Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
C’est l’épisode le plus sobre de la série, le plus repectueux d’une unité de temps, de lieu et de personnages, et clairement qui a été le moins cher à produire aussi : on sent qu’on est toujours dans le creux de l’arc en termes d’investissement, mais le choix du minimalisme ici est très malin. Les plans sur la forêt sont certes clairement prolongés, mais forment une composition assez belle et qui font écho finalement à la métaphore des “enfants de la forêt” répétée tout au long de la saison, à savoir, nos personnages piégés dans un monde cruel, qui tentent d’en sortir. A l’issue de la discussion, ils n’y en sont pas encore, mais ils s’y sont, pour la première fois en 5 ans, rapprochés.
Finalement, c’est donc là que tout vient de se gagner. Les plans viennent toujours nous rappeler ça avec le ciel comme échappatoire (symbole évident de liberté) qui est plus ou moins tenu éloigné des arbres et des dialogues autour du feu selon les propos tenus. Quand les personnages retombent au plus bas (comme quand Jean tabasse Reiner puis Gabi par erreur), on retourne à la terre et à la réalité des horreurs.
C’est l’épisode qu’on attend depuis 83 épisodes. C’est une discussion, une pause, et pourtant sûrement le passage le plus intéressant et le plus tourné sur le futur.
On est débarrassé d’absolument toutes les fioritures de la série. Flashbacks, temporalité, séquences d’action, lore. L’histoire est dépouillée de tout artifice. Même le carton de pause de l’épisode fait un focus sur… le ragoût d’Hanze. C’est le degré zéro du divertissement pour que ne ressorte que le discours et les dialogues.
Et ça fait vraiment du bien de voir ce calme avant (et après)(et pendant, en fait) la tempête. Il faut dire qu'on est en présence de personnages qui - ils le disent eux-mêmes - n'ont fait que se battre, à mort, sans cesse, depuis des années. Les dialogues soulignent l'évidence, certes, mais permettent aussi d'aborder des conflits intérieurs et des animosités dans cette équipe de sauvetage de l’humanité hautement improbable. La discussion part d’un malaise palpable, que Hanze (toujours mon personnage préféré) tente de détendre à base d’humour jovial, avant de s’emporter car elle se doit de rappeler les bases : en toute circonstance, peu importe la finalité, le génocide n’est jamais une option. Ce n’est évidemment pas anodin que l’enjeu de la fin de cette oeuvre soit de stopper une arme de destruction massive, et que cette oeuvre soit japonaise. L’auteur semble s’exprimer à travers Hanze. La séquence où elle imagine les “fantômes” de ses camarades tombés au combat, est d’ailleurs magnifique.
Car de ce postulat tient tout le reste des enjeux : du coup, si on refuse cette option, il faut faire des choix. Il faut stopper Eren. Comment ? En le tuant ? En se mettant à dos toute l’île de Paradis ? Il faut préparer l’avenir aussi, si ce plan (qui n’existe même pas encore) fonctionne. Et il faut tenter de comprendre pourquoi on en est arrivé là. A ce titre, les paroles de Jean ("vous nous punissez pour des crimes commis il y a 2000 ans") et de Hanze ("Arrêtons de polémiquer sur des événements que personne n'a connu") sont extrêmement libératrices.
On constate le chemin parcouru et l'évolution des mentalités des personnages, tous devant vivre avec un trauma personnel, y compris les plus jeunes Falco et Gabi, les seuls plus ou moins encore “innocents” (de grosses guillemets pour Gabi quand même) dans l’histoire, les vrais enfants de la forêt.
Ce qui est assez magnifique c’est qu’en un dialogue (de vingt minutes quand même), l’anime raccroche tous ses wagons. 13 personnages autour du feu, 13 trajectoires, et ils ont tous leur rôle à jouer, leurs points de vue et leurs bonnes et mauvaises actions.
Je suis particulièrement impressionné par la cohérence thématique de l’anime qui fait notamment appel à la mort de Marco, vraiment le personnage qui aurait pu être un détail dans l’histoire, qui était le premier à avoir dit aux traîtres “on n’a même pas essayé d’en parler”, ce qui revient avec de gros sabots ici quand Jean parle à Annie et Reiner.
