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Critique : Sherlock 2.01 - A Scandal in Belgravia



Après avoir été initialement prévue pour l’automne, c’est finalement avec la nouvelle année qu’est venue la diffusion du Sherlock nouveau. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’attente valait la peine.


Sherlock
Genre :
Policier
Série anglaise
Année : 2010
Format : 90 min
BBC One France 4



C’est en 2010 que la BBC avait décidé de remettre au goût du jour l’un de ses mythes, le bien connu Sherlock Holmes. Porté par le duo Benedict Cumberbatch/Martin Freeman, la relecture faite par Steven Moffat et Mark Gatiss avait été un succès plutôt inattendu mais ô combien justifié. En trois épisodes, les deux compères ont réussi le pari de transposer l’univers de Sir Arthur Conan Doyle au XXIème siècle, prouvant une fois de plus que les Anglais savent y faire en matière de divertissement.

 

Previously

 

Le dernier épisode de la première saison nous avait laissés sur un suspense terrible. Après avoir été malmené tout l’épisode, Sherlock Holmes rencontrait enfin Jim Moriarty. Mais ce dernier n’avait pas l’intention de le laisser s’échapper et l’épisode se concluait sur un Sherlock prêt à tirer sur les explosifs posés à côté de Moriarty, un cliffhanger ô combien rageant.

Le prologue de ce nouvel épisode se devait donc de fournir un épilogue au précédent, chose peu aisée : comment parvenir à capter de nouveau l’attention d’un téléspectateur qui a vu l’épisode depuis plus d’un an, à le replonger dans le même état de tension qu’au moment du dénouement tout en proposant une solution qui ne le déçoive pas ? Problème ardu mais visiblement pas insoluble tant l’ouverture qui nous est proposée est réussie.

L’épisode débute donc sur la séquence de la piscine, dernière scène du précédent épisode. On notera toutefois qu’au lieu de nous resservir la séquence complète, celle-ci nous est rapidement présentée à coup d’images et de répliques, résumant le tout au strict minimum tout en étant suffisant pour remettre le téléspectateur dans l’ambiance. Seule la fin de la séquence est diffusée en intégralité, le moment de tension où Sherlock hésite à tirer sur la bombe et où l’épisode précédent s’était achevé. Et je dois dire qu’en à peine deux minutes, on replonge complètement dedans et que la tension est exactement la même entre la fin de l’épisode précédent et le début de celui-ci. Preuve que la réalisation du précédent était impeccable tant il aurait été difficile de réitérer un tel niveau de tension autrement.

Et que dire de la chute ? Rien que pour cela, l’épisode mérite d’être vu. Stayin’ Alive, les Bee Gees ou comment faire retomber en deux secondes toute le stress qui s’était accumulé. C’est drôle et surtout tellement inattendu au vu du contexte que ça en devient grandiose. Si quelqu’un me dit qu’il se doutait ne serait-ce qu’un instant de ce dénouement, c’est soit un menteur, soit Steven Moffat.

On peut même s’attarder quelques instants sur le choix de cette chanson en particulier. Elle est suffisamment dynamique pour casser le rythme et en même temps suffisamment calme pour que cela ne fasse pas « orchestre philharmonique » ou « Death Metal », et sans engendrer une coupure trop abrupte. Elle colle également bien au personnage de Moriarty : c’est typiquement le genre de sonneries de téléphone qu’il peut avoir, à la fois décontracté et un peu « je me la pête », répondant vraiment à ce qu’on nous a montré du personnage jusqu’à présent. Bref, tout ça pour dire que l’on pourrait s’amuser à décortiquer tout le passage si on le voulait, on pourrait en tirer une analyse d’au moins 50 pages (au bas mot), prouvant qu’il y a un réel travail d’écriture derrière tout ça.

Sans rentrer plus dans les détails, tout le reste de la séquence est du même acabit. Et on oscille entre rire et terreur. Alors que l’on pourrait penser, dans un premier temps, que Moriarty parle à sa mère, il nous sort ensuite des menaces tant et si bien que l’on ne sait pas trop sur quel pied danser, ce qui débouche sur une scène déroutante à souhait. Il laissera finalement partir Sherlock et Watson de façon peut-être un peu trop facile et incompréhensible dans un premier temps, mais l’explication suivra avec le reste de l’épisode.

