Arte est l'une des meilleures plateformes de streaming, je ne le dirai jamais assez, car en plus d'être totalement gratuite, elle propose de très bons programmes. Dont cette intégrale Twin Peaks pendant un an.
Donc je me refais les saisons 1 et 2 et ce pilote, que j'ai déjà vu presque des dizaines de fois, me rappellent comment je suis tombé amoureux de cette série, il y a presque 30 ans, mais aussi qu’elle a constitué le premier pas vers mon addiction à l'univers des séries. Une vraie drogue dure, même, car à l’époque, il fallait attendre fiévreusement une semaine pour avoir l’épisode suivant, une semaine où il n’y avait pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent.
Ce pilote, à la revoyure et au niveau du rythme, risque de perdre les petits jeunes accros aux séries Netflix, il n'en reste pas un chef d’œuvre et un diamant noir, brillant et fascinant, développant une atmosphère unique entre premier et second degré et capable de générer des moments d'angoisse déraisonnées durant laquelle la réalité semble s'échapper et sombrer dans des recoins inconnus et effrayants. Par cela, j'évoque le premier plan sur Josie devant un miroir ou le ventilateur de l'escalier de la chambre de Laura. C'est juste des détails, mais par le talent de Lynch, on a l'impression d'être devant la porte d'un monde qu'il ne faut mieux pas pénétrer.
J'aime aussi l'efficacité du concept, le cadavre de la cheerleaders d'apparence bien sous tous rapports retrouvée emballée dans un sachet plastique, qui engendra moult suspects et fausses pistes, mais qui mettra à jour une communauté pleine de zones d'ombres. Et ça fonctionne immédiatement, on est happé par ce suspense (Qui a tué Laura Palmer était le titre français lors de sa sortie à la télé) malgré un rythme jazzy donc assez lent et une époque qu'on peine à définir (un mix des années 50 et 90 ?).
Et très vite, une bipolarité survient, le show n'a peur du grand écart entre une forme de perversion de ce qu'on attend d'un film noir (Andy, le flic qui pleure dès qu'il y a un crime, une lumière qui clignote sans arrêt dans une sale d'autopsie ou un trophée de chasse tombé) et des moments très sincères, notamment tout ce qui a trait avec l'annonce de la mort de Laura et la tristesse de ce décès qui contamine tout le monde. Quelle autre série a montré un proviseur en larmes à l'annonce de cette terrible mauvaise nouvelle ? Aucune, elles préfèrent passer directement à l'essentiel, c'est à dire l'enquête.
Le pilote donc ménage la chèvre et le choux, montrant son côté volontairement décalé, via de personnages fantasques (Audrey ou Nadine) ou ayant des comportement déstabilisant (Bobby et Mike qui crient comme des loups à la fin) mais aussi en jouant le jeu de pistes d'une enquête et en parsemant ce pilote d'un grand nombres d'indices, comme les lettres R et J, tout comme il pose les enjeux futurs qui nous passionnerons différemment selon si on aime ou pas les personnages concernées, notamment le côté soap avec ces multiples triangles amoureux ou les magouilles autour scierie
Enfin, il y a Cooper, qui apparaît à la 35 minutes, The Best personnage Ever, qui en une poignée de scènes arrivent à générer une adhésion complète avec cet agent du FBI perspicace mais hors des clichés habituels, humaniste et bienveillant, parlant à un magnétophone et disgressant régulièrement (le café, les arbres) qui en font sa singularité. Les prémisses de son amitié avec Harry est belle à voir. C'est d'ailleurs aussi une des forces de Twin Peaks que de générer des personnages hyper attachants (que la saison 3 n'a que trop rarement réussi, mais c'est mon avis).
Puis il y a déjà Bob qui apparaît par accident dans le miroir derrière Sarah Palmer dans la scène de fin, la légende voudrait que ce soit cette apparition non prévue d'un technicien plateau qui aurait incité David Lynch à créer ce personnage. En tout cas, on le voit, il est déjà là.
Breeeeef, j'ai encore passé un moment de magie devant ce pilote et je suis retombé sous le charme et dans le passé, ces années de jeunesse où, à cause d'une série hors de commune qui ne sortait qu'un épisode qu'une fois par semaine, m'a fait plonger dans un monde d'addiction, de mystère et de perversions dont j'en garde un souvenir plus qu'émus. Le tout juste en traversant un rideau rouge.....
Merveille de pilote

1.01 -
Pilote
Ce pilote est exceptionnel. Alors certes, c'est lent, mais on va essayer d'arrêter dans parler, c'est un peu l'âme de la série ! L'arrivée de Dale Cooper à Twin Peaks est très bien et donne tout de suite le ton du personnage, complètement barge !