« Série-All, tu l'aimes ou tu le quittes » Philippe de Villiers  
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Critique : American Horror Story 6.06 - Chapter 6



Quand Ryan Murphy rime avec coup de génie !


American Horror Story
Genre :
Drame
Série américaine
Année : 2011
Format : 42 min
FX Ciné+ Frisson



Y a-t-il meilleur moment dans la vie d'un sériephile que celui où il découvre que l'une de ses séries favorites arrive encore à le surprendre, même après plusieurs années de vie commune ?

Soyons honnêtes : cela fait quelque temps qu'American Horror Story peine à convaincre. Trop de répétitions d'une saison à l'autre, trop de bling-bling, trop d'exagération, trop de facilités, trop d'intrigues sous-exploitées... Ces dernières années, les critiques négatives furent de plus en plus nombreuses à l'encontre d'une série qui, autrefois, avait pourtant réussi à se distinguer. Il faut dire qu'après une première saison convaincante mais pas dénuée de défauts, elle avait su offrir une saison 2 remarquable, la meilleure de toutes selon les dires d'une majorité de fans. Depuis, la qualité de la série n'a pas arrêté de vaciller entre le bon et le moins bon, parvenant difficilement à réitérer son exploit passé. C'est le problème quand on met la barre aussi haut : il est ensuite très difficile de la maintenir sans décevoir ne serait-ce qu'un peu.

American Horror Story fut d'une certaine manière victime de son propre succès, un peu comme Game of Thrones si on devait choisir un point de comparaison. En attirant les regards sur elle, elle a aussi fait grimper le niveau d'exigence qui était le sien au départ. Alors que la série fête cette année ses cinq ans d'existence et qu'une certaine routine commençait à s'installer entre elle et ses fans, il était grand temps pour elle de trouver enfin l'idée qui allait permettre de relancer un peu cette relation. C'est chose faite avec ce sixième épisode surprenant et vraiment enthousiasmant. 

Je crois d'ailleurs que je vais mettre un peu de temps à me remettre de ce que je viens de voir. Les fans de la série qui avaient un peu suivi toutes les rumeurs circulant sur internet savaient que l’épisode 6 réserverait un gros twist qui viendrait chambouler totalement notre manière de regarder cette saison. Même si j’avais quelques théories qui se rapprochaient un peu de ce qui vient de se passer, je ne m’attendais pas à cette incursion à l’intérieur même de la création d’une émission. Et quelle émission : Return to Roanoke, la suite de My Roanoke Nightmare, cette émission que nous avons suivie nous aussi pendant cinq épisodes.

Mais que vaut vraiment ce fameux twist ?

Est-il à la hauteur de nos espérances ?

A-t-il un véritable impact sur cette sixième saison, qui jusqu'ici avait du mal à convaincre ?

Petit décryptage de ce qui pourrait bien devenir l'un des plus gros coups de bluff de l'histoire de la télévision américaine (rien que ça !).

 

 

Un twist et ça repart

 

Le titre de cette deuxième partie de la saison est très évocateur. "Return to Roanoke". Il est déjà une petite critique envers le milieu de la production cinématographique et télévisuelle qui, constamment, décide de surfer sur le succès d’un film ou d’une émission pour en proposer une suite. Dans cet épisode, American Horror Story nous invite à suivre les dessous de la création de cette suite.

 

Roanoke Returns

Toujours pas de générique cela dit...

