Suites en série… le choc des générations

Le 20 mars 2023 à 07:06  |  ~ 38 minutes de lecture
La mode est à la nostalgie, aux revivals, aux reboots, aux sequels… bref, c’était mieux avant, mais on est aujourd’hui et on doit évoluer avec son temps.

Suites en série… le choc des générations

~ 38 minutes de lecture
La mode est à la nostalgie, aux revivals, aux reboots, aux sequels… bref, c’était mieux avant, mais on est aujourd’hui et on doit évoluer avec son temps.
Par Mmaginère

 

J’ai vécu des tas de suites, que ce soit en ayant ou non regardé la série d’origine.

Notre époque actuelle est remplie de cette mode nostalgique sur l’avant qui était mieux. Je ne suis pas là pour digresser des heures sur le sujet, mais mon avis, d’un point de vue séries, c’est que l’âge d’or était au début des années 2000 et qu’aujourd’hui il reste quelques pépites dans un océan de contenu, la quantité ayant remplacé la qualité. Avant, tout simplement, les séries n’avaient pas autant la cote que de nos jours, et pour qu’une série fonctionne et perdure dans le temps, elle devait montrer sa valeur. Attention, je ne dis pas que tout est mauvais aujourd’hui, mais il faut faire un tri entre les séries de bonne qualité, de moyenne qualité et de mauvaise qualité, là où, avant, le tri se faisait quasi exclusivement selon nos goûts.

Et je ne dis pas non plus que les séries de cette époque magique n’avaient pas de défauts, car elles en avaient. Certains inhérents à l’époque (la vision des femmes, des minorités...), d’autres à des éléments plus pragmatiques : qualité de scénario, de jeu d’acteurs, de personnages... Mais le modèle qualitatif avec des pilotes qui vous accrochaient, des premières saisons voire des séries entières qui tenaient la route et gardaient le niveau, de bons dialogues, de bons acteurs, de bons scénarios... ça me manque. Peut-être est-ce aussi l’overdose, la lassitude, le trop plein de séries dans toute ma vie, mais je retrouve rarement cette passion qui m’animait autrefois. Ce frisson que je ressentais devant un pilote qui me disait que j’allais vivre une véritable aventure.

Est-ce la nostalgie d’une époque ? Est-ce la qualité globale qui a baissé ? Probablement les deux et mon article va en partie explorer ces interrogations. Je vais partager avec vous mon sentiment sur quelques décennies de sagas sériesques et le choc des générations qui l’accompagne : les différences en fonction des époques et mon regard qui a évolué avec l’âge.

 

Mais d’abord, parlons un peu définitions :

  • Un prequel va raconter de nouvelles histoires dans le même univers, avec les mêmes personnages ou non, dans une timeline passée. Le sequel, même concept dans une timeline future. Ces deux types de séries sont des spin-off de la série-mère. Un sequel peut également être appelé un revival s’il reprend des personnages de la série-mère en partie ou en totalité au casting principal.
  • Un spin-off ou série dérivée est une série qui a lieu dans le même univers, et qui va, en général, développer un personnage secondaire de la série-mère qui sera ici le personnage principal. Elle peut se passer sous forme de prequel, de sequel ou se dérouler en parallèle de la série-mère.
  • Un reboot va réécrire une histoire avec un nouveau casting, un nouveau scénario et des bases communes.
  • Un remake va écrire une nouvelle version de la même histoire. C’est notamment le cas de séries qui ont des versions dans différents pays.

Quelques exemples pour illustrer tout ça  :

Je cite ici les séries qui vont illustrer mon article, mais j’ai dû faire une liste qui ne comprend pas toutes les séries concernées par le sujet, ni toutes les séries que j’ai vues. Vous aurez sûrement des tas d’autres exemples à apporter.

Partons à l’assaut de tous ces genres, de mon mal-aimé à mon favori !

 

Les Reboots, non merci

 

J’ai vécu les Charmed et Roswell de mon époque. Je les ai suivis avec plus ou moins de passion pendant plusieurs années dans la Trilogie du samedi de M6 et je suis passée à autre chose. Même si les reboots racontent différemment l’histoire et proposent un nouveau lore, j’estime avoir vécu ces séries à l’époque où j’étais leur cible et je ne veux pas les "revivre". Il y a déjà tellement de séries à voir... De plus, je ne ferais sûrement que les comparer à la série-mère et ça ne m’intéresse pas de faire ça.

