Focus sur les Shortcoms

Le 16 juin 2021 à 10:38  |  ~ 33 minutes de lecture
Les shortcoms, ces séries humoristiques à épisodes courts, font partie intégrante du paysage télévisuel. Comment en sont-elles arrivées là ?

Focus sur les Shortcoms

~ 33 minutes de lecture
Les shortcoms, ces séries humoristiques à épisodes courts, font partie intégrante du paysage télévisuel. Comment en sont-elles arrivées là ?
Par Mmaginère , Jo_ , nicknackpadiwak

 

Lorsqu’Un gars, une fille a débarqué sur nos écrans en 1999, c’était un véritable petit OVNI télévisuel. Depuis, les shortcoms ont fait petit à petit leur nid jusqu’à devenir des incontournables du petit écran.

Jo_ Avatar de Jo_, Nicknackpadiwak Avatar de Nicknackpadiwak. et Mmaginère Avatar de Mmaginère se sont penchés sur l’évolution de ce phénomène.

 

La douce découverte des années 2000

 

Un gars, une fille - 1999

Un gars, une fille, Poster

Avatar de Jo_En 1999, sur France Télévisions, on pouvait regarder C’est mon choix après le déjeuner, Qui est qui en fin d’après-midi, ou encore Tout le monde en parle le samedi soir. Mais France 2 cherche un programme différent. Quelque chose qui accroche les téléspectateurs avant le journal de 20h, histoire qu’ils ne zappent pas sur TF1 (ou sur M6 pour regarder Une nounou d’enfer).

La chaîne décide donc d’adapter un programme québécois qui "cartchonne lô-bo" (vous noterez la volonté d’accent par écrit) : Un gars, une fille. Le pitch est simple : nous suivons le quotidien d’un couple, Jean (Dujardin. Connu à l’époque en tant que membre du groupe humoristique les Nous Ç Nous, et potentiellement gagnant de Graine de Star) et Alexandra (Lamy. Qu’on avait déjà croisée dans moultes séries AB Productions mais également au théâtre).

L’alchimie entre les deux acteurs est palpable (ils finiront même mariés dans la vraie vie), et le public le sent. Gros carton d’entrée de jeu. Dans les premières saisons, le couple reste principalement à son domicile, afin de réduire les coûts de production. Certains acteurs du quotidien, dont on ne voit jamais le visage (facteur, livreur…) sont même des membres de la production. Par la suite, Chouchou et Loulou demanderont à sortir un peu, histoire de s’aérer, mais aussi de se renouveler. Le scénario sera étoffé, allant jusqu’à créer une rupture entre les deux personnages.

La plupart des sketchs sont "bon enfant", un peu "potaches". Aujourd’hui, on parlerait d’un fameux "humour à la française". Quand on analyse un peu les choses, on s’aperçoit surtout que Jean est un mec misogyne, raciste, homophobe et autocentré. Quant à Alex, son rêve absolu, c’est d’être mariée et fonder une famille (coucou le patriarcat !), sur fond d’hystérie freudienne et de jalousie maladive. Globalement, qu’il s’agisse des personnages principaux ou secondaires, tous sont de tels connards stéréotypés que la balance s’équilibre.

Plus de vingt ans plus tard, certains sketchs ne seraient sans doute plus diffusés (je pense notamment à un sketch où Jean essaie de coucher avec Alex car elle est coincée dans la machine à laver et ne peut plus s’échapper). De mon côté, je serais sans doute beaucoup plus critique si cette série n’était pas une sorte de madeleine qui me rappelle mon adolescence (soyons honnêtes, je ne devais pas comprendre les trois quart des vannes à l’époque).

Quoiqu’on en pense, Un gars, une fille a permis aux shortcoms d’émerger en France et de lancer une véritable tendance.

 

Caméra Café - 2001

Caméra Café, Poster

Avatar de Jo_Si Un gars, une fille était ma madeleine, Caméra Café était mon Nesquik. Forte du succès de la mini-série du service public, M6 décide de lancer son propre concept. Pour cela, la chaîne fait appel à deux amis de longue date : Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h. Le pari est risqué. Les deux potes, qui ont principalement fait leurs armes sur Canal+, imaginent une série 100% française et au concept inédit, où l’on suit le quotidien d’employés d’une entreprise d’impression provinciale. La particularité de la série réside dans le fait que l’unique caméra filmant les scènes est placée DANS la machine à café. Les personnages gravitent donc autour d’elle et de l’espace détente, qui est l’élément central du show.

