Heated Rivalry
Deux stars du hockey vivent une romance secrète qui dure plusieurs années, alors qu'ils poursuivent la gloire et se débattent avec l'amour.
| En cours | CA | Pas de durée |
| Drame | Crave, | 2025 |
0 avis favorable
0 avis neutre
0 avis défavorable
Avis sur l'épisode 1.03
| Avis favorable | Déposé le 28 janvier 2026 à 03:44 |
|
Spoiler
Dubitatif dès le previously qui spoile largement le “twist” et le point de vue principal de l’épisode… j’en ressors en réalité hyper satisfait. Cette rupture de rythme est dangereuse et, il est vrai, un peu cassante quoiqu’on en dise à ce stade. C’est un peu étrange de ne pas avoir réservé tout simplement le traitement du premier livre de l’autrice (”Game Changer”) dans une seconde saison, et de choisir de mixer ça avec “Heated Rivalry”. Comme les personnages de Scott Hunter et de Shane Hollander interagissent quand même à plusieurs reprises, peut-être que ce choix portera ses fruits ensuite ? Peut-être faire un futur confident pour Hollander ? Mais au but du compte, cet intermède se révèle très bien fait, et je pense aussi qu’il est sain pour la série à long terme, afin de diversifier les points de vue et de montrer quels sont les facteurs communs entre les couples. La principale force de ce choix c’est qu’il permet de réaffirmer l’existence d’une homophobie internalisée dans la NHL (qui ne s’appelle pas comme ça dans la série pour raisons de copyright, mais on a compris ce que c’est, et dans les livres c’est très explicite). La NHL est l’unique ligue sportive nord-américaine sans aucun joueur out actif. La série nous énonce ainsi que cette homophobie est bien systémique et que la nécessité d’une relation secrète n’est pas que la conséquence d’un Shane Hollander sur le spectre et d’un Ilya Rozanov issu d’un milieu difficile. Scott Hunter est littéralement l’opposé de Shane : charismatique, plus âgé, plus traditionnellement viril, blanc, avenant — il n’empêche qu’il est tout autant dans le placard. D’ailleurs, le fait de revoir les quelques séquences des deux premiers épisodes qu’il partage avec Shane, mais avec le point de vue de Scott, met bien en lumière ce point. Il va parfois contre lui, lui fait remarquer que le comportement assez toxique d’Ilya dépeint sur lui, ou est choqué comme lui par les propos de leur collègue au bar de Sochi. Bref, les trajectoires se répondent à la fois par leurs similitudes et leurs différences, ce qui fait donc une vraie richesse pour le propos. De la même façon, les deux protagonistes sont ici plus âgés, ce qui permet de varier le point de vue du jeune couple Shane/Ilya, qui reste contraint par ce côté “premiers émois”. La série parvient donc avec aise à montrer que mature ou pas, réservé ou pas, avec un adversaire ou avec un inconnu : même combat, et même cause du mal-être. L’épisode a vite étouffé mes craintes de sa légitimité grâce à ça, mais il m’a ensuite vite conquis aussi parce que l’alchimie entre les deux acteurs principaux fonctionne tout aussi bien que l’autre, avec François Arnaud qui est vraiment top. C’est le seul membre du cast avec une vraie carrière au-delà de la série, et le seul acteur ouvertement queer parmi les 4 d’ailleurs — c’est hautement probable que ce ne soit pas le seul, mais il vient de la génération 2000s/2010s où les acteurs voyaient une importance dans le fait de faire un coming-out, ce que les nouvelles générations comme Williams ou Storrie ont la chance de pouvoir éviter. En tout cas, ce choix de casting certainement issu d’une vision du créateur car son personnage n’a vraiment physiquement rien à voir avec la description du livre, mais on s’en fout. Il matche tout à fait avec l’acteur de Kip, Robbie G. K., qui fait quasiment ses débuts et est ici très convaincant (et fun fact il apparaît sans doute comme le plus hétéro du cast — il faut aller voir la différence avec ses interviews, c’est bluffant ahah). Et puis, bon, au bout de même pas 5 minutes dans le bar à smoothies on est déjà en train de les shipper à fond, évidemment. C’est d’ailleurs un épisode au ton finalement plus réaliste et “classique rom com”, surtout avec le décor du bar à smoothies qui est le théâtre de quelques scènes assez clichées, mais fun et plus légères que la rivalité Hollanov. Cela vient avec un gros avantage : l’asymétrie entre Scott et Kip (ce dernier étant le seul protagoniste jusqu’ici qui n’est pas un sportif connu), qui sert encore une fois à réaffirmer le propos de la série sur le problème dans la NHL. Kip est en effet un exemple de protagoniste qui s’assume publiquement, avec