Critique Doctor Who : The Day of The Doctor

Le 27 November 2013 à 15:31  |  ~ 12 minutes de lecture
Joyeux Anniversaire, Docteur.
Par Galax

Critique Doctor Who : The Day of The Doctor

~ 12 minutes de lecture
Joyeux Anniversaire, Docteur.
Par Galax

Cela fait maintenant cinquante ans qu’est née l’une des plus formidables séries du monde. Cinquante ans, d’histoire et de voyages, d’aventures et de rencontres, de rebondissements et d’émotions, tout ceci menant à cet épisode. Les attentes étaient immenses, le risque était énorme. Comment réussir à célébrer un tel anniversaire en un seul événement, en rendant hommage à la fois à un demi-siècle de magie, tout en satisfaisant les souhaits de millions de fans ? Cela semblait irréalisable.

 

Les 11 Docteurs.

 

~~~


The Last Great Time War


Quoi de mieux pour célébrer toutes les époques de la série que de centraliser l’action autour du symbole qui a toujours lié les deux périodes : la dernière grande guerre du temps. Aspect central, pour ne pas dire omniprésent de la vie du Neuvième Docteur, cet événement a continué à influer sur la personnalité et les actes du seigneur du temps. Que ce soit par sa rencontre avec les Daleks (l'épisode "Dalek" en saison 1), ou avec le Maître, les occasions pour parler ou simplement mentionner la guerre du temps étaient assez nombreuses sans le sujet ne soit jamais véritablement approfondi. The End of Time a apporté plusieurs précisions, pour finalement nous laisser toujours dans le flou. Sans doute par choix, Russel T. Davies (RTD) a préféré ne jamais vraiment  montrer la Guerre du Temps. L’effet produit sur le Docteur, comme sur nous, était efficace, certes. Cependant, il y avait toujours un énorme potentiel autour de cette guerre qui était - selon moi - sérieusement sous-exploitée. Tel un enfant devant une boîte de bonbons, Moffat ne pouvait simplement pas y résister et je le comprends. L’occasion était réellement trop belle. La question que nous sommes en droit de nous poser est : a-t-on bien fait de toucher à cet événement tabou ?

 

Une représentation à la hauteur :

 

Great men are forged in fire

 

Le résultat est impressionnant. Au fil des années, chacun s’était imaginé sa propre représentation de la guerre du temps. C’était d'ailleurs l’un des tours de force de RTD. Malgré tout, difficile de ne pas trouver son compte dans les images qui nous ont été montrées. C’était visuellement magnifique pour une simple série de la BBC (mais on sait tous que Doctor Who est un peu plus que ça !). Tout ne nous a pas été montré, non et tant mieux. Soixante-quinze minutes n’auraient pas été suffisantes. D’une manière générale, entre les Daleks envahissant le ciel, la chute d’Arcadia, le Docteur s’emparant du Moment, le Haut Consul de Gallifrey décidant donc de s’échapper sur Terre, beaucoup d’événements mentionnés au cours de la série refont surface.

 

Le retour sur un acte...

 

S'il devait y avoir un événement résumant la vie du Docteur depuis des années, c'est bien le génocide qu'il a commis pour mettre fin à la guerre. Sans se contenter de simplement revenir sur cet acte, Moffat nous a sorti son arme secrète, une de ces idées poétiques qui lui vont si bien et que lui seul arrive à imaginer : il nous parle des enfants. De ces milliards d’enfants que le Docteur a condamnés, de toutes ces vies qui ont été bêtement perdues à cause d’une guerre qui menaçait l’Univers. Ce rappel sur cette décision d’avoir anéanti des milliards d’innocents juste pour quelques mauvais Time Lords était nécessaire pour mieux comprendre le changement d’avis du Docteur : jamais le Docteur n'avait eu l'occasion de sauver à la fois l'Univers et son peuple, avant ce jour. La description de chacune des incarnations du Docteur est particulièrement juste à ce propos : l’homme qui regrette et l’homme qui oublie, ou comment résumer l’intégralité de 6 saisons en une phrase.

 

... qui n’a jamais existé.

 

Peu de séries peuvent se vanter de pouvoir briser les acquis ou se renouveler complètement d'un jour à l'autre. Doctor Who en fait partie et c'est, selon moi, une partie intégrante du show depuis le toute première régénération et les changements de castings récurrents. Le changement a toujours fait partie intégrante du show. Ainsi, lorsque Steven Moffat a déclaré que le 50ème anniversaire changera le cours de la série pour toujours, on pouvait d'abord en douter, mais c'était dans la continuité des choses. En effet, sauver Gallifrey, préparer le retour des Time Lords, débarrasser enfin le Docteur de tous ses remords et de tous ses regrets, c’est sans doute la meilleure décision prise depuis longtemps. Il faut avouer que cette histoire de Guerre du temps commençait à sérieusement stagner. Reste à voir sur quoi cela va aboutir, mais il