Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
STRATTON: This is fantasy. We won't convince anyone.
Une deuxième partie qui n’a rien à voir avec la première.
Exit la Terre, exit le méta et exit l’humour. On nous sert du CyberLore à fond les ballons, plein d’idées SF et encore plus de violence.
J’ai préféré l’approche légère de la première partie, qui m’a diverti du début à la fin : je passais presque tout mon temps de cette seconde partie à essayer de comprendre tout ce qu’il se passe. Mais cela reste un bon épisode tout aussi rythmé, du coup.
Les Cybermen sont ici bien plus présents, et même si ça s’accompagne de tous les problèmes habituels (d’innombrables captures, échappées, “non nous avons besoin de lui vivant”) et scènes d’actions risibles où les acteurs jouent comme des pieds car ne voient probablement rien dans leurs casques… ben ça reste une histoire qui a sacrément de la gueule pour les Cybermen.
Notamment, je crois que pour la première fois depuis leurs premières apparitions avec One et Two, on évoque clairement le fait que ce sont des humains convertis et pas de simples aliens robots tueurs. Il reste quelques traces de cette approche mécanique ennuyante instaurée par le très médiocre Revenge of the Cybermen (le fait qu’ils aient besoin d’une planète de froid justifiée par leur besoin “d’hiberner” alors qu’ils auraient pu dire que ça fait juste office de frigo pour les cadavres humains - même si c’est sous-entendu).
Mais on évoque tout de même l’horrible processus de conversion avec cette super idée des deux prisonniers du camp de travail qui se sont échappés et qui sont à mi-chemin d’être convertis. Idem, voir Lytton à la fin avec une voix plus robotique, piégé dans une unité de conversion avec des câbles qui lui rentrent dans le corps façon Ghost in the Shell, ça fait son effet. Les histoires modernes de Cybermen s’en sont inspirées, clairement.
Il y a d’autres bonnes idées avec ces ennemis : par exemple, qu’un des deux prisonniers enfile le casque et l’armure d’un Cyberman pour se faire passer pour l’un d’eux, même si ça ne marche pas (encore une idée que Chibnall a piqué d’ailleurs).
On a aussi un scénario bourré de CyberLore, qui a sans doute plein de petits trous (leur design qui n’a rien à voir avec les Mondasiens auxquels ils sont pourtant liés ici), mais ça fait plaisir de voir des thèmes sympas être au coeur des enjeux : l’histoire avec Mondas et la Terre de The Tenth Planet, la planète Telos et l’idée de tombes qui font référence à The Tomb of the Cybermen avec Two…
Et plus globalement, l’idée que ces ennemis veulent détruire la Terre (ou plutôt juste faire crasher une météorite dessus) afin de changer le cours de l’histoire pour sauver leur propre race de l’extinction de Mondas dans le futur, c’est quand même vachement cool. Je ne m’attendais pas à ce que la comète Halley du premier épisode revienne sur le tapis, ça a été ma foi un fusil de Tchekhov plutôt bien caché. Enfin, ça fait toujours plaisir d’avoir la mention des Time Lords et de leurs lois dans l’univers. Le fait de garder le Docteur en vie pour qu’il soit un peu leur “avocat” par la suite, après leur modification de l'histoire, est loin d’être la pire justification que la série ait trouvé d’ailleurs, c'est assez original.
Le scénar’ est en fait assez complexe avec tout ça : quand on pense qu’en plus des Cybermen il y a un peuple d’autochtones sous la surface de Telos, les Cryons, et l’histoire du traître Lytton qui jouait en fait un triple rôle, ET l’intrigue sur la surface avec les prisonniers : l’épisode est vraiment plein à craquer d’éléments de scénario, et même si cela le rend musclé niveau rythme, on perd un peu en fun je trouve, et ça devient un peu confus. Il aurait peut-être fallu écrémer un peu d’éléments scénaristiques.
Les Cryons, justement, auraient pu être écrites de façon plus simples pour alléger l’épisode. L’opinion populaire veut que leur design soit considéré raté ; personnellement je ne les trouve pas si hideuses, elles colent bien à l’ambiance de glace de la planète. Avoir un peuple entièrement féminin (une idéeé du réal), très organique et “flasque”, mystérieuses mais bienveillantes au fond, offre un joli contraste avec les rigides et simplets Cybermen. Le problème est que leur histoire est finalement assez bâclée, notamment à la fin où leur survie est incertaine et hors-champ.