Il y a quand même quelques gros twists balancés au détour de la conversation : on nous révèle que Yelena est une fausse-émigrée et en fait une Marleyienne juste illuminée suite à sa rencontre avec Zeke, ce qui ajoute de la noirceur à son tableau.
Et surtout, Hanze évoque qu’elle aurait vécu “des mois” sur le continent, ce qui motive justement tout son angle d’approche de combattre Eren même si ça va contre leurs intérêts. C’est un poil dommage qu’on n’ait pas vu leurs moments sur le continent avant de voir l’épisode, car ça aurait donné du poids à l’opinion d’Hanzi.
Mais après tout, il n’y en a pas besoin : le spectateur ne peut que la rejoindre, il n’y a littéralement que le nazisme (et tous les modes de pensée affilié) qui peut rejoindre la vision des Jaegeristes. C’est à nouveau sans doute une morale positive que pourra prendre la fin de l’oeuvre : voyager et rencontrer qui existe de l’autre côté de la barrière (mur, océan ou frontière), ça donne un visage sur des “démons”, ça amène une nouvelle perspective, et ça amène l’humanité ensemble vers un semblant de progrès.
Car finalement, le dialogue marche : Annie accepte que Mikasa tente de raisonner Eren si ça peut lui éviter plus de meurtre, et Jean, qui à ce stade agit vraiment comme le “Eren positif” de l’anime, le protagoniste alternatif, s’excuse auprès de Gabi, dont la “transformation” déteint sur lui.
Mikasa, Jean, Hanze, Pieck, Annie, Reiner, Gabi, Falco, Theo Magath, Livai, Yelena, Onyankopon, Connie, Armin : qu’on ne vienne pas me dire que l’anime ne sait pas faire de ses personnages une force, car on peut comprendre chaque trajectoire de ces personnages en quoi ils ont pu être dans le faux et dans le vrai, et comment en parlant un peu entre eux, ils voient une échappatoire à cette forêt… du moins, si on oublie que les arbres, à court terme, ça reste totalement impassible et aussi fixe que les plans de l’épisode. Est-ce qu’ils vont vraiment réussir à transcender leur nature, et donc la nature ?
Réponse très bientôt : premier test avec… une mission infiltration et récupération d’une cible gardée par des escouades, le tout avec sans doute plein de victimes à venir mais dans le but glorieux de sauver le monde sans pouvoir le dire aux futures victimes. Hum, j’ai comme qui dirait un air de déjà vu, 83 épisodes plus tôt, avec un mur à détruire à la place.
Pas sûr que le cycle soit tout à fait brisé, finalement, mais avec cette discussion autour du feu, on a envie d’y croire.
Après le dialogue à coeur ouvert de l’épisode précédent, on met ça en pratique avec une attaque furtive sur une cible commune, mais où les allégeances passées forment des dissidences d’approches. Annie et Mikasa, encore, argumentent entre l’option impersonnelle d’Annie “tuons-les tous directement, moins de risque, moins de perte de temps, moins d’attache et de souffrance émotionnelle”, et celle plus mesurée d’Annie/Mikasa, bref, de l’escouade, réticente à devenir des “traîtres” comme l’ont été les guerriers pour eux.
C’est très efficace, car on voit bien que ce n’est pas aussi facile de mettre en pratique ses convictions que d’en parler. A tout moment et malgré l’excellent épisode précédent qui a rendu crédible ce groupe, on sent que tout peut re-péter dans l’autre sens. Heureusement, trop de progrès ont été faits, pour que même Theo Magath (celui qui restait le plus hostile à l’issue de l’épisode précédent, également le plus vieux) finisse par s’excuser, suite à un plan un peu confus où il observe Gabi (on comprend qu’il accorde plus de valeur à la vie de ses cadets qu’à sa patrie, même si c’était plus claire avant). En tout cas, nos héros sont prêts à se salir les mains, et Armin et Connie, les deux qui seraient le plus réticent, sont en première ligne pour tenter l’approche hypocrite, en espérant que ça passe.
