Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
L’aventure se poursuit dans une ville où la présomption d’innocence n’existe pas et où règne au contraire la présomption de culpabilité.
C’est encore un changement de registre sympathique, avec un retour dans un lieu civilisé comme la seconde partie, après deux épisodes dans des milieux naturels. Et malgré quelques accessoires très vieillots (l’enregistrement sur cassette…), il y a quelques efforts dans d’autres éléments de technologie, comme l’espèce de téléphone cylindrique. C’est un mix kitch marrant.
Le Docteur qui était le grand absent du serial, marque ici un retour assez remarqué puisqu’il est celui qui défend Ian dans son procès pour la peine de mort. Cela donne un petit effet d’anticipation sympathique. Hartnell est assez en forme et semble bien remis de ses vacances, même s’il continue de parfois se mélanger dans ses lignes.
L’absence du Docteur est exploitée par le scénar puisqu’on nous apprend qu’il préparait la récupération de la clé en hors champ dans la ville, ce qui est un des points importants de l’enquête. En revanche, celle-ci reste assez décevante.
Les déductions du Docteur dans la salle où Ian a été assommé sont certes plutôt ingénieuses. Le fait d’avoir plus de personnages développés est aussi un plus, ce qui est permis grâce au fait que pour la première fois, l’histoire n’est pas contenue en un seul épisode !
Mais le souci est surtout que la gravité de la sentence (Ian exécuté) n’est vraiment pas palpable. Quand les juges sont à deux doigts de prononcer leur verdict, Barbara à côté reçoit un petit mot et n’a pas l’air d’être plus inquiète que cela. Si on reprend l’épisode des hommes des cavernes au début de la série, la tension était 1000 fois plus palpable ! Comme quoi, tout dépend du contexte.
Tout semble un peu vain, par exemple quand le Docteur demande poliment un report de procès et que l’accusation le félicite d’avoir pensé à ça… oui, lol ? Idem, on évoque le fait que la ville n’a jamais aucun meurtre et pourtant ce procès semble être traité de façon banale. Ou encore, évidemment, le méchant qui se grille tout seul, ce qui ne fait aucun suspens sur son identité.
C’est dommage car ça ne fait pas honneur à ce qui aurait pu être un scénario très atypique. Néanmoins, cela reste assez divertissant et avec quelques idées sympathiques pour l’époque, comme la “psychométrie”, une évolution du processus d’empreinte digitale pour détecter la personne a été en contact en dernier avec un objet. On évite aussi le cliché de l’enquêteur coupable : il s’agit ici plutôt d’un garde qui violente sa femme (traitement pas ouf franchement, et on voit qu’elle le pleure à la fin… le prochain épisode apportera-t-il des explications ?).
J’apprécie la tentative mais dans l’exécution, ce n’est pas la meilleure chose qu’ait produite le serial, c’était cela dit bien plus divertissant et créatif que la précédente partie, et avec un potentiel de bon climax pour l’ultime partie.
La première partie de l’épisode s'attèle à prouver une bonne fois pour toute l’innocence de Ian en dévoilant toute la vérité sur l’affaire… et c’est bien mieux fait que dans la partie précédente. Barbara prend en charge l’enlèvement de Susan et comprend qui était vraiment de mèche avec le tueur : la veuve est ainsi bien plus développée, et c’est pas mal car d’une, l’actrice est très crédible, et de deux, cela explique pas mal de reproches que je faisais à son personnage dans l’épisode précédent.
Même si tout ça se fait à nouveau de façon un poil facile, à base de “la méchante dit quelque chose qu’elle n’est pas censée savoir”. Les dialogues sont à l’image de nombreux scripts de l’époque et notamment de Terry Nation : pas très fluides ni naturels. Son écriture est d’ailleurs plus sexiste que la moyenne de l’époque, surtout dans le traitement de Susan, réduite à une enfant constamment en détresse. Il y a très peu d’humour en plus de ça, à part ici peut-être :
IAN: Thank heaven you remembered reading Pyrrho, Doctor.
DOCTOR: Reading? What are you talking about? I met the man.
L’autre coupable est finalement le procureur, à savoir le sosie de Darmanin, normal me direz-vous. Le personnage étant moins développé, ce twist surprend moins, mais l’idée de cacher la clé dans l’arme du crime elle-même, la massue, n’était pas mauvaise.