La plupart des acteurs de Caméra Café ne sont pas connus du grand public. Pourtant, Solo et Le Bolloc’h ont su s’entourer de beau monde. Alexandre Pesle, qui joue Sylvain, le comptable victimisé de la boîte, a notamment écrit pour Les Nuls. Alain Bouzigues, qui joue Philippe, l’informaticien gay, a participé à l’émission Surprise sur prise et à Un Gars, une fille (justement).

Pour moi, le succès de Caméra Café vient de la qualité d’écriture des différents personnages. Ils ont chacun des traits de personnalité tellement caricaturés que ça en devient extrêmement drôle. Prenons l’exemple de Jean-Claude Convenant, joué par Yvan Le Bolloc’h. Commercial quarantenaire, fan de Johnny et de camping-car. Trois enfants : Bélinda, Jason et Johnny. Marié, mais trompe sa femme dès qu’il en a l’occasion. Il y a également Hervé, joué par Bruno Solo, aka Vévère. Célibataire syndicaliste qui conchie le patronat. On se rend vite compte que son mandat syndical l’empêche surtout d’être licencié et qu’il ne sert que ses intérêts personnels. Vous l’aurez compris, il n’y a aucun protagoniste pour rattraper l’autre. Tous sont pourris jusqu’à la moëlle, et si l’un d’entre eux triomphe, on sait qu’à la scène d’après, il va prendre cher. C’est clairement un plaisir coupable, car je suis intimement persuadée que la série a fonctionné parce que les téléspectateurs se disaient "oh regarde cette abrutie de Maéva, on dirait tellement Sylvie du bureau des badges !".

La série a duré plusieurs années, et a su se renouveler malgré un lieu toujours identique. Principalement grâce aux nouveaux personnages, et aux différentes guests, qui ont su apporter dynamisme et fraîcheur. Les anciens ont également su évoluer pour coller aux changements du monde professionnel. À ce sujet, j’aimerais ouvrir une parenthèse et saluer le second degré de Sylvie Loeillet, qui joue Carole. Elle a été absente pendant plusieurs mois de la série, sans que l’on sache pourquoi (remplacée à l’époque par Nancy, qui deviendra récurrente). À son retour, on apprend qu’elle a souffert d’une méningite, qui paralyse désormais la moitié de son visage. En réalité, l’actrice a eu une tumeur cérébrale qui lui a laissé cette séquelle. Les scénaristes ont fait bon nombre de vannes sur son handicap, et le fait que cela fonctionne sans gêne et sans malaise confirme la qualité d’écriture.

Par la suite, Caméra Café a été dérivée en deux films : Espace Détente en 2005, et Le Séminaire en 2009. Si le premier opus se regarde à peu près, le second est particulièrement médiocre. Il ne fait pas bon sortir de sa machine à café et de son concept initial.

La série s’arrête fin 2004 et laisse derrière elle plusieurs adaptations internationales et de multiples rediffusions sur les chaînes du groupe M6. J’avoue que je m’arrête toujours devant quelques minutes, étant moi-même, presque vingt ans après, devenue la Serge de quelqu’un (oui, il est possible que le visionnage intense de la série ait un peu orienté mon choix d’orientation).

 

Après être passés à M6 le temps d'une pause café, revenons à France 2.

 

Samantha Oups ! - 2004

Poster de Samantha Oups ! avec Samantha et Chantal

Avatar de MmaginèreSamantha, c’est cette blonde maladroite et pas très intelligente, accompagnée de son amie brune Chantal, un poil plus fine, dans des histoires ridicules. Elles sont interprétées par deux hommes, Doudi et Pepess, qui ont su apporter un humour un peu grotesque, mais charmant. France 2 a tenté ce nouveau tournant après l’arrêt de sa star, Un gars, une fille.