Bref, l’épisode démarrait d’une façon fort surprenante, à la hauteur de la conclusion du précédent. Le seul point négatif que je reprocherais à la séquence est la coupure entre les deux : c’est très léger mais il y a de très légères nuances sur les lumières et bien entendu sur le physique des acteurs entre les deux épisodes. Bon, c’est juste histoire de chipoter un peu, de toute façon on ne pouvait que difficilement y couper sauf si toute la séquence avait été tournée d’une traite. Mais trêve de bavardage, attaquons-nous à l’épisode à proprement parler.

 Moriaty

Avec cette tête-là, j'aurais juré que c'était sa mère qui l'appelait 

 

Un scandale en Belgravia

 

Ce dernier est une adaptation de la nouvelle Un scandale en Bohême, première des 56 nouvelles que compte l’œuvre de Doyle autour du célèbre détective. Mais si la nouvelle est également fortement connue c’est principalement pour le personnage d’Irene Adler, seule femme qu’Holmes considérera comme son égal et qui sera responsable de l’un de ses rares échecs.

Au fil de sa vingtaine de pages, la nouvelle racontait donc comment Holmes était chargé de récupérer des photos compromettantes du sir Von Ormstein de Bohême auprès d’Irene Adler pour éviter un scandale. Basé sur le principe qu’une personne tente de sauver ce qu’elle a de plus précieux lors d’un incendie, Sherlock parvenait à démasquer Irene, laquelle parvenait néanmoins à s’enfuir avec la photographie.

L’épisode reprend donc cette trame, plus ou moins fidèlement. En lieu et place du sir Von Ormstein, on retrouve Mycroft, le frère de Holmes, qui demande à son petit frère de récupérer les photos compromettantes d’un des membres de la famille royale (le titre fait d’ailleurs référence à Belgravia, un quartier de Londres proche de Buckimgham Palace, le palais de la reine). En feignant d’avoir été agressé, Holmes parvient à s’introduire chez Adler et, avec la complicité de Watson simulant un début d’incendie, à récupérer le téléphone portable contenant les données compromettantes (oui, c’est ici que l’on a une petite touche moderne par rapport à l’intrigue originale). Mais la belle parvient à jeter à terre Holmes, à reprendre son bien et à s’enfuir : voilà pour la partie adaptation.

Mais comme l’on s’en doute bien, ce ne sont pas les vingt pages que compte la nouvelle qui vont parvenir à remplir un épisode de 90 minutes. Steven Moffat a en fait utilisé le contenu de la nouvelle comme le point de départ d’une intrigue plus conséquente, cette première n’étant en fait qu’une infime portion d’une intrigue plus vaste. Et donc Sherlock va être confronté au cours de l’épisode à des clients cherchant des personnes décédées, à un mort d’un crash d’avion qui ne devrait pas être dans un coffre de voiture ou encore à un promeneur tué par un boomerang. Qu’est ce que ça a à voir avec la nouvelle me direz-vous ? Pas grand-chose dans un premier temps mais cela révèlera son importance par la suite.

Ceux qui ont pu suivre Doctor Who le savent : Moffat est peut-être critiquable en tant que showrunner mais il sait parsemer ses intrigues de multiples indices, en apparence déconnectés du reste mais qui finiront par révéler leur incroyable importance tôt ou tard, à coup de révélations chocs. Cet épisode de Sherlock n’échappe pas à cette caractéristique du bonhomme puisqu’il nous amène d’un endroit à l’autre, sans vraiment de but apparent jusqu’au dénouement qui remet en place toutes les pièces du puzzle (et peut grandement justifier un second visionnage de l’épisode).