Je sais, je vous allèche avec un sujet et il y a tout un pan sur lequel je n’ai rien à dire. Mais pas d’inquiétude, je serai bavarde sur le reste.

 

À gauche les Charmed et Roswell du début des années 2000, à droite leurs reboots.

Quand je vois les images de gauche... ça ne me rajeunit pas...

 

Les Remakes, pourquoi pas

 

Il y a trois types de remake :

  • Ceux qui font revivre la même histoire dans une nouvelle version avec un casting différent pour toucher une nouvelle génération. Ce premier cas s’apparente à un reboot pour moi, donc c’est non, comme par exemple pour MacGyver 2016.
  • Ceux qui font leur version d’une histoire dans un autre pays que celui de la série-mère. J’ai ainsi pu apprécier la première shortcom française Un gars, une fille pendant des années, en sachant que la version québécoise d’origine ne m’aurait pas autant plu. Il fallait des blagues et des situations de vie liées à ma culture française pour totalement en profiter. Malheureusement, ce second cas retrouve les travers du premier dans certaines situations, et là je dis non : je parle des adaptations à la chaîne des séries UK en versions US. Queer as Folk, Shameless ou encore Skins ont eu droit à leur adaptation outre-Atlantique, avec plus ou moins de succès. Mais ça a été sans moi, que j’aie vu ou non la série UK. N’étant d’aucune des deux cultures, je n’ai pas vu l’avantage à voir les deux versions, retrouvant ici le sentiment d’un reboot.

 

Les Gars et Filles dans plusieurs pays.

Quelle est votre version d’Un gars, une fille ?

 

  • Ceux qui sont des adaptations d’un autre type de support (film, livre, jeu vidéo...). J’ai suivi de nombreuses séries qui sont dans ce cas. Certaines, comme Buffy contre les Vampires, Westworld, The Vampire Diaries ou Younger, ont su aller plus loin que le matériel d’origine et en faire un contenu de qualité (pas tout du long, mais globalement). D’autres, comme You et 13 Reasons Why se sont brûlé les ailes en étendant trop en longueur leur histoire. Enfin, celles comme His Dark Material ont simplement suivi le support original et l’ont transposé de manière assez fidèle. De plus en plus de séries sont basées sur ce système leur permettant de faire connaître le support d’origine ou de développer l’univers différemment. C’est un format en pleine expansion : un épisode est plus court qu’un film donc plus pratique à regarder, une série est plus longue donc plus développée, elle demande moins de concentration et d’imagination qu’un livre et elle peut rallier les fans d’un jeu vidéo ou autre support populaire, constituant ainsi une fanbase avant même de débuter. Par le biais des (trop) nombreuses plateformes, la série est aussi plus facile d’accès.

Je reste sélective sur les remakes, qui peuvent également être de moins bonne qualité que l’original et décevoir. La suite de mon article sera donc plus détaillée.

 

Les Prequels/Sequels, bien trop faits à n’importe quel prix !

 

Beverly Hills 90210 a eu un succès retentissant sur la décennie 1990-2000 et a donc fait l’objet de l’un des premiers sequels de nostalgie : 90210 voit le jour en 2008, seulement huit ans après l’arrêt de la série-mère. Elle reprend les mêmes ingrédients : une sœur et un frère nouvellement arrivés, faisant partie d’un milieu plutôt modeste, qui sont confrontés aux jeunes superficiels et friqués de Beverly Hills. Bien entendu, nous découvrirons que ces derniers sont plus profonds que ça (ou pas) et tout ce beau monde formera un groupe d’amis/ennemis.

Je n’ai pas regardé la série des années 90 au complet, celle-ci ayant majoritairement été diffusée durant mon enfance. Mais j’ai vu les dernières saisons et pas mal d’épisodes lors de rediffusions. J’ai le souvenir d’une série avec beaucoup de personnages et d’histoires, globalement travaillée, des acteurs bons pour la plupart, avec des défauts qui ne gâchaient pas son visionnage (certaines intrigues poussives, des histoires d’amour chaotiques et certains personnages principaux comme Brandon qui ne servent plus à grand chose avec le temps).