faut avoir du courage pour remettre en cause tout ce à quoi on s’est habitué pendant plusieurs années. N’est-ce pas ce que Davies avait fait lorsqu’il avait repris le show en 2005, en décidant d’évincer les Time Lords pour prendre un nouveau départ ? La Guerre du Temps provient de cela. Maintenant, la boucle est bouclée. Après des années, le Docteur sait enfin où il va. Le show se doit d’avancer. Les perspectives offertes par cet anniversaire, à savoir principalement la quête de Gallifrey, sont très alléchantes et sont de très bons augures pour la suite de la série. Moffat lance peut-être son deuxième arc scénaristique qu’il développera dans l’ère Capaldi. Ou bien, le Docteur mettra-t-il bien plus de temps à trouver sa planète, ce qui implique un arc sur plusieurs Docteurs ? Peu importe, il me tarde déjà.

 

John et Billie

 

Doctor no more

 

Après avoir assisté aux événements de The Night of the Doctor, on pouvait s'attendre à un "Docteur guerrier" très sanguinaire. Mais, loin de cela (quoique l'on ne nous montre pas tout), l’épisode préfère s’attarder sur son esprit déchiré à l’idée de détruire sa planète et ses enfants. La prise de conscience progressive du War Doctor tout au long de l’épisode est sans doute la plus grande ingéniosité du scénario, grâce à une interaction et des dialogues entre lui et la conscience du Moment vraiment intéressants. Le duo Hurt / BadWolf fonctionne étonnamment bien. A la fin, l’arrivée de Ten et d’Eleven pour accompagner Hurt dans son geste conclue cet arc avec brio : la reconnaissance finale du de l'incarnation de Hurt en tant que réelle incarnation du « Docteur » est belle et très symbolique.

 

Le prix à payer

 

Malgré toutes ces belles idées, ces belles images et ce résultat époustouflant, les facilités dues à la volonté de réunir tous les Docteurs pour un anniversaire existent bel et bien. Notamment cette histoire d’amnésie des Docteur les plus jeunes. A ceux qui se demandent encore pourquoi le Docteur subit cet oubli bien pratique, la réponse est simple : sans cela, pas de réunion entre Docteurs possible. C’est, il me semble, toujours le cas dans les épisodes multi-docteur, rien que dans le dernier mini-épisode Time Crash, afin de garder une cohérence avec les saisons antérieures.

Paradoxalement, cette cohérence avec le reste de la série est respectée... de justesse seulement. L'amnésie du Docteur arrange bien des choses, cela enlève de toute manière du charme à la période Eccleston qui se basait sur les conséquences d'un génocide, qui n'a véritablement jamais existé. Cela vallait-il le coup de réduire l'effet de certains enjeux des premières saisons juste pour la suite ? L'avenir nous le dira.

 

Le fan service : notre cadeau

 

Les 12 Docteurs

 

Au milieu de la Guerre du Temps et d’un dilemme complexe, le deuxième mot qui ressort de l'épisode est : fan service ! L’épisode livre bien évidemment un lot incontournable de références, de clins d’œil et de scènes cultes, un « fanservice » qui va de pair avec l’idée de l'anniversaire.

  •  La majeure partie de ce fan service se situe au niveau du milieu de l’épisode, c’est-à-dire l’action à Londres. Il serait inutile d’établir une liste vu le nombre astronomique de mentions, de caméos ou autres objets en arrière-plan qu’on a pu voir. On retiendra surtout les actions et dialogues entre les différents Docteurs ainsi que l’alchimie entre les trois et plus particulièrement entre Tennant et Smith, qui sont un régal pour tout fan.
  •  Les Zygons, même s’ils ne cassent pas trois pattes à un canard, sont de bons aliens au design très kitsh et ils apportent de la légèreté et beaucoup d’humour à l’épisode. Cependant, l’intrigue a pris selon moi bien trop de place dans cet épisode consacré à un anniversaire. Ils ne sont qu’un prétexte à introduire le concept de tableaux en reliefs (concept assez brillant, d’ailleurs). La preuve est que l’affaire Zygon est résolue assez rapidement, on sait que UNIT et les Zygons font un pacte de paix, mais lequel exactement ? Un épisode consacré à ce scénario aurait été sans doute plus judicieux.
  •  Enfin, troisième point qui sort un peu du cadre « fan service » pur pour devenir un vrai rêve éveillé de fan : les toutes dernières minutes, lorsque toutes les incarnations du Docteur s’allient pour sceller leur planète. Je pense qu’il ne pouvait pas y avoir de meilleure conclusion à cette guerre, c’était vraiment magistral. S’ensuivent des au-revoir mémorables, marqués par la régénération de Hurt et par des dialogues ingénieux, dont « Trenzalore… I don’t want to go » qui ne vient que sublimer la célèbre phrase du dixième Docteur. Enfin l’apparition surprise de Tom Baker permet de conclure sur le mystérieux tableau Gallifrey falls, no more. On n'y croyait plus !

