Critique : Doctor Who 14.1

Le 05 juin 2024 à 06:49  |  ~ 28 minutes de lecture
It's a children's story come to life.
Par Galax

Critique : Doctor Who 14.1

~ 28 minutes de lecture
It's a children's story come to life.
Par Galax

 

Russell T. Davies a l’univers des possibles face à lui pour mener à bien sa mission, qui consiste essentiellement à relancer un nouveau Doctor Who. Avec Space Babies, il décide de reposer les bases, pas à pas. Baby steps.

 

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Les dix premières minutes agissent comme une encyclopédie accélérée de la série. Le TARDIS. La cabine de police, le circuit caméléon cassé. 1963. Le nom du Docteur. Gallifrey. Sa destruction. Le voyage dans le temps. Et dans l’espace. La traduction des langues. Les deux cœurs. Tout y passe.

Est-ce assez mécanique ? Oui, sans doute. Cette étape imposée rappelle des évidences pour une grande partie de l’audience.

Je trouve pourtant que c’est fait, d’une part, avec une qualité dans les dialogues et les interprétations qui forcent l’admiration, porté par un Murray Gold en feu. Et d’autre part, cette réintroduction est présentée avec un spin inédit qui est annonciateur de l’ère qui nous attend.

DOCTOR: Say Doctor for a thousand years and it becomes my name.

Le Docteur n’est pas qu’un Seigneur du Temps désormais. C’est plus qu’un titre, c’est aussi un nom, et une identité construite sur des générations (de régénérations, comme de scénaristes et d’interprètes). L’audience de 2024, même si elle n’a jamais vu Doctor Who, a conscience de ce qui fait cette série si unique.

Et le Docteur, ce n’est pas non plus le Grand Dernier Seigneur du Temps d’un glorieux peuple Gallifreyien disparu. Non, exit la poésie fascinante et le souvenir idéaliste d'un passé qui n'a jamais existé, thème qui avait porté les retours de la série en 2005. La réalité, c'est que le Docteur a été adopté par un peuple de privilégiés qui a subi un génocide.

Au bout d’une minute d’épisode à peine, les bases sont posées. Le postulat est, quelque part, le même qu’en 2005, mais le choix des mots révèlent que l’angle d’approche est différent et bien plus creusé. Adoption, génocide : les termes sont dits, les traumas ne sont pas enfouis et il faut avancer avec. Une vision forte qui continue de révéler l’intention de RTD, celle de construire sur l’héritage des ruines Chibnallesques de la série. L’arc des spéciaux 60 ans a permis d'offrir au Docteur un nouveau départ reposé en guise de récompense, mais il laisse pourtant une plaie visible. Et purée, ce Docteur blessé mais confiant, Ncuti l'incarne à la perfection !

 

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Car si ce premier acte est aussi abondant dans les réponses aux interrogations de Ruby et de l’audience, c’est avant tout car c’est très pratique pour relancer une ère, certes. Mais aussi et surtout, c’est parce que c’est très cohérent avec la caractérisation de Fifteen. Il est le nouveau Docteur flamboyant et sûr de lui, qui porte ses émotions et son passé à coeur ouvert. Sa "plaie" est fermée, guérie, mais impossible à cacher pour ce Docteur qui ne sait désormais avancer qu’en l’assumant et en versant dans l’extrême inverse, racontant toute son histoire à Ruby qu’il connaît à peine, là où Thirteen et Fourteen ont mis tant de temps pour ne jamais rien dire à Yaz et Donna. Le Docteur court et voyage désormais non pas pour oublier le passé ou pour l’honorer, comme Eleven ou Nine, mais pour continuer à aller mieux et célébrer le présent et le fait d'être encore en vie.

DOCTOR: There was a genocide, and they died. So the one that was adopted was the only one left. I am the last of the Time Lords. And I am so, so glad to be alive.

Déjà, ça fait du bien, un Docteur qui parle ouvertement de ses émotions et avec tant de bienveillance ! Ensuite, ce pitch donne un tonus incroyable à cette ère et me donne furieusement envie d’embarquer dans l’aventure avec lui, pour profiter pleinement des aventures (et attendre aussi avec impatience le moment où son passé tumultueux ressurgira, je dois l'avouer, c'est mon côté fan sadique). C'est la plus belle façon d'intégrer le twist si controversé du Timeless Child en faisant fi des critiques, tout en embrassant avec un angle personnel toutes ses implications.

