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Avis sur les épisodes
The New Pope troque le soleil de l'Italie pour la brumeuse Angleterre avec toujours autant de délice dans la réalisation et la photographie, même si le maniérisme est parfois poussé un peu trop loin (ceci dit, 5/6 personnages qui respectent une distance de sécurité de 2 mètres pour avoir une conversation, c'est amusant dans le contexte actuel).
Le gros challenge de l'épisode, c'était surtout de ne pas rater l'introduction du nouveau Pape qui a la dure tâche de supplanter un Jude Law mémorable. D'où cette très bonne idée de profiter du cadre austère du manoir anglais pour élaborer une histoire de fantôme, chaque protagoniste étant visité par Pie XIII durant la nuit précédant la rencontre avec Branox. Tandis que toute la planète fait ses choux gras de la mort de François II, c'est en réalité le deuil de Pie XIII que doivent enfin faire les personnages à l'aube de l'arrivée du réel nouveau Pape.
L'introduction de John Malkovich, au détour d'un couloir et en clair-obscur, est parfaite. Il n'y a pas de volonté de supplanter Pie XIII, mais au contrairement d'apporter un contrepoint qui est bénéfique aux personnages, aux spectateurs et aux croyants. Un Pape de la mesure et du juste-milieu après un Pie XIII messie et un François II radical. Tout l'épisode baigne donc dans un délicieux climat de moiteur, à la lumière tamisée, comme une longue renaissance de l'univers de la série qui a perdu ses repères depuis le final de la saison précédente.
L'angle psychanalytique, déjà très fort la saison passée, semble se répéter bien que nous ayons cette fois-ci plus de cartes en main (même si Brannox semble cacher un secret au vu des discussions dans les alcôves du Vatican). La série semble aussi affronter plus frontalement des sujets d'actualité (le Brexit, la montée des populismes, le terrorisme), les graines sont plantées et je suis très très curieux de voir quel angle la série va apporter sur ces questions. Du tout bon, une fois de plus.
Moins raffiné et abouti que les 2 précédents, cet épisode a pour mérite de nous donner une idée plus claire de la personnalité de Jean-Paul III. La série privilégie encore une approche très psychanalytique (les Papes sont tous de grands enfants qui essaient de combler leurs frustrations par leur élection), la scène avec les parents est très réussie et souligne toute l'ironie du premier discours du Pape en public qui prône l'importance de la famille et de la tendresse. Deux choses qu'il ignore. Son second discours face aux évêques étaient par contre un poil ronflant, très prechi-precha. L'episode prouve une fois encore les limites du Vatican, qui ne reste que dans le théorique et le symbolique mais n'applique finalement que très peu ses propres principes, comme semble l'augurer l'intrigue des bonnes.
Là où je trouve la série un peu en eaux troublés, c'est sur l'intrigue d'Esther. Bon, je ne suis déjà pas un grand fan dr Ludivine Sagnier et de son jeu, mais je ne comprends pas pourquoi on passe autant de temps autour de ce personnage, surtout pour une intrigue aussi scabreuse et moralement douteuse (pas la première fois que Sorrentino explore son fantasme des difformités physiques, mais je ne suis pas très à l'aise avec ce qu'il en fait pourle moment, mêmesi cela prouve que l'intrigue fonctionne en un sens...)
Un épisode plus inégal, donc, qui manquait notamment un peu d'humour (passée l'excellente blague de Cécile de France sur John Malkovich).
Après 2 épisodes plus calmes qui instauraient la légitimité de Brannox en nouveau Pape, le vernis se craquèle et le Vatican se voit assailli de toute part. Là où la foid e Pie XIII et l'assurance que Dieu était de son côté lui permettait de se sortir de tous les mauvais pas, Jean-Paul III révèle très rapidement les limites de son pouvoir. Il le confesse à 2 reprises durant l'épisode : il a accepté ce rôle par vanité et se demande déjà pourquoi il a quitté sa campagne anglaise. Il n'a ni tendresse, ni compréhension pour les choses du monde et est très vite submergé par la réalité, lui qui espérait réintégrer de la poésie dans l'Eglise.
Cette saison 2 semble donc bien décidée à nous présenter "le monde d'après", celui où même le Pape ne fait plus le poids face au populisme et doit se résigner à se salir les mains pour garder sa part du gâteau. Ce qui est foncièrement amusant avec cette saison 2, c'est son absence de manichéisme là où la saison 1 dessinait des frontières assez nettes entre les bons et les mauvais. Ainsi nous rappelle t-on que Voiello, qui était jusqu'à présent l'ange gardien du Pape à tendance mafieux, a commandité le meurtre du Pape précédent, et que son affection pour Jean-Paul III pourrait rapidement vriller si celui-ci venait à se positionner contre son secrétaire d'Etat. De même, l'abandon de l'impôt italien consacré à l'entretien du Vatican peut sembler effectivement nécessaire, d'autant plus qu'on peine à croire à la "faillite du Vatican" qu'annonce Voiello. Enfin, nous partageons le regard de Jean-Paul III qui est finalement un personnage assez antipathique et déceptif. Son incapacité totale à avoir un regard sur le réel est assez révélateur du rôle qu'occupe le Pape aujourd'hui, et d'une certain inadéquation entre politique et religion.
La série avoue tourner à vide, comme son Pape.
John Paul III n'est que mondanité, et il a besoin de l'avis de Sharon Stone sur l'Eglise pour envisager sa première prise de position. La seule obsession de ce Pape consiste à faire illusion, à exister hors de l'ombre de Pie XIII et de son frère mort. Comme nous le prouve la télévision dans une pièce vide que nous voyons quasiment chaque épisode cette saison, l'Eglise n'a semble-t-il aucune réponse aux problèmes du monde, à l'image de cette intervention assez pathétique d'un Pape cherchant davantage la posture que le propos. L'occasion pour Jean-Paul III de gagner en assurance, mais très brièvement, la série/le showrunner/Dieu/le Destin ramenant déjà sur le devant de la scène la figure de Pie XIII.
par contre, l'intrigue d'Esther est toujours aussi nulle, et la grève des nonnes ne prend pas l'ampleur espérée. Dommage.