L'épisode souffre un peu du syndrome "oups maintenant ces personnages sont super importants, vous vous rappelez comment vous y tenez ?" avec les amis de Connie et Armin à qui on est censé s'identifier, alors que personnellement je n'ai aucun souvenir de les avoir déjà vus car la saison 1, ça remonte, même en se faisant un binge-watching. Je me souviens que Daz était notamment dans la saison 2 avec Ymir et Historia. C’est tout. C’est un peu dommage car Hajime Isayama, l’auteur du manga, a un jour évoqué le fait qu’il s’identifiait le plus en Daz de tous les personnages. Ce n’est pas très transparent dans son oeuvre.
En revanche dans le cas des deux potes du bâtaillon, cela relève de peu d'importance au final, car le focus est bel et bien sur Armin et Connie notamment, qui se retrouvent dans la même position de traîtres que les guerriers des deux premières saisons. Après nous avoir mis dans leurs chaussures en début de saison 4, l'anime va encore plus loin en démontrant par A + B qu'avec des informations différentes et un monde encore plus violent, même nos héros franchissent la ligne. C'est évidemment le but depuis le début, mais c'est rafraîchissant de voir cela mis en scène sans aucun filtre, avec des meurtres de sang froid, et avec une maturité rare : j'aime particulièrement le fait qu'Annie, clairement la plus "extrême" de son groupe, reconnaisse que les habitants de l'île n’auraient sûrement pas brisé le mur, sont ainsi sans doute de meilleures personnes qu’elle, et propose elle-même de faire le sale boulot.
L'épisode est très explicite là-dessus : il y a d'ailleurs deux flashbacks rapides sur des propos des anciens épisodes, le premier sur Bertolt qui essayait de faire comprendre à Armin qu'ils ont leurs raisons, le second vient de Reiner qui comprend qu'Eren disait égalament qu'ils étaient pareils mais dans un sens bien plus pervers de destruction de l'autre camp. C'est rare que la série s'auto-encense sur son foreshadowing, et on peut éventuellement se dire qu'on peut perdre en subtilité... mais la subtilité ne fait parfois pas tout, et ici ces choix sont très judicieux pour faire comprendre ce que traversent les personnages.
Sinon, comme prévu vu le temps passer à les introduire dans le début de saison, la famille Azumabito (les marchands asiatiques) relèvent d’une importance toute particulière en cette fin d’anime, et pour cause, ils sont l’outil pratique permettant d’aller défaire l’apocalypse. Sur la base de quelques éléments introduits à la va-vite, l’anime sait toujours exploiter ses filons avec intelligence. Même Floch, qui n’est pas le personnage le plus fascinant du monde, reste mémorable et crédible, et a été introduit au meilleur timing (ce fameux arc où le bataillon a essuyé une hécatombe).
J’aime aussi pas mal le passage où Kiyomi Azumabito explique en deux secondes à Floch pourquoi la fin de l’humanité ne signifie pas la fin des conflits, car Eren ne fait que réduire l’échelle de leur monde à l’île, et que de nouveaux conflits internes naîtront ensuite. Après tout, c’est ce qu’ils ont toujours cru au début de l’oeuvre : être seuls au monde, plus ou moins unis autour d’un but commun d’anéantir la menace des titans, mais ça ne leur avait clairement pas suffi pour avoir la paix. Car la triste réalité est qu’en partant du postulat que les humains sont mauvais, réduire l’échelle d’une société ne suffit pas.
Les quelques scènes d'action à la fin sont superbement bien réalisées, la 3D est utilisée à bon effet, le fait que le combat soit homme VS homme est une super idée dans la série. Elle ne l'avait jamais vraiment fait, sauf en saison 3A avec Kenny, mais n'en parlons pas, c’était avant-gardiste mais les enjeux ici sont tellement plus intéressants ! La fin où Connie, vraiment le personnage le plus du côté du “bon” avec Armin depuis le début, finit par se résoudre à tirer à bout portant sur ses deux camarades, même sans trop se rappeler de qui c’est, ça reste super glauque comme image de fin.