Samantha, comme Martine, a fait ses bêtises en ville, à la plage, à la campagne, à la montagne… Avec une dernière saison dans un gîte qu’elle dirige et où je ne pense pas m’arrêter un jour. La série est repartie en 2007 aussi discrètement qu’elle est arrivée, mais elle mérite d’être citée.

Je regardais assez peu cette série, tombant plus sur les épisodes en zappant que les cherchant. Mais je passais toujours un bon moment et ça me faisait sourire, parfois rire.

De nos jours, les mouvements LGBTQ+ et #MeToo ont changé notre vision des choses. La limite entre l’humour et l’insulte est parfois très difficile à appréhender et je pense que dans ce contexte, cette série n’aurait pas pu faire son bout de chemin, ou très difficilement. Je n’ai jamais vu la série comme étant misogyne ou transophobe dans son interprétation, ni dans son ton, mais elle n’est guère flatteuse pour la gente féminine. Samantha et Chantal sont des personnages très surjoués et caricaturaux, mais c’est une forme d’humour qui pourrait très mal passer dans un monde aussi critique qu’est le nôtre actuellement.

 

Les années 2000 montrent vraiment cette bataille de la shortcom entre France 2 et M6, car après les aventures d'une blonde atypique, nous changeons à nouveau de chaîne pour nous intéresser à la légende du Roi Arthur.

 

Kaamelott - 2005

Affiche promotionnelle de Kaamelott avec tous les personnages

Avatar de Nicknackpadiwak.Il semblerait que le succès-surprise de Caméra Café ne soit pas tombé dans l'oreille d'un aveugle chez M6 et la chaîne s'est mise en quête d'un nouveau concept de shortcom susceptible de ramener plein de parts de marché publicitaires.

C'est un quasi total inconnu, Alexandre Astier, qui décroche le pompon avec son idée de revisiter en mode comique la légende Arthurienne, proposition un peu casse-gueule, car les Monty Pythons l'avait déjà fait avec brio dans Sacré Graal et il semblait impossible de pouvoir s'affranchir de l'ombre de celui-ci. Avec une structure cadenassée (trois coups de clairons, une scène pré-générique, un générique mis en musique par Alexandre Astier, puis des saynètes en plans fixes avant un dialogue qui se poursuit sur un fondu au noir), Kaamelott raconte le quotidien de la cour du roi Arthur en quête du Saint Graal, peu aidé par l'équipe de bras cassés, d'incompétents, de trouillards, de crétins, de débilos et de râleurs patentés qui l'entourent.

En misant sur différents types d'humour (Louis de Funès en principale référence), grâce à un sens du dialogue touchant au génie (un langage contemporain avec des pointes d'un argot revisité (exemple : « se magner le tronc » ou « on n’est pas sorti des ronces »), dont certaines phrases sont devenues cultes (moi, je ne me remets pas de celle-ci, mais elle n’engage que moi) et en créant une galerie de personnages hilarants, Alexandre Astier réussit son pari, offre de belles tranches de rire aux spectateurs, rencontrant un succès phénoménal (cinq millions de téléspectateurs en moyenne). Si l'humour de Kaamelott peut laisser de marbre, la série est arrivée à fédérer une armée de fans hardcore, prêts à disséquer chaque détail pour l'analyser (cf. le nombre de vidéos YouTube sur le sujet). Personnellement, j’ai accroché de ouf et il m'arrive encore aujourd’hui de regarder les rediffusions sur W9 de sketchs que j'ai déjà vu des dizaines et des dizaines de fois, et d’en rire encore.

Dès la saison 3 (aka le Livre III), Astier dévoile d’autres ambitions que les saynètes comiques indépendantes et commence à créer une histoire de fond (principalement basée sur la trahison de Lancelot et son amour pour la reine Guenièvre) et à partir du livre IV, le récit devient vraiment feuilletonnant. Mais cela ne suffit pas à Astier qui commence à se sentir à l'étroit dans ce format de cinq minutes et explose le cadre dans les livres V et VI (ce dernier étant un préquel racontant le début d'Arthur à Rome et son ascension au trône de Bretagne) pour livrer des épisodes de quarante-cinq minutes, le tout lorgnant de plus en plus vers le cinéma, ambition première de Kaamelott.