Le world building reste assez cool dans cette partie, j’aime beaucoup la thématique de glace et du froid qu’ils ont donné à l’épisode, et les souterrains de la planète constituent un décor plutôt convaincant.
Le scénario reste complètement, mais absolument débile. Il y a des scènes et dialogues inexplicables qui permettent souvent aux personnages de s’échapper. Le fait que le Docteur soit enfermé dans une cellule avec UNE ENORME QUANTITE D’EXPLOSIFS et UNE CRYON QUI SAIT COMMENT S’EN SERVIR, c’est n’importe quoi, même si le scénario essaye de le justifier, il y avait d’autres moyens plus faciles pour amener les explosifs dans l’équation. En l’état, ça semble juste être une solution pour la fin de l’épisode offerte sur un plateau aux personnages par la main invisible du scénariste. Et puis la "sonde sonique", c'est bien la peine d'avoir supprimé le tournevis pour pondre ça (une phrase que je dis à chaque épisode depuis The Visitation je crois).
Autre point étrange. L’intrigue avec les deux prisonniers et l’humain débile (toujours assez marrant ici) n’aura mené littéralement nulle part puisqu’ils se font tuer à la fin par des Cybermen random. Ces personnages n’auront pas été tout à fait inutiles à mes yeux, puisqu’ils donnent une ancre pour s’investir sur Telos et montrent le phénomène de conversion des Cybermen à l’image… mais d’un point de vue construction narrative, c’est un peu bizarre, comme fin.
Bref le scénar’ est juste bourré de gros trous donc. Un dernier pour la route : pourquoi les Cybermen étaient sur Terre dans la partie 1, par exemple ? Mieux vaut s’arrêter là... j'ai déjà d'autres incohérences en tête...
Le plus marrant c’est que tout ça on s’en fout. Un scénario débile avec des péripéties forcées, ce n’est finalement pas surprenant, et vu la dose d’idées derrière et le reste des qualités de l’épisode, je les oublie totalement. Même si l’histoire ne s’élève jamais aux enjeux qu’elle a posés, ça reste super sympa d’avoir des enjeux et motivations aussi référencées et crédibles.
Et puis, il y a un autre truc formidable, c’est le personnage de Lytton. Ce traître qui était en fait un agent triple, puisqu’il bossait finalement pour aider les Cryons, se fait malmener par les Cybermen dans une scène d’une rare violence pour la série. Ils le torturent en lui brisant les os des mains, ce qui le laisse ensanglanté. Cette violence très sawardienne (malgré les controverses sur le(s) scénariste(s) de l’épisode, il me semble assez certain qu’Eric Saward est celui qui y a le plus contribué), ajoute beaucoup de sérieux et d’impact aux Cybermen, qui en ont cruellement besoin pour apparaître crédibles.
La fin du personnage de Lytton est sublime, déjà parce qu’elle est très sombre (le personnage meurt en état de semi-conversion après avoir combattu les Cybermen avec le Docteur), mais aussi pour tout ce qu’elle implique sur le personnage de Six. Ce dernier, qui est retourné spécifiquement pour le sauver après avoir appris qu’il était de son côté, ne peut empêcher sa mort.
Il y a ce passage super froid où le Docteur s’en veut, reconnaît avoir commis une énorme erreur de jugement, et où Peri lui dit qu’il ne lui a jamais donné sa chance et l’a trop vite jugé. Un peu comme le public avec Colin Baker ?
PERI: You never gave him a chance.
(Peri qui est toujours aussi inutile de l’épisode dans l’action, mais qui est toujours le parfait contrepoids à Six sinon, bref je t'aime toujours Peri)
DOCTOR: It didn't go very well, did it?
PERI: Earth's safe. So is history and the web of time.
DOCTOR: I meant on a personal level. I don't think I've ever misjudged anybody quite as badly as I did Lytton.
C’est super cool et ça a beaucoup de sens de finir par une telle fin pour le retour de Six à l’écran. Dans ses dernières répliques, on sent déjà que ce Docteur évolue petit à petit.