une vraie vie sociale, et qui n’a pas l’impression de vivre un enfer en prison interne comme les trois autres. Donc, de quoi réaffirmer sans le souligner, mais en le faisant ressentir avec brio, le lien entre célébrité dans un contexte sportif particulièrement connu pour être conservateur, et le placard, qui n’est pas une fatalité pour tous. Du coup, le personnage de Kip a beau évoluer dans un monde un peu plus cliché, c’est aussi un monde plus positif (au début, puisqu’il est progressivement corrompu par le secret imposé par Scott), ainsi que beaucoup plus terre-à-terre et tendre. Il en devient de facto un des personnages les plus attachants rapidement. Alors après, le concept d’avoir 2 sportifs rivaux est juste hyper marketable, et ce n’est pas un hasard si l’autrice Rachel Reid a d’abord créé “Game Changer” avec Scott/Kip avant de penser à créer le même type de romance ensuite pour deux sportifs entre eux dans “Heated Rivalry” avec Hollander/Rozanov. C’est encore moins un hasard que c’est cette deuxième relation qui a le plus marché et qui a été choisie comme tête d’affiche de la série. C’est donc bien vu de revenir aussi à un contexte plus “humain” et accessible… Mais c’est à nuancer. C’est plus accessible surtout par contraste à Hollander/Rozanov, mais ça reste tout à fait Hollywoodien comme scénario, à savoir, “un sportif au physique de tes rêves et secrètement gay vient te commander un smoothie et change ta vie du jour au lendemain”. D’ailleurs, c’est peut-être la partie la plus gênante et critiquable de cette histoire à mon sens. Car pour le coup, on verse totalement dans le cliché total du genre. Derrière ce côté plus accessible, Kip reste dans un standard de beauté complètement au-dessus de la moyenne (franchement impossible de distinguer lequel serait le joueur de NHL entre les deux — limite c’est le plus musclé du casting). Donc voir des dialogues comme “mais qu’est-ce que tu me trouves olala c’est fou ?”, ça sonne un poil faux. D’autant qu’avec un contexte de client à serveur et pas de rivaux sportifs de haut niveau, il y avait moyen de développer pourquoi ils ont un coup de foudre pas que physique. Le livre souligne davantage le manque de confiance en soi de Kip et positionne clairement ce dernier en complexe par rapport à Scott Hunter, ce qui est un peu plus difficile à vendre ici. Et mine de rien ça ouvre un autre débat un peu plus large : je trouve que ça inscrit un peu cette histoire dans une sphère queer très réduite, probablement l’une des plus privilégiées du lot, celle des gays blancs new-yorkais jocks privilégiés — à ceci près que Kip semble galérer un peu financièrement, mais c’est vraiment léger dans la série. Une nouvelle fois, cette pseudo asymétrie de classes est centrale dans le livre, voire le cœur même du conflit dans le début du couple (avant que l’aspect relation cachée ne prenne le relai), alors que c’est très atténué ici, la série préférant accentuer surtout la partie “secret” pour faire écho au couple Hollanov. Après, même IRL ce n’est pas rare qu’un jeune pousse tellement de fonte qu’il apparaît plus buff en mode gonflette qu’un sportif de haut niveau, et ce n’est clairement pas plus rare qu’une célébrité s’entiche de quelqu’un au physique de mannequin. J’imagine aussi que ça permet de ne laisser aucune ambiguïté possible quant à pourquoi Scott aurait “honte” de le présenter publiquement et choisit de maintenir le mensonge — le fait que Kip soit juste parfait à tout point de vue, en plus d’être cis et blanc, permet à l’histoire de ne pas avoir à gérer d’autres enjeux que la honte internalisée de Scott. C’est un peu facile, c’est pratique pour une histoire à résumer sur un épisode, mais c’est quand même dans ce genre de détails qu’on voit qu’on est dans une première version de l’œuvre, qui s’habille en fait des mêmes clichés usuels que ceux utilisés dans les romances hétéronormées. Il faut noter que ce premier roman a débuté en fanfic Marvel, sur le forum de fanfic très connu AO3, où Scott Hunter et Kip étaient Captain America et Bucky Barnes, avant que les vraies couleurs de l’intention de l’autrice ne soient révélées suite à un premier succès. Après, la série fait avec son matériel de base, qui n’est en soi pas tenue de s’engager dans des sujets politiques croisés plus profonds que ça pour chaque intrigue et à chaque instant (surtout qu’on est ici limite dans un “spin-off flashback” plus romantique de la série principale). C’est un contre-argument qui se respecte aussi : on n’est pas obligé d’appliquer un standard plus élevé