Après sa fuite, Adler va quand même rester en contact avec Sherlock avant de se faire passer pour morte et lui léguer son téléphone portable, lequel se révèlera verrouillé. Après quelques temps, elle refera surface pour faire déchiffrer à Holmes un message, lequel se révèlera être des informations de la plus haute importance sur une conspiration que Mycroft et les services secrets britanniques ont montée, une opération en lien avec les disparitions de personnes signalées précédemment. Ces informations seront transmises par Adler à Moriarty, ce qui justifie le fait qu’il a laissé Holmes s’échapper au début : il avait besoin de lui pour déchiffrer le message. Quand je disais que Moffat semait son intrigue d’indices et que tout se dévoilait dans le final, je ne mentais pas.

L’intrigue est donc pleinement satisfaisante, comportant son lot de rebondissements, de fausses pistes et autres révélations, le tout savamment dosé pour ne pas laisser de temps mort. Sans réellement nommer d’évènements particuliers, elle est de plus terriblement en phase avec l’actualité : les théories du complot et attaques terroristes sont quand même monnaie courante de nos jours. En comparaison de son précédent épisode (A Study in Pink), Moffat s’est encore amélioré et c’est un plaisir de se laisser porter par le courant.

Alors certes, les multiples pistes lancées sans vraiment de raison dans un premier temps peuvent parfois agacer : « qu’est ce que ça vient faire là ? Il est où le rapport ? Je ne comprends rien. ». Par moment, je me suis quand même posé quelques questions sur la direction que prenait l’épisode et où tout cela allait aboutir. On peut se perdre facilement et cela ne plaira pas forcément à tout le monde mais comme je l’ai dit précédemment, c’est un peu la griffe de ce scénariste, on aime ou pas.

Attention, je ne dis pas non plus que l’épisode se perd dans son délire : à aucun moment j’ai eu l’impression que ce n’était pas maîtrisé. Bien au contraire, je me demandais où cela allait nous conduire, quelle était la conclusion de tout ça. Ici, on se pose continuellement des questions et la conclusion est aussi surprenante que difficilement prévisible, ce qui change de bon nombre de séries policières dont on est saturé à l’heure actuelle. Le revers de la médaille est une intrigue parfois trop dense, forçant parfois à arrêter un moment le tout pour reprendre son souffle.

Les explications en fin d’épisode peuvent paraître un peu succinctes mais ont au moins le mérite de ne pas prendre le téléspectateur pour un imbécile. On nous délivre juste le niveau d’information suffisant pour que l’on comprenne, sans nous prendre par la main en insistant bien sur chaque passage. Là encore, le téléspectateur a vu l’épisode, il sait de quoi on parle ; si ce n’est pas le cas, c’est sûrement qu’il faisait autre chose en même temps et tant pis pour lui.

Bref, une intrigue aux multiples rebondissements, prenante de bout en bout et suffisamment travaillée et amenée tout au long de l’épisode pour que ce dernier ne se termine pas sur un sentiment d’inachevé. Tout est parfaitement millimétré pour que chaque élément tombe au moment adéquat, faisant de l’intrigue un plaisir à suivre malgré un niveau d’attention qu’il faut maintenir quasiment constant pendant 90 minutes.

 sherlock

Pour mesdames 

 

LA femme

 

La première saison de Sherlock s’était beaucoup attardée sur la relation entre Holmes et Watson : comment ils se sont rencontrés, comment la confiance s’est petit à petit mise en place pour former un duo extrêmement proche et solidaire, à la limite du couple. De nombreuses allusions avaient été faites à ce propos dans la première saison et cet épisode ne manque pas d’en semer quelques-unes au fur et à mesure que l’intrigue se déroule.

En tout cas, une chose est acquise dans cet épisode : la relation entre les deux colocataires du 221B Baker Street est solide et éprouvée. En elle-même, la scène à Buckingham Palace suffit à exposer ce propos, nos deux bougres étant incroyablement complices. Ils rigolent de leur condition comme pourrait le faire deux gamins et apparaissent vraiment comme des enfants pris en faute que les parents (Mycroft et son collègue) tentent en vain de raisonner. La complicité entre les deux est flagrante, portée par la superbe interprétation de Cumberbatch et Freeman.