Il faut saluer à quel point tout le plan ne tient qu’à un fil, mais qu’on est à fond derrière ce groupe qui est la dernière chance de l’humanité. Si on soutenait les habitants des murs au début de l’anime pour la même raison, ici on en vient à prendre totalement la cause d’un petite poignée encore moins nombreuse de survivants qui risquent tout (mais détruisent tout sur leur passage) pour empêcher l’apocalypse. Chaque micro-changement de plan peut vite prendre des proportions gigantesques et l’anime ne lésine pas sur les pauses dramatiques et le montage nerveux pour accentuer cet effet “fin du monde imminente”.
A l’inverse, il est évident que si on avait suivi la série du point de vue des Jaegeristes et que cet épisode était notre premier “Shiganshina” avec très peu d’informations sur le passé ou le monde extérieur, l’acte héroïque de la dernière lance de Floch aurait vraiment pu paraître comme la dernière chance de l’humanité, au lieu d’être le dernier rempart. Evidemment, le carton de milieu d’épisode vient rendre tout ça plus qu’explicite : “les titans étaient l’ennemi, puis les pays étaient l’ennemi, il y aura toujours un ennemi tant qu’on hait la différence”, au cas où deux trois personnes dans le fond n’ont toujours pas suivi le propos de l’oeuvre.
Il y a quand même une certaine ambiguïté dans le fait que Armin & les autres ont pris le temps de dialoguer avec les guerriers, mais pas tellement avec leurs anciens camarades Jaegeristes sous prétexte qu’eux n’auront pas le même avis et ne pourront pas comprendre. La violence reste (pour le plaisir des animateurs et du spectateur malgré tout) la seule option dans ce conflit précis, ce qui nous offre quelques séquences magnifiques (les meilleures de MAPPA depuis l’attaque contre Liberio) notamment avec une sorte de danse de la mort par Mikasa qui m’a donné des frissons.
Plus aucune hésitation après l'épisode précédent : on assiste à une véritable boucherie. Certains plans sont tellement gratuits qu'on en rigolerait presque (la séquence de Mikasa finissant justement par… unepluie de sang), mais tout cela est extrêmemnt pris au sérieux et épique au premier degré justement parce qu'on a pris autant de temps avant à montrer les hésitations et les enjeux de chaque clan.
L’animation est d’autant plus excellente qu’elle fait fi de son budget : on voit bien qu'ils n'ont pas le temps de faire autant de fluidité qu'avant, ils doivent donc sélectionner des moments clés où les FPS sont un peu réduites, et ils les choisissent toujours lors de séquences avec des éléments tellement reconnaissables ou stylisées que la framerate se justifie et accompagne l'action. D'autres plans sont également montés façon diaporama, mais là encore ils interviennent dans des moments spécifiques, très bien composés et épiques, qui soulignent les points de non-retour des différents combats.
Alors certes il y a un deus-ex-machina avec le commandant Keith sorti de nulle part (sauf qu'en vrai non, l'anime l'explique de façon cohérente et planifiée à l'avance comme d'hab, d’autant qu’on l’avait vu lorsqu’Annie s’échappait de Shinganshina), mais c’est tout de même super bien ficelé de A à Z comme combat, avec comme toujours, une bande-son superbe pour l’accompagner.
L'épisode se conclut par une scène avec ce fameux commandant Keith Sadies, entraîneur des soldats de l’île, et Theo Magath, le commandant équivalent des soldats guerriers de Mahr, dans un dialogue encore une fois à coeur ouvert assez magnifique ou ces deux vieux soldats fatigués de la guerre reconnaissent leurs erreurs et cherchent un moyen de se racheter et d'aider à l'avènement d'un monde meilleur pour les jeunes recrues qu'ils ont perverties au nom d’une cause qu’ils ne défendent plus aveuglément. De quoi gagner un respect mutuel à travers, en guise de dernier moment dans leur vie, l’écoute du prénom de l’ennemi qu’ils ont toujours fantasmé.
Un passage très très fort qui invite une fois de plus à aller retracer le parcours de ces personnages auxquels on ne prêtait pas forcément attention, et qui pourtant sont essentiels désormais dans le parcours de nos héros.