sur des oeuvres queers simplement parce qu’elles le sont. La simple existence d’une telle saga/série est déjà une excellente chose, et le double-discours est très injuste : dans les séries de romance hétéros, les couples ont aussi quasi toujours des physiques de rêve et sont aussi souvent de riches blancs, c’est un peu tout le pitch de “charmer” le grand public notamment nord-américain, majoritairement hétéro et féminin d’ailleurs. Donc, ce serait injuste de lui en tenir rigueur spécifiquement alors que 99% de la fiction romantique mainstream tourne sur les mêmes bases. Mais quand même, j’espère qu’un jour en termes de représentation queer on pourra aller encore plus loin et avoir des standards plus élevés sans paraître anti-conformiste — le simple fait que dès sa deuxième itération, Rachel Raid ait créé le personnage de Shane Hollander, est déjà un excellent deuxième pas, car ses origines asiatiques font partie intégrantes du personnage et ajoutent une couche de complexité bienvenue dans la représentation induite par la série, tout comme sa neurodiversité supposée. Bref, pour revenir sur l’épisode en lui-même, là où c’est très intéressant c’est qu’il y a un aspect meta par rapport aux deux épisodes précédents, où on découvre Kip qui se met à s’intéresser au hockey suite à un coup de foudre, ce qui est un peu ce qui a été vécu par une bonne partie d’Heated Rivalry, clairement pas venue pour le pitch sportif à la base. La NHL IRL a remarqué un pic d’intérêt et de bouche-à-oreille suite au succès éclatant d’Heated Rivalry, et je ne serai pas surpris que plus tard, de futurs sportifs de haut niveau évoqueront le rôle que la série aura eu sur leur intérêt. C’est charge à eux désormais de ne pas surfer sur la vague mais aussi d’activement incarner les valeurs de la série, et si certains joueurs (hétéro) ont déjà parlé positivement de l’influence de la série, c’est aussi à l’institution, qui historiquement avait banni la manifestation de signes pride par exemple, de se réformer et de ne plus être un terreau de discrimination dans les coulisses, les vestiaires ou devant les caméras. En tout cas, ça rend le personnage de Kip d’autant plus facile à s’identifier. Le suivre dans la scène gay de sa ville ou le voir parler avec sa meilleure amie Elena de sa relation sous tous ses aspects (jouissive et excitante au début, toxique/dangereuse quand le secret perdure trop), c’est une vraie bouffée d’air frais après avoir suivi une relation qui exigeait d’être très avare en dialogues et où le manque de communication était le maître-mot. D’ailleurs, en parlant d’Elena, j’ai trouvé l’épisode particulièrement bien écrit vis à vis de ce rôle, même s’il reste au second plan, bien sûr. L’actrice est plutôt douée et l’écriture évite là encore pas mal de clichés. Pas de “tu me délaisses pour lui maintenant ?” ou autre : elle reste un pilier et est activement pour leur amour mais surtout pour leur bien-être à tous les deux, ce qui se manifeste à travers la citation la plus importante de l’épisode :
De même, le fait que Kip possède un père hyper aimant qui déborde d’amour et le répète 8 fois, c’est tellement rare comme représentation que ça m’a décontenancé ! Mais ça fait du bien de voir ça, et encore une fois, super parallèle avec le couple principal pour qui les familles sont plutôt des obstacles. Scott Hunter, quant à lui, n’a plus de famille, il n’a que ses coéquipiers, et ça ne l’empêche toujours pas d’être dans le placard, bien au contraire. Enfin, si la fin de l’épisode est particulièrement amère encore une fois puisque Scott ne surmonte pas sa peur, et nous laisse sur un statut quo un peu déprimant, l’épisode reste globalement plus positif que les précédents, principalement car la relation Scott/Kip est forcément beaucoup plus mature que la relation Shane/Ilya, avec infiniment plus de communication très vite dans le couple. Le moment où Scott promet que la nature secrète de leur relation ne sera pas longue, “juste… quelques années”, c’est puissant et même lui-même comprend que ce n’est pas maintenable. Il n’est pas dur d’imaginer qu’il “suffit” que Scott s’accepte pour que Scott et Kip vivent enfin un happily ever after après tout ce qu’on a vu, mais ce pas à faire reste grand. Et si les ellipses sont tout aussi présentes (la série gardant son style principal), elles ne sont pas maîtresses du rythme de leur relation, qui n’est pas contrainte de suivre les saisons sportives contrairement à Shane et Ilya. Scott et Kip développent donc une vie en hors-champ, ce qui change toute la dynamique. De