Et vu que la relation entre les deux personnages est quelque chose de traité, il est temps de passer à autre chose, de faire évoluer les personnages dans un autre sens. Et quoi de mieux que de confronter Sherlock à l’un des grands mystères de l’univers, les femmes ? Incompréhensibles pour le commun des hommes, il était temps que le détective tente de percer leur secret et il va avoir fort à faire avec Irene Adler.

Cette dernière fait partie de ses personnages de l’univers de Doyle (avec Moriarty) qui ne sont apparus que très brièvement dans une nouvelle mais qui ont suscité une fascination extrême et ont pris une place importante dans la mythologie « Holmesienne ». Il faut dire que Doyle l’avait présentée de prime abord comme « The women », la seule qu’Holmes considérait comme son égale. D’ailleurs, la conclusion de l’épisode fait directement référence à cette première phrase d’Un Scandale en Bohème, nouveau clin d’œil du scénariste au matériel d’origine.

Et bien qu’aucune relation autre que platonique n’ait été prêtée au détective et Irene Adler au travers de l’œuvre de Doyle, de nombreuses spéculations ont vu le jour autour de ce personnage féminin, lui prêtant toute sorte d’aventures avec le détective. Et en tant que fans de l’univers de Doyle, Moffat se devait de livrer sa version de la romance entre les deux personnages.

La belle Irene est d’abord présentée comme « The Dominatrix », call-girl de haut vol que l’on appelle lorsque l’on souhaite expérimenter des jeux épicés. Le ton est donc donné : c’est une femme qui sort de l’ordinaire et aime commander, le genre dominatrice comme l’on pourrait en voir des centaines.

Mais sa première rencontre avec Holmes nuance déjà ce propos. C’est une femme extrêmement intelligente, qui se présente dans le plus simple appareil à l’homme dont elle sait qu’il est venu lui récupérer ses photos. Cette arrivée surprend non seulement le téléspectateur, pas forcément ouvert à ce genre de fantaisie, mais également Holmes qui a bien du mal à se faire une idée de la femme qu’il a en face de lui tant le manque d’indices offert par sa tenue le gêne.

Holmes est donc battu sur cette première manche qui résonne fortement avec sa scène de nu à Buckingham, renforçant également le fait que les deux personnages sont proches et déconnectés du monde réel, vraiment dans leur bulle. Holmes réussira à gagner le second jeu en parvenant à découvrir le coffre-fort et la combinaison mais sera finalement dominé dans un troisième échange, laissant Irene s’échapper : fin du premier acte et de la partie « Un scandale en Bohême ».

Et quand l’on regarde rétrospectivement cette rencontre, on se rend compte que les deux personnages ne font finalement que discuter. Ils se livrent ainsi un jeu, un face à face dont le but est de désarçonner l’autre tout en en laissant transparaître le moins possible. On est ici entre le duel et la fascination, entre la confrontation et l’amour. Une certaine « tension sexuelle » est palpable entre les deux alors qu’à aucun moment ils ne se sont vraiment touchés. Une entrée en matière extrêmement réussie donc pour ce personnage porté par une Lara Pulver en phase avec son rôle et complètement crédible en opposante de Cumberbatch.

 Irene

Pour messieurs 

S’en suit alors un second acte beaucoup plus distant et subtil, dans lequel Irene mène la danse malgré sa présumée disparition. Après avoir modifié la sonnerie du téléphone, cette dernière s’amuse à bombarder Sherlock de messages, où elle l’invite constamment à dîner. Là encore, on note la similitude entre les deux personnages. Sherlock abusant des messages lors de la première saison et restant, dans cet épisode, complètement muet.

Adler s’amuse donc avec lui comme pour le narguer, pour lui rappeler que dans toute la collection de succès qui sont relatés sur le blog de Watson, elle reste son seul échec connu. Et lui de toujours revenir là-dessus, en laissant la sonnerie du téléphone inchangée comme pour marquer encore plus cet échec. C’est donc une véritable guerre d’égo que les deux se livrent, que la mort de la première ne freinera pas, Sherlock cherchant à tout prix la combinaison du téléphone, comme une ultime façon de triompher de celle qui l’a tenu en échec. Et c’est durant toute cette partie que Holmes laisse transparaître son côté le plus humain, vaincu devant un ennemi plus coriace.

