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J'ai lu beaucoup de critiques négatives sur Lunatics, sur le manque d'inspiration de Lilley et l'idée que sa carrière serait dans une phase creuse. Mais ce n'est pas vrai, vraiment pas, Lunatics est comme toutes les créations de Lilley un portrait de gens différents, transgressifs qui refusent de disparaître dans le moule de la normalité. Loin des blagues et de l'humour régressif des débuts, Lilley est devenu plus constructif et cherche comme toujours à donner une vraie dignité à son catalogue de weirdos aussi attachant que vulgaire.
Car Lilley parle de lui, de sa difficulté à accepter les règles d'un monde où la moindre transgression peut devenir une source de problèmes et de lynchage public. Donc chaque provocation de sa part n'est plus aussi improvisée qu'avant, Lilley ne cherchant plus le rire facile, mais à donner du sens à ce qui ne peut être dit sur la difficulté de s'affirmer et d'avancer en restant intègre face au dictat imposé par le regard de l'autre.
C'est laborieux, compliqué, cela demande du temps, mais une certaine poésie sort de ce show qui est celui de la transition de Lilley, où l'ancien adolescent doit construire son propre avenir et rentrer dans le moule sans perdre sa fatétie qui s'exprime toujours chez Lilley via une certaine vulgarité. Ce "My Dick " affiché sur la devanture du magasin, c'est vraiment hilarant... difficle du coup de comprendre ce que veulent ses critiques qui reprochent à Lilley de ne plus être aussi drôle qu'avant.
Un adulte, c'est moins con et drôle qu'un ado... vieillir en conservant sa capacité à transgresser, c'est ça le génie de Chris Lilley...
J'attends la fin pour ma part pour me faire une idée definitive.
Et voilà, ça monte en gamme, et comme toujours chez Lilley, la série oblige ses personnages à assumer ce qu'ils sont, à se confronter au regard des autres. Lunatics est une pure série de Chris Lilley qui poursuit son passage vers l'âge adulte en associant création et catharsis. C'est le point central de l'oeuvre de Lilley, son point d'orgue, l'élément déclencheur. Reste à éviter les pièges du climax décevant (ou pire d'une saison deux... non et non). Comme à chaque fois, il faut aller jusqu'au bout, jusqu'à la mise à nu du soi et le quart d'heure de gloire suivi d'un retour brutal à la réalité.
Il n'y aura pas de legend réunion, hélas, mais on peut faire sans.
C'est un bon épisode, mais l'excés de personnages et leur absence d'interaction fait que la mécanique de catharsis ne prend pas. C'est là le principal défaut de Lunatics, un excés de personnages qui empêchent un vrai développement et un manque de fil conducteur réel.
Le problème vient en partie du choix de Lilley d'incarner tous les personnages centraux, là où dans Angry Boys, il s'occtroyait parfois des personnages secondaires. C'est dur de critiquer Lunatics car Lilley y est d'une grande sincérité comme toujours, mais certaines séquences manquent de mise en place pour valoriser certains gags et certaines séquences d'émotion.
Il serait temps pour Lilley d'arrêter de jouer les hommes orchestres et de laisser le rôle à d'autres...mais ce n'est pas bon non plus, une évolution semble nécessaire, mais l'incertitude est total. La progression du spectateur face à Lunatics est semblable à un scénario de Lilley, celle de personnages qui mettent tout en oeuvre pour atteindre leurs rêves avant de s'autosaborder brutalement.
Et voilà, c'est fini pour ces dix épisodes qui ont confirmé la voie nouvelle suivie par Lilley de l'affirmation et de l'acceptation vue dans Jaimie Private School. Lilley poursuit son chemin, conscient de son impossibilité à devenir mainstream, à glaner autre chose qu'un public de niche adepte de ses créations... niche dont je fais partie, me reconnaissant pleinement dans ces lunatics qu'il présente.
Je déconseille ceux qui voudraient découvrir Lilley de commencer par Lunatics car cette série nécessite d'avoir accompli le parcours avec lui pour comprendre toute sa sincérité et sa passion. Toujours enfermé dans le format du Mockumentaire, Lilley s'amuse, se fait plaisir et ne peut être atteint par des critiques qui se heurte à un mur, celui de l'homme heureux de ce qu'il fait.
Lunatics est une ode à la différence (comme toujours pour Lilley), mais aussi celui qui confirme son choix de ne plus tenir compte des avis extérieurs et de suivre son parcours. Fonce, Chris, éclate-toi bien et continue de raconter les histoires de ces Freaks attachants, ces créatures improbables et amusantes qu'il dépeint avec passion et affection.
Tout finit bien, même pour les Lunatics, chacun trouve sa place et son bonheur s'il n'est pas exigeant, s'il accepte de ne pas nier ce qu'il porte en soi et s'il sait partir quand le regard des autres devient trop lourd. Je suis bien d'accord Chris, vraiment d'accord, il faut savoir tourner la page, tuer le monstre que l'on craint de créer et assumer sa petite place dans la société. La célébrité, c'est pour les cons.
