Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
J’ai un petit problème avec la scène d’intro de ce final, plus particulièrement sa conclusion. Le but de la scène est de montrer un fameux “joining” de Kusimayu, l’adolescente péruvienne, intégrant l’esprit unique. La série nous invite clairement, par sa réalisation et son montage, à ressentir la différence de ton entre le moment où l’ado est encore humaine, où tout son village est plein de vie, de mouvements, où les autres se parlent entre eux (alors que c’est inutile) et chantent à l’unisson, avec la séquence juste après. De façon abrupte : les Autres s’arrêtent, il n’y a plus d’individualité, plus de bruit. La séquence invite à regarder et constater, avec notre regard humain, le fait que l’esprit collectif ne maintenait qu’un faux-semblant de vie humaine tant qu’il y avait encore un autre vrai humain, que tout n’est que factice ; un comportement qu’on peut donc juger hypocrite dès qu’il prend fin, tandis que le village se vide ensuite brusquement et qu’on a l’image d’une ville fantôme suite à ce qui est essentiellement une mort.
Or, pour bien marquer le coup lorsque la caméra revient sur cette fameuse ado dont l’humanité a désormais disparu (ou est absorbée), l’unique action de ce personnage consiste à libérer les animaux. Un comportement déjà attribué plus tôt aux Autres, et jugé par les personnages de la série (Carol, Diabaté) comme très symbolique et représentatif de leur moralité : bienveillante, pacifique, mais aussi hypocrite, irresponsable, dangereuse ? Ça n’appartient qu’à nos personnages d’en décider et la série ne tranchait pas vraiment par leurs dialogues.
Ici, point de dialogue, juste un long plan sur… la biquette de compagnie qui semble beugler de tristesse de voir sa maîtresse partir. Comme si c’était typiquement le symbole des conséquences des Autres, à savoir, qu’ils font du mal à d’autres espèces sans se l’avouer et que leur vision de l’amour est en réalité une zone de non-amour, pas même pour un animal de compagnie qui aimerait l’autre inconditionnellement.
Sauf que le propos ici n’est absolument pas remis dans le bon contexte à mon sens, à savoir être juxtaposé avec l’idée que les Autres consomment du liquide issu de cadavres humains pour survivre. Ce n’est pourtant pas l’envie de couper les liens affectifs entre humains et animaux mignons domestiqués qui animent les monstrueux végan maléfiques dans leur cause, surtout par rapport à l’industrie de consommation de masse, l’exploitation et la cruauté pour les loisirs (les zoos, mentionnés dans la série mais jamais montrés), alors c’est étonnant de voir que c’est par ce prisme que la série cherche à trancher, par l’intro de son final, l’incontestable nature maléfique des Autres. La série prend donc ici un parti-pris je trouve très réducteur pour montrer une réalité pourtant exacte dans l’univers de Pluribus (l’hypocrisie de nos aliens) quand le parallèle avec la réalité humaine est beaucoup plus complexe, comme la série l’a pourtant abordé (en hors-champs). D’ailleurs, Zosia elle-même avait précisé au début de la série que certains animaux domestiques restaient trop fidèles à leurs compagnons pour que les Autres les relâchent totalement, ce qui ici, ne semble pas respecté.
À nouveau, tout ceci n’aurait pas été gênant si ça nous avait été présenté d’un point de vue humain subjectif, comme Manusos qui ensuite argumente à Carol dans l’épisode que “s’ils ne font pas la différence entre un humain et une fourmi, alors ils sont malveillants”, ce qui est tout à fait valable comme dialogue, et ouvre le débat autour de la sentience, que la série a déjà touché du doigt lors de l’épisode précédent avec cette idée de douleur “connue, mais pas ressentie” des Autres.
Quitte à montrer malgré tout avec un regard objectif, le véritable effet plus horrifique et pertinent sur lequel la série aurait dû mettre l’accent à ce moment-là pour moi, c’est le fait que l’ado Kusimayu ne se retourne pas. Elle qui clairement avait son lien affectif et l’abandonne alors qu’elle est censée être plus heureuse que jamais après l’union. Le focus sur son départ à elle, pas sur une animation d’une pauvre biquette esseulée (qui était très clairement destinée à être bouffée par Kusimayu, soit dit-en passant) à qui il ne manque qu’une larme à l’oeil animée pour devenir un personnage animal tiré d’un Disney.
