Critique : Grimm 1.13

Le 15 mars 2012 à 19:09  |  ~ 8 minutes de lecture
Un épisode singulier tournant autour de pièces maudites et des circonstances du décès des parents de Nick.
Par sephja

Critique : Grimm 1.13

~ 8 minutes de lecture
Un épisode singulier tournant autour de pièces maudites et des circonstances du décès des parents de Nick.
Par sephja

Pièces maudites et loi de Godwin 

Un bijoutier, Samuel Bertram, est retrouvé mort dans son coffre après que l'attaque de sa bijouterie par des assaillants armés et organisés. Seulement, le légiste retrouve dans son estomac trois pièces extrêmement rares frappées d'une croix gammée au recto et d'une tête de lion au verso. Le détective Burkhardt s'aperçoit alors que de nombreux monstres semblent s'y intéresser, dont un Steinadler qui semble avoir connu personnellement sa tante Marie et ses parents. 

 

Résumé de la critique 

Un épisode correct que l'on peut détailler ainsi : 

  •  une séquence d'exposition interminable 
  •  des développements mythologiques assez maigres 
  •  un épisode qui propose des prolongements inutiles 
  •  un scénario trop sérieux et moyennement divertissant 

 

 

Une histoire avalée par son contexte 

En proposant une histoire reposant sur un artefact maudit, Grimm abandonne son registre habituel pour offrir une intrigue fantastique qu'on attendrait plutôt de la part de Warehouse 13. Pourtant, l'ensemble n'est pas déplaisant au premier abord, offrant l'occasion de découvrir les ambitions refoulés de Griffin et Renard, tous deux possédés par la soif de pouvoir que les pièces procurent. Devenant violent et fonceur, Griffin laisse parler sa vraie nature pendant que le chef de la police exprime ses rêves de puissance et son ambition politique, donnant des éléments intéressants à développer dans cet épisode. 

Seulement, là où l'histoire pourrait fournir un divertissement efficace, les auteurs choisissent de noyer leur scénario dans un contexte inutilement compliqué, nous fournissant l'historique complexe et complet de ses trois pièces. Ce qui aurait pu être évoqué en deux minutes prend ici des proportions inutiles, les scénaristes nous assommant sous une multitude d'informations sans aucun intérêt, au point que le premier acte prend une bonne vingtaine de minutes au lieu des dix habituelles, donnant un épisode particulièrement prétentieux. 

Pour un divertissement comme Grimm, il est convenu qu'il ne faut donner au spectateur que des informations utiles qui servent à la compréhension de l'histoire, seul moyen de restreindre l'intrigue à un format série. Cela signifie qu'au lieu d'évoquer les nazis et la fin de l'empire Romain, les auteurs auraient pu clairement développer le cas du Steinadler, trop longtemps réduit à l'impuissance. Avec cette créature, les auteurs ont l'occasion d'intégrer un peu de mythologie sur les parents de Nick, partie de l'intrigue bien plus intéressante, mais malheureusement trop peu exploitée. 

 

Les motivations du détective Burkhardt 

Si l'épisode est peu satisfaisant par la construction du scénario, il possède un intérêt majeur, à savoir explorer le passé familial de Nick et les raisons de son désir de jouer les justiciers. L'occasion d'amener un semblant de mythologie dans une série jusqu'ici peu généreuse en la matière au travers de sa rencontre avec le Steinhadler. La présence de Titus Welliver dans ce rôle important laissait espérer le meilleur et pourtant, le show va se montrer une nouvelle fois assez timide, ne fournissant pas de véritables éclairages sur la fonction de Grimm.

C'est plus par le biais des réactions du héros que les scénaristes donnent quelques pistes, montrant combien le mystère sur la destinée tragique de ses parents est un élément qui affecte profondément le détective Burkhardt. Sa soif de trouver la vérité et son refus d'être un témoin passif des tragédies sont indiscutablement liés à cet évènement, dressant le portrait d'un héros hanté par sa propre ignorance de son passé. La série policière fantastique se combine alors à un récit initiatique singulier, celui d'un élève sans maître qui doit se construire seul au travers des quelques témoignages qu'il obtient.

