Critique : Hell on Wheels 1.01

Le 28 juin 2013 à 00:24  |  ~ 9 minutes de lecture
Attendue depuis déjà un certain temps, la nouvelle série western d'AMC, malgré quelques échos décevants, reste un projet ambitieux et pour l'instant plutôt réussi.

Critique : Hell on Wheels 1.01

~ 9 minutes de lecture
Attendue depuis déjà un certain temps, la nouvelle série western d'AMC, malgré quelques échos décevants, reste un projet ambitieux et pour l'instant plutôt réussi.
Par Antofisherb

Après le grand succès critique de la série western Deadwood, diffusée sur HBO entre 2004 et 2006, c'est au tour d'AMC de faire son propre western sériel, et le projet se devait d'être amibitieux pour ne pas trop souffrir de la comparaison. Et, à défaut d'être complètement réussi, j'ai trouvé ce pilote d'Hell On Wheels convaincant à la fois par son contexte historique et social, sa réappropriation des stéréotypes du western et son esthétique particulière.

 

Une intrigue encrée dans un contexte historique précis

 

train HoW

 

La série prend place après la fin de la guerre de Sécession (1861-1865) qui opposait l'Union (les Etats du Nord) à la Confédération (les Etats du Sud) aux Etats-Unis. Par conséquent, ce gigantesque territoire est à nouveau ouvert et il est temps de relier l'Est à l'Ouest par des voies de chemins de fer. C'est dans ce contexte qu'arrive l'énigmatique Cullen Bohannan, un ancien soldat sudiste et propriétaire d'esclaves, dans la petite ville improvisée Hell On Wheels afin de trouver du travail dans la construction de l'Union Pacific Railroad. Le chef du chantier se trouve être un ancien nordiste, et, bien que les deux restent pacifiques l'un envers l'autre, on sent dès le départ une certaine tension.

Ce mépris difficilement caché s'illustre intelligemment par les termes employés par le nordiste. Ainsi, Cullen est appelé un Johnny Reb, surnom péjoratif donné aux sudistes par les soldats de l'Union, et son arme est directement identifiée comme une griswold (célèbre pour être l'arme de prédilection des sudistes) : le passé de guerre civile est toujours dans les esprits.

Mais, au-delà de l'opposition Nord-Sud,  Hell On Wheels aborde également la question de la situation de la population noire dans cette nouvelle société, représenté notamment à travers le personnage de Elam Ferguson, joué par le rappeur Common (qui a l'air un peu narcissique d'ailleurs avec tous ses "come on"). Ainsi, comme il le souligne lui-même, l'Emancipation Proclamation instituée par Lincoln en 1863 sensée libérer de l'esclavage cette population n'a réellement pas changé grand chose : la loi change, certes, mais pas les mentalités. D'ailleurs, il serait intéressant de voir, si la série va jusque-là, ce que donnerait l'arrivée du Treizième Amendement abolissant officiellement l'esclavage à la fin de l'année 1865.

Cette mentalité est encore une fois montrée à travers le chef de chantier nordiste par l'emploi des termes péjoratifs darkies pour désigner les noirs et chink pour les chinois. Bien que nous n'en sommes qu'au premier épisode, il semble néanmoins simpliste le fait que seul ce personnage emploie ces termes dans l'épisode, tandis que le "héros", pourtant ancien propriétaire d'esclaves, se montre beaucoup plus tolérant. Un peu manichéen pour le coup.

Sur le chantier, ce sont les noirs qui travaillent, à nouveau sous le fouet, et les blancs qui commandent. On peut remarquer de même une véritable différence de culture entre ces deux populations, notamment par la musique et par la présence d'éléments culturels forts. En effet, concernant la musique, tandis que les blancs usent des chants religieux et qu'on peut entendre de la country, les noirs utilisent les racines du blues pour se donner du courage. La religion est d'ailleurs assez présente dans l'épisode, avec par deux fois la figure du Christ sur la croix, et une scène de baptême.

Aidé par des décors réussis et une photographie filmant des grands espaces souvent désolés, Hell On Wheels est donc globalement très crédible et dispose d'une sous-lecture sociale intéressante, un plus indispensable pour en faire peut être une grande série.