Est-ce que son sequel a hérité de ses qualités ? Malheureusement non... c’est une suite fainéante, un sous-Beverly Hills, bien trop drama et moins travaillé. Et ce ne sont pas les apparitions plus ou moins longues de quelques protagonistes de la série d’origine comme Kelly ou Donna qui font remonter le show, dont les intrigues s’effondrent au fil des saisons. Seul le personnage de Naomi Clark connait une belle évolution, brillamment interprété par AnnaLynne McCord. J’avoue avoir suivi toute la série car, à l’époque, je n’abandonnais pas avant la fin. Depuis, j’ai appris à m’arrêter au bon moment, merci 90210 pour m’avoir appris à ne plus souffrir autant que lors de ton visionnage.

Bon, pour être honnête, c’était bien moins pire que l’horrible BH90210 dans lequel nous suivons les acteurs de la série, vingt ans après, qui se demandent s’ils vont rejouer dans un revival de la série... Bien entendu, ce qui nous est montré n’est pas leur vraie vie, mais en est fortement inspirée et c’est d’une médiocrité navrante...

 

Affiches promotionnelles de Beverly Hills, 90210 et BH90210.

Beverly Hills 90210, du meilleur aux pires...

 

En parlant de néantise, passons au nouveau Gossip Girl qui me semble du même acabit que 90210, même si je n’ai vu que le premier épisode. Et on ne peut pas dire que la série d’origine était à la hauteur de Beverly Hills. Je ne comprends même pas l’intérêt d’avoir fait ce sequel, Gossip Girl ayant eu une fin tellement mauvaise et oubliable. Lors de sa saison 2, en plein succès, elle nous avait d’ailleurs présenté un épisode qui devait servir de base à un prequel sur Lily Van Der Woodsen lorsqu’elle avait l’âge de Serena, mais qui n’a jamais vu le jour. Pourquoi le sequel n’a pas suivi également ce funeste destin ?

Et ce n’est pas la seule série dérivée qui aurait dû ne pas exister, n’est-ce pas The Carrie DiariesSex and The City est très librement adaptée d’un livre de Candace Bushnell dans lequel les quatre new-yorkaises sont très peu creusées et ne forment pas le quatuor tel qu’on le voit à l’écran. Notamment, le personnage de Carrie y est assez fleur bleu et naïf, loin de sa plus cynique et sexuellement libre version de la série. Cette dernière a fait l’objet de plusieurs suites : deux films et une série, dont je parlerai plus loin dans le cadre de mon paragraphe sur les revivals, avec mon avis sur la série-mère comme sur ses sequels.

En 2010, Candace Bushnell écrit un livre sur la fin de l’adolescence de la Carrie de son Sex and The City : une fille qui n’a rien à voir avec l’adolescente décrite par la Carrie de la série. La Carrie du livre vient de perdre sa mère et vit avec son père et ses sœurs, dans une gentille banlieue. Elle est joyeuse, naïve et colorée, très fleur bleue. La Carrie de la série est une outsideuse, moins studieuse, plus insouciante et plus débrouillarde avec les garçons, et qui a été élevée, enfant unique, par sa mère, son père les ayant abandonnées.

La série The Carrie Diaries qui débarque en 2013, prequel de Sex and The City, raconte l’histoire du livre et c’est un échec : les fans de la série d'origine ne sont plus forcément le public d’une série teenage et ceux qui le sont, comme moi, ne retrouvent pas la Carrie qu’ils ont suivi pendant six saisons. De plus, la qualité n’est pas là, tant dans les personnages que dans l’intrigue. C’est une série mièvre et creuse qui n’a duré que deux saisons. Un pari raté, énième tentative de faire revivre une franchise qui aurait dû s’arrêter avant de se décliner en films. Bon, je suis un peu injuste car le dernier revival en date est une surprise plutôt agréable. Mais le reste... on oublie.