Ce changement n'est pas une totale réussite : Kaamelott est moins à l'aise, et plus maladroit, lorsqu'il s'agit de faire du dramatique. La mise en scène pêche un peu parfois (ces horribles ralentis lors des scènes d'actions), tandis que l'humour est plus dilué, se réduisant parfois à un Bal des casse-pieds géant. Cet abandon du format long donne une épaisseur énorme à l'univers de Kaamelott et lui permet de développer les thématiques chères à Astier (le pouvoir, la paternité, le destin, etc.) tout en n'ayant pas peur d'aller à fond dans la noirceur (le dernier tiers du livre V est d'un dark rarement vu en prime-time d’une grande chaîne française).

Bref, bien qu'imparfait, ce changement de format renforce le culte de Kaamelott qui quitte définitivement le cadre restreint du format-court pour devenir énorme. Objectivement, de toutes les autres shortcoms dont parle cet article, Kaamelott est vraiment la seule qui a réussi pleinement à s'affranchir de son format initial et devenir multi supports : BD, livre, en attendant le cinéma pour la sortie du premier film d'une trilogie annoncée (plus de dix ans après le livre VI) prévu le 21 juillet (enfin, peut-être, normalement, inch'allah), formant une œuvre ambitieuse, complexe, addictive et surtout terriblement drôle.

 

Les années 2000 ont amorcé ce nouveau format avec brio, mais ce n'est rien comparé au boom qui a retenti dans la décennie suivante.

 

L'explosion des années 2010

 

Ma passion secrète pas si secrète

Avatar de Mmaginère Étant donné que vous avez lu mon bilan – si si ! –, vous savez que je voue une véritable passion à Scènes de ménages.

Cette série qui est entrée dans ma vie en 2009 m’a très rapidement apporté un petit bonheur quotidien qui est toujours présent douze ans plus tard. Je ne pensais pas être prise d’une telle passion quand j’ai commencé, j’ai vraiment été conquise par un jeu d’acteur impeccable, une vraie dose d’humour et de surprises, avec une telle simplicité dans les intrigues. Ici pas de triangle-rectangle amoureux, de revirements rocambolesques, de scénarios tout droit sortis des toilettes d’un studio. Scènes de ménages est une série travaillée et de qualité, qui me procure un sentiment "pluie d’étoiles dans mon cœur et mon cerveau" à chaque fois que je la regarde.

Le jeu des acteurs est aussi excellent dans l’ensemble : chaque scène est jouée d’une traite, et beaucoup sont des acteurs de théâtre. La qualité de leur jeu est une clé du succès de la série, avec une mention spéciale à Marion Game et Gérard Hernandez (Huguette et Raymond).

Tout a commencé avec trois couples :

 

Image du DVD de la saison 1 avec les trois couples de Scènes de ménages

  • Marion et Cédric : les trentenaires, couple interracial, qui vivent ensemble dans un studio. Ils sont beaux et se la pètent, il est psychorigide et travailleur, elle est fainéante et a un vrai grain de folie. Ce couple m’a souvent fait rire, mais surtout agacée. On avait du mal à comprendre ce qui les maintenait ensemble, vu la manière, pas vraiment drôle et très exagérée, dont Marion traitait son compagnon au quotidien. Les petits "poussins" étaient quand même mignons tous les deux, même s’ils étaient le couple que j’aimais le moins, car souvent trop poussifs dans les gags. Ils ont assez peu évolué et n’ont pas forcément eu les meilleures intrigues. Lors d’une saison, ils souhaitaient déménager et ça aurait permis de donner un nouveau souffle à leurs aventures si ce projet avait abouti (rajouter la terrasse de l’immeuble était sympa, mais sans plus).
  • Liliane et José : les cinquantenaires, couple se retrouvant seuls chez eux après le départ de leurs fils et voulant donner un nouveau souffle à leur mariage. Mon couplé préféré depuis longtemps, mais pas depuis le début de la série. Leurs intrigues étaient assez plates à ce moment-là, même si drôles, et Liliane était trop effacée. Certains reprochent un côté conservateur avec Liliane qui fait tout dans la maison, mais ça reste selon moi représentatif des couples de cette génération. Et la série finit par les faire énormément évoluer tous les deux (sauf sur cet aspect), en donnant une place plus importante à Liliane qui se révèle être celle qui tire les ficelles et commande à la maison. Au fil des années, leurs intrigues sont devenues très variées et de plus en plus drôles et je les adore.
  • Huguette et Raymond : les retraités, apprenant à revivre ensemble au quotidien, Raymond étant nouvellement à la retraite. Ils sont odieux et étaient mon couple préféré au départ. Mais à un moment, leurs coups bas et leur méchanceté n’étaient plus drôles et allaient trop loin, et même s’ils ont évolué pour avoir une palette plus étendue dans leurs personnalités, ils ne sont jamais redevenus les numéro 1. C’est quand même les numéro 2 et je les aime beaucoup. La série a su leur donner des intrigues plus variées, surtout ces dernières années, ce qui a grandement amélioré leurs perspectives.

