Premier des 10 épisodes diffusés sous le titre “Les Aventures de Batman & Robin” (les 3 autres épisodes restants étant les 3 derniers des 5 mis de côtés par le diffuseur, la plupart mettant en plus en scène Batman seul), avec un tout nouveau générique que j’adore, constitué d’extraits d’anciens épisodes illustrant le duo en action et avec le sublime thème de Shirley Walker en toile de fond, il est assez représentatif du gros de ce que seront ces épisodes : le retour d’un ennemi phare des précédentes saisons avec un tout nouveau plan et dans un tout nouveau contexte, et surtout avec le Dynamic Duo au cœur de l’épisode.
Aujourd’hui, c’est le Roi du Temps qui nous fait les honneurs d’un retour, nous offrant une nouvelle aventure à la fois totalement différente de la précédente mais aussi de manière générale fortement atypique dans la série. Si cette dernière a quelques fois versée dans le fantastique, elle est quand même globalement restée à dominante réaliste. Le premier épisode du Clock King avait d’ailleurs réussi l’exploit de réussir un traitement de nature réaliste à partir d’un tel personnage. Ici, on part au contraire dans la science-fiction pure et dure, avec ces appareils qui permettent à Fugate de distordre le temps à sa convenance.
Et bien que c’est sans doute jusqu’à présent l’un des trucs les plus gros que nous ait demandé d’avaler la série, sans l’aspect mystique justifié qui l’accompagne cette fois comme dans les épisodes avec Ra’s Al Ghul, ça passe comme une lettre à la poste et ça permet d’offrir à l’épisode d’excellentes idées en termes de péripéties et d’actions qui le rythme parfaitement de bout en bout et, rendant à peu près tout possible, maintienne en haleine tout du long pour un genre d’affrontement que nos deux justiciers n’ont jamais connu auparavant. Qui plus est, c’est totalement dans le ton assez léger de l’épisode, qui se permet même un superbe clin d’œil à une scène culte du film de 1966. Côté divertissement et amusement, le job est on ne peut mieux assuré.
En revanche, cette suite n’a clairement pas ni l’intensité dramatique, ni la finesse de caractérisation et de traitement des thématiques de son ainé. Fugate n’a plus rien d’attachant ni même d’amusant dans sa mauvaise foi. Il est d’ailleurs sacrément détestable ici, et on perd en conséquence l’ambiguïté si délicieuse dont peut faire preuve la série vis-à-vis de ses antagonistes. Il se limite à la pure appréciation de son aventure mais ne développe absolument rien à côté, ni sous texte, ni développement de background à moyen ou long terme.
Un épisode divertissant et très bien huilé, qui tire son épingle du jeu de la confrontation atypique qu’il offre entre le Chevalier Noir et un de ses ennemis (seule caractéristique du 1er épisode du Clock King qui est resté pour le coup). Mais néanmoins sans aucune autre ambition …
P.S. : Par contre, gros malus personnel sur le doublage du Clock King, qui a troqué sa voix parfaite dans son premier épisode contre une nouvelle qui, non contente d’être nettement inférieure à l’originale, ne lui va pas du tout. C’est Temple Fugate, le bureaucrate tatillon au poil de cul dont il s’agit, pas d’un mastoc de la trempe du Bane ou Killer Croc hein …
Preuve que l’ordre de diffusion n’a vraiment absolument rien respecté, on repasse cette fois au générique traditionnel, cet épisode étant le 3ème des 5 mis de côtés et diffusés en dernier. Et vu ce qu’il se passe dans cet épisode, c’est un contresens total de l’avoir diffusé après Batgirl Returns.
Car en effet, on retrouve ici avec joie un superbe personnage qu’on avait perdu de vue depuis plus d’une saison : Catwoman. Et elle fait partie de ses ennemis tels Freeze ou Clayface qui a une vraie continuité dans ses apparitions.
C’est assez marrant qu’on la retrouve dans un épisode à contresens de la tendance du gros des retours de méchants iconiques de la série en cette 3ème saison : les redemptions stories, d’autant plus qu’elle est la première à avoir inauguré ce type d’épisode dans la série. Ici, c’est l’épisode de la rechute. Mais c’est dans le fond assez logique quelque part si Timm souhaitait continuer à exploiter le personnage, car elle était la seule à avoir réussie sa rédemption, mais tout le sel de Catwoman réside dans son ambigüité.