Je trouve ça aussi super que les scénaristes fassent quelque chose de la mort d’un personnage secondaire attachant et important pour le personnage principal du show ; ça rend la mort et la violence finale non-vaines. Là où les bains de sang de Peter Davison étaient souvent “posés là” en fin d’épisodes afin de créer un contraste avec Five, le Docteur mou du genou. Ici, cette fin brutale est vraiment au service de son Docteur et le fait évoluer.
Comme le dit le Doc dans ce qui semble être sa nouvelle devise (il le disait déjà dans l'épisode précédent) :
DOCTOR: Wait, watch and learn.
Bref, Attack of the Cybermen est un sérial surprenant, qui est très dense et change beaucoup de facettes tout au long de ses 90 minutes. Encore une fois on a une histoire de Cybermen où ces derniers sont loin d’en être la principale qualité, par rapport au ton comique puis dramatique très bien géré. Mais leur apparition tient largement la route et leur lore intéressant est mis à profit pour l’histoire.
Que ce soit Six, Peri, le ton “kitsch violent” de la série ou la qualité des épisodes : pour l’instant, rien de ce que j’ai vu de l’ère de Colin Baker ne justifie sa mauvaise réputation sur tous ces aspects. Je suis curieux de voir la suite.
Note moyenne du sérial : 14/20
Quand ton épisode démarre par une scène entre un vieux couple qui matte de la torture à la télé en parlant du gouvernant actuel de leur société de la sorte :
ARAK: The sooner he gets ruled out, the better.
ETTA: What would the next one do different?
ARAK: Everything… Anything.
… tu sais d’office que le scénar va être top. Et il l'est.
Quelle superbe première partie ! La force de cet épisode tient en trois points.
Tout d’abord, l’écriture de la satire politique.
Tous les dialogues sur la planète Varos entre le vieux couple (dont la femme est jouée par la future grand-mère de Clara Oswald pour l’anecdote, je l’ai reconnue eheh) sont exquis. Et il en va de même pour les dialogues entre le Gouverneur et l’acheteur alien intéressé par le minerai et la baisse de son prix.
ARAK: I'm entitled to an opinion.
ETTA: Entitled to a vote is all.
On passe énormément de temps avec uniquement des personnes de Varos, sans Docteur ou Peri, et pourtant tout est ultra limpide, divertissant, intéressant et créatif au point de forcer l’admiration.
Il y a ce concept de population obnubilée par la télé et le divertissement pour oublier leur oppression, idée très très moderne à la Black Mirror et tant d’autres (sans doute inspirée par Georges Orwell à l'époque). Il y a cette idée de vote par référendums “Oui/Non” constants (on sent que The Beast Below reprend son système de bouton). Le fait qu’une majorité de “Non” entraîne l’extermination en direct du Gouverneur actuel est un super twist du premier acte de l’épisode... et le fait qu’en fait il ne soit pas vraiment exterminé mais seulement torturé, c'est encore un twist derrière trop bien ! Il est en fait de coutume qu’au bout de trois ou quatre référendums perdus (donc trois ou quatre doses), le Gouverneur en place meurt et un autre prenne sa place. C’est une idée macabre top et très cynique par rapport au système IRL pas franchement différent... ahem...
Ce qui est top en plus, c’est que dès le début, tu ne peux t’empêcher de prendre aussi le partie du Gouverneur, qui s’auto-ironise prisonnier :
CHIEF: The rules must be obeyed by Governors as well as prisoners.
GOVERNOR: What is the difference?
L’épisode est donc clair sur le fait qu’il n’y a pas de méchants politiciens, moutons débiles ou résistants gentils : il y a juste un système politique pourri, dont le divertissement télévisuel porte bien son nom, à savoir divertir la population des problèmes. Et aucune solution n'est atteignable (d'ailleurs, économiquement l'épisode n'a aucun sens, mais bon c'est de la SF et ça colle au propos donc c'est ok). La planète se fait juste exploiter pour son unique ressource, par des acheteurs au-dessus d’eux. C’est super fort.
GOVERNOR: Even until death. I wish I had something to offer the people of Varos. Something to give them hope.
CHIEF: Bend the truth a little. Imply you intend to squeeze a few million extra credits at the Galatron negotiations. And if you don't... well, fools have short memories.(scène suivante)
ARAK: Why? He's the worst Governor we've had since… Well, since...
ETTA: Since the last one?