Et en plus, je suis fan de cette continuité choisie depuis les spéciaux avec Fourteen, qui permet à Ncuti Gatwa de montrer l’étendue de ses talents et de capturer l’héritage du Docteur qu’il incarne désormais. Il porte les soixante ans d’histoire de son personnage avec ampleur, tout en y injectant sa personnalité jamais vue pour un Docteur.

Le tout culmine lorsqu’il montre à Ruby sa toute première planète, où ses yeux brillent autant que les siens.

DOCTOR: I keep moving on, to see the next thing, and the next, and the next. And sometimes... it looks even better through your eyes.

Dans un dialogue très RTD-esque, on tient là une première définition de ce nouveau Docteur. Il ne s’est d’ailleurs pas contenté de jacasser et lâcher ce très beau speech : il s’empresse illico de frimer auprès de Ruby, comme la série frime avec nous sur sa nouvelle production flambant neuve, en nous amenant dans un lointain passé de dinosaures, juste avant de nous montrer l’espace futuriste. On a même eu en image une démonstration fun de l’effet papillon et de pourquoi le Docteur est vraiment le Docteur : celui qui soigne, qui réinsuffle de la vie dans les dégâts temporels pour tout réparer.

 

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Cette façon de présenter l’Histoire de la série et de synthétiser toute la complexité du lore de son protagoniste m’a laissé bouche bée. Le premier acte est en effet d’une précision chirurgicale dans ses sens de lecture variables pour différents niveaux du public : qu’il s’agisse de ré-introduire le Docteur, présenter ce nouveau Docteur, ou dévoiler de quoi le futur sera fait à partir des développements depuis la saison 12 jusqu’à Fourteen, l’écriture est exemplaire, riche, et terriblement entraînante.

D’aucun diront que le rythme est presque trop rapide : jusqu’à cette fameuse scène devant la fenêtre (la meilleure de l’épisode), le Docteur et Ruby ont même déjà entre temps rencontré un monstre et découvert une énigme à résoudre ! Mais c’est justement un vrai tour de force d’avoir synthétisé toute l’essence de la série en dix minutes à travers les bases d’une histoire élémentaire. Les mots me manquent pour dire combien ce début m’a vraiment mis une banane pas possible, justifiant à lui seul mon enthousiasme !

Enthousiasme qui m’a juste porté à travers le reste de l’épisode, aussi moins impressionnant soit-il. Car oui, maintenant que les bases sont posées, il faut illustrer le tout à travers une vraie histoire du jour ! Quoi de mieux qu’un huis-clos en station spatiale avec un monstre et… des bébés de l’espace qui parlent ?

 

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Évacuons tout de suite l’éléphant dans la pièce : oui c’est un peu gaga, non ce n’est pas la meilleure idée que la série ait eue, oui les bouches CGI m’ont paru très uncanny et les bébés auraient sans doute gagné à être télépathiques, plutôt. Si certains champs/contre-champs avec la bébé commandante et le Docteur sont plutôt crédibles, le bébé garçon héroïque est l’acteur le moins convaincant du lot, dommage car il a le plus temps d’écran.

De ce pitch assez absurde, l’épisode en ressort... une tonne de super scènes et de superbes idées. Le personnage de Jocelyn la nounou de l’espace par exemple, est touchant, et l’idée du filtre anti-juron est une très bonne touche d’humour cocasse que le montage sait ensuite exploiter pour rythmer l’épisode.

Même l’histoire principale mérite qu’on s’y attarde. Le twist sur le croque-mitaine et l’énigme de la station spatiale ne paie pas de mine mais est pour moi la meilleure idée de l'épisode avec plusieurs concepts créatifs : le sens littéral du croque-mitaine (ou "croque-morve"), le foreshadowing avec les mouchoirs... Mais surtout, l’idée que le Docteur avait peur de l'inconnu et fuit lors de sa première rencontre avec le monstre. Pour le fan aguerri, c'était ça le vrai mystère qui va à l’encontre de sa personnalité. C’était en effet le seul point du premier acte qui, étonnamment, tranche avec la présentation de l’archétype du Docteur. Ce qui nous mettait la puce à l’oreille que cela fait bien partie d’une gigantesque fable générée pour le show. Le twist de l’épisode est très bien construit et amené, au point où même la nature "bienveillante" du monstre, le Docteur l’avait sentie immédiatement par instinct, dans une très belle phrase qui résume bien l'essence de Who.

