le personnage d’Harry devait être le descendant d’un compagnon du quatrième Docteur (Harry Sullivan), mais la scène a été coupée, le scénaristes jugeant que le personnage était trop peu connu auprès du grand public.
  • Sans doute la référence la plus importante de l’épisode : Bill insiste lourdement sur le fait que le Docteur est son grand-père, renforçant ainsi le parallèle avec Susan qu’effectuait le premier épisode de la saison par le biais d’une photographie. Clin d’œil ou foreshadowing ?

 

 

Bonus 3 : Le Coin du Nardole

 

Si Nardole n'est pour l'instant pas encore Président de la France (et bien que le Président sortant partage quelques similitudes avec lui), force est de constater que le petit chauve gravit progressivement les échelons de notre cœur. Peu à peu, la haine laisse place à l'indifférence, qui se transforme progressivement en un amour timide qui bourgeonne avec les premières fleurs du printemps. Nardole, petit coquelicot, tout de rouge vêtu, quand enfin connaîtras-tu ton heure de gloire ? Face à un début de saison morose, force est de constater que seul le Nardole pourrait aujourd'hui relancer l'intérêt de la série.

Car Nardole se sent trahi, comme nous tous, petits Nardolos, à qui il nous avait été promis du neuf cette saison. Nardole voit son meilleur ami, le Docteur, lui tourner le dos, offrir des pianos à des inconnu(e)s, manger mexicain avec (alors qu'il sait que Nardole a des problèmes gastriques !!) sans même s'interroger sur son bien-être. Oui, Nardole est blessé, et peu à peu, quelque chose se trame dans l'ombre. De la rancœur. Une ombre rougeâtre aux formes généreuses et au crâne luisant plane sur le douzième Docteur. Et si nous faisions fausse route ? Et si la véritable Némésis du Docteur, responsable de sa prochaine régénération, n'était en réalité qu'un ami en manque d'amour ?

Je vous laisse réfléchir sur ces quelques lignes, les Nardolos, en attendant la semaine prochaine qui devrait nous promettre un épisode de qualité (car avec des vrais morceaux de Nardole dedans).

 

 

Bonus 4 (plus rien ne m'arrête) : Le bingo-Moffat saison 10

 

Bingo Moffat

Nardoleusement vôtre.




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5 commentaires sur cet article


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#1
Koss a écrit le 12/05/2017 à 00h30
"Finalement, un vieillard qui s’imagine toujours enfant, tentant vainement de maintenir en vie sa créature figée par le temps, ne serait-ce pas une belle métaphore de ce qu’est devenue la série aujourd'hui ?"

Je te jure que j'ai chialé à la lecture de cette phrase.

Le Coin du Nardole et le Bingo, c'était assez grand.
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#2
ClaraOswald a écrit le 12/05/2017 à 02h04
"Murray Gold en fait des caisses, ou que des reprises"
Ah bon ? Moi j'ai surtout l'impression qu'il ne fait rien. Si on enlève le Pilote qui est sympa niveau compo, aucun composition notable durant ces trois derniers épisodes
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#3
Gizmo a écrit le 12/05/2017 à 08h05
Koss > Les astres s'alignent entre nous cette saison. Reste à convaincre Narlax de rentrer dans le droit chemin...

ClaraOswald > Disons que c'est un étrange paradoxe : Murray Gold ne fait quasiment plus rien, mais j'ai l'impression d'entendre 2 fois plus ses compositions par rapport à avant tellement elles sont placées n'importe comment dans l'épisode.
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#4
ClaraOswald a écrit le 12/05/2017 à 08h47
Oui je suis d'accord, a certains moment c'est juste ridicule. Twelve court sans but ? Theme de Twelve !
Après il faut savoir que ce n'est pas Murray Gold qui s'occupe de ça, lui il compose mais replace pas les tracks dans les épisodes, sauf quand ça a un vrai sens (thème d'amy pour Barnable quand il dit qu'il "attendra")

M'enfin pour l'instant c'est bien pauvre, surtout quand on sort de la saison 9 qui est juste une des meilleure musicalement parlant.
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#5
Gizmo a écrit le 12/05/2017 à 09h07
Bien sûr, je caricature en citant Murray Gold, alors qu'il est finalement plus une victime dans l'histoire, la musique semblant de moins en moins prendre de place dans le budget du show (pas de sortie pour l'ost de la saison 9...)

Et justement, un épisode comme Knock Knock est fait de ce genre de petites erreurs qui empêchent la moindre tension de s'installer, malheureusement.



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