Plus que jamais, Doctor Who est écrite comme le reflet de son époque, où le Royaume-Uni est en plein mandat de Thatcher (qui venait probablement d’être ré-élue à l’époque où l’épisode était écrit).
Science-fiction done right j'ai envie de dire.
Le deuxième point super cool de l’épisode, c’est comme toujours, Six et Peri. Je suis toujours fan. Leur dynamique est franchement top : elle est drôle, pertinente pour les deux personnages, pleine de peps, et je pense que Peri n’aurait marché avec aucun autre Docteur. Le moment au départ où le Docteur se plaint de devoir passer l'éternité coincer dans son TARDIS en panne et est jaloux de Peri qui au moins "mourra vite", c'est super bien (et pas à prendre au sérieux, franchement j'espère que ce n'est pas sur la base de ce genre de remarques que les gens renient Six).
DOCTOR: It's a good thing I like you.
PERI: Right now, the feeling isn't mutual.
Le début de l’épisode est un peu longuet tout de même, toute cette histoire de panne de TARDIS... Le fait que le Docteur ait besoin du minerai de la planète Varos pour redémarrer son TARDIS donne une motivation crédible et originale à la visite de ce lieu et donc à l’arrivée du TARDIS. Mais le montage alterne pendant une quinzaine de minutes entre les scènes du TARDIS et sur Varos sans trop de lien. C’est un défaut récurrent des classiques très agaçant... Heureusement c’est largement effacé avec le format 45 minutes puisqu’on ne se dit pas que le Doc et sa compagne n’ont été dans l’action que 10% de l’épisode.
Je pardonne donc aisément, d’autant que cela nous permet de nouer des liens avec Six et Peri : les scènes dans le TARDIS en début et en fin d’épisode (plus rare, mais courant chez Five par exemple) sont après tout toujours les moyens privilégiés pour apercevoir la dynamique entre le Doc et ses compagnons dans les classiques. Enfin, il faut avouer qu’un épisode où les scènes avec les autochtones du jour sont PLUS intéressantes et engageantes que les scènes avec le Doc & la team TARDIS, ça se compte sur les doigts d’une main. Raison de plus pour apprécier l’épisode dans sa globalité.
Le troisième et dernier truc génial de l’épisode se retrouve tout au long du dernier acte. Le Doc et Peri arrivent enfin sur Varos, rencontrent deux victimes directes du système dont un condamné à mort, et doivent s’enfuir dans des couloirs pour échapper à des gardes et retrouver le TARDIS.
Comment rendre ça original et intéressant après 22 ans ? Des courses-poursuites et cache-cache dans le couloir ? Comment rendre ça intéressant visuellement pour l’audience, pour l’histoire ?...
La réponse : le méta.
Tout est méta. <3
Leurs mésaventures sont filmées et retranscrites à toute la planète, notamment au couple de vieux, qui n’avait plus été divertis comme cela depuis bien longtemps. Au passage, toutes les péripéties que le Doc et sa bande rencontrent, sont établies comme des hologrammes : des illusions pour leur faire peur, donner la sensation de danger et régaler les spectateurs. Et cela vaut pour tout le monde. Le méchant capitaliste marchand de l'épisode, la limace aquatique nommée Sil, adore voir les habitants de Varos s'entretuer via leurs votes et leurs écrans télé (grosse métaphore à faire sur notre monde et nos dirigeants aussi)... mais les Varosiens eux-mêmes aussi. Piégés par leur système. C'est tout le but des scènes avec le couple, qui commente l'action de tout ce qu'il se passe, souvent de façon hilarante grâce aux superbes acteurs et dialogues :
SIL: This is the most wonderful entertainment.
ETTA: I like that one, the one in the funny clothes.
Le message est donc ici double :
- Doctor Who est une série fauchée, elle le sait, et elle en fait donc le coeur de son divertissement. Tout tient en la crédibilité non pas des effets spéciaux ou des décors, bien nazes comme toujours (en plus c'est le mec de Frontios qui réalise, c'est donc très pauvre). Mais tout tient bien grâce au scénario, et aussi jusqu'à quel point les acteurs et l’audience y mettent du sien pour y croire. “On a pas un rond mais on sait écrire, laissez-nous vous divertir”. Ok.
