Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
Le plan où l’Eva indépendant se régénère grâce à un morceau d’Ange et où en repousse un bras humanoïde (!) avant de hurler dans la nuit, entre homme, bête, et machine... Ce plan me hantera longtemps, je pense, comme un exemple absolu de body-horreur croisé mecha hyper glauque et fascinant.
Un épisode encore une fois à la structure relativement anticipable : Shinji revit la même chose que dans son dilemme de l’épisode 4, prenant la fuite car ne pouvant supporter d’être un pion dans un monde pourri. Mais pris dans l’urgence de la situation et pour sauver ses proches, il fait finalement la décision qui a le plus de sens d’un point de vue utilitariste afin d’éviter une catastrophe. L’aftermath de l’étonnante survie de Toji est aussi touchant autant qu’on le peut pour un personnage qui aurait probablement dû mourir, mais sa survie ne rend pas les choses plus faciles bien au contraire, s’il vient un jour à revoir Shinji.
Tout est hyper cohérent et bien ficelé, sans doute trop pour qu’on soit surpris : Rei semble se sacrifier mais il me paraît désormais acté que son esprit peut survivre dans un autre corps, vu la facilité avec laquelle la NERV joue à contrôler les âmes et la chair. Tout est d’ailleurs sans doute un plan prévu par le père de Shinji (dans les grandes lignes), y compris l’éveil de la forme finale de l’Evangelion-01.
Même si le scénario tombe juste dans ce à quoi on s’attendait, il n’en reste pas moins très qualitatif, et dans tous les cas, c’est bien l’exécution qui est incroyable ici, l’animation et les design en particulier, et parfois c’est suffisant pour en faire un chef d’oeuvre d’épisode, affirmant une nouvelle fois le statut pré-curseur de l’anime.
Après avoir versé dans un climax SF grandiose, l’aftermath est bien plus intimiste, qu’il soit psychologique ou politique. Les variations de ton de l’anime sont toujours impeccables.
Côté politique, ici même le conseil restreint de la SEELE semble dépassé par les récents événements concernant l’Evangelion 01 et s’interroge de l’agenda de Gendo Ikari et de la NERV… Gendo qui sait tout par ce que Kaji, censé être un traître contre la NERV, le lui rapporte. Kaji aurait ainsi agi en tant que triple-agent depuis le début ? Un mec prétendant bosser pour la NERV qui cache de façon obvious un secret depuis le début de la série, puisqu’il agit pour le compte du gouvernement japonais et de la SEELE, mais qui était en fait de mèche avec Ikari et la NERV depuis le début ? Ce petit twist est révélé vraiment en une scène furtive et continue pourtant de rajouter de la complexité et du réalisme à cet univers.
Je ne portais pas le personnage spécialement dans mon cœur mais en ayant ses allégeances en tête, il serait intéressant de reprendre le parcours de l’anime de son point de vue. Cet épisode était d’ailleurs une nouvelle fois visiblement riche en foreshadowing, d’autant plus vis à vis de ce que je pense savoir du personnage de Rei. On remet également une couche sur le fait que Ritsuko a designé les Eva avec une formule gardée secrète, même s’il ne fait plus trop de doutes sur le fait qu’ils ont tout simplement une conscience humaine.
Cet épisode est également en grande majorité un nouveau périple initiatique de Shinji qui aboutit à une seconde renaissance, cette fois-ci en revanche il semblait avoir le choix. L’idée que sa conscience et son corps sont désormais entièrement dissipés dans le liquide de l’Eva jusqu’à être “intriqués quantiquement” est vraiment géniale, et je ne m’attendais pas à avoir un tel name-dropping du mot quantique, que les séries/films de SF du 21ème siècle aiment lâcher à tout-va, de façon si pertinente ici dans un anime de 1995.
L’épisode est globalement un épisode bas-budget où la plupart des plans importants sont totalement fixes ou repris précédemment, mais c’est utilisé ici avec intelligence : le plan où Ritsuko et Misato discutent en contre-jour devant la tête immense de l’ange humanoïde bandé par des pansements est hyper beau et macabre, et le hors-champ est aussi malin avec la scène finale de sexe qui parvient à être hyper explicite.
Comme d’habitude, Misato est un personnage vraiment génial à mon goût, et son amour pour Shinji est un des éléments les plus touchants de l’anime. Elle revit littéralement lorsqu’il renaît, puisqu’elle décide tout de suite après de coucher avec Kaji et, comme ce dernier le rappelle, quoi de plus humain et de plus vivant.
Wow wow wow il fallait être réveillé pour celui-ci !