Dans la scène post-générique, comprenant le sacrifice de son commandant et que son père est condamné, même Annie n’en peut juste plus de cette violence. Elle repose la même question à Mikasa de savoir si elle sera capable de vraiment tuer Eren, mais là où on n’attendait qu’une chose, que Mikasa craque et finisse par avouer que non (ou que oui), c’est Annie qui craque avant elle : même elle finit par se dire qu’elle n’a juste pas envie de causer plus de mort, même celle d’Eren.
Il est grand temps d’en finir avec tout ça, la violence n’a plus de plaisir, elle devient presque même facile.
Pour la première fois depuis le début de son histoire, cet épisode laisse entrevoir vraiment comment l'anime peut finir. Et j'imagine que c'est peut-être un poil simplet et controversé (mais j'ai cru comprendre que la fin du manga a fait des vagues et a divisé, ce qui est cohérent), mais je pense que tout se jouera sur… l'amour entre Eren et Mikasa. Chose que je n'avais absolument pas vue venir, tant je pensais que cette ficelle de romance shõnen était une ruse de la série, un enjeu fausse piste qui ne servait qu'à nous dérouter des intentions derrière le personnage d'Eren. Certes, l’anime nous teasait de plus en plus l’importance de l’admiration/l’addiction de Mikasa à Eren dernièrement, mais j’imaginais juste que ça serait un enjeu personnel pour ce personnage.
Bien au contraire, cet épisode, constitué à 80% de flashbacks, place les sentiments entre Mikasa et Eren potentiellement au centre de tout.
J'attendais vraiment l'épisode où les personnages allaient questionner "à quel moment Eren a-t-il atteint un point de non-retour", comme le spectateur se l'est demandé dans le double-épisode dans l'Axe qui présentait le destin d'Eren et le paradoxe, puis l’épisode sur Ymir et la source des titans. Eren s’interroge lui-même et on voit qu’il n’a toujours pas les réponses : il se demande où tout a commencé, avec des flashs sur 1) la première scène de l’anime où Eren pour la première fois des flashs du futur sous forme de rêve sous l’arbre avec Mikasa qui le réville (théorie assez méta sur le début de la série et le fait que tout est l’oeuvre inconsciente d’Eren) 2) l’enclos du cochon (théorie selon laquelle Ymir aurait tout mis en marche pour se libérer à travers Eren) 3) Eren bébé avec ses parents (théorie selon laquelle Eren est naturellement né mauvais et était destiné à apporter la destruction)
Quand est-ce que tout a vraiment commencé ?… Ça revient au même, au final. C’est arrivé selon ma volonté.
Ou 4) quelque chose d’autre complètement : le moment où Falco accepte de remettre la lettre à Reiner par exemple (un des nombreux flashs rapides qu’Eren voit ensuite). Car en fait, virtuellement n’importe quel point peut être le début d’une histoire : le “début” d’une histoire est un artifice lorsque celle-ci est un cycle sans fin de violence. Le résultat est le même pour Eren, qui s’imagine qu’il a eu son mot à dire et son libre-arbitre dans tout ça.
J'étais curieux de voir quelle route l'anime allait emprunter pour chercher à comprendre ce qui a poussé Eren à agir et quels choix ont conduit l’humanité ici. Ce à quoi je ne m'attendais pas du tout, c’est donc la question vienne de Mikasa, personnage qui, comme l’anime nous le rappelle tout le temps, ne pense jamais par elle-même. C’est peut-être une des premières fois qu’on a accès aux pensées de Mikasa et qu’elle constitue un personnage point de vue depuis le premier arc de la série à Trost quand elle croit qu’Eren est mort.
Pour une oeuvre dont la morale semble centrée autour du libre-arbitre, commencer les chapitres finaux de son récit (puisqu’il ne reste plus que l’équivalent de 2 spéciaux après ça) par prendre le personnage le plus contraint, le moins libre de l’oeuvre, et lui donner un libre-arbitre et une voix, ça me semble tout à fait approprié. Je serais surpris que Mikasa (et Armin toujours) ne soient pas au coeur des derniers instants de l’anime avec Eren.