Il est intéressant également de noter que c’est dans ce second acte que sont mis en avant les autres personnages féminins, comme pour renforcer l’addiction du détective à Adler et le caractère exceptionnel de cette dernière. On retrouve ainsi Molly, la légiste de la première saison, folle amoureuse de Holmes que ce dernier va publiquement humilier le soir de noël, se montrant toujours incapable d’empathie vis-à-vis de ce personnage. Pour lui, elle n’est rien d’autre qu’un moyen d’exposer sa science et de se montrer supérieur à elle. Son comportement avec elle renforce encore plus le caractère dominateur d’Adler et la fascination qu’Holmes éprouve pour elle.

Mrs Hudson contrebalance également avec Irène en apportant une touche de douceur. Elle est beaucoup plus attentionnée, préoccupée par ses locataires et leur confort. Elle est là pour leur prêter main forte (l’attaque des agents de la CIA) et propose une nouvelle vision de la femme, plus maternelle. Là encore, le comportement d’Holmes est différent, il semble plus attentionné avec la vieille femme, et montre une certaine affection pour elle (à sa façon, cela va de soi).

La dernière femme présentée est la nouvelle copine de Watson, laquelle ne présente aucun intérêt pour personne, et encore moins pour Sherlock. Celle-ci montre à quel point l’homme ne s’intéresse pas aux femmes naturellement, insistant par là même sur le caractère exceptionnel de la dominatrice. Un deuxième acte qui est donc marqué par l’absence d’Adler et sur la façon dont Holmes se comporte avec les femmes, se concentrant surtout sur les faiblesses du détective.

Le troisième et dernier acte est finalement celui des révélations et également l’occasion pour Sherlock de prendre sa revanche. Après s’être fait une fois de plus berner par Irène, il reprend brillamment l’avantage en forçant cette dernière à se dévoiler, en la poussant dans ces retranchements. Cette fois-ci, c’est elle qui montre ses faiblesses et c’est donc un juste retour des choses, les deux revenant à égalité.

Alors bon, le coup du « I am Sher-locked » fait peut-être un peu kitsch, un peu « too much » mais c’est si joliment amené que ça passe comme une lettre à la poste. Et c’est à ce moment là que l’on se rend compte que Sherlock, que l’on pensait complètement à côté de la plaque et passif dans ce troisième acte, a lui aussi tendu son piège pour pouvoir prendre sa revanche. On en vient même à se demander s’il n’a pas décodé le message en connaissant plus ou moins les conséquences de son acte dans le seul but d’obtenir la victoire sur celle qui s’est jouée de lui.

Mais bien que le mot « amour » fasse son apparition dans cette troisième partie, les deux personnages restent toujours distants physiquement, seul la communion de l’esprit semble s’opérer. On est toujours sur une sorte de relation platonique qui, bien que l’on s’en approche fortement, n’est jamais transformée en histoire d’amour, reste toujours ambigüe. Là encore, Moffat parvient à non seulement reprendre à son compte les spéculations sur la relation entre les deux protagonistes tout en ne dénaturant pas le matériel d’origine qui n’évoquait jamais ouvertement une histoire d’amour entre eux.

L’épilogue de l’épisode est enfin l’occasion pour les deux personnages de se retrouver, chacun pardonnant à l’autre l’affrontement auquel ils se sont livrés. Quant à l’avenir d’Irene, l’épisode laisse le téléspectateur libre de toutes interprétations, chacun ira probablement de la sienne mais il n’est jamais clairement indiqué ce qu’il est advenu (et adviendra d’elle) par la suite.