Dès la scène d’introduction (une première pour l’anime) qui montre un enregistrement hyper réaliste du drame du Second Impact (enfin !), on sait qu’on a affaire à un épisode spécial.
Je ne pensais pas que l’anime ferait un jour un épisode flashback aussi explicatif que celui-ci. Pourtant une nouvelle fois, je suis agréablement surpris. L’épisode est d’ailleurs plus long qu’à l’ordinaire et vu la densité d’informations sur tout l’univers de la série, il faut s’accrocher !
Déjà ce qui est fort c’est qu’ils arrivent à parler 30 minutes de tout le lore de la série tout en réussissant à tout de même ne pas divulguer réellement ce qui s’est produit durant le Second Impact, ni quel est le plan final de Gendo Ikari (qu’est-ce que le Projet de l’Instrumentalisation de l’humain ?), ni les motivations de la SEELE (que sont ces fichus Manuscrits de la Mer Morte ??). L’art de distiller plein de réponses tout en gardant un flou sur l’essentiel…
Tout est raconté à travers le point de vue de Kozo Fuyutsuki, le bras droit de Gendo Ikari et donc deuxième homme de la NERV, personnage d’arrière-plan depuis le début qui avait en réalité une importance fondamentale. Il a toujours agi en fait en opposition à Gendo et supervisait la NERV en sa qualité de médecin pour agir comme garde-fou (littéralement) à ce que peut mijoter Ikari — qui semble néanmoins le respecter.
C’est impressionnant la qualité de la série à avoir introduit littéralement 100% de son univers et de tout ce qu’il y a à comprendre dans ses tout premiers épisodes (à part peut-être Asuka qui est arrivée un poil après). Si cela entraîne quelques effets “ah mais en fait tout le monde est lié de très près à l’histoire de la NERV”, cela ne choque pas puisque tous les protagonistes ont une bonne raison d’y revenir, et que tout est très lié finalement à un cycle qui se perpétue entre parents et enfants.
Kaji est ici celui qui opère l’enlèvement (et la libération ?) du commandant de la NERV, et ce n’est en fait qu’à la Onzième heure qu’on comprend enfin qui il est et son rôle très lié avec Gendo (puisque c’est même lui qui lui a fourni Adam, donc la technologie nécessaire pour faire les Eva), juste avant qu’il ne se fasse exécuté par un personnage en hors-champ (honnêtement, j’ai pensé à Misato d’abord), ne pouvant plus cacher son triple-jeu. Sa scène finale très mélancolique est assez poignante, et l’émotion se ressent à travers Misato notamment, en pleurs tandis que Shinji se réfugie dans sa chambre, incapable de savoir comment réagir. J’imagine que Kaji aurait pu fuir ou se cacher, mais qu’il a privilégié une dernière nuit avec Misato la fois précédente, ce qui est aussi inattendu à mon sens dans leur relation qui a plutôt toujours été axée sur l’attirance irrésistible de Misato envers lui, et non l’inverse.
L’utilisation subtile de la sexualité dans la série est d’ailleurs hyper intéressante, notamment en mettant ça en lumière avec l’épisode précédent. Là où la libido de Misato reflète son optimisme, Ritsuko semble s’interdire vraiment toute relation, ce qui révèle plus de sa rigidité scientifique et ses secrets opaques sur son projet de vie. Sans pour autant dépeindre Ritsuko comme une dame de fer, ce qui est louable. Quand on voit le sort hyper glauque de sa mère, issu d’une histoire de tromperies et de jalousie aboutissant à un suicide (dans des scènes hyper bien réalisées où elle étrangle Rei), ça a encore plus de sens.
Le saut entre toutes les époques avec de nombreuses temporalités qui se mêlent pour former les récits du prologue de la série est peut-être un poil mécanique, mais face à la générosité de l’épisode qui éclaire tout le lore d’une autre façon, difficile de faire la fine bouche. Parmi les thématiques abordées, on notera l’idée d’un événement cataclysmique car l’humanité a joué avec le feu et avec Dieu, qui aboutit à la fonte de toute l’Antarctique et à un “été éternel, sans saison” au Japon. Franchement, je trouvais aussi qu’il avait l’air de faire chaud tout le temps (ces fuckings cigales !!!!) et la raison était sous nos yeux depuis le début.