 

Du directeur de chaîne cupide qui doute de l'intérêt de faire une suite, de ses équipes qui étudient les retours du public afin d’aiguiller son choix, du créateur du show qui vient pour proposer de nouvelles idées qu’il espère originales afin de raviver l’intérêt du téléspectateur, des participants dont on vient à la rencontre pour les convaincre de rejoindre ce projet… Cet épisode nous montre quasiment tout l’envers du décor. Pour ainsi dire, nous sommes en train d’assister quasiment en direct à la création d’une nouvelle émission, ou plutôt devrais-je dire à la création des prochains épisodes de cette saison 6 d’American Horror Story, avec tout ce que cela comporte aussi de critique sur le milieu de la télévision, de la production, avec la recherche de sensationnalisme, d’originalité et aussi l’appât du gain. Car même si le but de cet épisode est de critiquer les grands networks et leur méthode de production, voir Cheyenne Jackson prendre telle ou telle décision concernant son show, ses acteurs et/ou ses personnages, ça peut faire penser à Ryan Murphy en train de préparer ses futurs épisodes, ses futures saisons, son futur concept. Avec quelques effets dramatiques en plus, bien entendu…

Quoi qu’il en soit, j’aime cette audace et cette manière de se remettre en question. Il fallait oser, mais il y a quand même beaucoup d’autodérision et d’autocritique dans cet épisode. En témoigne la réaction du directeur de la chaîne qui affirme que certaines choses ont été bâclées au cours des cinq épisodes de My Roanoke Nightmare. C’est à ce moment qu’on se rend compte que certaines choses un peu absurdes ou qui avaient été laissées en suspens lors des épisodes précédents étaient en fait intentionnelles. L’idée était d’arriver à cet épisode dans lequel on se rend compte que l’émission que nous avons vue (les cinq premiers épisodes de cette saison donc) était volontairement codifiée pour toucher un public aussi large que possible. D’où l’impression étrange que certains fans du show avaient ressentie au début de cette saison, en ne reconnaissant pas nécessairement la série qu’ils avaient tant aimée.

 

Cheyenne Jackson dans Roanoke

Cheyenne Jackson est le "Ryan Murphy" de Return to Roanoke.

 

C’est ça qui est bien avec cet épisode : il offre à la fois une réflexion sur Hollywood, sur le métier de producteur, sur celui de showrunner, sur celui de comédien, mais aussi sur nous en tant que spectateur. Nous qui devenons de plus en plus intransigeant, nous qui en attendons toujours plus et qu’il est parfois difficile de satisfaire… Comme l’avait très justement écrit Galax dans l’un de ses avis, cette saison sera la saison méta d’American Horror Story, celle où les scénaristes reconnaissent leur difficulté à renouveler un show devenu culte et dont on attend maintenant beaucoup. Ce twist c’est presque comme un aveu, une sorte de clin d’œil que Ryan Murphy ferait à ses fans mécontents ou non, une manière de leur dire qu’il a conscience de ne pas toujours avoir été à la hauteur et d’avoir commis des boulettes. Moi, je trouve ça quand même vachement osé (dans le bon sens du terme) de jouer autant avec son téléspectateur et avec son public. Car si je parle ici de ce qui se passe dans la série, il faudrait aussi évoquer ce qui se passe autour de la série. Cette volonté de conserver secret le thème de la saison suscitant ainsi tout un tas de rumeurs, cette décision de diffuser la série un mois à l’avance par rapport aux précédentes, de réduire le nombre d’épisodes, la durée des épisodes, de retirer le générique… est-ce qu’American Horror Story n’était finalement pas déjà en train de préparer ce questionnement sur le milieu de la télévision et sur notre place de téléspectateur ? Un questionnement qui déboucherait finalement sur cet épisode.

Bref, vous l’aurez compris, ce Chapitre 6 m’a totalement rendu dingue, mais dans le bon sens du terme. Il m’a surpris et m’a bousculé de par son concept audacieux amenant à une véritable réflexion.

 

 

Le véritable show commence...

 

Maintenant, au-delà du concept, j’ai apprécié le fait que l’on quitte enfin l’aspect reconstitution pour maintenant se tourner vers un aspect plus réel, plus concret. L’épisode nous fait effectivement bien comprendre que les images que nous voyons désormais sont de fausses images d’archives et non plus de fausses reconstitutions. Pour ma part, cela va modifier considérablement mon rapport à cette saison et ses personnages. L’aspect reconstitution m’empêchait de ressentir une quelconque empathie envers les protagonistes,et désormais je pense qu’il sera plus simple pour moi de m’impliquer et de ressentir des émotions. Surtout maintenant que l’on connaît vraiment la véritable ligne directrice de cette saison. D’ailleurs à ce propos, après un tel épisode, je ne verrai plus jamais les cinq premiers épisodes de cette saison de la même manière.