Bref, c’est un peu une scène “anecdotique”, j’entends, et je comprends ce qu’ils ont voulu dire, le lien entre la biquette et l’enjeu principal sur l’union potentielle de Carol. Mais cette intro m’a tout de même gêné parce qu’elle véhicule un regard pro-spéciste qu’on doit prendre comme objectif, ou en tout cas, qui est assez ambigu pour qu’on ne puisse pas réfuter cette interprétation, tout en étant en légère contradiction avec ce que la série déclarait elle-même plus tôt dans la saison.
Autrement, ce final est tip top et je ne peux pas bouder mon plaisir. La rencontre tant attendue Carol/Manusos ne déçoit pas, c’est haletant, les personnages sont bien caractérisés, Manusos en particulier (dont c’est le premier épisode complet en tant que personnage) se dévoile. Les scènes virent du comique un peu absurde ou décalé (leurs engueulades initiales, le coup de fil de Laxmi), aux séquences sérieuses hyper efficaces (Carol apprenant qu’Helen l’espionnait).
L’extrémisme de Manusos inquiète tout d’abord Carol, et le lien privilégié Zosia/Carol agit comme meilleure alternative. Leur intimité est ré-évoqué, mais là encore, il y aurait plus à dire, et je pense que la série ne reviendra pas directement sur la problématique du consentement (ou alors peut-être si l’on revoit Diabaté en saison 2 ?), entretenant une zone de floue controversée mais intéressante pour le personnage de Carol.
Le tout culmine lors d’un montage final idyllique où Carol semble vivre (ou fuir selon le point de vue) sa vie de rêve, celle qu’elle n’a jamais pris le temps de vivre avec Helen.
D’un point de vue réalisation c’est toujours sensationnel, avec le montage de l’escapade Zosia/Carol généreux et apaisé qui témoigne de la résolution de Carol. J’adore comment la composition des plans accompagnant les deux femmes dans le chalet permet de passer d’un récit chaud et affectueux pour un pseudo-couple, à une effroyable sensation de vide et d’abandon une fois que Carol et l’audience apprennent la nouvelle. La caméra tire partie d’un lieu beaucoup trop grand et vide pour son utilisation et replonge Carol dans un enfer vivant, qui suffit à comprendre son retour. La rupture est difficile à vivre mais Carol réalise qu’aimer inconditionnellement sans voir ni vouloir les défauts de l’autre car l’un n’a pas vocation à faire exister cet “autre”, ce n’est pas de l’amour, et qu’il vaut mieux un mensonge par omission humain cruel mais cohérent (Helen qui l’espionnait) qu’un mensonge comme celui des Autres sur le consentement de Carol et l’obtention de ses cellules souches.
Ya pas à dire, Gilligan sait toujours mieux que personne faire parler ses lieux, ses costumes (toujours un super emploi des couleurs) et ses items à travers une caméra, et ce n’est pas le seul plan marquant du final : le parapluie, l’égout ou bien ce plan final nous laissant avec une bombe dans le jardin de la protagoniste, représentant de façon immanquable une des deux issues extrêmes envisageables pour la série : la mort de toute l’humanité. L’autre étant une happy-ending parfaite où chaque esprit arrive à reprendre possession de son corps, ce qui est visiblement souhaité par Manusos malgré ses méthodes brutales, et ce qui n’arrivera, je pense, jamais.
Mais l’avenir nous le dira, et en parlant d’avenir, j’ai mis du temps avant de lancer ce final car je savais que ça allait être le dernier épisode avant très très longtemps, et je n’avais pas envie que ça se termine… Malgré mes réserves sur quelques propos moraux mis en lumière dans ce final (anti-spécisme, consentement)… c’était vraiment incroyable.
Come back Pluribus! My feelings for you haven’t changed. I just need more episodes!