Mikasa qui pense donc par elle-même commence par se demander si Eren a vraiment changé après avoir vu l’océan/embrasser la main d’Historia… ou s’il a toujours été un démon. Question évidemment très intéressante, mais moins importante pour Mikasa que la suivant : “si j'avais répondu autre chose ce jour-là, est-ce que tout aurait pu se dérouler différemment ?". C’est assez tragique car bien sûr elle n’est réellement pour rien dans le Rumbling déclenché par Eren mais va culpabiliser à sa façon, parce qu’elle n’a pas osé lui dire qu’elle l’aime. Et que si on accepte le fait qu’Eren ne s’est jamais senti libre ce qui l’a poussé à détruire l’humanité, on peut se dire que s’il avait reçu un amour assumé de Mikasa, il aurait fait d’autres choix.
En tout cas c’est fascinant de voir que l’anime prend le temps de développer ça ici. Je suis peut-être naïf, mais je me dis qu'une fin d'anime où Eren est raisonné, ou bien une fin qui modifie le passé et créé une timeline différente en amenant plus de bonté dans la vie d'Eren (notamment à travers un véritable amour pour Mikasa/Armin), sont désormais des "happy-endings" envisageables (ce qui était inconcevable pour moi avant cet épisode).
Et en cerise sur le gâteau, l'épisode confirme que la théorie des migraines Ackerman comme d'un automatisme instinctif pour défendre les titans est complètement bullshit, et que toute la détermination de Mikasa pour sauver Eren s'explique par... le fait qu'elle l'aime. Ça paraît évident et je me sens bien bête à avoir cru à cette explication génétique au premier degré la première fois qu'elle nous l'est énoncée en saison 4A, comme quoi Eren m'a roulé jusqu'au bout et que Zeke était dans le vrai.
Toujours est-il que c'est un joli symbole d'une morale de la série inattendue : derrière les twists, les complots et la politique, parfois il faut juste voir les choses simplement pour ce qu'elles sont, comme une histoire d'amour. C'est une morale très forte et très belle qui colle au propos de la série de parler de choses essentielles. L'anime nous a habitué à être rythmé par ses twists et ses revirements de paradigme, et non pas par les sentiments de ses personnages. Ce basculement opéré en saison 4 parfois avec maladresse, parfois avec brio, se concrétise ici vraiment dans la relation entre Mikasa et Eren.
Il faut aussi quand même pointer du doigt que Mikasa et Eren sont quand même centraux dans la majorité des endings de l’anime et ça tourne très souvent autour de l’imagerie comme quoi elle est la seule capable de le “sauver” (ce que Carla Jaeger rappelait sans cesse au début, évidemment dans un sens beaucoup plus littéral de bagarre de rues). Il semble donc rétrospectivement évident, maintenant qu’on sait qu’Eren est l’antagoniste de l’anime, que Mikasa allait être la clé pour la fin. Je pense qu’il n’y a qu’à travers ses yeux que le monde a une chance. Reste à savoir si elle va pouvoir le tuer ou le raisonner, car dans les deux cas, aussi étrange cela-t-il puisse paraître, ça serait une preuve d’amour et de libre-arbitre à la fois. La métaphore de l’oiseau, symbole élémentaire de la liberté, qui accompagne presque systématiquement Eren & ou Mikasa dans beaucoup de plans (et de génériques là encore) servira sans doute comme symbole d’aftermath de l’anime et de sa conclusion sur Eren et le libre-arbitre.
Le reste du génie de ce final tient dans une autre idée : nous montrer l'arrivée des démons insulaires à Mahr, entre l'ellipse saison 3 et 4, plein d'espoir de faire changer les choses et d'instaurer une paix durable. Et là l'anime réaffirme sa vision politique à 1500% en associant les démons eldiens à la situation des migrants, qui subissent le plus l'injustice et la pauvreté dans le monde de Mahr comme sur notre Terre. Le passage où Hanze & co placent tous leurs espoirs en une association de défense des droits des Eldiens, et assistent à un speech diplomatique où un représentant de cette association affirment en effet le droit de tous les Eldiens... de tous "sauf" de ceux de l'île, les "vrais démons", est incroyable de fatalisme et de réalisme. Il rappelle que dans la défense de droits et de causes, on ne peut pas faire de règles morales à géométrie variables, et que si on n'abolit pas tout le raisonnement extrêmiste et fachiste présents dans nos sociétés même dans des cibles "faciles" et lointaines de nous, on ne vaut rien et on ne pourra certainement jamais en finir avec le cycle de violence qui mène le monde à sa destruction.