 

Je pense qu’un prequel ou un sequel doit avoir un sens, autre que "faisons-nous du fric en faisant revivre une série à succès" : raconter une nouvelle histoire qui enrichit la série d’origine et/ou son univers, comme ce fut le cas de Bates Motel, qui délivre sa version de la jeunesse de Norman Bates, avant qu’il devienne le tueur du film Psychose. C’est un cas un peu particulier : c’est le prequel d’un film dont l'action se situe à une époque postérieure à celle du film. Mais la qualité est là : un casting quasi impeccable, des dialogues très forts, une histoire travaillée qui nous plonge petit à petit dans la folie et la noirceur du jeune homme... Un peu trop longue malheureusement, avec une saison 5 qui s’essouffle, mais la série vaut le coup.

 

À gauche The Carrie Diaries, à droite Bates Motel.

Lumière ou obscurité, mon choix est fait.

 

Les Revivals, fausse bonne idée ?

 

Avant de reparler de Sex and The City (oui je sais je vous ai bien teasés et là je vous raconte encore autre chose), posons-nous la question de l’intérêt d’un revival. Ce paragraphe sera le plus développé car il illustre le mieux pour moi le choc des générations.

Le revival peut paraître salutaire, comme dans le cas de Gilmore Girls, qui avait eu une conclusion peu satisfaisante sans sa créatrice aux commandes pour la septième et dernière saison. J’étais donc ravie de l’annonce de quatre nouveaux épisodes par Amy Sherman-Palladino, espérant une conclusion à la hauteur.

Mais neuf ans et demi c’est trop long pour reprendre correctement le sujet de l’histoire, la période que le revival couvre n’est pas des plus passionnantes, les acteurs n’étaient pas très disponibles ou pas en même temps, et ce qui est raconté avec tout ça est bien décevant. La magie de cette excellente série n’est plus la, l’originalité un peu fofolle de Stars Hollow a disparu dans une histoire creuse. Les fameux derniers mots qu’Amy Sherman-Palladino voulait donner à la série-mère avant d’en partir sonnent dans cette suite comme un cliffhanger mal amené, qui conclut le show de manière bien pire que ne l’avait fait la saison 7. C’est dommage, car si les évènements en coulisses avaient été différents, on aurait eu une saison 8 avec une conclusion probablement brillante, à l’image des Gilmore.

Cet exemple montre que je suis pour un revival qui permettrait de mieux conclure une série, mais que ça se transforme parfois en catastrophe. Dexter New Blood a mieux réussi son pari, avec une fin plus adaptée au personnage, mais qui reste mauvaise, dans une série médiocre. Je peux paraître difficile, mais je vous assure que ces deux exemples ne sont pas en faveur des revivals.

 

À gauche Gilmore Girls, à droite Dexter.

Ne revivez plus, merci.

 

Contrairement à ce que j’avais donc imaginé, c’est lorsque le revival n’est pas nécessaire qu’il peut être une bonne surprise, probablement car il n’y a pas d’attente, comme ce fut le cas pour And Just Like That, suite de Sex and the City, et The L Word Generation Q, suite de The L Word. Je vais particulièrement m’intéresser à ces deux séries qui illustrent un choc des générations, traitant en particulier de sujets qui ont évolué entre la série-mère et la série-fille : les femmes (leur carrière, leur vie amoureuse et en particulier sexuelle) pour Sex and The City et l’homosexualité/bisexualité/transexualité pour The L Word (la vie sentimentale du groupe de personnages, mais également leur place dans la société).

Ces deux séries ont souffert de la comparaison des époques, en particulier Sex and The City. Très critiquée pour son casting principal blanc et hétérosexuel, avec des personnages qui évoluent dans un milieu glamour et aisé, le sujet principal de ces femmes étaient les hommes et leurs relations avec eux (ce que l’une d’entre elles – Miranda si je ne me trompe pas – dénonce lors d’un épisode auto-critique de la série qui montrait que, malgré une certaine indépendance et une carrière, le tout saupoudré d’un peu de féminisme, les hommes restaient centraux dans leurs conversations).