Aujourd’hui le couple des jeunes Marion et Cédric est parti et trois autres se sont joints à l’aventure :

Image promotionnelle avec les trois autres couples

  • Emma et Fabien : des trentenaires également, couple nouvellement parents qui s’installent à la campagne. Elle est dure et bricolo, il est sensible et littéraire. Tout les oppose, mais les "chatons" sont un couple adorable. J’étais très peu convaincue par eux à leur arrivée, notamment parce qu’ils étaient beaucoup trop caricaturaux. Ils sont devenus plus nuancés avec le temps et ont beaucoup apporté à la série au fil des années.
  • Camille et Philippe, la trentenaire et le cinquantenaire, la prof de yoga et le pharmacien. Il est le Yin, elle est le Yang, mais ils sont quand même unis. Le début était chaotique, avec un manque de complicité à l’écran, des intrigues sans intérêt, mais ils ont fini par devenir un de ces couples sans qui Scènes de ménages ne serait pas l’excellente série qu’elle est.
  • Leslie et Léo : les vingtenaires, elle venait d’un milieu très modeste, lui d’un milieu aisé. Je détestais toutes leurs apparitions la première année, leur couple étant insupportable et leurs intrigues mauvaises. Puis la série eut sa meilleure idée en arrêtant cette inutile et nulle entreprise de T-shirts qui occupait la vie du couple, permettant enfin à ce dernier de décoller. Ils restent ceux que j’aime le moins, mais je passe de bons moments grâce à eux.

Les premières années, il y avait surtout des petites saynètes du quotidien, sans vrai fil rouge, même si des thématiques revenaient. Les couples restaient aussi très caricaturaux par rapport à leur pitch de départ et la représentation du couple-type de leurs générations respectives qu’ils incarnaient.

La série a ensuite évolué : les personnages sont sortis au fur et à mesure des années de leurs petits carcans, que ce soit au travers des épisodes quotidiens ou des prime-time divers et variés mis en place dès 2011, puis sont sortis de chez eux à partir de 2015.

L’humour a également suivi :

  • Basé au départ sur l’aspect très caricatural des couples : par exemple chez les deux plus âgés, sur une place rétrograde de la femme, ou sur le couple n°4, Emma était "l’homme" et Fabien "la femme".
  • Mais qui a suivi les évolutions sociales des années 2010 : pour les couples les plus âgés, les blagues sont sur d’autres sujets, ou alors les hommes ne sont plus épargnés, et pour le couple n°4, la série montre maintenant que les personnalités des deux personnages ne sont pas genrées, c’est un couple avec Emma, une femme dure, et Fabien, un homme sensible.
  • Les tranches d’âge ont été toutes suivies, le couple interracial, le couple venant de deux milieux différents, le couple que tout oppose avec enfant, le couple avec une différence d’âge importante. C’est très divers et représentatif de la population, sauf sur un point qui a souvent été demandé : un couple LGBT. La fille de Philippe et sa compagne apportent cette touche, mais peut-être que nous verrons un couple dédié à l’avenir.