 

AudRory Roanoke

Sarah "Audrey" Paulson et Evan "Rory" Peters.

 

Autre chose que j’ai appréciée : le fait de découvrir la véritable personnalité des personnages interprétés par Sarah Paulson, Cuba Gooding Jr., Evan Peters, Angela Bassett ou encore Kathy Bates. Un joli moyen pour ces comédiens de montrer l’étendue de leur talent ainsi que leur capacité à interpréter des personnages divers et variés. Cette mise en abyme a été poussée à son paroxysme avec eux, puisque maintenant nous sommes en train de regarder des comédiens qui jouent le rôle de comédiens fictifs qui avant ça ont joué d’autres personnages. Je ne sais pas si c’est très clair, mais dans tous les cas, je trouve tout ceci génial et brillant.

Dernier point que je voulais aborder : le fait que la série parvienne justement à tenir cette mise en abyme. Ce n’est pas toujours évident et là, je trouve le système parfaitement maîtrisé. J’ai un peu peur que les prochains épisodes soient une redite des cinq premiers, où seuls les personnages auront changé, mais il y a peu de chance quand même. On le voit dans cet épisode, les scénaristes ont bien pris le temps de dessiner un véritable univers narratif autour du show Roanoke et qui devrait permettre d'éviter cet écueil :

 

  • avec des histoires d’amour : la vraie Shelby a eu une aventure avec le faux Matt, tandis qu'Audrey, l’actrice qui a interprété Shelby dans la reconstitution est en couple avec Rory, l’acteur qui a joué le rôle d’Edward Mott…
  • avec des rivalités : Agnès, l’actrice qui a interprété le rôle de la bouchère ne supporte pas Audrey, alors que la vraie Lee continue d’avoir du ressentiment pour sa belle-sœur Shelby et ne semble pas apprécier l’actrice qui l’a interprétée à l’écran…
  • avec des questions en suspens : Lee a-t-elle tué son mari ? Est-ce que les apparitions sont une mise en scène de la production (on a vu les équipes préparer quelques subterfuges pour effrayer les participants) ? Est-ce que les fantômes de la colonie de Roanoke existent vraiment ? Et dans ce cas, à quoi ressemblent-ils ? Jusqu’où Agnès ira-t-elle, maintenant qu’elle a du mal à se dissocier du rôle qu’elle a interprété ?

 

Bref, tout a été mis en place pour que les prochains épisodes ne soient pas seulement un Roanoke version 2.0, mais plutôt une émission de télévision qui, à force de chercher le sensationnalisme, bascule dans l’horreur. Dans tous les cas, j’ai hâte de découvrir la suite.

 

Voilà, chers amis, comment une série, après cinq ans d'existence et de vie commune avec ses fans, parvient à maintenir la flamme. Si ce twist n'est pas révolutionnaire en soi, il a au moins le mérite de relancer totalement l'intérêt des fans, de les bousculer et de susciter une multitude d'interrogations. On reconnaît une grande série à sa capacité à surprendre son public, son aptitude à se renouveler et à se remettre en question dans les moments les plus difficiles. Avec un épisode aussi mémorable, nul doute qu'American Horror Story vient officiellement de devenir l'une de ces grandes séries, de celles dont on se souviendra longtemps.