On oublie qu’à l’époque, c’était une série pionnière avec un casting principal 100% féminin qui parlait de sexe du point de vue des femmes (leurs besoins, leurs désirs, leur plaisir). Chacune de ces femmes était indépendante financièrement, avait une carrière et testait des choses sexuellement. Elles n’avaient pas peur d’en parler et Carrie écrivait là-dessus. Même si Charlotte avait un côté moins libéré de la vision des femmes (chercher un mari avec lequel faire des enfants et devenir mère au foyer), la série montrait que, dans son cas, c’était un choix et qu’elle en avait le droit. Bien entendu, nous pouvons débattre de l’héritage patriarcal de son éducation qui l’y a conduite, mais la série a exploré comme elle le pouvait pour l’époque le fait que ces quatre femmes choisissaient leur vie et ne faisaient pas que la subir. Deux femmes sur les quatre n’ont pas eu d’enfants, trois ont développé leur carrière, une était particulièrement libérée sexuellement. C’était incroyable pour le début des années 2000 !

 

And Just Like That a écouté les critiques et, dès le premier épisode, nous accueillons de nouveaux personnages non blancs et/ou non hétéros. Je suis pour la diversité, mais c’est amené avec de gros sabots : chacune des trois protagonistes principales se trouve une nouvelle amie. C’est un peu bizarre que plus ou moins au même moment, elles vivent toutes ça, même si c’est présenté différemment. Il aurait par exemple été plus cohérent que certaines de ces femmes soient des amies de plus longue date et que nous les découvrions dans les premiers épisodes. Je pense notamment que ça aurait fait sens pour Lisa, l’amie de Charlotte dont les enfants vont dans la même école que les siens.

L’un des seuls personnages introduits proprement est Che, boss non-binaire d’origine mexicaine de Carrie, qui arrive avec la nouvelle vie de notre héroïne. Je sais que le personnage de Che a été très critiqué négativement pour son comportement avec Miranda et son côté caricatural, amenant trop de "wokisme" dans le premier épisode pour que la série réponde aux critiques faites à Sex and The City. C’est certes maladroit, mais arrêtons de ne voir que le négatif, il y a aussi du positif : Che amène une certaine fraîcheur, représentant l’un des rares exemples dans une série du "après questionnement" d’un personnage non hétérosexuel, quand on sait qui on est et qu’on vit sa vie. Sara Ramirez l’interprète avec beaucoup de joie et d’énergie. Quelle évolution depuis vingt ans ! Un tel personnage n’aurait jamais pu exister dans la série-mère.

Ce revival est également un tournant pour une Carrie cinquantenaire qui montre aussi l’un des sujets de ce revival : la perception du vieillissement des femmes dans la société et leur place. Les hommes ne sont plus le sujet principal de nos héroïnes et ça fait du bien. Comment évoluer dans une société âgiste ? Comment aborder cette nouvelle phase de la vie d’une femme qui est souvent liée à la ménopause ? Comment accepter les changements et les limites de son corps ? Comment capitaliser l’expérience d’une vie dont on a parcouru à peine plus de la moitié, dans une société qui ne considère pas l’existence de la moitié qui nous reste ? J’espère que la série m’apportera des réponses qui m’aideront quand ce sera mon tour, comme Sex and The City a pu le faire. Je suis à chaque fois un public deux décennies plus jeune que les personnages principaux, mais j’apprends toujours pour mon avenir.

And Just Like That aborde également des questionnements via Charlotte dont la cadette, Rose, devient Rock. C’est un sujet qui est traité ici avec un sérieux et un humour bienveillants. Ce qui est intéressant, c’est qu’on voit le point de vue de Charlotte dans cette transition, donc ce petit choc intergénérationnel. Quand on repense à la Charlotte coincée, pleine de jugement et avec des idées reçues de Sex and The City, quel chemin parcouru ! Il reste un fond de cette femme, mais on voit qu’elle veut vraiment essayer de bien faire. Je sais qu’on peut la critiquer car elle dit des choses qui montrent qu’elle a toujours un esprit assez fermé, mais je pense qu’on peut respecter le fait qu’elle est une femme de sa génération et que ce n’est pas facile pour elle de penser autrement, mais qu’elle agit avec bienveillance et cherche à évoluer avec son temps. Dans Sex and the City, si un personnage avait fait sa transition, on nous aurait montré des parents qui l’auraient rejeté. Souvenez-vous de la grand-mère de Stanford dont il n’a pas hérité parce qu’il était gay. Ce dernier était peut-être vu comme "l’homo de service" dans la série-mère, mais il avait droit à ses propres intrigues.