DOCTOR: There's no such thing as monsters, there's just... just creatures you haven't met yet.

Ce qui est génial avec cette histoire, c’est qu'elle représente typiquement le patron d’une intrigue pour divertir des bébés de l’espace, donc un script de Doctor Who pour des bébés Whovians. En d'autres termes, tout est meta et on peut dès lors tout justifier. Même les parties cringes, dégoûtantes ou relevant de l’exposition peuvent être excusées. Après tout, tout provient de l’IA, intégrée dans la diégèse ! Il nous "fallait" un épisode introductif où le Docteur présente à Ruby tout ce qu’il y a à savoir sur lui, voilà que nous l’obtenons. Ce concept du "meta qui justifie tout" est à utiliser avec modération, mais terriblement fun car elle donne tout un autre degré de lecture aux péripéties de l'épisode. Et puis, il faut souligner que toute cette biographie du Docteur n'était pas là que pour le show, puisqu'elle intervient directement dans le climax de l'épisode au moment de sauver le monstre (dans une approche très The Beast Below). Ce n'était pas le climax le plus nouveau ou palpitant, mais il a le mérite de conclure le propos de l'épisode.

 

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DOCTOR: It's snot.
RUBY: It's not!

De plus, le ton très comique de la révélation (avec Fifteen ne voulant pas dire à Ruby qu’elle est couverte de morve) est la bonne nuance fun pour faire passer un tel concept (là où certains épisodes comme Sleep No More échouaient à vendre leur pitch autrement qu'avec sérieux). En tout cas, il m'a fait beaucoup rire. Il faut aussi souligner que c’est Ruby qui grille dès le début le rebondissement le plus important (la construction d'une histoire typique par une machine), la compagne humaine innocente voit ainsi de la cohérence là où le Docteur ne voit d’abord qu’une énigme improbable, ce qui a du sens.

Derrière, ce qui est intéressant, c’est cette idée de déconstruire ce qu'est un scénario "typique" pour Russell T. Davies. Et là on tient encore quelque chose d'intéressant, puisque cette vision se retranscrit dans l'image, à travers la réalisation de l'épisode concernant le croque-mitaine. Au début, on s’attend à en avoir peur, et la réalisation en est le reflet, puisque le montage est nerveux, les plans sont fugaces. Le croque-mitaine prend forme petit à petit jusqu’à ressembler à un Grand Méchant Loup, matérialisant les peurs enfantines qui font partie intégrante de la construction des enfants. Une idée si Doctor Who (Night Terrors, Listen) ! L’intervention du Docteur n’a pas pour but de nier son existence : elle permet au contraire de briser le statu quo de la station spatiale. Même la nounou le redoutait ! Alors qu’il faut assumer ses peurs et les comprendre, pour que le monstre n’en soit plus un. Et lorsque l’audience réalise qu’il n’est pas foncièrement méchant et qu’on doit le sauver, il pousse un hurlement et devient le "loup de compagnie" que le Docteur avait identifié au départ, sans que rien n’ait changé... à part notre perception. Un très joli conte.

 

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J'aurais tout de même aimé plus de temps de transition avant que les bébés ne passent de la crainte à l'affection pour le monstre. Cela dit, c'est un reflet assez fidèle du changement d'avis de l'audience à son sujet (déjà que dès le départ, il n'a jamais été la créature la plus menaçante ever). J'aime cependant le mélange des teintes morbides et enchanteresses qui accompagne tout l'épisode dans plusieurs plans.

Quant au world-building de l'aventure, il est plutôt cool car il n’occupe pas le focus central de l’histoire, mais reste tout de même assez ingénieux : l’idée d’une époque où les bébés sont générés dans une station spatiale automatisée n’a rien à envier au Meilleur des Mondes, et c’est un compliment. Le twist sur le fait que la station a été abandonnée car elle n’était simplement plus rentable, a des airs de "Doctor Who saison 10" plutôt bien vus. Et surtout, ramener l’abandon des bébés à une métaphore de l’hypocrisie conservatrice dite "pro-life" qui abandonne ses valeurs dès que la naissance est passée, est très pertinente. Le bref échange sur le sort des réfugiés livrés à eux-mêmes était un joli bonus.