La deuxième partie de l’épisode offre une conclusion d’ensemble à cet arc interconnecté autour de l’histoire des clés. C’est assez cool de revenir sur l’île de Marinus et de retrouver son ambiance musicale. J’aime aussi beaucoup la réutilisation de la fausse clé de l’épisode 3 comme solution d’Ian pour berner les ennemis : je ne l’avais pas vu venir et je pestais devant mon écran “mais pourquoi ne voit-il pas que cela ne ressemble pas du tout à Arbitan ??”.
DOCTOR: I don't believe that man was made to be controlled by machines. Machines can make laws, but they cannot preserve justice. Only human beings can do that. Now I only hope that you'll carry on his good work, please.
C’est somme toute classique et très rapide : le deuil de Sabetha, la fille d’Arbitan, est peu exploité, tout comme l’idée de la machine pouvant contrôler tous les esprits de la planète. J’aurais bien vu une partie supplémentaire exploitant vraiment cette idée sur tous les membres du groupe sauf certains (peut-être Susan et le Docteur par exemple), qui doivent ensuite renverser le système. Au lieu de ça, on termine par un climax pas très palpitant, et les Voords resteront en tête comme une des pires races ennemies de la série, totalement sous-exploitée, alors qu’ils ont été conçus pour espérer rivaliser avec les Daleks…
C’est assez décevant de la part de Terry Nation, l’homme qui a créé les Daleks tout de même, ce n’est pas rien. D’autant que l’histoire de Marinus est clairement plus intéressante et mieux rythmée que celle de The Daleks. La preuve qu’un bon design alien et une bonne réalisation font la différence.
The Keys of Marinus reste un serial par nature inégal, mais aussi ambitieux, créatif en dépit d’être fauché (ou peut-être parce qu’il l’est ?). Avoir réussi à rassembler autour d’une histoire cohérente, un beau diaporama de concept et de décors (une île entourée d’acide, un faux-paradis de velours, une jungle vivante, une montagne maudite et une ville futuriste), et de sous-genres différents, c’est tout de même très respectable pour l’époque, même si l'épisode ne va pas tout à fait au bout de son concept.
Encore aujourd’hui, c’est assez avant-gardiste : bien trop souvent en fiction une planète n’est réduite qu’à un biome, de Doctor Who à Dune en passant par l’entièreté de l’univers de Star Wars. Et mine de rien avoir un petit serial de Doctor Who qui paie pas de mine qui propose quelque chose de toujours jamais vu dès 1964, c’est fort !
Note moyenne : 12.67/20
Quel plaisir de retrouver un autre épisode historique ! Pour l’instant ils ont été les meilleurs de la saison, et à en juger par sa première partie, The Aztecs ne fait pas exception.
L’épisode est d’une cohérence impeccable et d’un rythme idéal. Dès la première scène, tu sens que le script de John Lucarotti sait parfaitement où il va : un premier plan sur Barbara, une mise en contexte de sa spécialité historique - les Aztecs du XVème siècle, et un discours qui nuance déjà la vision coloniale clichée d’un peuple primitif.
SUSAN: The little I know about them doesn't impress me. Cutting out people's hearts.
BARBARA: Oh, that was only one side to their nature. The other side was highly civilised.
SUSAN: The Spanish didn't think so.
BARBARA: They only saw the acts of sacrifice. That was the tragedy of the Aztecs. The whole civilisation was completely destroyed, the good as well as the evil.
Tout est question de dualité entre le bon et le mauvais dans ce peuple, ce qui est exacerbé par les deux prêtres opposés de l’épisode : le Grand Prêtre Autloc assez mesuré, et le Prêtre des Sacrifices Tlotoxl, beaucoup plus sournois et méfiant.
BARBARA: You know, that's what gets me. I mean, take Autloc. He's sensitive, intelligent. And then there's…
SUSAN: Tlotoxl. It's incredible, isn't it? Beauty and horror developing hand in hand.
John Lucarotti était fasciné par cette idée d'un peuple aussi avancé sur le plan culturel, médical, scientifique, qui continuait pourtant de pratiquer des sacrifices, et cela se ressent à chaque instant.
On semble être constamment rappelé des belles avancées des aztèques, à travers la visite de la partie “jardin maison de retraite” de la ville dans lequel le Docteur est placé… mais aussi des moins bons côtés, avec cette scène du sacrifice final assez intense à regarder.
DOCTOR: The Aztecs always showed the utmost courtesy towards their intended victims.
Et cette dualité constante donne une atmosphère d’imprévisibilité à l’épisode. Sans aucun monstre ou alien, nous sommes constamment en train de prendre conscience que les personnages sont en situation très périlleuse, au contact de gens parfois fermés d’esprit ou pouvant basculer avec très peu de choses.
