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Le silence sincère des âmes décharnées
Si ma note laisse à penser que la série perd en qualité, alors c'est une fausse impression : les qualités sont toujours là, mais cet épisode sert juste à faire du build up pour la fin et le fait avec une finesse inégale. L'idée de ramener les personnages à leur réalité et à leur névrose était nécessaire et plutôt touchant, prolongeant l'un des thèmes majeurs du show qui est la peur de la mort. L'ultime frontière à transgresser, un tabou ultime là où ce phénomène n'est que l'expression de la mécanique de la vie, soit disant miracle pour mieux cacher sa nature profondément saugrenue.
La mort est un défaite inamovible, l'achèvement d'une vie narrativement incomplète, impuissant que nous sommes à maîtriser notre propre récit dans une réalité incontrolable. Ou les décisions entraînent des conséquences irrémédiables. Ou les échecs ne nous renforcent pas, ils brisent juste notre propre image du soi et nous obligent à revoir nos intentions à la baisse. Ou notre nature profondément sociable sert de remède à l'ennui et au silence, la vraie nature du monde. La vraie nature de la vie : être bruyante dans le silence infini. Nous sommes des créatures entropiques.
Comme simple épisode de transition, pas de surprise à l'horizon, juste un éclatement du récit pour mieux montrer l'absence d'aboutissement de cette expérience sociale. Lee n'est pas Clara, en ce sens qu'elle a perdu cette pulsion utopique, ce besoin d'universalité, de croire en sa capacité de toucher l'autre, de l'inspirer. Comme elle, les personnages recherchent leur motivation première, à s'extraire de leur propre prison et à retrouver l'enthousiasme premier, cette étincelle qui guide dans le noir, cette quête du paradis perdu.
Un bon épisode, qui replace le spectateur dans son rapport aux personnages et laisse apparaître la promesse d'un fin moins frustrante, d'un voyage aux origines du concept d'idée et d'idéal. Une bonne série.
La quête du paradis perdu
Allez, un avis de plus et que dire... la route fut longue, l'intrigue s'est refermé pour ne laisser que des personnages en quête d'aboutissement, à la recherche du bonheur d'un instant où tout avait un sens. Un monde où la présence de Dieu est sensible, où les décisions sont comprises, les malentendus balayés... cet épisode est toi si tu as peur que le temps viennent effacer le bonheur comme des vagues balayant le sable. Cette série est moi, je suis aussi Peter que Janice, je suis Fredwynn et je suis Clara, à la recherche de l'utopie d'une âme d'enfant, de la confiance dans l'inattendu... Clara est moi, seul devant le concept d'une critique... vieille production qu'Elpio qualifie d'interchangeable... ça fait mal... aucune ne l'était, je les ai toute écrite avec toute la sincérité possible.
Entre les lignes, le trajet d'une narration tragique : l'espoir du début, la naiveté, puis la tristesse, le sentiment d'impuissance et à la fin la solitude... JE NE SUIS PAS INTERCHANGEABLE... Clara est moi car je ressens la rage et la haine du silence géné de ceux qui te méprisent, qui ne comprennent pas, où le moindre mot vient briser l'espoir, où chaque tentative échoue ... LAISSEZ-MOI TRANQUILLE... LAISSEZ-MOI...
Il y a dans cette série cette conviction que, derrière le bruit et la fureur du récit, la voix de la vérité est celle d'un enfant qui chuchote... l'enfant est moi si, derrière chaque article écrit, malgré la fatigue et la tristesse, se trouve la quête d'un bonheur, d'une vérité. Ecrire pour exister, écrire pour croire et donner du réel au monde, écrire pour partager dans l'espoir qu'une voix comprenne, que quelqu'un ressente la vérité. Cette série est moi car elle me parle mieux que n'importe qui, elle parle du besoin d'essayer, du besoin d'expérimenter, d'être son propre Dieu, du plaisir galvanisant de se perdre dans son propre univers.
