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Dans une interview Moffat avait expliqué qu'il s'était donné des petits défis lors du run de Capaldi : déconstruire la figure du Docteur en le privant d'un monstre (Listen), de sa compagne (Heaven Sent) et même de sa propre existence (Extremis).
Boom s'inscrit totalement dans la lignée de cette expérience narrative, Moffat s'amusant cette fois-ci à priver son héros de sa caractéristique première : la fuite en avant. Il suffit de voir ce plan d'introduction du personnage, parcourant un champ de bataille en petites foulées, pour voir à travers Ncuti toutes les incarnations passées du personnage. Il est, pour citer ce fin psychologue qu'est Davros, "The man who keeps running. Never looking back".
Sur un terreau si fertile, Moffat construit donc avec brio une première moitié d'épisode qui met en lumière le talent de son duo central (qui en doutait) et construit savamment son suspense. Moffat lui-même qualifie Boom de son épisode le plus hitchcockien (expression qui me hérisse le poil tant elle est parmi les plus galvaudées aux côtés d'oeuvre de la maturité), et je dois au moins reconnaître à cet épisode d'avoir pu m'ouvrir les yeux sur les liens assez forts qui unissent les deux artistes, et qui participent au plaisir que j'ai à découvrir leurs créations : les peurs primaires liées à l'enfance, cette obsession pour la sexualité (souvent décomplexée) qui finit malgré tout par s'accomplir dans une vie conjugale joyeusement conflictuelle, la récurence des motifs religieux qui aveuglent plus qu'ils ne libèrent, cette science du MacGuffin (ici les Kastarions) qui détourne l'attention pour mieux attraper le spectateur quand le vrai sujet du récit surgit, ce marivaudage permanent des personnages qui ne cessent jamais de flirter même avec une bombe entre les mains... Et les deux sont cancel !
Malheureusement, Boom tend à s'empêtrer un peu dans une seconde moitié qui surjoue beaucoup de ses classiques jusqu'à l'usure. Elle est sans doute là pour le moment la faiblesse de cette "saison 1" : l'absence de voix nouvelles (mis-à-part sur l'épisode 6) qui pourraient incarner le Doctor Who de demain. Allez, sans rancune Steven, on se retrouve à Noël !
Difficile de ne pas être touché par cette grande réunion, surtout retrouver les enfants avec quelques années de plus. On a quand même l'impression d'assister à une saison 10 condensée en 2 heures, vu le nombre de sous-intrigues entassées, rendant l'ensemble un peu épuisant sur la durée.
La série n'a jamais brillé par son écriture - à quelques rares exceptions comme l'épisode du coming out de Charlotte - et cet épisode ne fait pas exception en misant intégralement sur le passé et la connivence avec le spectateur (le retour de Méduzor ou d'Isabelle Nanty). L'épisode a un gros côté boomer/cringy sur pas mal de scènes (les scènes musicales, décidément une passion chez France TV après Les Petits Meurtres d'Agatha Christie) et toujours les mêmes défauts que sur les dernières saisons (Valérie Bonneton qu'on n'écrit que dans l'hystérie, alors qu'elle est excellent dans l'émotion).
Mais au-delà de ces défauts, il y a un vrai plaisir de composition de la part des deux couples centraux, toujours excellents, ainsi que les performances de certains des enfants, en particulier la relation Tiphaine Haas/Yaniss Lespert toujours très réussie. Pas mal de gags fonctionnent aussi très bien, j'ai eu quelques rires francs sur l'épisode. Je reviendrai bien pour une nouvelle saison/un nouvel épisode une fois prochaine, ceci dit.