 

Une réutilisation de certains codes du western classique

 

Cullen HoW

 

Afin de faire vivre cet univers riche à travers un récit romanesque, les créateurs Joe et Tony Gayton ont choisi d'employer de nombreux symboles et thématiques du western, non pas à la manière des films de Sergio Leone comme dans  Breaking Bad mais plutôt dans une forme plus classique rappelant les westerns post-modernes avec Clint Eastwood derrière la caméra (même si le contexte historique peut rappeler Le Bon, la Brute et le Truand. Ainsi, Cullen Bohannan, joué d'une façon eastwoodienne un peu clichée mais convaincante par Anson Mount, est un homme solitaire avec pour seule religion son colt sudiste, venu sur le chantier de l'Union Pacific Railroad pour venger le meurtre de sa femme. La série utilise donc la figure typiquement westernienne de l'homme sans foi ni loi disposant d'un désir de vengeance imparable. D'ailleurs, l'affiche promotionnelle de la série montre Cullen de dos, seul en plein milieu d'une voie de chemin de fer, comme affrontant son destin. Mais, c'est aussi un homme d'honneur, comme il le dit lui-mêmepour justifier sa participation à la guerre civile.

L'épisode commence alors très fort avec un meurtre dans un confessionnal, où les plans faisant l'apologie de ses bottes (sans les éperons, tout de même), de son arme ou de son aspect mystérieux et solitaire sont légions, et notamment quelques fameux gros plans sur le revolver. Malgré les grands espaces, la mise en scène illustre également son caractère solitaire en filmant le personnage par exemple entre deux bougies, ce dernier se retrouvant ainsi "coincé" de tous les côtés du cadre, ou encore par des plans décadrés symbolisant un certain malaise.

Cependant, mis à part ce "héros" aux faiblesses plutôt mises à l'écart pour l'instant, les autres hommes blancs de la ville sont décrits de façon générale comme des bouseux, notamment le chef de chantier nordiste, passant leur temps à boire ou à s'amuser avec les femmes. Cette vision de l'homme soit-disant civilisé rappelle celle que donnait le livre Danse avec les loups de Michael Blake, et encore plus explicitement le film adapté de Kevin Costner.

En revanche, la ressemblance avec le livre/film s'arrête au sujet des indiens, peu présents à l'écran durant ce premier épisode et sans subtilités : pour l'instant, ils sont juste représentés comme des sauvages meurtriers. D'ailleurs, le meurtre d'un homme qu'une scène bien mièvre sans grand intérêt venait nous le rendre le plus sympathique possible confirme bien ce constat.

Enfin, le thème de la conquête du territoire est bien évidemment très présent à travers la contruction de la voie ferrée, sensée reliée l'Ouest à l'Est, dont la traversée pourrait symboliser le parcours initiatique du personnage en même temps de découvrir à l'écran des paysages différents.

De nombreux codes du western classique sont donc présents dans Hell On Wheels, avec leurs qualités comme leurs défauts, en espérant que la suite corrige les quelques manques de subtilité.

 

Une atmosphère générale malgré tout assez unique

 

paysage HoW

 

Bon, autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas encore vu Deadwood , et je ne pourrai donc pas faire de comparaison entre les deux. En revanche, il est assez évident que la série d'AMC possède une identité qui lui est propre grâce au croisement entre les symboles typiques du western et son paysage désertique sombre hérité du contexte historique et "industriel" si j'ose dire. En effet, la série a une esthétique bien particulière, faite d'une scène à l'autre de paysages très colorés comme de tons très neutres, à la limite même du noir et blanc comme dans une scène se passant dans la forêt.

De ce fait, Hell On Wheels possède quelques ressemblances avec l'excellent film There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, qui racontait lui-aussi une étape majeure dans l'édification de l'histoire américaine, avec les mêmes couleurs très sombres et les mêmes paysages désolés. Ce n'est plus ici l'industrie du pétrole mais celle des chemins de fer, néanmoins la structure est la même entre les grands entrepreneurs richissimes et mégalomanes, et les travailleurs unis dans la construction de la civilisation américaine.

D'une certaine manière, le filtre de couleur utilisé dans la série pour souligner l'ancienneté de l'époque peut également rappeler Boardwalk Empire , qui nous parle aussi d'une époque majeure des Etats-Unis sans négliger ses aspects sociaux.

Enfin, l'épisode se conclut de façon assez étrange dans sa mise en scène. En effet, tandis que nous voyons à l'écran des paysages déserts défrichés et jonchés de cadavres, le responsable de l'Union Pacific Railroad nous annonce d'une voix solennelle que dans l'histoire américaine, ce sont les prédateurs qui triomphent (les "lions"), mais que les récits se font par les proies (les "zèbres"). Le personnage nous fait son discours à la limite du regard caméra, comme s'il nous racontait, à nous spectateur, un grand récit épique de l'histoire américaine.