Malgré tout ça, la série a connu un petit coup de mou entre 2016 et 2019, notamment à cause des deux derniers couples qui étaient très peu intéressants et tout juste amusants pendant leur première année respective de participation à la série. De plus, le personnage de Marion était devenu bien trop insupportable. J’ai été extrêmement soulagée lors du départ du couple Marion-Cédric fin 2018-début 2019 à cause de ça. Elle avait réussi professionnellement, pris un melon énorme et passait son temps à humilier Cédric, ce qui la rendait très antipathique, le tout sous couvert d’une vraie hystérie. Je regardais toujours Scènes de ménages bien entendu, mais je riais assez peu. Et je me demandais si ce n’était pas la fin, le déclin.

Heureusement, Camille-Philippe et Leslie-Léo ont trouvé leur ton : les acteurs ont acquis une meilleure complicité à l’écran, les personnages sont devenus plus convaincants et leurs histoires plus intéressantes. À cela vont s’ajouter des scénarios plus marqués et évolutifs : par exemple, Liliane va pousser José à devenir Maire via une campagne en 2018 qui se soldera par son élection, puis plusieurs aventures liées à ce nouveau poste (Liliane, attachée à la culture, va monter sa comédie musicale Lady Di, il va y avoir un meurtre à la mairie…), ainsi qu’à leur vie personnelle (leur trouple de voisins, leur fils qui rentre en France, leur chienne Hip Hop…).

Je parle de mon couple préféré car je trouve qu’ils ont bénéficié des scénarios les plus variés et renouvelés par rapport aux autres couples. Même si ces derniers ne sont pas en reste entre le mystérieux Super Petit Commerçant pour Camille et Philippe, la romancière Clothilde de St Hilaire pour Emma et Fabien ou encore le fan-club de Mickaël François pour Huguette et Raymond.

Enfin, les personnages secondaires hauts en couleurs qui se sont ajoutés au fur et à mesure de la série sont un autre point fort : Jean-Pierre le meilleur ami de José aussi immature que lui, Stéphanie la mère loufoque de Leslie ou encore Hervé, le frère pas très fin d'Emma. Il y en a trop pour parler de tous, je les adore presque autant que les couples principaux, sauf la tante de Liliane que je déteste vraiment. Bouh Tata Odette !!!

Je ne citerai pas plus de choses pour ne pas alourdir mon texte, le but n’étant pas de tout vous raconter. Je terminerai avec un fait essentiel : à part quelques scènes qui ont été tournées exprès pour le déconfinement, la série ne parle JAMAIS de la pandémie actuelle. Ce qui fait un bien énorme.

Scènes de ménages a vraiment su repartir ces dernières années. Je suis agréablement surprise par les sujets qui sont abordés et mis en scène, avec une vraie imagination et beaucoup d’humour. Aujourd’hui, je sens qu’elle va encore durer un moment, pour mon plus grand plaisir et je passe tellement de temps à rire en la regardant que j’espère que ce sentiment et cette série ne s’éteindront jamais.

 

Après mon hymne à Scènes de ménages, je vais aborder la concurrence, parce que oui, il y en a eu.

 

La concurrence qui peut aller se rhabiller a le mérite d'exister


Image promotionnelle de Nos Chers Voisins avec tous les personnages

Avatar de MmaginèreLa grande concurrente de M6, TF1, décide en 2012 de sortir sur ses écrans Nos Chers Voisins, racontant les petites histoires de palier du 28 rue de la Source. Les personnages sont assez variés : une famille catholique (les Dubernet-Carton), une famille recomposée (les Becker-Stuck), un retraité bourru (M. Lambert), des colocs sans-gêne (Alex et Issa) et une belle juriste (Chloé Varenko).

La casting s’étoffe en saison 2 avec un médecin ayant son cabinet au rez-de-chaussée, le beau Docteur Grégory Derek (dont le prénom et le nom proviennent respectivement de personnages de Dr House et de Grey’s Anatomy, séries médicales phares diffusées sur TF1), et avec le couple Jombier, propriétaires de la plupart des appartements de l’immeuble. En saison 3, un couple un peu loufoque vient compléter le panel de personnages.