RUBY: Hang on. So the planet down below refused to stop the babies being born... but once they're born, they don't look after them?
JOCELYN: It's a very strange planet.
RUBY: It's not that strange.

Bien sûr, cela aurait pu faire l’objet d’une critique encore plus vive et d’une place plus centrale dans le propos de l'épisode. Je trouve d’ailleurs que l’explication sur "pourquoi les bébés ont grandi et gagné en intelligence sans grandir en taille" est évacuée trop vite et est très bancale ; en tout cas je ne l’ai toujours pas comprise. Ils expliquent que le "système éducatif" est devenu HS, ce qui a beaucoup de sens dans la métaphore politique, mais moins en pratique dans l'intrigue. Quoiqu’il en soit, tous les épisodes n’ont pas à être des fables politiques complètes. Par contre, toute histoire, même basique, peut bénéficier d’un ancrage dans des enjeux actuels pour se revêtir d’une couche de réflexion intéressante. C’est le principe même de la science-fiction et c'est en ça que cette histoire s'y inscrit pleinement.

Mais certes, nuage de prout, morve, ouin ouin, bébés lance-flammes : oui, on peut voir le verre à moitié vide, ou du moins rester bloqué sur quelques détails en surface de l’épisode, peu alléchants.

C’est pourtant dommage vu la richesse du discours ailleurs, notamment sur ses personnages. En effet, c'est souvent dans des épisodes aux concepts un peu fragiles qu’on peut vérifier la robustesse d’une ère et de sa team TARDIS, et le moins qu’on puisse dire c’est que cette saison n’a pas attendu longtemps avant de les mettre à l’épreuve.

 

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DOCTOR: Nobody grows up wrong.

Je suis fan de la façon dont l’histoire permet aux personnalités du Docteur et de Ruby de s’exprimer. Leur bienveillance face aux bébés, comme lors du speech "personne ne grandit de la mauvaise façon", mais aussi le côté rieur du Docteur qui s’amuse de leur faire peur (qui m'a bien fait marrer et a fait une pause dans les bons sentiments gagas un peu relous). Les bébés sont aussi un prétexte à ce que le Docteur partage qui il est de façon très simpliste, voire infantilisante. C'est bien vu car ça dédramatise ce qui lui est arrivé pour rappeler une nouvelle fois à l’audience qui il est ("adorable" !) et non pas d'où il vient.

DOCTOR: The point is, is that it doesn't matter where I come from, because I am absolutely lovely, aren't I?

La subtilité dans les dialogues est inexistante, il est vrai. Forcément, vu que le Docteur parle à des bébés... Mais peut-être est-ce exactement ce qu’il fallait ? Peut-être que le choix de faire revenir la série en parlant à des bébés n'est pas juste une improvisation du showrunner, mais une décision réfléchie. Faire dire clairement au Docteur ce qu’il a besoin de dire, sans détour, après avoir été autant dans le déni et face à des visages connus qui lui renvoyaient sa culpabilité, c'est une approche pertinente, qui me semble être un très bon choix dans une série qui a été récemment aussi déconstruite dans son lore. C'est d'autant plus malin pour une saison de seulement huit épisodes qui doit évacuer beaucoup de sujets accumulés au cours des dernières saisons.

Et puis, même avec si peu de subtilité, quand le script fait passer des messages aussi adorables que "tout le monde est unique et c’est notre super-pouvoir à tous", comment ne pas succomber au charme de ce nouveau Docteur et de cette nouvelle ère ?

DOCTOR: And do you want to know my secret? There's no one like me in the whole wide universe. No one like me exists, and that's true of everyone. It's not a problem, Captain Pops. It's a superpower.