Personnage solitaire et finalement assez triste, Nick révèle à sa manière ses vraies motivations, David Giuntoli offrant quelques scènes intenses où il exprime à voix haute son désir d'en apprendre plus sur sa famille. Une quête d'identité qui pourrait être intéressante si elle ne se doublait pas d'une description très maladroite de sa mission de Grimm au travers d'une scène finale particulièrement discutable. Et le moment pour moi d'évoquer la célèbre loi de Godwin en parlant de l'évocation douteuse du troisième Reich dans cet épisode et de ses conséquences.

 

 

Un cheveu dans la soupe

Si l'intrigue possède des qualités, elles sont malheureusement peu mise en valeur au profit d'une volonté de donner une dimension supérieure à la mythologie du show autour du Grimm et des créatures. Plutôt que de miser sur l'identité de la série comme divertissement fantastique, les auteurs cherchent à se placer dans un contexte réaliste avec l'intégration au sein de la mythologie de la figure d'Adolf Hitler. Certains espèrent que je m'insurge sur la question morale que cette scène pose, mais je vais faire le choix du pragmatisme : cette dernière scène est ratée parce que totalement inutile. 

Si Grimm a l'ambition de parler du bien et du mal, elle reste avant tout un divertissement plaisant qui n'a aucun intérêt à proposer des développements de cette nature. Pas pour des questions éthiques ou par respect du devoir de mémoire, bien que les deux soient recevables, mais simplement car ce genre de considération historique n'apporte rien à l'intrigue qui permette de le justifier. Totalement stérile du point de vue mythologique, ce final apparaît comme une faute de goût, donnant à la tâche de Nick une ampleur qui dépasse totalement le cadre de la série. 

Au final, il ne reste que la conviction flagrante des auteurs qui veulent présenter l'homme comme naturellement bon, justifiant la barbarie par le biais du surnaturel. Une vision naïve de la réalité qui fait partie des principes premiers du show et lui donne son charme particulier, séparant la sauvagerie des instincts primaires de la barbarie issue de la soif de pouvoir. Un point de vue idéologique avec lequel on peut être en désaccord, mais qui donne à la série une part de son charme, fuyant le cynisme blasé du héros viril de séries fantastiques. 

 

Un divertissement trop sérieux 

Plus que les allusions au nazisme et la séquence d'exposition interminable, cet épisode déçoit par son manque total d'humour, les personnages affichant un sérieux perpétuel qui ne laisse que peu de place au divertissement. Le seul personnage à amener une touche de décontraction est Monroe, mais il n'apparaît que quelques minutes, son rôle se limitant à produire une traduction plutôt vague et assez dispensable. Trop lourd et prétentieux, cet épisode profite heureusement d'une réalisation toujours impeccable, sauvant un scénario poussif qui passe totalement à côté de son sujet. 

En conclusion, un épisode qui propose un pitch de départ intéressant, ces trois pièces permettant de voir s'exprimer les pulsions intérieures de Griffin et Renard. Seulement, au lieu de construire un divertissement dynamique, les auteurs optent pour un format trop détaillé qui nous abreuvent de détails inutiles, donnant une histoire assez prétentieuse et poussive. Espérons qu'une prochaine fois, Grimm laissera ce type d'affaire aux agents du Warehouse 13, cette histoire d'artefact peinant à se plier au format de départ du show. 

 

J'aime : 

  •  l'évocation de la destinée des parents de Nick 
  •  voir Griffin et Renard exprimer leurs désirs refoulés 

 

Je n'aime pas : 

  •  une partie d'exposition inutilement longue 
  •  un scénario trop sérieux et prétentieux 
  •  un background inutilement détaillé 
  •  un épisode qui cherche trop à s'ancrer dans la réalité 

 

Note : 11 / 20 

Un épisode qui part d'une idée de départ singulière et aboutit à un scénario qui peine à démarrer, la faute à un contexte beaucoup trop détaillé. Trop sérieux, une histoire qui développe quelques éléments de mythologie intéressant, mais s'avère assez peu divertissant, la faute à un manque regrettable de second degré.

L'auteur

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