- De ce divertissement qui ravive la flamme du couple (= de l’audience) pour leur faire oublier leurs soucis de votes, Vengence of Varos fait passer un message encore plus fort : la télé peut être à la fois un outil du système, mais aussi un moyen de s’échapper. De ce budget-zéro sort un divertissement qui nous fait oublier le temps de quelques scènes d’action amusantes, la politique de Varos… ou de la Grande-Bretagne au passage...
L’épisode a un avantage de son côté : il a terriblement bien vieilli. Ses messages sont toujours d’actualité bien sûr et c'est encore plus parlant dans la seconde moitié. Et aussi, il regorge de guest stars qui ont fait carrière sur petit écran (on a le fils de Sean Connery notamment). C’est totalement involontaire mais je trouve que d’une certaine façon ça amplifie le message de l’histoire.
JONDAR: The crowd loves to watch trialists face a danger they believe to be imaginary. The viewers applaud and shout with laughter as we poor fools walk towards certain death.
DOCTOR: Who loves to watch?
JONDAR: Almost all of Varos. It's the way the officers divert discontent, questions, thoughts of revolution.
On termine le tout par un Docteur en danger de mort (bien sûr ! que faire d'autres comme cliff sinon ?) car on lui projette un écran de désert où il fait une chaleur à en mourir... et il s’imagine donc mourir assoiffé. Littéralement la suspension d’incrédulité mise en abyme.
En parallèle, les dirigeants annoncent que “la fin approche”, attendent que le Docteur ne respire vraiment plus pour faire un décompte de fin de leur transmission et annoncer le cut, tandis que le générique de l’épisode se lance aussi...
C’est du génie.
Un épisode vraiment bon à nouveau, mais Vengeance of Varos avait en fait déjà tout dit dans sa première partie. Constat un peu triste donc que voir ce sérial ne va pas décoller parmi les tous meilleurs. Il reste cependant très appréciable, aisément dans le haut du panier de ceux que j’ai vus - et toutes les qualités du premier épisode se retrouvent ici.
Ce qui est frappant, c’est que même si on peut reprocher à l’épisode de ne pas être subtil dans ses thèmes par exemple, il résonne encore aujourd’hui comme extrêmement pertinent et intemporel. La fascination pour la violence et le drama à l’écran n’a jamais cessé, et même si on est aujourd’hui beaucoup moins choqué par la violence banalisée sur petit écran, d’autres aspects de l’épisode sont de plus en plus en phase avec notre époque (le passage où on te dit que tout le dôme est filmé H24, ultra 1984 dans l'idée).
Pour le reste, il faut avouer qu’il y a moins d’idées ouf que dans la première partie - c’est la simple continuité de celle-ci. Il faut attendre un peu de temps - la condamnation finale du Gouverneur - pour retrouver un peu de dialogues politiques et apprendre une vraie nouveauté sur le système de Varos. En l'occurrence, le fait que les Gouverneurs soient tirés au sort, ce qui les fait tous vivre dans la peur de mourir bientôt, et ce qui les force à essayer de vraiment trouver des solutions aux problèmes du peuple. Un bon concept, pour un bon personnage d’ailleurs. Et la scène où il essaye de raisonner avec le garde (Ser Alistair de Game of Thrones) est plutôt bien écrite : le changement de cœur de ce dernier est rendu crédible en peu de dialogues, pas une tâche facile à la base.
On nous glisse aussi l’idée que le Docteur peut apporter la solution par le pouvoir des mots et non par la force.
GOVERNOR: Let us go, find the Doctor who has words and perhaps knowledge which might bring salvation to everyone.
Pour autant, la fin choisie est beaucoup plus ironique... Pas d'action héroïque, pas de révolution.
Il ne s’agit que d'un coup de chance. Le marché a exigé une plus grosse demande de Zeitan, la fameuse matière première et unique ressource de Varos. Et donc cela a piégé le méchant Sil et l’a obligé à céder à la requête du Gouverneur. C’est une fin à la fois cynique et facile. Car même si l’ironie de la situation est palpable et rappelle quelques morales des épisodes comme Oxygen ou Smile chez Capaldi, le problème n’est finalement pas résolu (et le fait que “le Gouverneur donne au Doc un bout de Zeitan en guise de remerciement” je l’ai vu venir dès les débuts de la première partie, comme fin).