Et l’épisode fait un magnifique boulot pour justifier ce nouveau retournement de veste, tout en émotion. On ressent pleinement l’aspect suffoquant et emprisonnant de la vie rangée de Sélina, notamment à travers l’excellente scène où elle remet à sa place la pétasse qui avait trompé le Pingouin dans Birds of a Feather, et au travers de ses géniales confrontations avec Batman sur le sujet, menant à un final tout en émotion, avec la déception si touchante dans le regard de Batman suite à la rechute de son amie, et surtout ce magnifique plan final condamnant Catwoman à rester prisonnière, cette fois de sa nature de voleuse et de sa vie d’illégalité, au nom de la vertue selon elle de céder à la moindre de ses pulsions pour pouvoir se sentir exister. Niveau tragédie, bien qu’on ait vu plus fort dans la série, ça se pose quand même là …
À tout ceci s’ajoute la présence du Ventriloque qui pourrait ne pas paraître nécessaire car elle n’est que l’élément déclencheur de la rechute de Catwoman, mais qui permet une nouvelle fois une résolution poignante le concernant. On a beau m’avoir fait peu ou prou la même il y a tout juste 10 épisodes, ça reste toujours des moments très forts quand ce personnage est confronté à sa dualité et à sa folie, et rien de tel que la destruction de Scarface pour se faire. De même, elle permet surtout, de par le choix précis de ce méchant, aux thématiques de l’épisode d’aller au bout de son propos et surtout de sa noirceur, car Catwoman l’aurait assassiné si Batman n’était pas intervenu.
Un épisode plutôt classique et sans véritables éclats, mais au moment d’émotions suffisamment réussis et à l’audace si totale du traitement thématique (ce n’est pas dans toutes les séries jeunesse qu’on ait une fin aussi sombre) le permette de légèrement sortir du lot.
Retour aux Aventures de Batman et Robin avec l’une des toutes dernières introductions de méchant phare et récurrent de l’univers du Chevalier Noir, en la personne du alors tout récent Bane. Dans un épisode assez déprécié rétrospectivement à la vue des dernières adaptations très réussies du personnage alors que je ne voie franchement pas ce qui justifie cela, même s’il est vrai que l’épisode n’a rien d’extraordinaire non plus et que dans une saison aussi globalement homogène et constante en termes de qualité et qui a un niveau actuel assez haut, il a tendance à ressortir dans le bas du panier de cette dernière …
Si le personnage était alors loin d’avoir tout le background, la complexité et l’intérêt qu’il a aujourd’hui (ce que les spectateurs contemporains ont sans doute trop tendance à oublier. Bane est apparu dans le comics pour la première fois en 1993. La série elle-même est plus ancienne que lui et on leur a demandé d’en faire une adaptation immédiate avant même que l’arc Knightfall des comics soit lui-même bouclé, l’épisode ayant été diffusé même pas un mois après la fin de celui-ci …) la série s’en tire plutôt bien pour l’adapter sans tomber dans le ridicule de Batman & Robin de Schumacher en la matière où lui enlever toute son aspect sombre et glauque. Son introduction bénéficie d’une mise en scène parfaite, tout en mystères et en dévoilement progressif. L’idée de le confronter d’ailleurs initialement à Killer Croc, l’adversaire alors le plus physiquement imposant que la série ait opposé à Batman, puis de montrer les conséquences de ses actions (la Batmobile en méchant PLS putain) sans le voir les accomplir renforce l’anxiété du spectateur à l’idée de ce qui attend son héros et consacre Bane dans tout son charisme et son intimidation, comme lors du dévoilement de ses origines et des phases d’injections de venin qui serait limite traumatisants pour le public jeune de la série, et même le fameux plan iconique de Bane s’apprêtant à briser la colonne vertébrale de Batman est repris (bien qu’il n’arrivera pas à ses fins cette fois). Et l’épisode montre également à travers ceci et ses méthodes d’enquête que Bane dispose également d’une grande intelligence et qu’il est par là même un redoutable tacticien, notamment lors de la scène où il piège Robin. Même si l’on reste loin du monstre terrifiant de la saga Arkham ou du terroriste glaçant de The Dark Knight Rises et qu’il n’a ici rien qui le rende attachant d’une quelconque manière.
De même, son affrontement avec Batman est superbe et l’épisode bénéficie entre autres d’une animation de très bonne qualité, particulièrement fluide par rapport à d’habitude dans les phases d’action.
Après, l’épisode se limite au classique schéma de l’histoire du mercenaire balaise engagé pour tuer le héros et ne se concentre que sur leur affrontement, ne développant aucun sous-texte (alors que pourtant le sujet de la drogue et du dopage est assez évident avec Bane). Et il faut dire que Robin est particulièrement mis en PLS dans cet épisode aussi, à un point qui frôle le ridicule, malgré la puissance de Bane. De la même manière que la solution pour le vaincre se voit à des kilomètres (mais ça, c’est de toutes façons un problème inhérent au personnage) et que le comportement de Batman dans la résolution paraît un peu gros (il a des preuves et n’envoie pas Thorne ou au moins Bane en prison, et condamne Candice sans autre forme de procès en se limite marrant de la situation ?! 3615 psychopathe qui ne s’assume pas, j’écoute ???!!!) …
Mais s’il n’est guère bien ambitieux, cet épisode a le mérite de réussir très bien ce qu’il propose, avec un antagoniste marquant à défaut de rejoindre le panthéon des meilleurs de la série, une histoire prenante et un aspect technique réussi.
