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Pour une première plongée dans la société des Time Lords (je n'ai pas vu The War Games, mais il me semble que peu d'épisodes depuis avaient abordé leur fonctionnement), c'est une réussite. Un spectateur qui a déjà le bagage de la nouvelle série y découvrira de nombreux éléments fondateurs de sa mythologie, mais pour pour le public de l'époque The Deadly Assassin est une plongée dans l'inconnu qui le prive de repères (premier épisode sans compagne ?), un épisode très sombre (sans doute le plus sombre depuis Genesis of the Daleks) aux allures de thriller politique qui rejoue l'assassinat de Kennedy en créant un parallèle périlleux entre le Docteur et Lee Harvey Oswald.
L'épisode est d'autant plus pertinent puisqu'il dresse un parallèle méta sur l'histoire de la série. Car c'est l'assassinat de Kennedy qui faillit coûter la vie à la série lors de sa première diffusion en 1963, et c'est un écho de ce même événement tragique qui revient ici hanter et condamner le Docteur, faisant de cette première partie un des épisodes les plus audacieux et cauchemardesque de la série classique.
Voilà le Doctor Who que j'attendais du RTD post Years and Years et It's a Sin. Un RTD en folie qui fait d'un micmac impossible (It Follows, Dead Zone, "The Bent Neck Lady"...) un épisode brillant qui dépeint une Ruby dont la résilience va l'amener à surpasser son trauma de l'abandon pour tenter de donner un sens à son existence.
RTD prône une déconstruction salvatrice, tant dans la série (avec cette ode à l'inexplicable trop rarement exploitée dans un univers qui se veut pourtant celui de tous les possibles) que dans la société (Ruby qui doit intégrer le pire du patriarcat fascisant pour se ré-approprier son existence). Un épisode brillant donc, qui m'a frappé en plein cœur dans ses visuels invoquant nos peurs les plus primaires (première fois que la série me fait peur avec la scène des lumières dans la chambre d'hôpital) ou dans le portrait de cette solitude déchirante, nous rappelant que la vie passe en un clignement d'œil, nous laissant seul à la fin face à une histoire à laquelle nous essayons vainement de donner du sens (cette scène parfaite d'une Ruby vieillissante face au Tardis qui m'a mis les larmes aux yeux).
Le meilleur épisode depuis de trop nombreuses années qui rappelle cette singularité qui fait Doctor Who : cette inquiétante étrangeté qui nous emporte aux confins de l'univers pour mieux venir nous cueillir au plus profond de notre humanité.
Après trois épisodes plaisants qui avaient pour mission de ramener les fans au bercail, The Church on Ruby Road est le grand vent de fraîcheur attendu pour ouvrir la série à de nouveaux horizons et réintroduire le Docteur comme cet héros qui nous promet tous les possibles. RTD tient donc parole, exit le Docteur de 2005 qui était présenté à Rose comme "celui que la Mort accompagne". Dans des temps si moroses, RTD prône le retour d'un Docteur solaire, libéré des fardeaux du passé. Un épisode revigorant, comme une belle matinée ensoleillée en plein hiver qui nous donne envie de croire en des lendemains radieux. Nul doute que si je ne connaissais pas la série, cet épisode m'aurait directement embarqué dans son univers loufoque (Janet Goblin, parfait) mais qui n'oublie jamais d'injecter de l'humain (la réalité alternative où Carla n'a pas adopté Ruby) pour ne pas perdre son public. Alors oui, tout est possible, tout est réalisable, c'est le jeu de la vie !
Comparé au précédent, on est ici dans une approche que me plait moins. Plus mécanique, plus attendue, comme si on relançait une machine un peu grippée. Là où The Church on Ruby Road réintroduisait l'univers de la série avec panache, on sent RTD un peu gêné aux entournures quand il s'agit de devoir rebalancer tout le lore en 5 minutes d'introduction. L'aventure qui suit n'est pas vraiment à mon goût, avec en bonus ces péripéties un peu vaines qui cractérisent si souvent la série, mais surnagent ici et là quelques belles idées (le commentaire sur le refus d'arrêter la reproduction de l'espèce au-delà de toute logique et le petit jeu sur la traduction du vaisseau, un classique mais qui fonctionne toujours un peu sur moi). Bref, du RTD en léger pilotage automatique, compréhensible avec 10 scripts sur le feu.