Tout repose sur Barbara qui est prise par les prêtres pour la réincarnation du dieu Yetaxa, une superbe idée qui subvertit immédiatement le début de l’épisode où j’étais préparé à pester qu’elle se fasse capturée. Au lieu de ça, le scénario nous happe directement et les scènes où la team TARDIS doit jouer le jeu d’être les servants de la Déesse sont très divertissantes.
La réalisation est aussi au rendez-vous, les décors sont crédibles et le hors-champ est utilisé à bon escient : j’avais notamment peur qu’ils ne montrent jamais un seul plan d’ensemble de la ville, mais ils le font très vite (bien que comme toujours, nous ne voyons jamais de figurants jouant le peuple, trop cher à rassembler). Les costumes et accessoires sont assez réussis en considérant leur budget et leur accès limite à l'information, et l’ensemble donne une sensation assez stylisée.
La caméra est un peu hasardeuse comme souvent, avec un duel à l’épée peu convaincant et des cadrages de personnages parfois flous, mais ce n’est pas bien grave. Et comme toujours, je trouve que le format de film très “théâtral” qui était la norme à l’époque, donne un côté rétro charmant à l’ensemble, et est approprié pour les scénarios historiques où on semble assister à une plongée dans l’histoire. Et puis il y a tout de même de vrais bons passages : le plan final sur le sacrifice est, comme je l’ai déjà dit, assez sombre, et le ton très solennel de la scène, utilisé en guise de cliffhanger, fonctionne très bien.
C’est peut-être ce qui explique que les péripéties sont crédibles, alors que les ficelles sont pourtant très visibles afin de démarrer le conflit. Je pense à cettee idée pas très originale de “retournons au TARDIS après l’avoir laissé dans une pièce inaccessible”. Pourtant, le concept d’un tombeau avec une porte à sens unique pour prévoir qu’une réincarnation sorte de la pièce tout en empêchant les profanateurs d’entrer, cela a du sens. Idem, le scénario est créatif sur ce simple enjeu, et ne perd pas de temps en besogne avec le Docteur qui se rapproche immédiatement de Cameca, femme érudite pleine de sagesse, pour comprendre comment est faite l’architecture du temple.
Et puis, alors que l’épisode aurait déjà pu se contenter de tout ce qu’il fait déjà, la fin se met à vraiment plonger les héros dans l’événement d’un sacrifice humain, ce qui ajoute tout l’enjeu de génie de l’épisode : la modification de l’histoire.
IAN: I must escort the victim to the altar and hold him down. Doctor, I can't…
DOCTOR: Do it, man! Do it and don't interfere.
IAN: But…
DOCTOR: There's no buts about it. If human sacrifice is essential here and it's their tradition, then let them get on with it. But for our sakes, don't interfere.
Après un An Unearthly Child se déroulant supposément dans le passé où les héros voulaient plus ou moins juste se barrer, après un Marco Polo où ils étaient déjà plus proactifs dans la tribu de Marco et se sont plongés dans les traditions, The Aztecs amène les choses un cran plus loin en évoquant pour la première fois le fait que les actions du passé dans le voyage dans le temps ne doivent pas modifier le cours des choses.
Ce n’est ni plus ni moins que l’épisode précurseur de tous les épisodes à dilemme historique qui ont suivi, et ça le rend extrêmement important. Il y a notamment cette réplique tellement avant-gardiste, culte et frissonnante du Docteur à Barbara :
DOCTOR: But you can't rewrite history! Not one line!
Les enjeux montent donc tous d’un cran, et si Barbara semble avoir un peu trop pris ses aises à vouloir imposer sa vision des choses, son point de vue reste bienveillant d’une part, et surtout, compréhensible pour son personnage, notamment face à un Docteur dont la passivité et la volonté de l’inaction au profit d’une enquête sournoise, collent totalement au trait de l’incarnation de William Hartnell.
Pour autant, est-ce que sa volonté de changer la culture du peuple qui la déifie, est légitime ? En quoi son comportement est-il différent de celui de Cortez, l’explorateur colon qui est déjà cité deux fois dans l’épisode ? Après tout, le “méchant” prêtre Tlotoxl n’a pas tort dans le fond : c’est une fausse déesse qui est en train de les arnaquer et de les manipuler pour mieux imposer sa vision, et on devine déjà que cela va avoir des conséquences.