 

J'ai aimé :

 

  • Ce twist qui remet en perspective ma manière de regarder cette saison.
  • Cette impression d’assister à la création d’un show dans le show.
  • Les réflexions sur Hollywood, le métier de producteur, showrunner, comédien…
  • Les scènes d’interview qui révèlent toute l’hypocrisie entourant certains shows.
  • La manière dont le spectateur se retrouve impliqué dans le déroulement de cette saison.
  • La fin de l’aspect reconstitution qui devrait permettre plus d’empathie envers les personnages.
  • Le fait de découvrir les acteurs dans de nouveaux rôles ou dans un nouveau style de jeu (Lilly Rabe notamment, quitte le confort du face caméra).
  • Le nouvel univers qui se met en place autour de Roanoke, avec de nouveaux personnages, de nouvelles intrigues et de nouveaux mystères.
  • L’intérêt relancé pour cette saison et pour la série.
  • Il y a de très beaux cadrages dans cet épisode.
  • Ce mélange brillant fiction/réalité qui va amener tout un tas de situations où, en tant que spectateur, nous allons nous aussi nous demander à quel moment ce que l’on voit est une réalité fictive ou une fiction de la réalité.

 

Je n’ai pas aimé :

 

  • L’impression quand même que la première partie de la saison était donc un petit foutage de gueule… même si c’était un foutage de gueule nécessaire pour la suite.
  • La crainte que les futurs épisodes ne soient qu’une redite des premiers épisodes avec seulement des personnages différents (mais une crainte largement diminuée par le fait qu’il y ait plusieurs arcs narratifs qui ont été dessinés dans cet épisode).
  • J’aurais bien aimé un petit générique pour assurer la transition entre la première et la seconde partie de la saison. Une manière de bien marquer le fait que la saison est véritablement lancée maintenant, et que ce que nous avons vu jusque-là était une autre émission.
  • L’aspect un peu classique de certaines intrigues qui se mettent en place (rivalités entre comédiens, histoires d’amour un peu bateau).

 

Ma note : 18/20. Un épisode peut-être surnoté, mais qui mérite cette surnotation selon moi. J’ai tellement été emballé par cet épisode, et par la mécanique qui entoure cette saison et qui trouve sa résolution ici, que je ne peux faire autrement. Et puis bon, j'ai vraiment envie de récompenser cette audace à laquelle la série m'avait habitué et qui avait quelque peu disparu.

 

Merci à Galax pour s'être occupé de la mise en forme de cette critique !




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A propos du rédacteur

Cail1 Cail1
385 avis
1815 notes
Moyenne : 12.92

 Visioneur raffiné

Bref, je kiffe les séries TV !!! :)

4 commentaires sur cet article


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#1
Manew a écrit le 05/11/2016 à 22h50
Pourquoi tout le monde pleure l'absence de générique ? Ceux des saisons précédentes étaient géniaux, mais outre ça, on s'en fout un peu non ? Un générique c'est fait pour laisser le temps au téléspectateur d'aller faire un petit pipi et chercher une bière, mais en 2016, on peut faire pause sur sa télé. :D
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#2
Galax a écrit le 06/11/2016 à 00h04
Mais voyons, le générique ça donne le tempo de la série ! Ca en fait sa vitrine ! :p C'est génial les bons génériques, et ils s'améliorent d'année en année alors qu'en effet en 2016 on peut mettre pause, c'est bien qu'ils ne sont pas fait pour être zappés ;)
Et ouais surtout ceux de AHS sont géniaux quoi... tous les easter eggs de celui de la saison 1 <3 les commandements cachés dans celui de la saison 5 <3
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#3
JPhMaxx a écrit le 06/11/2016 à 09h40
Manew désolé, mais je crois pouvoir dire que tu n'es pas fan d'AHS... Sinon comme nous tous, tu pleurerais l'absence du générique... ;)
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#4
Manew a écrit le 06/11/2016 à 12h03
Je comprends complètement que ça manque, mais à ce point, tout le monde ne parle que de ça plus que de la série :D Enfin en même temps, les génériques ont toujours été meilleurs que la série ! Et non désolé JPhMaxx, je suis loin d'être fan de la série !



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J'attendais personnellement beaucoup de ce fameux épisode 6 et je suis encore plus agréablement surpris que je ...

Cail1 - favorable
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