P.S. : Gros Lol à la VF par contre qui prononce, et ce uniquement dans cet épisode car dans les séries suivantes du DCAU ce sera rectifié, « Ba-Né » au lieu de « Bèïne ».
Après Harley Quinn, place à mon autre méchante crée par la série préférée : Baby Doll.
J’adore ce personnage qui sur le papier a pourtant tout de la petite peste insupportable mais que Bruce Timm et Paul Dini ont réussi à ériger en véritable figure tragique, éternelle prisonnière de son mal être profond dû à un handicap qui la prédéterminait à sa vie criminelle, sous peine de ne jamais plus être heureuse. Faisant honneur à la galerie des ennemis « Freaks » de Batman, Baby Doll arrive ainsi à être à la fois extrêmement attachante et même amusante de par le côté bon enfant de certaines de ces actions, tout en générant un léger mais constant malaise la concernant, tant à côté de cette joie apparente qu’elle tente de toutes ses forces de maintenir, on ressent toute la tristesse qui l’habite vis-à-vis de sa condition, et que l’on se projette soi-même en son mal-être, dissimulé durant le gros de l’épisode pour réellement éclater dans son violent climax. Elle n’a ainsi pas le moindre mal à porter cette histoire d’ancienne actrice kidnappant ses anciens collègues pour pouvoir revivre ses heures de gloire et tenter ainsi de forcer la main de ce destin qui l’a enfermé dans son corps d’enfant.
Mine de rien derrière ses aspects de simple histoire de vengeance, c’est un épisode rempli de références pertinentes et célèbres à la fois aux mondes de la production audiovisuelle, du théâtre et des acteurs, ainsi qu’à l’histoire des séries télévisées américaines célèbres des années 60, l’épisode allant jusqu’à introduire même et même se servir du concept de syndrome du Cousin Oliver au cœur de son intrigue (fait amusant : l’interprète du dit Cousin Oliver de The Brady Bunch ayant inspiré et donné son nom à ce syndrome télévisuel, double justement un personnage dans cet épisode).
Au-delà de cette richesse, l’épisode aborde de superbe manière des thématiques très sérieuses et délicates comme la déchéance professionnelle et personnelle, le type casting, la célébrité perdue, les méfaits de trop regretter le passé et de la poursuite du bonheur à tout prix, et bien entendu du handicap et de l’hostilité et l’abandon qu’il peut provoquer au sein d’un système encore trop inefficace pour les prendre en charge (quand il ne refuse pas carrément d’en entendre parler). Pas mal, encore une fois, pour une série jeunesse. Et puis ça change d’avoir pour une fois des enjeux à échelle humaine et psychologiques …
De là l’épisode tire pas mal de scènes géniales, à la fois très funs dans ses passages avec Robin et la garde du corps à moitié ninja (du pur génie) et dans les affrontements avec Baby, que beaucoup plus émouvantes comme dans celle où Baby Doll explique à ses victimes pourquoi elle les a enlevé, à la fois terriblement touchante et réellement dérangeante. Sans oublier son excellente course poursuite finale avec Batman qui rendrait sans doute très jaloux le Joker lui-même ! D'autant que pour accompagner tout cela, l'épisode bénéficie de la meilleur bande originale qu'on ait eu depuis longtemps, avec entre autres le superbe thème de Baby Doll.
Mais la vraie maestria de l’épisode réside dans la sublime scène finale des miroirs déformants, gorgé de multiples niveau de lectures menant toute à une émotion extrêmement puissante et certaine, assurément dans le top 3 des meilleures scènes du DCAU et vu la concurrence, c’est peu dire que ce n’est pas un mince exploit !
À la fois terrible prise de conscience pour Mary Dahl et miroir inversé de la propre condition de Batman (étant lui-même quelque part l’inverse de Baby, un enfant emprisonné dans un corps d’adulte), cette fusillade traumatisante sublimé par un doublage parfait tant en VO qu’en VF (alors que les doublages sont très différents, l’anglais plus illustratif à travers la double voix de Baby, le français plus crédible, renforçant la sensation d’emprisonnement de Baby dans son corps d’enfant encore plus) et des dialogues déchirants (« Pourquoi ne m’as-tu pas laissé croire que tout cela était vrai ? ») finalisé par l’un des plus beau mouvements que Batman n’ai jamais eu pour un de ses ennemis et conclut par la phrase qui dans le fond résume toute cette histoire et ses protagonistes.
« Je l’ai pas fait exprès »
Une vraie perle de la série, trop souvent mésestimée ou oubliée.