Ce sous-texte sur le colonialisme, à une époque où la Grande-Bretagne était encore une puissance coloniale active, est brillant et très osé.
Enfin, il faut souligner à quel point Jacqueline Hill est véritablement superbe dans cet épisode, notamment lors de ses prises de décision et quand elle tient tête à Tlotoxl. L’actrice a cité cet épisode comme étant son préféré, et cela se ressent.
Une introduction précieuse, importante pour Who, politiquement et culturellement riche, et terriblement efficace !
Une seconde partie qui a surtout pour rôle de faire avancer l'intrigue, sans forcément renchérir sur la partie modification de l'histoire. Ici, Barbara doit plutôt faire face aux conséquences de son acte et tenter tant bien que mal de mitiger les doutes de Tlotoxl en gardant l'autre prêtre de son côté.
La très bonne idée de l'épisode, c'est d'avoir séparé tous les personnages. Il y a véritablement quatre groupes distincts, un par membre de la team TARDIS.
- Susan apprend les coutumes des jeunes femmes de l'époque et notamment le mariage forcé, qu'elle refuse catégoriquement.
C'est une belle cohérence par rapport à l'intrigue de Ping-Cho dans Marco Polo notamment, et son affirmation de vouloir faire sa vie avec l'homme qu'elle aura choisi est un moment assez important pour le personnage.
Il faut aussi remarquer que dans la partie précédente, Susan s’étonnait que le dieu Yetaxa pouvait prendre l’apparence d’une femme, ce qui est un élément qui n’a pas très bien vieilli aujourd’hui, quand on sait ce que font les Seigneurs du Temps. Mais comme les Aztèques, que l’histoire a retenu pour ses avancées comme pour ses mauvais aspects, cela a son charme, de voir la série classique avec toute son ouverture d’esprit d’un côté, et tout son retard de l’autre, aussi bien politique que dans le lore : ici, après avoir été souvent un peu gamine et pas toujours progressiste, Susan fait preuve d’un bel effort de caractère.
A noter que l’actrice était en vacances cette semaine, donc qu’ils ont tourné sa scène plus tôt, mais l’épisode est si bien découpé qu’on ne s’en rend pas compte.
- Ian quant à lui, doit se battre contre Ixta, le chef des armées.
Et c'est probablement l'intrigue la plus lente du lot, notamment le combat final qui traîne un peu. A noter tout de même que le duel mano-à-mano n’est pas trop mal réalisé, on arrive à croire que les acteurs y donnaient du leur. Et le twist de faire d'Ixta le fils de l'architecte du temple, que le Docteur aide donc sans savoir que cela desservira Ian, est assez inattendu et crée du bon lien entre les intrigues
AUTLOC: To win a victory with your thumb needs magic.
- Le Docteur qui de son côté, continue ses petites fourberies auprès de Cameca pour se rapprocher d'un retour dans le TARDIS.
Et c'est aussi lui qui est le plus en contact avec Barbara. Après s'être emporté contre elle pour ses actions irréfléchies de l'épisode précédent, il s'excuse tout de même et le duo finit par se serrer les coudes. Je dois dire que j'aime beaucoup leur relation de respect et d'égal à égal entre Barbara et le Doc, et ce derniere est au beau fixe dans ce serial.
- Barbara enfin, reste la vraie force du serial, avec ses connaissances mises à l'épreuve pour rester en vie, face à un perfide Tlotoxl qui est très identifiable grâce à son maquillage particulier, et avec un acteur assez charismatique.
Même si je suis un peu moins impressionné qu'à l'issue de la première partie, cela reste un très bon épisode ponctué de nombreuses intrigues entremêlées autour des croyances des Aztèques, ce qui le rend très divertissant.
Je pense au passage que très peu voire aucun autre épisode de la série n'aborde de façon si frontale la religion dans son script, vu comment le sujet est casse-gueule, et pourtant ici c'est très bien réalisé.
Avec Marco Polo comme avec The Aztecs, John Lucarotti donne vraiment vie, je trouve, à la vision originale de la série telle que souhaitée par Sydney Newman et Verity Lambert : un show pour les enfants mature et instructif. Ces épisodes “pure historicals" qui nous amènent sur Terre dans le passé, pour faire rencontrer des figures ou un peuple célèbre, avec notre team TARDIS, ne comportent aucun élément alien… sauf un, justement : “nous” sommes les seuls aliens, plongés dans une culture inconnue pour apprendre des choses et ressortir avec une expérience différente du monde. Et c’est parfaitement exécuté ici !