En fait, c’est peut-être une fin facile scénaristiquement parlant, mais c’est finalement plus réaliste qu’une full happy-ending où les opprimés ont renversé tout le système comme la série aimait le faire par le passé (avec les Dalek de One, avec The Sun Makers de Four...). Non, en si peu de temps, Varos ne peut juste pas être indépendante, elle dépend trop de sa matière première et des acheteurs extérieurs tout-puissants qu’on ne montre jamais. Tout ne peut pas être tout rose en une simple journée.
Mais au moins, le Gouverneur réforme véritablement le système de sa société, et c’est pour le moment ce qui est le plus important : que malgré le fait qu’ils soient toujours une planète d’exploités, au moins ils soient unis et solidaires. Sans torture… et sans divertissement pour leur faire oublier leur vie. La fin où on retrouve notre couple de vieux qui n’ont plus la télé et se sentent à la fois libre et sans aucune volonté ou idée de quoi faire de leurs vies, était la fin parfaite.
ETTA: It's all changed. We're free.
ARAK: Are we?
ETTA: Yes.
ARAK: What shall we do?
ETTA: ... Dunno.
Il faut d’ailleurs souligner que les scènes avec le couple portent vraiment toute l’histoire encore une fois. C'est toujours aussi méta et toujours génial.
Certes, comme pour la politique, le méta se voit étoffer de peu de nouvelles idées par rapport à la partie 1. Il y a cette notion de dénonciation au sein d’un foyer (très 1984 à nouveau), mais ça y était déjà en première partie en vrai.
Mais franchement, osef : le postulat de base est top et l’exécution toujours très bien écrite. Leurs commentaires sont toujours hilarants et ça a beau être facile, ça me fait toujours autant kiffer (pour des scènes pourtant rajoutées pour étoffer l’épisode et expliciter le propos) :
ARAK: That's more like it!
ETTA: I thought he was dead.
ARAK: No. Pay attention.
Il y a aussi le fait qu’on découvre qui est le réalisateur qui organise la zone de punition et donc choisit les programmes de divertissement à faire passer. C’est forcément méta, même si son histoire avec ses expériences et son masque ne sont pas très intéressantes, voire totalement déconnectée du reste. Pas trop compris son intérêt, j'avoue, ce qui est un poil dommage.
Idem au début de l’épisode, on a l’idée que le Docteur a failli y passer car son cerveau “croyait trop” à sa mise en scène de déshydratation, et le corps a suivi l’esprit. Encore un bel exemple du fait qu’on s’implique corps et âme dans ce qu’on regarde, parfois au point de nous changer au passage.
Bref c'est juste pareil qu'en partie 1 et donc super.
Autrement, le seul problème de cette partie réside plus dans les péripéties “premier degré” que traversent nos personnages.
Ça commence tout de même assez bien avec la séquence de cuve d’acide qui montre carrément un garde avec sa peau en train de fondre tandis que le Docteur lâche un “Pardonnez-moi si je vous laisse”. Apparemment cette scène a fait polémique et a donné à ce sérial une réputation d’histoire violente à outrance, à l’image de son Docteur. Sérieusement ? ^^ Il est vrai qu’elle a été écrite à la base comme légère et comique, et que les coupures et le montage ont totalement fait perdre cette dimension. Mais la dernière réplique m’a tout de même fait rire et Six ne pouvait rien faire de plus pour les sauver.
En revanche, un vrai défaut de l’épisode, c’est que le scénario cherche parfois à meubler après cela. Le Docteur est à nouveau en fuite, puis re-capturé, puis s’échappe, puis se fait retrouver. L’épisode s’en moque avec le petit couple qui commente l’action, mais quand même : dans les faits, on subit aussi au premier degré ce tournage autour du pot.
Les dialogues aussi sont un peu moins inspirés parfois. “Oh toi le grand Varos, qui a donné ton nom à notre planète”... bon… on a vu mieux comme lore.
Idem pour l’intrigue de Peri. On a ce passage tristement célèbre où Peri et l’autre meuf de la résistance se font transformer en créatures furry animaux chelous : on t’explique la logique derrière qui est une assez bonne idée, mais finalement ça manque de temps pour que le concept soit utilisé (Peri redevient normale cinq minutes après sans séquelles). J’en profite pour donner une update sur mon appréciation du personnage de Peri : cette compagne ne restera certes pas dans les annales des meilleures compagnes (et lire de vieilles reviews de fans anglais de la vieille qui bandent sur sa poitrine me répugne au plus haut point - oui ça existe vraiment bordel...), mais je continue de trouver tout de même cette compagne attachante et volontaire. Le moment où elle retrouve le Doc et lui fait un petit hug est assez mignon et ce n’est que le troisième épisode de Colin.