Je me suis sûrement laissé un peu emporter sur les relations qu’Holmes entretient avec les femmes mais la matière qui est donnée au travers de l’épisode est tellement dense qu’il aurait été stupide de ne pas l’aborder. Et en cela, Steven Moffat a fourni un travail formidable en réussissant à poser tant d’éléments de psychologie autour de son intrigue de complot sans qu’à aucun moment on ne se sente saturé par cette histoire d’amour entre deux êtres exceptionnels. Une preuve de plus que le bonhomme sait y faire pour raconter des histoires, dès l’instant que le sujet le passionne.

 

Et les autres ?

 

Bien que l’épisode fasse la part belle à Sherlock, le personnage de Watson n’est pas non plus en retrait. Comme dit précédemment, sa relation avec Sherlock s’est affirmée et c’est désormais une affaire qui roule. La complicité entre les deux personnages est flagrante, tout deux s’entendant comme larrons en foire et, tandis que Holmes vit dans sa bulle, Watson permet de l’ancrer dans le présent et le monde réel, les deux formant une complémentarité quasi parfaite.

Mais on remarquera que Watson continue d’avoir un rôle protecteur envers Sherlock. Déjà vu dans la première saison, c’est confirmé ici quand on le voit notamment se renseigner sur le comportement de Holmes lorsqu’il est amoureux. Le final apporte également une preuve supplémentaire de l’attitude protectrice du personnage envers le détective lorsqu’il préfère masquer la vérité sur la disparition d’Irene (ce qui est inutile). Bref, Watson donne toujours par moment cette impression de « grand frère » pour Sherlock, dévoué mais toujours là à essayer de le protéger du monde extérieur.

Il participe activement à renforcer le mythe du personnage de Sherlock Holmes. Grâce à son blog (http://www.johnwatsonblog.co.uk/), il attire de nombreuses personnes qui souhaitent voir le détective prend en main leurs problèmes. Cette notoriété accrue les force parfois à se cacher des paparazzis, ce qui nous offre au passage un très joli clin d’œil. C’est en effet en tentant de ne pas être pris par ces derniers qu’Holmes s’affuble d’un Deerstalker, cette fameuse casquette qu’on lui prête si souvent lorsqu’on le représente.

la fameuse casquette

La fameuse casquette

Alors que la première saison était tournée vers la découverte, il semble que cette seconde va s’orienter vers l’affirmation du mythe, la création de la légende Sherlock Holmes et le choix de porter à l’écran trois des écrits les plus populaires pour cette seconde saison n’est probablement pas anodin.

Le seul bémol d’une telle direction scénaristique est la faible place qui est accordée aux personnages secondaires. Hormis Holmes, Watson et Adler, les autres ne sont que de passages dabs l’épisode et ne vont au final que mettre encore plus en avant les personnages principaux. Mais bon, lorsque l’on regarde l’œuvre de Doyle, des personnages comme Lestrade ne sont pas forcément non plus très développés : dans un sens, Moffat reste une fois de plus assez fidèle au matériel d’origine.

 

 

What else ?

 

Jusque là, je me suis pas mal étendu sur le fond et sur le développement des personnages. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté-là l’épisode est particulièrement bien fourni et l’on pourrait probablement en discuter pendant des heures si on le voulait. Mais un si bon contenu se doit d’être mis en forme correctement et l’épisode prouve une fois de plus qu’il n’a absolument rien à envier aux productions américaines, aussi bien les séries que le cinéma, bien au contraire.

Le premier point qui marque sur cet épisode est l’humour. Déjà présent en première saison, il est particulièrement bien représenté sur cet épisode, rendant ce dernier encore plus plaisant qu’il ne l’était déjà. Qu’il mise plus sur le décalage des situations (Holmes en drap à Buckingham, le vol du cendrier, la musique des Bee Gees, …) ou les dialogues finement travaillés, l’épisode transpire la bonne humeur par moment alors que les sujets abordés ne sont pas forcément des plus drôles. C’est d’ailleurs Watson qui s’en tire le mieux de ce côté, héritant de bon nombres de répliques qui font mouche, permettant là encore d’équilibrer le poids des deux personnages principaux dans l’épisode qui aurait autrement fait la part belle à Holmes.