C’est assez intéressant de voir au travers de cette série comment deux décennies plus tard, les choses ont changé : la vision du monde et de l’avenir, la technologie, la sexualité... Les questions restent, mais ne sont pas les mêmes. J’apprécie Sex and The City qui m’a appris des choses sur la sexualité, qui a libéré la parole des  femmes sur ce sujet, qui nous a donné cette liberté dont nous avions besoin à une époque qui marque le début de l’âge d’or des séries, mais aussi celui où elles commençaient à prendre plus la parole sur des sujets plus difficiles à aborder qu’auparavant. J’ai conscience avec mon regard d’aujourd’hui de ses défauts de l’époque, comme le fait que ces femmes ne pouvaient pas faire leur vie sans homme, qu’elles étaient toutes belles et minces, mais surtout que la relation que je voyais comme passionnelle et tragique entre Carrie et Mr Big durant mon adolescence, je la vois pour ce qu’elle est vraiment aujourd’hui : toxique. C’était malheureusement une époque où les séries pouvaient vendre facilement ce type de relation et ça pouvait influencer notre vision du couple dans la vraie vie de manière négative. Et heureusement, l’évolution des mentalités a permis de dénoncer le couple toxique dans la vraie vie et aussi dans les séries.

Mon regard a aussi évolué sur des choses que je voyais négativement avant : l’exemple le plus concret est que j’ai longtemps reproché au show de ne pas avoir fait avorter la carriériste Miranda qui tombe enceinte par accident, parce que ça ne se montrait pas dans une série. Mais en revoyant plusieurs fois cette histoire, j’ai compris que Miranda voulait avoir des enfants et que, même si ce n’était pas le bon moment, c’était peut-être sa seule opportunité. Comme quoi, mon moi plus âgé et plus nuancé (si si, je vous assure) m’a aussi ouvert les yeux sur des choses positives.

Malgré mon œil critique lorsque je revois la série, je ne la rejette pas. Il faut accepter que chaque époque avait ses mœurs et voir le chemin parcouru depuis. Il faut aussi regarder la série pour ce qu’elle est et dans son contexte. Bien entendu, si Sex and The City dans son entièreté comportait des choses aussi dérangeantes que la relation amoureuse principale de Carrie, je ne pourrais pas la revoir. Mais ce n’est pas le cas. Elle reste drôle, singulière et attachante. Je n’oublie pas ce qu’a signifié cette série dans son époque ni ce qu’elle a apporté de positif dans ma vie, tout en gardant en tête les éléments négatifs qu’elle pouvait véhiculer.

Et j’aime également And Just Like That qui, malgré ses gros sabots, cherche aussi à aider les femmes dans le monde actuel, traitant plus particulièrement la vie après cinquante ans : parce que oui, notre vie ne s’arrête pas à ce moment-là, elle ne fait qu’évoluer. Malgré l’image que la société nous renvoie, nous restons toute notre vie des femmes avec des besoins, des envies et des questions. De plus, la série a ouvert son groupe de personnages principaux à la société d’aujourd’hui, s’y adaptant. Je peux critiquer la forme, mais pas le fond. J’ai été agréablement surprise par ce revival, bien mieux réussi que les films, qui reprend le but positif de la série-mère en l’adaptant à son époque.

 

À gauche Sex and The City, à droite son revival.

Vingt ans de plus, une fille de moins.

 

The L Word a moins souffert, critiquée pour son manque de diversité socio-économique (le milieu montré était aisé) et racial (seule Bette et sa sœur n'étaient pas blanches au début de la série, mais le casting a ensuite intégré plus de diversité). Cependant, elle reste l’une des pionnières en matière de diversité sexuelle. Sex and The City a ouvert la porte pour des séries comme The L Word, qui est aussi composée d’un casting principal féminin. Ce show m’a beaucoup appris sur un milieu auquel je n’appartiens pas et que je connaissais peu. J’aime à la fois son côté divertissant et son côté éducatif, qui en font sa force.