C’est avec ce genre de soucis du détail que le world-building de l’anime est fascinant. Comme l’anime a été hyper subtil et a ménagé tout son suspens depuis le début, cet épisode enchaîne donc les effets wow à travers simplement quelques flashs brefs sur plein de points qui font appel à nos préconceptions de leur histoire. On voit en effet le prototype d’Evangelion, de la construction de la ville souterraine de Neo-Tokyo, d’une NERV qui a dû changer de nom - tout comme comme son chef, Gendo Ikari, qui a pris le nom de sa femme Yui… et ne l’a épousé sans doute que pour se rapprocher de la SEELE, comme le sous-entend le sous-directeur narrateur (on l’a tout de même vu montrer des signes d’amour/d’affection plus tard dans la chronologie, ce qui rend ce personnage relativement complexe derrière ses traits d’antagoniste évident).
Et tout ça sans parler bien sûr des révélations plus évidentes et centrales sur le passé de Misato par exemple, qui éclaire vraiment le caractère du personnage et ses contradictions aujourd’hui. Ou bien de Ritsuko, qui entretient rien de plus qu’une relation épistolaire avec sa mère, mais ça suffit à ce qu’on se sente vraiment choqué par sa mort et qu’on comprenne alors toutes les motivations de la fille qui a repris le flambeau de son travail des rois mages. On nous souligne d’ailleurs l’inspiration, et on nous rappelle la métaphore de la femme triple qui y demeure — cette femme triple qui est ici présente dans l’épisode sous tous ses aspects : la scientifique qui a globalement permis à la NERV d’exister, la mère qui entretient une relation avec sa fille et lui sert de modèle, et la femme qui désire le commandant et ne peut se regarder en face. Encore une fois un symbole qui souligne le fait que tout le monde est gris et composé de plusieurs facettes parfois antagonistes, ce qui contribue à la richesse des personnages de la série.
Le focus sur Asuka arrive peut-être un poil tardivement dans l’anime à mon goût. On retrouve en effet ici un épisode relativement classique avec une attaque d’ange, néanmoins celle-ci était toujours hyper originale par rapport à toutes celles qui précédaient, restant en orbite et attaquant à travers un champ télépathique qui désactive les Eva.
La backstory d’Asuka est en effet plutôt morose et explique pourquoi elle déteste tout le monde — et elle-même avant tout, mais rien ne semble vraiment transcender le personnage à travers ces flashbacks. Cela dit, pour moi elle reste un personnage par nature attachant, car même si elle est irritante et n’en fait qu’à sa tête, on avait déjà compris que c’était sa façon de fuire une haine immense. J’aimerais bien que l’anime revienne un jour sur comment s’opère le choix des pilotes des Evangelions, mais j’ai bien peur que ce point n’arrive jamais, alors que ça aurait pu être pertinent ici.
Finalement, la simple scène où Asuka parle à sa belle-mère au téléphone qu’elle n’a pas vu depuis des mois et qui est à l’autre bout de la planète, pour rester max 15 secondes, évoquer des banalités (”je viens de manger” dit-elle en allemand) et finir par admettre qu’elles n’ont rien à se dire, résument tout aussi bien le personnage.
La résolution utilisant une Lance divine, un artefact qui agit comme relique des anges, est plutôt créative (il me semble qu’on avait déjà mentionné cette lance plus tôt dans l’anime, un fusil de Tchekov assez cool). D’autant qu’il permet à Misato (et à l’audience) de comprendre qu’on n’a pas fini de nous dévoiler toute la vérité sur le Second Impact, puisque si l’Eva 00 piloté par Rei a pu aller dans le sous-sol de la NERV récupérer la lance et être en quasi-contact avec Adam (ou le truc qui ressemble à un Ange qui est crucifié), alors que le contact entre Adam et les Evangelions ont apparemment causé le Second Impact… c’est bien que cette information est fausse et que la vérité a été étouffée par Gendo Ikari entres autres.
J’ai vu la version Director’s cut qui inclut beaucoup plus de scènes notamment lors de l’introspection d’Asuka. Peut-être un peu trop (une séquence est tout de même répétée cinq fois), même si ces trips sont toujours hyper intéressants, à base de nombreux flashs qui mêlent images du passé et du présent (voire de futurs épisodes ? pas sûr) pour donner vraiment un sens viscéral aux scènes. C’est hyper intéressant comme illustration de la “théorie classique de montage” et tout ce qui s’en suit.
Quoiqu’il en soit, je suis fan des parti-pris de réalisation hyper tranchés en jouant notamment sur l’espacement des personnages, souvent framés partiellement ou en coin d’écran, ou encore les longs plans fixes silencieux (comme celui de l’ascenseur) qui souligne vraiment le vide de rapports humains. On ne va pas se mentir, c’est aussi une façon d’économiser du budget (surtout quand les lèvres sont cachés pour ne pas animer les discours), mais qu’importe car c’est élevé par une créativité et une intention hyper cool.