plus, comme déjà évoqué, le couple a conscience de ses défauts (Scott sait qu’il inflige un calvaire à Kip et ce dernier reconnaît ce problème, et finit par prendre le bon choix mature de s’éloigner), ce qui me faire dire qu’ils vont réussir à tirer tout ça au clair (en tout cas, j’y crois !). Mais ça n’en reste pas moins difficile à vivre, et la scène dans le musée par exemple est assez forte et typique d’une honte vraiment nocive qui s’infiltre et colle à la peau du personnage, se refusant à une vie privée heureuse, ce qui est tragique. Bref, je ne suis toujours pas sûr qu’à long terme c’était le meilleur choix de la série de faire cet épisode à ce stade… mais plus à cause de la coupure de rythme avec Shane/Ilya au final, et bien parce que maintenant, au contraire, j’ai tellement envie d’en apprendre plus sur Scott/Kip ! Or, c’est impossible de développer tout ça en 3 épisodes restants. Sachant que cet épisode récapitule essentiellement 3/4 du premier livre de Game Changer si j’ai bien suivi, était-ce judicieux ? Même si je suis en faveur des changements dans une adaptation, je comprendrais qu’on se sente hyper frustré d’avoir tout condensé, et ça se ressent un peu au visionnage (la seconde moitié de leur relation est quand même très rapide). Tout ça donne en revanche furieusement envie de lire le livre et l’histoire complète… ce que je me suis empressé de faire. En tout cas malgré ses défauts, l’épisode n’en reste pas moins excellent et apporte beaucoup à la saison, laissant imaginer de nombreuses pistes pour faire résonner et exploiter ce qui a été raconté ici pour l’intrigue principale. |
|

Je pense que cet épisode m'a beaucoup plus parlé, notamment parce que les deux personnages sont plus âgés et que je me sens plus en terrain connu, ou en tout cas plus ciblée, ce qui a facilité un enthousiasme non réfreiné que je ne ressens pas forcément avec Shane/Ilya. Les enjeux sont les mêmes, mais le contexte change. Cela réifie les difficultés systémiques des joueurs de hockey que la série montre, au-delà de l'aspect "histoire d'amour" ou d'exploration sexuelle. Je suis d'accord avec Galax, dans le sens où on se plonge dans une bulle où les deux hommes cochent les cases de toutes les normes de beauté masculine, où l'un semble plus "classe moyenne" sans que ça ne soit un enjeu dans la relation et où ils naviguent dans les hautes sphères new-yorkaises. Mais même si ce n'est pas exploré, je l'ai cependant senti (les différences de classes).
J'ai trouvé les deux personnages immédiatement attachants et une fois de plus, l'intimité entre eux deux (comme dans l'autre couple) vraiment touchante. Globablement, je pense vraiment que leurs âges m'a fait davantage apprécier l'histoire, d'un point de vue purement émotionnel, car Ilya et Shane sont tout aussi intéressants mais peut-être trop Gen Z pour moi. Et même si cette histoire-là fait très rom-com clichée/fanfiction, ça m'a mis du baume au cœur puis ça l'a piqué à la fin... Mais cette amertume sert un propos plus large qui souligne un vrai problème de société (aka l'homophobie dans le contexte du hockey et l'homophobie internalisée qui ici n'est pas à propos de haine de soi, mais à propos de pouvoir exister en toute liberté). Enfin, l'autre aspect qui m'a fait apprécier l'épisode est probablement la temporalité que j'ai trouvée moins stressante et plus facile à regarder. C'est plus classique, oui, mais ça m'a permis de mieux m'ancrer dans l'histoire aussi.
On dirait également que, paradoxalement, même si les deux acteurs suivent des normes standards, c'est ce qui justement permet la subversion, surtout dans la génération qui est montrée ici. Parce qu'on garde la tendresse, la passion, les scènes de sexe sont moins explicites (on est dans le noir pour la première, même si la lumière est belle, et le sexe n'est pas tant le propos car les deux sont plus expérimentés), mais on assume totalement leur relation en privé (entre eux et l'audience du moins), et c'est ce qui provoquerait surtout les réacs, en tout cas plus que des jeunes de 20 ans, dont un Russe pas sympa et un nippo-américain, qui bien que confrontés aux mêmes problématiques, n'ont pas la même jeunesse/vie que ceux nés dans les années 80/90, comme nos deux personnages ici.
Yesss content que cette histoire t'ait parlé <3 C'est juste ce que tu dis sur la différence de tons aussi dans les scènes privées où ils assument leur amour. Je suis curieux de voir ce que tu penseras des prochains épisodes avec Shane/Ilya dont la relation évolue vite, au vu de ce que tu évoques ici :)