Rondement mené, le récit me parle de tout cela et sais donner de l'importance à l'identification aux personnages, m'obligeant à utiliser de l'intime pour proposer un avis et éviter le schéma automatique du formatage. Car je me retrouve dans certains recoins, j'aurais tellement voulu toucher quelque chose, partager l'expérience de ma vision du réel, croire dans l'échange... Puis comme Clara, je l'ai vu disparaître, réduit à néant sous le coup des reproches et... Clara est moi, l'impuissance de celui qui voulait partager et s'est autodétruit face au mépris... non, pas mépris... ce n'est pas ça. Avant, c'était drôle, écrire sur le site était amusant... puis tout a basculé lentement, tout a glissé et le voile est tombé... le monde ne peut pas être que tristesse et instant manqué... et pourtant si.
Alors on essaie de reconstituer les restes, de reconstruire sur les ruines d'une utopie, de retrouver la magie des instants de bonheur, on se rêve alchimiste d'une réalité en ruines. On fuit les regards des autres, on essaie de se réinventer, et encore une fois personne ne comprends, personne n'approuve, le matérialisme brisant la fragile utopie, comme le vent réduisant le monde en ruines, la fête en silence... Cette série est alors vous, si vous croyez que le bonheur peut surgir de partout, du fait de franchir les étapes imprévus de la réalité, d'avancer sur la toile loin de l'araignée...
C'est vrai que tout le monde parle du web, mais personne parle de l'araignée... j'adore cette idée, j'aime cet espoir, j'aime cette série car elle est évocatrice, elle laisse apparaître toute la vacuité d'une existence humaine, piégée entre le piège du quotidien, la peur du renouveau, la difficulté d'éviter la néothénie et surtout, comme le montre Fredwynn, que l'imprévu est un élément central du bonheur. La joie d'être compris, le plaisir de prendre des risques sans en subir les jugements... mais l'araignée est toujours là, prête à détruire notre regard d'enfant pour nous laisser apeurés face à la foule inconsciente, inaccessible... de celle qui jugent certains travaux interchangeables... fuir le mépris de la foule et la corruption de la soumission au marché pour retrouver la foi dans la lumière.
Autodestruction de la structure du moi
10... Pourquoi ai-je mis 10 ? Je ne devrais pas être surpris, cette série est moi si je joue perpétuellement à casser le mur entre la critique et le ressenti personnel,entre ma vie et mon opinion. La conclusion est la bonne, elle ne pouvais être autre... le but était de parler du moi via une catharsis, de dire ce qui ne peut être dit directement sans paraître pédant ou méprisant. Dispatches from Elsewhere n'est dès lors plus une série, mais le récit d'une errance, celle d'un artiste... non, celle d'une personne, Jason Segel, à la recherche de ses illusions perdues, de son enthousiasme disparu, d'une rédemption après le shitstorm de la fin de How i met.
C'est culotté, c'est ambitieux, surprenant, inattendu et Jason est moi si je pense à mon parcours et à cette nécessité de passer par une phase d'autodestruction, afin de sortir de sa propre bulle. Mais Jason n'est pas moi, il n'est pas nous, et la fin aboutit à la tristesse de ne pas trouver une vraie conclusion à l'histoire de Clara, à comprendre pleinement la référence à Donald O'Connor. Un acteur que le système hollywoodien a essoré certes, mais qui n'a jamais su subir cette phase de remise en cause et n'a eu de cesse de courber l'échine pour retrouver les faveurs de Hollywood.
L'initiative de Jason Segel est louable, chaleureuse et moderne en apparence... elle n'est qu'un aveu d'impuissance aussi, preuve qu'il est difficile de finir une histoire sans froisser le spectateur. La frustration de la fin raté n'est pas effacé par la mise en avant du chemin parcouru, un échec reste un échec et la desintégration du récit, aussi judicieux soit-il, n'efface pas l'absence de respect pour les personnages. Une série tourne toujours autour d'un groupe d'individus et doit se conclure avec eux... autodétruire le récit ne laisse plus apparaître au milieu de cendres fumantes les erreurs et les imperfections de la création.
Un ensemble de ruines ne peut pas être Pompéi, il faut que l'objet reste intacte pour devenir une source de fascination et d'excitation... une fois l'autodestruction faite, aucun retour en arrière n'est possible. Cette série est moi, trop, tant que cela en est effrayant... seul au milieu des cendres de moi-même, cherchant une lumière, un enthousiasme et ne voyant au final que tristesse et ruine. Il est mort, je dois m'y faire... fondu au blanc, spaceship de Philip Glass en fond sonore... cette fois, c'est fini pour de bon. Bye, S.
