Critique : Treme 1.07

Le 23 avril 2011 à 05:36  |  ~ 5 minutes de lecture
Un épisode d'une force incroyable sur le thème du deuil, qui n'est à aucun moment tire-larme. Au programme : des personnages qui perdent leur équilibre, un chef indien qui tente de ressusciter un monde perdu et un final bouleversant.
Par sephja

Critique : Treme 1.07

~ 5 minutes de lecture
Un épisode d'une force incroyable sur le thème du deuil, qui n'est à aucun moment tire-larme. Au programme : des personnages qui perdent leur équilibre, un chef indien qui tente de ressusciter un monde perdu et un final bouleversant.
Par sephja

Pitch dead in NO

Toujours candidat au poste de maire, Davis se voit offrir un pot-de-vin pour retirer sa candidature. Pendant ce temps, le chef Lambreaux pénètre illégalement dans les immeubles HLM laissés à l'abandon suite à l'évacuation de la ville et utilise la pression des médias pour obtenir leur réouverture. De son côté, Toni Bernette obtient enfin du juge qu'il ordonne au procureur de retrouver dans les plus brefs délais le frère de Ladonna. 

 

Petit à petit, tout bascule et s'effondre 

 

Les uns après les autres, les personnages de Treme connaissent leur heure de gloire avant de s'effondrer, pliant sous le poids d'une destinée particulièrement cruelle. Du jour au lendemain, leur avenir passe de l'espoir à la déroute, des premières victoires qui donnent de l'enthousiasme aux cruelles défaites dont nul ne peut se relever. Toni Bernette, jusque-là si combative, va subir elle aussi les coups violents d'un destin cruel, à la hauteur du drame de la Nouvelle-Orléans. 

La série va proposer différents points de vue sur le deuil, plus ou moins dramatiques, osant même une certaine forme d'humour sur le sujet : 

  • pour Davis, le deuil de ses espoirs de devenir maire n'a vraiment rien de dramatique, prenant même un tour comique lorsqu'il parvient à en tirer un profit substantiel. 
  • pour Antoine Baptiste, le deuil s'exprime sous sa forme la plus classique, celle de la perte d'un proche aimé. Très digne et touchante, cette perte fournira les formidables numéros musicaux de l'épisode, expression de la tristesse et du souvenir que l'on veut honorer. 
  • Annie fait quant à elle le deuil de sa carrière, préférant encore ses sentiments à son travail ce qui peut, à première vue, paraître assez noble, mais qui s'avère plutôt pathétique. Le couple se détruit lentement, menant lentement Annie à une autodestruction programmée.
  • pour Creighton Bernette, le deuil passe par le sacrifice de lui-même au profit d'une oeuvre qui l'oblige à se couper de ses proches. 
  • pour Jeanette, le deuil passe par la création d'une nouvelle vie, à la recherche d'un mode de survie qui lui permette de se reconstruire. Plutôt optimiste, cette portion du récit prouve que le deuil permet aussi de faire des changements bénéfiques dans sa propre existence.

Car il sera question de sacrifice dans cette ultime ligne droite, tandis que les premières storylines s'achèvent avec une noirceur incroyable. Plutôt que de croire à une forme de rédemption, David Simon choisit de montrer comment des humains parviennent à continuer à vivre malgré la douleur et la peine. Toujours dignes malgré leurs blessures, les habitants du Treme survivent, quoi qu'il en coûte. Et David Simon cherche à mettre à nu cette force intérieure qui nous guide tous.

 

Grandeur et déclin du Chef Lambreaux

Personnage très particulier dans l'univers de Treme, le chef Lambreaux possède un réel charisme et une charme unique, Clarke Peters incarnant merveilleusement cet équilibre entre générosité et fierté, cet homme d'honneur prêt à tout pour se faire respecter. Difficile de ne pas prendre en sympathie sa lutte, qui va faire de lui un martyr, malgré l'énorme travail des auteurs qui ont eu l'intelligence d'insister sur sa face la plus obscure.

Reprenant l'identité Indienne au delà du seul costume, Albert Lambreaux est un personnage à la fois charismatique et inquiétant, possédant un rapport à la violence des plus complexes. Symbole d'une Amérique qui s'est forgé sur le métissage et la lutte pour le territoire, il témoigne d'un monde où la violence n'est plus vraiment contrôlée et où la confrontation semble devenir la règle. Capable du pire des crimes, le chef cache derrière ses plumes de carnaval un mélange de droiture et de noirceur particulièrement réussi.

 

Une force émotionnelle impressionnante

Après avoir lentement posé les premiers éléments de sa série, David Simon propose une montée en puissance d'une grande force, le final de l'épisode se révélant particulièrement puissant. La qualité d'interprétation de Khandi Alexander est absolument remarquable, confirmant encore une fois l'immense implication de chacun des comédiens. Refusant la moindre facilité, la série fait preuve d'une dureté à toute épreuve, annonçant un final qui promet d'être des plus dramatiques. 

Impressionnant de mise en scène, la série se veut toujours plus exigeante avec elle-même, essayant de parler de thèmes les plus universels possibles sans jamais se montrer misérabiliste. Ce final, absolument superbe, est le premier moment décisif où la série montre qu'elle est capable de générer de véritables émotions chez le spectateur sans jamais se montrer tire-larmes.

 

Une série qui monte en puissance

Difficile de ne pas se montrer enthousiaste devant un spectacle d'une telle générosité. Treme montre clairement qu'elle fait partie des plus grandes séries de la télévision. Dotée d'une construction impeccable et d'une force remarquable, elle accorde son ton avec une musique qui se veut à la fois chaleureuse et puissante. La casting impressionnant porte avec une grande conviction une histoire cruelle, celle d'un monde qui meurt inéluctablement.

Sans rien idéaliser, David Simon construit un drame d'une force incroyable dont on attend de voir dans les épisodes à venir quelle ampleur il va prendre. Bouleversante, Treme ne vous laissera pas indifférent, tant la force du récit semble prêt à atteindre des sommets tout en restant imprévisible. 

 

J'aime :

  • la force d'une histoire qui vous prend aux tripes 
  • le mélange tragi-comique très maîtrisé 
  • un casting formidable 
  • un final simplement déchirant 

Je n'aime pas : 

  • ne pas entendre Annie jouer merveilleusement du violon

Note : 17 / 20

(74)

L'auteur

Commentaires

Avatar Gouloudrouioul
Gouloudrouioul
(74) c'est ton nombre de critique ? Si c'est le cas c'est franchement impressionnant. Tu comptes fêter la centième avec quelle série ? (Tes critiques me motivent pour me mettre à Treme, mais faut que je finisse The Wire avant)

Avatar sephja
sephja
Je suis content si cela vous donne envie de voir Treme. C'est une grande et belle série à mon opinion (aussi bonne que the wire)

Avatar Gouloudrouioul
Gouloudrouioul
"Ce final, absolument superbe, est le premier moment décisif où la série montre qu'elle est capable de générer de véritables émotions chez le spectateur sans jamais se montrer tire-larmes." Tout à fait d'accord. Il faut toujours un certain temps à Simon pour provoquer l'empathie du spectateur, mais une fois que c'est fait, c'est vraiment un régal.

Avatar MAFALDETTE
MAFALDETTE
très bonne critique d'un épisode tout aussi bon.

Avatar sephja
sephja
merci :) Content d'avoir une autre fan de Treme

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