 

Finalement, la série apparaît comme un western classique mais poisseux, à l'esthétisme particulier, et doté d'une dimension épique romanesque. Les acteurs jouent bien, les décors comme les paysages forment un tout réussi et cohérent, et la mise en scène tente au maximum de donner une identité unique à la série. Malgré un certain manichéisme dans sa galerie de personnages et quelques éléments à corriger, Hell On Wheels  est donc assurément prometteuse, en espérant que les scénaristes (et la chaîne) la maintiennent au moins au même niveau par la suite.

 

J'ai aimé :

  •  la précision historique
  •  le discours social encore peu développé mais prometteur
  •  la réutilisation un peu stéréotypée mais efficace des symboles du western
  •  l'esthétique particulière

 

Je n'ai pas aimé :

  •  le manichéisme des personnages
  •  quelques scènes un peu clichées

 

Ma note : 15/20.

L'auteur

Commentaires

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CaptainFreeFrag
Excellente critique avec des analyses très intéressantes, même si je ne suis largement pas aussi enthousiaste que toi vis-à-vis de la série (cf mon avis) !

Avatar Antofisherb
Antofisherb
Oui effectivement je l'ai lu, et c'est vrai que la vengeance c'est assez bateau comme thème, mais bon ça n'a pas empêché d'en faire des bons films après tout :) Et c'est vrai que j'ai trouvé aussi que les personnages étaient peu subtils pour l'instant, mais bon ce n'est que le premier épisode. D'autant plus que probablement le personnage le moins subtil (le vieux briscard comme tu dis^^) se fait tuer à la fin de l'épisode. Ne pouvant assurément pas se contenter d'aussi peu de personnages, c'est très probable qu'il y en ai des nouveaux juste après. Maintenant reste à voir s'ils seront bien traités et un peu plus mystérieux/charismatiques. Bon par contre pour la mise en scène tu as dû te rendre compte que ce que tu trouves raté, je le trouve justement réussi. Mais bon ça c'est une question de goût, y'a pas grand chose à débattre. Pour le studio qui se sent à plein nez, j'avoue que j'ai du mal à comprendre où tu veux en venir parce que j'ai trouvé les extérieurs vraiment beaux justement. Les décors c'est vrai à la limite mais j'ai trouvé que ça passait quand même bien. Et enfin, pour le "couple" de personnages principaux, c'est vrai qu'on est pour le moment très loin d'éprouver la même sympathie que dans Rome par exemple.

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Antofisherb
Oups j'ai juste oublié de te remercier pour le compliment sur mes analyses, j'ai justement essayé de dépasser le j'aime/j'aime pas pour tenter des comparaisons, ça fait plaisir de voir que ça passe bien ;)

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CaptainFreeFrag
Bah j'ai trouvé que ça faisait souvent un peu toc les décors, voilà tout. Mais après, ça reste une question d'appréciation, et il y a des paysages sympathiques : une jolie forêt, par exemple, dommage que ce qu'il s'y passe avec les Indiens soit aussi grotesque ! Et pour la mise en scène, ouais, c'est une pure question de point de vue là aussi, mais j'ai trouvé que ça faisait un peu forcé, que ce n'était pas assez spontané comme façon de faire. Et j'espère aussi qu'on va avoir de bons personnages au fil de la saison, que je vais de toute manière continuer à suivre !

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Antofisherb
Le problème avec la mise en scène dans les séries, c'est que quand elle est "naturelle" on dit qu'il n'y a pas assez d'effet ou de parti pris, et quand elle est trop voyante ça paraît forcé. Par exemple pour la série Borgia de Canal+, j'ai souvent entendu dire que c'était plat alors que je l'ai trouvé au contraire bonne et plus voyante que dans Game of Thrones. Et même quand Scorsese s'était chargé du pilote de Boardwalk Empire, j'avais lu que certains n'avaient pas vu de différence avec les autres épisodes, ce qui n'est d'ailleurs pas totalement faux. Enfin bon je m'écarte un peu de Hell On Wheels là^^ Yep j'attends avec délectation ta critique du deuxième épisode ;) (oui je sais, on en est encore loin !)

Image Hell on Wheels
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