Que faut-il de plus pour être happé par une nouvelle saison ? Un mystère fil rouge bien sûr ! Et là encore, je suis fan de la façon dont il est incorporé dans l’épisode. Le postulat mettant en scène des bébés, après le Noël avec les gobelins et sachant que le grand thème de la saison consiste à rapprocher Ruby et le Docteur qui sont tout deux orphelins adoptés ne connaissant pas leurs parents, c’est sans doute plus qu’une coïncidence.

 

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DOCTOR: Oh, I thought my birth was crazy...

Et puis, au beau milieu de l’épisode, il y a cette superbe scène où Ruby parle de neige et... il se met à neiger. Cette scène m’a pris de court car je ne m’attendais pas à ce que le fil rouge revienne aussi vite dans l’équation, et de façon aussi belle, poétique et intrigante. Le moment où le Docteur semble avoir un souvenir qui change a fini d’enfoncer le clou : je n’ai aucune foutue idée de ce qu’il se passe, et j’ai l’impression que personne ne sait. On peut penser à certains anciens fils rouges en voyant la scène (le mystère de Clara, The Snowmen où la neige apparaît aussi par la pensée, A Chrismas Carol où les souvenirs changent en temps réel), mais soyons francs, l’ensemble fait vraiment unique. C'est terriblement excitant !

Le clou du spectacle, c’est que ce fil rouge fait écho au fait que Ruby et le Docteur sont tout deux orphelins. Dans un épisode autour d’orphelins à leur manière, et où le Docteur a parlé extensivement de sa naissance, son adoption, et de quelle personne il est devenu par ses aventures. L’épilogue propose alors un équilibre suffisant : le Docteur prévient Ruby de ne jamais lui demander d’aller voir sa mère le jour de sa naissance (ayant appris de l’expérience de Rose dans Father's Day). Ruby répond avec beaucoup de justesse que sa vraie mère est Carla, qui l’attend à Londres. Y'a pas à dire, la cohérence thématique de ce début de saison est belle à voir.

RUBY: Babies need fiction, they need stories, they need monsters.

 

Space Babies, c’est Doctor Who qui repose les bases. Et quelque part, les bébés de l'épisode, c'est nous, l’audience. Capricieux, désireux d’une aventure avec un monstre, un héros, un twist et une morale. Mais comme l’épisode fait reprendre le Docteur à maintes reprises dans l’épisode : nous ne sommes pas des bébés, mais des bébés de l’espace. Car on en a déjà vu, des planètes, des monstres et des aventures. Soit directement à travers Doctor Who, en tant que fan aguerri, soit en tant que newbie, parce qu’on connaît le concept de la série et les rouages de la SF (peut-être via un Star Trek). Alors, saison 1 ou saison 14 ? Saison 40 ou série n°3 ? Qu'importe, on en a plus dans la tête que nos yeux de bébé ne laissent transparaître. Et ça, l'épisode le sait bien. Tout en nous prenant pour des bébés à qui il faut tout réexpliquer, l'épisode n'est pas naïf et cache une richesse étonnante, une approche nouvelle de la série et des directions imprévisibles.

Très simple aussi, oui. Mais peut-être qu’on a juste envie de retrouver une nouvelle aventure avec des yeux émerveillés et innocents, justement. Un conte fun, gamin et mature à la fois, créé sur mesure. Peut-être finalement, que le Docteur qui s’adresse à nous comme à un bébé pour nous raconter avec entrain et optimisme qu’il est un super aventurier orphelin traumatisé, qu’il s’en sert pour voyager et faire des merveilles, que c’est bien la preuve qu’on ne peut pas "mal grandir"... peut-être que c’est exactement ça, les bases de Doctor Who. Une série qui charme, qui fait rêver enfants et grands (et grands à l'esprit d’enfant). Ça l'était en 1963. Et c’est tout ce qu’il fallait pour lancer une nouvelle ère en 2024, en toute beauté et en toute simplicité. Simplicité de l'espace.

RUBY: We did almost die.
DOCTOR: Yes. But we lived so much, too.

 

Ma note : 15/20 (borderline 16)

Nouveau Docteur, nouvelle ère, nouvelles règles : plus de rubrique "j'ai aimé/je n'ai pas aimé", j'avais l'impression de me répéter.

