Critique : Touch 1.02

Le 25 mars 2012 à 08:11  |  ~ 8 minutes de lecture
Un épisode qui confirme la bonne impression du season premiere, mais laisse aussi apparaître certains des défauts du projet de Tim Kring.
Par sephja

Critique : Touch 1.02

~ 8 minutes de lecture
Un épisode qui confirme la bonne impression du season premiere, mais laisse aussi apparaître certains des défauts du projet de Tim Kring.
Par sephja

Les sentiers lumineux du destin 

Martin Bohm voit son fils lui être enlevé de nouveau par l'assistante sociale, le laissant seul avec un numéro de téléphone qui le mène jusqu'à un prêteur sur gage. Sur place, il devient le témoin d'un braquage avant de s'interposer entre l'assaillant et le propriétaire du magasin, un homme aigri qui se montre par la suite assez peu reconnaissant. Pendant ce temps, un jeune indien débarque à New-York avec les cendres de son père et percute une hôtesse de l'air visiblement pressée. 

 

Résumé de la critique 

Un épisode intéressant que l'on peut détailler ainsi : 

  •  un concept de base naïf qui fait le charme du show 
  •  un art de l'enchaînement assez judicieux 
  •  deux intrigues qui ne se combinent pas parfaitement
  •  un épisode maladroit porté par une vraie force de conviction

 

 

Le sens du toucher 

Après une longue phase de travail de préparation et un pilot singulier qui aura laissé de nombreuses inquiétudes, Touch démarre sa saison pour de bon, renouant tout de suite avec le style particulier du season premiere. En effet, s'il est possible de faire de multiples reproches au travail de Tim Kring, il est indéniable que la série possède une identité forte, un style singulier consistant à construire des histoires à un niveau mondial, essayant de mettre ainsi en évidence l'interconnectivité entre les êtres vivants par le biais de la technologie. Le toucher va prendre ici différentes formes, dépassant  le cadre du seul contact pour embrasser la capacité de l'être humain à venir interférer ou influer sur la destinée de l'autre. 

Il est donc question de toucher certes, mais aussi d'impact, d'effleurement et de confrontation, avec au centre un groupe d'êtres que la fatalité va pousser à coexister par le biais du caractère profondément social de l'être humain. Loin du déterminisme matraqué par le pilot, cet épisode joue une musique plus en délicatesse, montrant une naïveté qui peut être perçue comme risible, mais qui donne un charme touchant à la série. Là où on pouvait craindre un délire prétentieux sur la probabilité et des explications fumeuses sur le sens de la vie, Touch propose un récit très aérien, survolant la vie de ses personnages du jour sans chercher à orienter le point de vue du spectateur. 

Par son concept narratif singulier, ce show apparaît comme un projet presque suicidaire, reposant sur un duo entre un père et un fils incapable de communiquer et une narration qui doit pousser le spectateur à s'intéresser chaque semaine à de nouveaux personnages. L'équipe créative fait pour l'instant le choix de la sécurité en ne proposant que des évolutions positives, refusant le drame pour pouvoir mettre en route une série qui cherche encore à se justifier. Touchante, énervante, la création de Tim Kring poursuit son évolution, multipliant les maladresses et les croisements, à la recherche d'un vrai moment de grâce. 

 

Une construction en éventail qui fonctionne (mais pour combien de temps) 

Le principe de Touch est simple : plusieurs destinées qui se croisent un jour donné, à la poursuite d'une mission personnelle avant de subir un coup du destin qui les empêche d'atteindre leur but. Le but avoué par Jake dans une voix off heureusement peu utilisée est de d'enclencher le premier domino qui va engendrer une succession de conséquences permettant de résoudre chacune de ces situations. La construction en éventail du récit est donc la marque de fabrique du show, connectant petit à petit le héros, un jeune indien transportant l'urne des cendres de son père, une hôtesse de l'air et un malade du cancer en phase terminale. 

Evidemment, c'est par sa capacité à refermer cet éventail, à connecter les êtres entre eux que Touch parvient à passionner, le spectateur s'efforçant de trouver et de comprendre la trame qui essaie de se dissoudre au sein du récit. Plus qu'une histoire, c'est une partie de cache-cache que propose Tim Kring au spectateur, concept délicat tant l'effet de surprise risque vite de s'épuiser au fur et à mesure de la répétition. Heureusement, les comédiens parviennent à donner une crédibilité à leur personnage, Jude Ciccolella en particulier portant la partie mélodramatique la plus réussie de l'épisode.