C'est littéralement un appel à ne plus jamais laisser place aux extrêmes, à ne faire aucune concession dans le progrès et l'ouverture, c'est un message pour tous les hypocrites, les fascistes, les néo-libéraux, libéraux ou pire, les pseudos-progressistes xénophobes, les TERFs, les nationalistes, etc., bref, ça s'applique à plus ou moins tout ce qui fait que le monde ne tourne pas rond en ce moment. Et c'est un message qui doit certainement résonner avec une saveure particulière de la part d'une oeuvre issue du Japon et d'un auteur japonais, dans un contexte industriel très proche de celui du 20ème siècle et des guerres mondiales. Contexte que je ne connais pas assez pour avoir toutes les clés et comprendre parfaitement les motivations de l'auteur, mais dont le message reste si essentiel et global qu'il est quand même plus qu’explicite et mis au service d’une oeuvre dont la richesse n’en finit pas.
Si on peut reprocher à la série de ne plus faire dans la dentelle et de surligner au marqueur ce que le début de saison 4 démontrait déjà avec l'histoire des traîtres du bataillon, la métaphore reste incroyablement percutante et finit de marquer au fer rouge la position de la série face à notre monde. Eldia et Mahr sont un véritable modèle réduit de la situation avec l'occident et le reste du monde sur certains axes d'approche (dans les limites de la fiction et du lore de la série, évidemment).
On a quand même fait un beau chemin depuis le pilote, et je suis très curieux de voir comment l'auteur aura choisi de conclure son histoire, puisque cela donnera soit une vision fataliste, soit une possible solution d'espoir, à tout l'enjeu de guerre planétaire qu'on subit aussi. Car de l’espoir, il y en a : l’amour de Mikasa pour Eren, mais aussi, le fait que dans un monde cruel en guerre, des soldats puissent tout de même passer un moment avec “l’ennemi” plein de joie. La séquence où tous nos héros font la fête dans le camp de réfugiés est géniale, puisqu’ils ne parlent pas la même langue, ce que l’épisode traduit par un montage sans dialogue, et ça suffit pour être heureux. L’essentiel est là donc : pas dans la haine de l’autre ou des discours (c’est d’ailleurs un discours de la prétendue association de droits qui poussera Eren à mettre en oeuvre son plan). Je sais qu’avec mes avis de 4 kilomètres de long je n’applique pas bien ce conseil !
C’est pas facile pourtant, de revoir Sasha notamment, ou de se dire que ce sont certainement les dernières fois que nous verrons nos personnages heureux. Et c’est très révélateur qu’Eren n’est pas heureux. Du moins, pas au début. Là où tout le monde voit le nouveau monde comme une opportunité (bien qu’il y ait des joies comme déceptions et toujours autant de xenophobie et de haine de l’autre), bref, un miroir de l’île du Paradis, Eren n’y voit au contraire que “l’autre côté de la mer”, toujours piégé dans une logique “nous vs. eux” car il se prépare déjà à détruire tout ceux qu’il rencontrera.