Nous ne voyons jamais les personnages dans leur appartement, mais sur le pas de leur porte, dans les couloirs, les escaliers, l’ascenseur, la cour, le hall de l’immeuble ou devant celui-ci. Quelques primes, notamment le récurrent prime de Noël-Nouvel An, ont aussi été tournés au fil de la diffusion de la série. Nos Chers Voisins a été diffusée jusqu’en 2017 où elle sera brusquement interrompue, les acteurs ayant été apparemment prévenus de l’arrêt de la série après le dernier tournage.

J’aimais bien Nos Chers Voisins, mais j’ai plus souvent souri que ri en réalité. C’est une forme d’humour qui me touchait moins, bien que je prenais plaisir à la regarder. Mon plus grand fou rire provient de l’arrivée d’Arthur Jugnot dans le rôle du Père Raphaël dans le prime Avis de tempête. Pour dire que si ça m’a autant marquée, c’est que j’en ai eu bien peu. Ici aussi les personnages sont caricaturaux et il n’y a pas vraiment d’enjeux, mais c’est très agréable de juste pouvoir regarder une dose de joie sans prise de tête.

Même si la série était loin pour moi du niveau de Scènes de ménages et a survécu deux fois moins longtemps, j’étais déçue lors de son arrêt. Il n’y avait sûrement plus grand chose à raconter, mais je pense qu’elle aurait pu continuer un ou deux ans de plus, ayant su évoluer au niveau de ses personnages, ceux-ci restant caricaturés, mais beaucoup moins au fil du temps, avec quelques running gags savoureux : Chloé et ses tentatives désespérées auprès du Dr Derek, les essais de cuisine ratés de Karine Becker, ou encore les machinations pour empêcher l’appartement voisin de M. Lambert d’être loué.

 

Image DVD Parents Mode d'Emploi

Avatar de MmaginèreFrance 2 s’y met aussi en 2013 avec Parents mode d’emploi. Deux parents quadragénaires et leurs trois enfants mènent une vie de famille classique dans leur maison, avec leurs bons et mauvais moments. Les parents essaient d’être à la hauteur, tout en continuant à cultiver leur relation de couple, et ce n’est pas facile tous les jours ! Après sept saisons à vivre toutes les situations parentales possibles, ils laissent leur place à d’autres famille pour une huitième et dernière saison.

J’ai découvert cette série à la fin de la saison 7. Je n’ai pas vu tous les épisodes, mais j’en ai vu la majorité et elle était vraiment très sympa. Mieux travaillée qu’En famille et mieux jouée également. J’ai bien ri, même si je n’ai pas adoré la série non plus. Les enfants n’étaient pas très intéressants de manière générale et la série reposait vraiment sur les parents qui étaient excellents. Le reste de la famille apparaît aussi régulièrement et ils apportent leur petite touche d’humour bienvenue la plupart du temps.

Comme Scènes de ménages, ces deux séries possèdent aussi des aventures en BD, ce dont je n’avais pas parlé plus tôt, ne m’y étant jamais intéressée. Elles sont également sorties en DVD, mais pas pour toutes les saisons ce qui a été très décevant pour moi. Bouh la mise en DVD ratée !!!

 

Quand d’autres font juste leur petit bonhomme de chemin

Avatar de MmaginèreJe ne vais pas vous parler de toutes les autres shortcoms qui ont fleuri durant ces dernières années, mais de celles que j’ai vues :

 

  • Bref : l’idée de cette série Canal+ était originale, tant dans le format que dans les sujets abordés. À chaque épisode (82 en tout sur une saison 2011-2012), un sujet du quotidien (par exemple : Bref, je suis hypocondriaque) ou une anecdote (comme Bref, j’ai fait un repas de famille), nous était conté sur le ton de l’humour. La série nous montrait des petits moments de vie du même personnage. Il y avait un petit fil rouge par rapport à une fille qui lui plaisait, mais sans plus. C’était amusant, ça parlait un peu à tout le monde. Jusqu’au dernier quart de la série où les choses sont devenues sérieuses et où ça a carrément démonté toute le reste. Je n’ai pas compris ce virage et c’était sans intérêt. J’ai été très déçue par cette fin, autant arrêter avant si les bonnes idées n’étaient plus là.

