Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Avis sur les épisodes
Nicco Annan est monstrueux en oncle Clifford, c'est indéniable. S'il n'a obtenu que des nominations mineures, ce n'est que pure injustice ou puritanisme. Car, au final, ce sont les personnages qui font P-Valley, avec au centre Clifford comme point nodal.
Beaucoup de contenu, mais je trouve que l'univers n'est pas aussi bien tenu qu'en début de saison, comme si la série commençait à peiner à aller au-delà des éléments déjà convenu. L'intrigue de Mercedes, très intéressante, témoigne de cette fin de route et de la nécessité de gagner une nouvelle légitimité. P-Valley souffre de sa nature ambivalente, entre drame exigeant aux acteurs remarquables et son univers vulgaire et décadent.
Du coup, c'est un très bon épisode, mais un rien frustrant. Katori Hall est à l'aube d'un virage difficile, celui de faire évoluer sa création comme le Pink qui vit la fin d'une époque. L'inconnu au bout de la route, la lumière sur les 200 km/h, impatient de voir la fin.
Quelle écriture remarquable... Le plaisir est à chaque fois là, celui d'une série avec une vraie identité, un auteur à la barre qui impose son style. Une série que je revois toujours avec joie.
Le premier récit : colère et vengeance
Dans les années 90, Tartakovsky s'illustrait dans des récits comiques, avec Dexter's Lab entre autres, où on voyait déjà cette propension à vouloir ramener les intrigues loin de la vignette slapstick jusqu'à une noirceur bien plus vicérale en cassant la frontière de la morale. Car si les églises se battent pour des idéaux moraux, ce n'est pas un élément premier du récit, mais un fruit du dicours politique des puissants arrivés au sommet du trône, de l'homme comme une créature au sommet de son royaume. Pour parler de l'homme avant l'ascension (ou la corruption dirait certains), il faut revenir aux principes de la lutte, lutte pour la survie et contre la faim, la souffrance et la mort.
Primal est une série importante car elle ose beaucoup, brise beaucoup de barrières en ruinant tout le potentiel mélodramatique du récit pour parler de l'essentiel, à savoir comment le faible peut venir à bout du fort. Face à une force démesurée, la créature saine d'esprit se cache, cherche à se dissimuler... et tout cela est posé en une simple scène d'ouverture avant de révéler la nature psychopatique des grands singes que nous sommes. Tartakovsky sait que son histoire est sombre, c'est celui de la colère issue du deuil et du refus des singes psychopathes à accepter l'absence de sens de l'univers où il existe.
Pour le reste, je rejoins Koss, mais je pense juste que l'histoire va bien plus loin que le récit sur la chaîne alimentaire, c'est l'histoire du refus de ce fonctionnement, de l'émergence d'une espèce faible qui, par sa rage, va savoir se donner les moyens de vaincre le fort. A une heure où l'espèce humaine approche du grand filtre (non, je ne parle du Covid ou de conneries dans ce genre, le filtre est de nature philosophique avant tout) et alors qu'il a mis la main sur son ecosystème, se poser la question de l'origine de la colère des premiers hominidés est intéressant en diable.
Certes, la série n'a aucune valeur historique, et certains gimmicks de Tartakovsky datant de ses premiers travaux avec Craig Mc Craken souligne bien sa volonté de contrebalancer la cruauté du visuel par une expressivité accrue des dinosaures façon Chuck Jones. Mais ce mélange intriguant entre un visuel très adulte, des thèmes universels et des éléments discrets de comédie en font une oeuvre bien plus forte, aussi simple qu'inattendue, aussi universelle que délirante, à la fois bancale et maîtrisée. Qui a dit que l'originalité était morte ...