The L Word Generation Q reprend trois personnages principaux et toujours aisés de la série-mère, entourés par une jeune génération qui comprend différentes classes sociales. La série-fille est encore plus diversifiée en terme de sexualités et d'ethnies. Tout ce monde compose le casting principal, donc nous nous retrouvons avec le point de vue de plusieurs générations de personnages : les anciennes plus stables et posées, qui savent qui elles sont et ce qu’elles veulent, et qui accompagnent les nouvelles, en pleine recherche et en rébellion contre le monde. L’ancienne génération continue de se battre pour ses droits, mais avec un calme et une maturité qu’elles ont acquis avec le temps. La nouvelle génération est cependant plus affirmée dans ses choix, plus visible, et montre à quel point la société a évolué. Là où la série-mère vivait dans une époque plus dure envers la communauté LGBTQIA+, la génération Queer peut s’exprimer plus librement et a acquis des droits. Le combat n’est pas fini, comme celui des femmes d’And Just Like That, mais des batailles ont été gagnées. L’un des exemples les plus fort est Max, personnage en transition dans The L Word, mal accepté·e, qui a fini la série dans un avenir très incertain, seul·e avec un bébé, et qu’on retrouve dans la saison 3 du revival apaisé·e avec un couple stable, une famille aimante et un travail.

Il est amusant ou agaçant de voir les interactions et les incompréhensions entre les deux générations. Je suis personnellement entre les deux, mais je me sens plus proche de l’ancienne. J’ai vécu une époque où certaines choses négatives faites aux femmes étaient considérées comme normales, comme ces femmes ont vécu des choses négatives dites "normales" faites aux LGBTQIA+. La nouvelle génération n'a pas cette expérience et a parfois du mal à placer un curseur dans le combat mené.
Par exemple, dans l’épisode 9 de la saison 3, The L Word Generation Q revient sur un évènement de The L Word : Alice a outé un sportif parce qu’il insultait l’un de ses coéquipiers qui avait fait son coming-out. Outer quelqu’un n’est pas du tout une bonne chose, mais ce que je veux partager avec vous c’est qu’Alice délivre un autre message important dans son discours. Elle explique à ses plus jeunes collègues qu’à l’époque il était normal de se faire traiter de "pédé" (fag ou faggot en anglais) et maltraiter publiquement pour son homosexualité. La seule chose que les jeunes femmes répondent à ça, après que l’une d’elle ait levé les yeux au ciel et que l’autre hoche la tête pour faire semblant d’avoir une écoute attentive, c’est : « We don’t use that word anymore, it’s the anti-gay F word. »

J’avoue avoir été sidérée : où est l’aspect éducatif de la série ici ? Le vocabulaire utilisé n’était pas le point le plus important, c’était l’évolution des mœurs et comment quelque chose d’anormal était banalisé à une époque, et ne l’est heureusement plus aujourd’hui. Je suis peut-être trop exigeante, mais j’attendais plutôt de la série que la jeune génération réponde qu’elle avait de la chance que les choses aient évolué dans le bon sens et qu’elle nous apprenne les changements de termes associés. Mais là, c’est ignorer complètement que, la vraie vie, ce n’est pas uniquement une question de mots. Il y a eu des actes, du vécu, des évolutions, qui vont avec ces mots. Il faut respecter le travail que les anciennes générations ont fait dans le bon sens et les leçons qu’elles nous apprennent. Comme il faut respecter les changements que la jeune génération apporte. Toutes les générations sont légitimes, soyons à l’écoute et plaçons le curseur au bon endroit. Après, il est possible que je prenne cet échange un peu trop premier degré, c'est aussi ça le choc des générations !

J’apprécie quand même ce revival, surtout depuis la saison 3 qui donne de la profondeur et des intrigues plus intéressantes aux personnages. Les saisons 1 et 2 restaient trop superficielles et drama. Et je continue à apprendre de cette communauté, tout en me divertissant.

 

À gauche The L Word, à droite son revival.

Dix ans, des vêtements et une génération de plus.

 

Bien, passons désormais aux spin-off qui n’entrent pas dans les catégories que nous venons de voir ensemble. Alors... quoi ? Doctor Who 2005 ? Bon, je ne voudrais pas être accusée d’en parler de manière systématique (voir mon dernier bilan annuel pour un avis plus complet), mais c’est effectivement un revival qui a permis à toute une nouvelle génération de découvrir les aventures du Docteur. Pari réussi !

 

Le Spin-off, je dis oui !

 

Ce paragraphe parle enfin des spin-off qui ne sont ni des revivals, ni des sequels, ni des prequels. Il n’y aura pas de choc des générations ici.