 

Le Coin du Fan

  • Le générique est revisité avec un logo proprement intégré et un plan supplémentaire du TARDIS filant à travers l’univers :

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  • Fifteen mentionne les titres donnés par les Seigneurs du Temps, en évoquant des vrais (le Docteur, la Rani) comme des jamais vus (l’Évêque, le Conquistador – rappel implicite que les Seigneurs du Temps sont souvent des colonialistes). Ce name-dropping malin peut servir à teaser l’avenir tout en référençant le passé, et il survient très tôt dans l’épisode, sans doute pour rassurer les fans s’inquiétant d’un reboot Disney. En fin d’épisode, le Docteur cite plus de noms : le Pédant, le Shagi-shi.

 

 

  • Ruby partage les mêmes craintes que Bill (Thin Ice) sur le fait de marcher sur un papillon... ce qui se produit réellement cette fois, donnant lieu à une scène très drôle où une Ruby alternative (Rubathon Blue of the 57th Hemisphere Hatchlings) menace le Docteur.

 

  • Pour la première fois, Star Trek est ouvertement mentionnée, et le Docteur sous-entend que leur univers existe vraiment dans celui de Doctor Who.

 

DOCTOR: Most of the universe is knackered, babes.

  • L’ère RTD2 continue de rappeler le Flux et ses conséquences, avec une tournure très Ncuti Gatwesque ici !

 

  • Susan Twist apparaît en tant que membre de l’équipage sur un écran. Cette actrice, déjà apparue dans Wild Blue Yonder et The Church on Ruby Road, semble incarner différents personnages, et vu l’insistance (relativement subtile) du plan sur elle, c’est définitivement volontaire.

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  • Le Docteur interdit à Ruby de lui demander d’aller voir le jour de sa naissance, ayant appris de ses erreurs (Father’s Day).

 

  • Le Docteur scanne Ruby avec le TARDIS pour voir si elle est normale, et il n’en est pas à son coup d’essai (Amy, Clara...).

 

DOCTOR: Tell your mum not to slap me.

  • Le Docteur a eu la fâcheuse tendance de se faire gifler par les mères des précédentes compagnes, notamment Jackie Tyler, Francine Jones et Sylvia Noble.

 

  • Le Docteur manque de dire son nom à l’audience à la fin, finit-il par le dire en hors-champ ?

 

  • Mémoire courte ou incohérence ? Le Docteur dit qu’il n’a jamais rien vu de tel que le Boogeyman dans l’univers, mais Eleven avait pourtant déjà rencontré des aliens faits de morves (The Curse of the Black Spot).

 

DOCTOR: The Tardis translates. It's got a perception filter, so it helps you fit into every time and place.

  • L’épisode explicite pour la première fois le fait que le filtre de perception du TARDIS est ce qui permet concrètement au Docteur et à ses partenaires d’aventure de s’intégrer peu importe le lieu et l’époque. Il fallait y penser !

 

  • Depuis Clara Oswin Oswald (The Snowmen), le Docteur n’avait jamais remis officiellement une clé du TARDIS à un·e compagne/compagnon. Ruby renoue avec cette tradition !

 

  • RTD a eu le pitch de l’épisode (des bébés dans une station spatiale) en route pour une réunion dans les bureaux de Disney.

 

  • Le modèle 3D utilisé pour le scan de Ruby dans le TARDIS à la fin est celui de la figurine d’action officielle de Ruby.

 

DOCTOR: Yet again, push the button.

  • Cette phrase a été construite pour être une réponse à une scène coupée : plus tôt dans l’épisode, le Docteur "push the button" du jukebox pour jouer une musique dans le TARDIS. Dans la version finale, elle peut désormais faire référence à la ficelle classique en SF d’appuyer sur des boutons dans des vaisseaux spatiaux pour faire avancer l'intrigue magiquement, ce qui revient dans la résolution.

 

Bonus

Petite compilation des meilleures censures de NAN-E pour le fun :

JOCELYN: Eric, for God's sake, run!
NAN-E: Eric, invoking the deity, accelerate perambulation.

JOCELYN: I told you, these systems are a crock of...
NAN-E: ..waste products.

JOCELYN: Don't you touch them, you…
NAN-E: ..illegitimate person.

 

Et vous, qu'avez-vous pensé de l'épisode ? Dites-le nous en commentaires, ou rejoignez notre Discord et parlons-en !

À très vite pour un sacré numéro...

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