Mais la bonne idée de la série reste d'avoir donné le premier rôle à Kiefer Sutherland, sa force de conviction permettant de justifier l'attention que les inconnus portent à son désir de s'immiscer dans leur existence. Porté par la foi dans l'idée que son fils communique avec lui par le biais de ses missions, Martin Bohm est un héros dans le sens classique du terme, se battant aveuglement avec une foi qui donne sa force au récit. Un rôle parfait pour l'ancien Jack Bauer de 24, montrant une implication vraiment remarquable dans le projet singulier et convaincant malgré des faiblesses évidentes. 

 

 

Une conclusion qui échoue à tout unifier

Si Touch possède de nombreuses qualités, les défauts sont aussi assez présents, à savoir l'abus de grosses ficelles, les auteurs se servant de l'argument de la destinée pour justifier certaines twists assez énormes. Ainsi, le coup du cas de conscience du mafiosi russe est totalement tiré par les cheveux, séquence très naïve où la série approche les limites de son propre concept. Une série qu'il faut regarder par les yeux d'un enfant comme un conte naïf pour conserver cette touche de magie qui tient le récit ensemble et non avec le cynisme blasé de l'oeil adulte. 

Mais plus que cette défaillance inhérente à la série, le vrai problème de Touch concerne Arthur Teller, un personnage qui n'apporte absolument rien dans l'intrigue et peine à trouver sa place. Il est regrettable que les scénaristes n'emploient pas Danny Glover comme un médium entre Jake et son père, donnant quelques clés pour comprendre la dynamique des enchaînements au sein du scénario de Tim Kring. Passif et décoratif, sa séquence dans l'épisode est assez mauvaise, montrant une difficulté de la série à y insérer des personnages récurrents. 

De même, Clea Hopkins ne sert pas à grand-chose non plus, hormis une scène intéressante où elle établit un début de connexion avec Jake. Des scènes encore trop artificielles qui devront être plus développées par la suite, la jeune assistante sociale occupant un rôle beaucoup trop secondaire avec cette histoire. En effet, la question des intentions réelles de Jake est trop vite écartée, Tim Kring se limitant à le présenter comme un justicier cherchant à permettre aux autres d'accomplir leur destinée, vision trop simpliste qui risque d'entraîner rapidement un fort sentiment de répétition.

 

La conviction des uns fait le courage des autres 

Malgré ses défauts de construction et sa naïveté flagrante, Touch apparaît comme une oeuvre intéressante grâce à la force de conviction des comédiens et des scénaristes. Loin de tout cynisme, refusant l'idée de drame et de l'impossible, la série conçoit l'humanité comme un réseau où les miracles sont le fruit du hasard et de l'interconnectivité entre les hommes. Délaissant la trame sur le déterminisme, les auteurs font le choix intelligent de montrer des hommes et femmes qui décident seuls de leur destinée, cherchant avant tout à raconter comment la nature généreuse de l'homme est la vraie matière qui compose les miracles 

En conclusion, Touch parvient à effacer certaines inquiétudes morales en optant pour un récit plus léger et sensible, délaissant en grande partie la vision déterministe de l'univers proposée par le pilot. Construit autour du duo improbable entre Martin et son fils Jake, le show de Tim Kring possède un charme indéniable, celui d'une grande naïveté loin du cynisme des séries modernes. Derrière les chiffres se cachent non plus une vérité, mais une voie tracée entre élégance et lourdeur, peinant à intégrer des personnages récurrents qui cherchent encore leur place.

 

J'aime : 

  •  la force de conviction de Kiefer Sutherland 
  •  la narration tout en délicatesse 
  •  la sensation de fragilité qui ressort de l'ensemble 

 

Je n'aime pas : 

  •  Danny Glover totalement inutile 
  •  la storyline de la balle de baseball trop tirée par les cheveux 

 

Note : 13 / 20 

Sans lâcher son concept de départ, Tim Kring offre un deuxième épisode qui renoue avec les qualités du season premiere, avec une histoire à prendre comme un conte élégant et amusant. Malheureusement, certains éléments peinent encore à se mettre en place, en particulier des personnages récurrents à l'utilité pour l'instant plus que discutable.

L'auteur

Commentaires

Pas de commentaires pour l'instant...
Image Touch
12.63
12.19
12.39

Derniers articles sur la saison

Critique : Touch 1.11

Une première partie plaisante qui sert avant tout à introduire le nouveau personnage de Lucy.

Critique : Touch 1.12

Un season final réussi et intense qui place Martin Bohm devant la nécessité de se mettre hors-la-loi pour espérer sauver son fils.

Critique : Touch 1.10

Un épisode qui marque un virage important dans la saison en proposant des changements intéressants dans le fonctionnement de la série.