Je n’ai jamais caché ma passion pour Xena, la guerrière, ma série préférée. Spin-off d’Hercule, cette série a rencontré un succès retentissant, dépassant de loin la série-mère. Une série avant-gardiste qui nous montre une femme forte et indépendante, qui aborde des thèmes profonds sur la rédemption, la place des femmes, l’amitié, l’amour, différents types de sexualités et de croyances. Le tout sous couvert de combat, d’émotion et d’humour. La saison 3 est l’apogée de la série, proposant des épisodes et une intrigue fil rouge absolument époustouflants avec au passage le meilleur épisode musical de série qu’il m’ait été donné de voir.

Xena bénéfice d’une fanbase toujours active et des conventions ont encore lieu aux États-Unis chaque année, à Burbank en Californie. La qualité incroyable de la série ainsi que le fait qu’elle soit une pionnière en matière d’homosexualité (Lucy Lawless fait d’ailleurs une apparition dans la saison 6 de The L Word en tant qu’icône lesbienne reconnue) sont des facteurs de ce succès à travers le temps, quand Hercule est tombé dans l’oubli. J’aimais bien les aventures de ce brave gars aussi, mais c’était moins prenant. De plus, le héros était un vrai gentil parfait, là où Xena lutte contre un passé sombre, ce qui rend son personnage encore plus riche. Je l’adore, cette femme est extraordinaire, une vraie héroïne et un modèle. Elle sait tout faire !

Il y a pas mal de rumeurs d’un reboot et je ne suis pas emballée du tout. J’ai bien conscience que la relation entre Xena et Gabrielle était faite en sous-texte, alors que le reboot pourrait l’exploiter, mais je pense qu’il en fera trop, comme beaucoup de séries de nos jours, pour rattraper les "erreurs" du passé. Il n’y a pas besoin de réécrire cette histoire et ça m’énerve d’autant plus que cette série compte vraiment pour moi et a un côté sacré. Laissons Xena tranquille !

 

Photo d'Hercule et Xena.

Hercule versus Xena = victoire KO de la Princesse Guerrière !

 

Les vampires attirent et font des petits : deux séries phares de deux générations différentes ont eu droit à leur spin-off.

Série iconique de la fin des années 90, Buffy contre les Vampires donne naissance à la série Angel qui nous raconte la vie du vampire à Los Angeles, après qu’il ait quitté la tueuse en fin de saison 3. La majeure partie des deux séries se déroule en même temps et il n’y a donc pas de choc générationnel. La série-fille est juste un peu plus adulte et plus sombre. Seule sa dernière saison se déroule après la série-mère et se termine un an plus tard.

C’est aussi le cas pour The Vampire Diaries et The Originals, une série-fille plus adulte et sombre, diffusée en même temps que la série-mère et qui s’est terminée un an plus tard. Il n’y a pas là non plus différentes générations. Et Legacies me direz-vous ? Eh bien, étant donné que sa diffusion a eu lieu après les deux autres séries, ainsi que son intrigue, il s’agit d’un sequel et j’ai déjà beaucoup parlé de ces derniers. Je dirai juste rapidement qu’elle s’adressait plutôt au public de départ de The Vampire Diaries et ça n’a pas joué en sa faveur. De plus, la qualité de la série-mère n’était pas au top sur sa deuxième moitié, The Originals globalement n’était pas à la hauteur et Legacies a suivi ce funeste destin.

 

À gauche Angel, à droite The Originals.

Qui veut se faire mordre ? Moi !!!!!!

 

Enfin, pour la dernière petite anecdote, Beverly Hills a eu son spin-off dans les années 90, Melrose Place, qui a eu aussi son succès, avec des personnages plus âgés et dans le monde du travail, là où la série-mère suivait des lycéens sur les premières saisons. Melrose Place a eu également un spin-off en 1994, Models Inc, et un sequel en 2009, Melrose Place 2.0, qui ont fait un flop.

 

Merci d’avoir voyagé avec moi à travers le temps et les générations, de votre télévision cathodique à celle 4k. J’espère que ça vous a ravivé des souvenirs ! Profitez de toute la richesse des séries : anciennes, nouvelles, re-anciennes, re-nouvelles, ... il y en a pour tous les goûts !

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