Et que dire de l’interprétation ? Que ce soit Martin Freeman ou Benedict Cumberbatch, ils nous avaient bluffés lors de la première saison et c’est toujours le cas ici. Leur symbiose permet de donner une réelle contenance à leurs deux personnages et à la relation qu’ils entretiennent, ajoutant de la crédibilité au scénario. Les deux acteurs confirment leur statut d’excellents comédiens et ce n’est d’ailleurs pas pour rien s’ils sont tout deux très demandés en ce moment.

Face à eux, le reste du casting n’est pas en reste et on retiendra surtout l’excellente performance de Lara Pulver dans le rôle d’Irene Adler. Elle joue parfaitement bien la dominatrice dans un premier temps tout en laissant apparaître par la suite les fêlures de son personnage. Elle a réussit de plus à s’accorder avec le jeu de Cumberbatch et tous deux délivrent une performance vraiment crédible, rendant encore plus ambigüe la relation entre Holmes et Adler.

effets de style

Les effets de style sont toujours présents 

Enfin, je ne pouvais conclure sans évoquer la réalisation de Paul McGuigan et le montage de l’épisode, quasi cinématographique. Les jeux de lumières sont à l’image de la première saison et reflètent parfaitement l’ambiance de la série. Les ralentis sont astucieusement placés et les petits effets de style que l’on retrouvait dans la première saison sont toujours présents mais de façon différente, preuve que la série est capable là aussi de se renouveler. La musique est toujours aussi intéressante, collant elle parfaitement à l’ambiance de l’épisode.

Bref, sur un plan plus technique, l’épisode est une franche réussite, quasi cinématographique et le découpage au format 90 minutes des épisodes pourrait même le faire passer pour un bon film.

 

Pour sa reprise, Sherlock place donc la barre très haut : une intrigue aux multiples rebondissements parfaitement maitrisés, des personnages principaux évoluant dans le bon sens, une réalisation impeccable et une écriture très soignée, on peut dire que l’année 2012 commence bien. Il faut espérer que le reste de la saison soit du même niveau, il serait dommage de voir la série faiblir.

Note : je me suis peut-être un peu laissé emporter sur cette critique qui se rapproche plus de l’analyse mais le sujet étant particulièrement intéressant, je n’ai pas pu résister. J’espère que vous avez pris autant de plaisir à me lire que j’en ai eu à l’écrire.




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A propos du rédacteur

elpiolito elpiolito
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5 commentaires sur cet article


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#1
sephja a écrit le 07/01/2012 à 21h46
Très agréable à lire en effet. J'aurais juste aimé avoir vécu le visionnage de la même manière. La première demi-heure est en effet splendide.
Excellent critique
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#2
Koss a écrit le 07/01/2012 à 22h04
Critique aussi dense que l'épisode. Chapeau, il fallait le faire. Pourquoi Sephja, tu as mis la note la plus basse ? Tu as un problème avec Moffat, j'ai l'impression. Qu'est ce qui ne t'as pas plus ?

@Elpiolito : Je ne suis pas tout à fait d'accord sur la difficulté à suivre l'intrigue. C'est facile à suivre, il faut juste être concentré. Je trouve que Moffat ne prend pas les spectateurs pour des cons et c'est une bonne chose.
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#3
Aureylien a écrit le 08/01/2012 à 10h08
Pas de note ?
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#4
elpiolito a écrit le 08/01/2012 à 11h46
Non, je n'ai pas encore statué sur la note pour le moment...

@Koss : l'intrigue n'est pas forcément facile ou difficile, je dirais plutôt qu'elle est exigeante. Les données ne sont fournies qu'une seule fois dans l'épisode et il faut donc être constamment alerte et attentionné pour ne pas les manquer. Ce qui, pour un épisode de 90 minutes, quand tu es un peu fatigué, est assez difficile, il y a forcément un moment où tu décroches un peu.
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#5
Kaidjin a écrit le 12/01/2012 à 17h52
Analyse/Critique très intéressante. Effectivement tout est maitrisé et ça se voit. Je pense qu'un deuxième visionnage ne sera pas de trop d'ici quelques temps.



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