Là où tout le monde succombe au plaisir de gouter à une glace, Eren s’en rappelle de par les souvenirs de son père, et cela lui évoque qu’il ne pouvait presque jamais en manger car faisant partie d’une zone de confinement forcée d’Eldiens. Bref, là encore, est-ce vraiment Eren qui parle, ou est-ce plutôt le fait qu’il a été détruit par les souvenirs hérités d’un pouvoir qui le contraint ? La question reste entière. Eren finit par apprécier la soirée, après tout, et versera une larme à l’idée de détruire le camp des réfugiés…
J'ajoute au passage que toutes ces scènes expliquent une riminiscence très légère de Jean dans l’épisode du feu de camp, qui se souvenait de lui en train de faire la fête avec des habitants de Mahr venus d'autres pays, que je n'avais pas comprise (je pensais qu’il se la fantasmait, ce qui est sans doute vrai, mais il le faisait sur la base d’une réalité très proche de Mahr ce qui m’avait étonné). En fait, l'anime a adapté le chapitre précédent de façon fidèle, mais dans ce final, combine deux chapitres : toute l'arrivée des Eldiens insulaires à Mahr était à l'origine placée avant l'appel à la guerre d'Eren et le déclenchement du Grondement, donc, juste après la triplette d’épisodes incroyable dans l’Axe. Ce final combine ce chapitre de flashback précédemment omis, avec les flashbacks centrés sur Eren qui parle à Yelena, à Froch et à Historia… dans une scène très bizarre.
La scène avec Historia, je ne suis pas sûr de la comprendre. D’une part car elle me fait un peu de peine, puisque la reine accepte finalement l'anihilation totale du reste du monde. Mais surtout, la scène n’a pas de conclusion. Eren propose à Historia de combattre, puis de partir. Historia refuse et dit qu’elle ne pourra pas vivre avec elle-même en sachant qu’elle a laissé Eren faire. Ce dernier lui propose de lui effacer la mémoire quand il aura les pouvoirs de l’originel, et qu’il suffit qu’elle tienne d’ici là. Ce à quoi elle lui demande ce qu’il pense si elle a un enfant. Fin de la scène. ??? Sans doute en guise de plan pour survivre quelques mois, car aucun clan n’a d’intérêt à la tuer si elle est enceinte, n’est-ce pas ? Mais… la formulation est très étrange et me fait demander surtout si Eren ne serait pas le père de l’enfant. Et je ne suis pas le seul à y penser (https://www.reddit.com/r/titanfolk/comments/li19po/all_the_proof_you_need_that_eren_is_the_father_of/)
Je ne sais pas si on aura la réponse un jour, c’est sans doute délibérément pour ça que la grossesse d’Historia est aussi peu traitée. En tout cas, tout ça est suffisamment flou pour que ça ait mieux sa place en fin de saison cryptique plutôt qu’en intrigue teasée au beau milieu de l’arc.
Donc globalement même si j’avais fait la remarque que j’aurais aimé avoir vu leur voyage à Mahr avant l’épisode du feu de camp, ce changement d’adaptation reste un choix très judicieux à mon sens qui a permis de maximiser l'impact des épisodes dans l'Axe, de nous laisser dans le flou concernant le basculement d'Eren, et de finir la saison sur un épisode qui bouche rapidement les derniers trous de l’arc et qui peut surtout se concentrer sur un flashback heureux atypique, qui fait le point sur l’essentialisme de la morale de la série.
Enfin, les cinq dernières minutes sont clairement présentes pour nous teaser l'ultime dernière partie. On explicite, au cas où on avait des doutes, que l'humanité ne peut rien faire contre les titans colossaux du Grondement d'Eren, sur une bande-son géniale très old-school dans l’anime (souvent utilisée en saison 1 lorsque des titans venaient terroriser les habitants des murs) et quelques visuels très réussis. Il faut d’ailleurs souligner à quel point le titan originel d'Eren a un design génial que l'anime a eu le très bon goût de garder pour l'ultime plan de cet arc.
Bref, un final excellent, riche en développement de personnages, en humour aussi (ce qui est assez rare), en rétrospectives, avec une narration très maligne (l'anime trouve encore le moyen d'innover autour de son système de flashbacks, en en confrontant plusieurs autour d'une même thématique pour expliquer les motivations de ses personnages) qui perturbe nos repères avant de nous retrouver pour expliquer des choses brutales et cruciales sur notre monde comme sur celui des Eldiens. Le tout en teasant potentiellement, enfin, une porte de sortie pour la série, avec un rôle clé à la fois surprenant et pourtant le plus cohérent possible, de Mikasa.
Vraiment une superbe seconde moitié de saison, ça fait 12 épisodes que je ne m’en remets pas.