~~~

Moffat

 

Moffat

 

J'aimerais conclure sur des remerciements. Steven, cela fait maintenant huit ans que tu me fais rêver. J’ai vu en toi, depuis, entre autres, la petite perle The Girl in the Fireplace, un scénariste extraordinaire. J’ai vu en toi, depuis le ô combien acclamé Blink, un véritable génie. Tu es ensuite devenu showrunner, il y a certes eu des hauts et des bas, une maîtrise d’un run sur le long terme assez discutable pour certains points, mais après tous, les meilleurs hommes se forgent dans le feu, comme dirait un certain Docteur bien spécial. Tu nous as toujours fascinés de par ton imagination infinie, ton admiration pour la série et ton talent merveilleux. Tu as su montrer la série comme personne ne l’avait jamais fait, sans jamais un instant oublier ce qui a permis tout cela. Alors, même si cet épisode n’est effectivement pas parfait, même si ce n’est pas sans fausses notes qu’il parvient à célébrer comme il se doit la série, je pense que tu étais la personne idéale pour prendre en charge un tel événement. Tu as réussi l'impossible et tu l'as fait plutôt brillament. De tout cœur, bravo, et merci.

~~~

Ce jour spécial symbolique pour tous les fans du Docteur l’est encore plus maintenant grâce à The Day of the Doctor. Inventif, rythmé, à la fois délirant et profond lorsqu’il s’attaque aux thèmes qui ont marqué la série, cet anniversaire parvient parfaitement à rendre hommage aux cinquante années passées tout en préparant celles à venir.

 

J’ai aimé:

  •  La représentation de la Guerre du Temps.
  •  Le bouleversement des codes de la série.
  •  Les perspectives lancées pour la suite.
  •  L’écriture brillante.
  •  Le fanservice.
  •  Le casting et les apparences surprises.

 

J’ai moins aimé :

  •  Les incohérences liées à la nécessité de réunir toutes les incarnations du Docteur.
  •  L’intrigue inachevée des Zygons,  peu intéressante dans un épisode anniversaire.

 

Ma note : 18/20


Look at you. Stuck between a girl and a boxStory of your life, eh Doctor?

L'auteur

Commentaires

dewey
Complètement d'accord avec cette "fantastic" (il faut bien compenser le manque d'Eccleston) critique ! Il y a juste un point où je ne te suis pas : "Paradoxalement, cette cohérence avec le reste de la série est respectée... de justesse seulement. L'amnésie du Docteur arrange bien des choses, cela enlève de toute manière du charme à la période Eccleston qui se basait sur les conséquences d'un génocide, qui n'a véritablement jamais existé. Cela vallait-il le coup de réduire l'effet de certains enjeux des premières saisons juste pour la suite ? L'avenir nous le dira." Bah justemment, ils n'imposent pas l'amnésie pour que le 9ème Docteur ait la même vie et donc que son histoire et le cheminement psychologique de son Docteur dépressif est la même puissance car étant alors, à ce moment de la chronologie, encore vraie ?

Galax
Merci ! L'amnésie était nécessaire, bien évidemment. Techniquement ça ne pose aucun problème de cohérence au contraire, tout reste logique. Mais c'est simplement que du coup, de notre point de vue, quand Nine se rappellera avec nostalgie la mort de son peuple, on aura qu'une envie, c'est de dire "mais t'es amnésique c'est tout !" ce qui casse un peu le machin de la chose.

Puck
Je suis d'accord avec toi, les Zygons c'était un peu trop. Et traité par dessus la jambe. La note kitch est sympa. Mais effectivement, cette négociation à l'aveugle, qui rappelle un peu le dilemme du prisonnier, aurait pu faire l'objet d'un climax dans un autre épisode. Elle aurait fait oublier, celle, avortée de la saison 5, entre les reptiliens dont le nom m'échappe et les humains. Mais à part ça, c'était très chouette, et ta critique le dit parfaitement.

Koss
Au final, on ne sait toujours pas ce que deviennent les Zygons à la fin ? Ils font des crêpes ?

dewey
Bah, c'est pas "Et ils restèrent humains et eurent beaucoup de ventouses" ?

Derniers articles sur la saison

Critique : Doctor Who (2005) 7.17 - Le temps des adieux pour Matt Smith

La onzième heure est passée. L’horloge sonne minuit. Joyeux Noël, Docteur.

Bilan : Doctor Who (2005) saison 7

Alors que le nouveau Docteur a été annoncé la semaine dernière, retour cette semaine sur la dernière saison de Matt Smith !

Critique : Doctor Who (2005) 7.14

Clap de fin pour la saison 7 de Doctor Who avec un épisode absolument ébouriffant !