 

Titre de la série, de l'épisode et photo du personnage principal

 

  • Soda (ados en verlan) : de 2011 à 2015, cette série, qui a été diffusée sur trois chaînes (M6, W9 puis France 4) a connu un relatif succès et propulsé Kev Adams sur le devant de la scène. Ne supportant pas le jeu de cet acteur, j’ai arrêté très vite de la regarder. L’idée est sympa, mais pas forcément bien mise en scène, l’humour est beauf et ne prend pas avec moi.

Image promotionnelle de la série Soda

 

  • En famille : l’été, quand Scènes de ménages est en pause, la famille Le Kervelec prend le relai. Je n’ai jamais beaucoup ri devant ce programme, mais je le trouve plaisant. Les personnages sont sympas et attachants, mais un peu creux. Elle fait quand même son chemin depuis 2012 et l’histoire des personnages a bien évolué, tant du point de vue personnel que professionnel.

Affiche de la série avec toute la famille

 

Je n’irai pas plus loin, le but étant de montrer la diversité des shortcoms proposées sur cette décennie 2010-2020, l’âge d’or de ce type de séries. Tout le monde en a sûrement regardé au moins une, aimé au moins une, détesté au moins une, car elles ont été très présentes et il y en avait pour tous les goûts.

Je suis très contente aussi de pouvoir dire qu’en France nous maîtrisons vraiment ce format de séries, avec des résultats de qualité, car nous sommes souvent critiqués (par nous-mêmes en particulier) sur les séries françaises qui sont jugées mauvaises de manière générale.

 

En conclusion, les shortcoms ont apporté leurs univers très variés, bons et mauvais, surprenants et décevants, mais pour la plupart tellement drôles. L’âge d’or semble quand même révolu, Scènes de ménages restant la dernière grande résistante, avec En famille qui lui succède durant l’été. Qui sait, le monde change tellement que nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles surprises.

Les auteurs

Commentaires

Avatar Galax
Galax

Super articles les cocos ! :D

Quand j'étais petit (oui vu la date de sortie...) j'aimais beaucoup Samantha Oups pour le coup ! Mais j'ai senti aussi, déjà à l'époque, qu'après cette histoire de gîte, ils peinaient à se renouveler... Je regardais aussi pas mal Un Gars, Une Fille, et voir ton lien pour la machine à laver, Jo, m'a assez choqué ahah. Quels autres gags ont mal vieilli comme celui-là ? me demande-je. Rien à voir mais ya un épisode qui m'a aussi énormément marqué, c'est une sorte de musique sur la plage pendant 3 minutes, où il ne se passe rien du tout, et avec en plus le générique qui vient régulièrement couper, pour un résultat supra lent. Dès qu'il était diffusé (et il était rediffusé trèèès souvent j'ai l'impression), je quittais la télé.

J'aime beaucoup Bref ! Mmagi, j'étais un peu triste de voir que tu clashais la fin, je trouve au contraire qu'en prenant l'aspect feuilletonnant dans le dernier tiers, la série s'est vraiment bien finie. Mais ce n'est jamais évident de trouver le bon ton (par exemple la fin de Kaamelott est un poil ratée je trouve, je fais partie de la team qui a eu du mal avec le virage comme a dit Nick - même si je suis ultra chaud pour les films vu comment le projet a l'air titanesque).

4 réponses
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Avatar Gizmo
Gizmo

Merci pour cet article, un sujet original et rarement abordé !

Comme Galax, j'aimais beaucoup Samantha Oups ! dans ma prime jeunesse, sans trop savoir pourquoi. Je me souviens surtout que Samantha et Chantal étaient fans de Jean-Luc Delarue, et qu'il apparaissaît même dans un (ou plusieurs ?) épisode. Encore un aspect qui a très mal vieilli... Dans les propositions plus récentes, et assez ressemblante, j'aimais beaucoup le personnage d'Alex Lutz dans Catherine et Liliane, le travestissement et l'incarnation était plus réussie que dans Samantha, mais là aussi le format a peiné à se renouveler au bout d'un moment (je ne sais même pas s'il continue encore...)

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