J’aime aussi le fait que par deux fois dans l’épisode, un Varosien a dit “Peri et son compagnon le Docteur”, c’est une touche assez cool qui montre ici que Peri était la “grande gueule” qui balance toute la vérité dès qu’elle le peut, tandis que le Docteur était plus sournois dans ses intentions. Petit détail mais bon.
Pour en finir avec les problèmes de l’épisode - j’ai tout de même gardé le pire pour la fin : ce passage horrible digne du Doctor Who d’il y a 10 ans, de “oula attention ces lianes en carton sont empoisonnées et ont tué tous les méchants”. Ça n’a vastement aucun sens ce délire de "Poison Ivy" comme dit Peri. Après les superbes idées de la première partie, c’est un petit manque de créativité et de jugeote dans la réalisation concernant tout le côté “jeux pervers méta”.
Côté antagoniste, on a toujours Sil, cet ennemi dont le design original et certes assez mémorable (j’aime qu’ils lui aient donné un traducteur et que parfois celui-ci ne fonctionne pas correctement). Et le côté “Water me!” qui est clairement ce qui a inspiré Cassandra et son “Moisturize me” dans la série moderne. Mais j’ai l’impression que la fanbase l’a vraiment bien aimé et qu’il a été suffisamment populaire pour mériter un retour ? J’ai du mal à lui trouver quoi que ce soit de si spécial. Il était tout de même fun dans son envie de voir des tortures d’humains, et c’est cool d’avoir pris un véritable acteur avec une maladie/handicap pour l’incarner.
Globalement tout de même, deux épisodes ce n’était peut-être pas assez pour développer tout le lore possible de Varos, ou bien cette seconde partie se perd un peu trop dans des péripéties dispensables.
Reste que malgré tout, Vengeance of Varos est vraiment une super histoire. Ce n’est pas toujours fin niveau satire politique (quoique le parallèle au Royaume Uni de l’époque dans la première partie est glaçant), mais c’est super bien dialogué, bien écrit et surtout le méta y est omniprésent et totalement jouissif, ultra novateur, ultra pertinent près de 40 ans après sur la société, la démocratie, la télévision.
Et puis je me pose une question : y a-t-il vraiment des défauts à l’épisode ?
Car ce qui est génial quand même c’est que le méta te permet de tout expliquer :
- La partie “oh non le Docteur s’enfuit, c’est chiant, il est en danger de mort, ah non il n’est plus mort faut suivre” ? Typique de la série… mais aussi typique des programmes de Varos qui tournent en boucle et sont répétitifs.
- Les vilaines lianes tueuses en carton et les décors fauchés ? La planète est aussi fauchée ! C'est tout le but. Ils font l'illusion qu'ils peuvent.
- Ou encore la violence des images : l’épisode est violent parce que justement la torture de personnages est considérée comme cathartique par les Varosiens…
En fait, tous les défauts imaginables de l’épisode/de la série, tu peux les lire comme une auto-critique assumée de l’épisode sur la série. C’est quand même assez beau, cette fine ligne entre le méta et la fiction dans cet épisode, qui se brouille aux meilleurs endroits. C’est la meilleure utilisation possible de SF pour justifier l’existence de Doctor Who, ce petit OVNI qui ne devrait pas tenir debout mais qui marche parce que comme le Docteur dans le Dome de torture : on ferme les yeux et on y croit.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la scène finale de l’épisode donne : “Ok le programme s’arrête. On fait quoi ?”...
... fort heureusement moi, je peux juste lancer le prochain épisode, avec l’intime conviction que non seulement il y a peu de chances qu’il fasse mieux que celui-là, mais surtout, qu’il est quasi impossible qu’il résume mieux toute l'impossibilité de la série que Vengeance of Varos.
Note moyenne du sérial : 15/20
DOCTOR: Peri, how would you like to meet a genius?
PERI: I thought I already had. ;)
Owww <3
Toujours une bonne dynamique qui se dégage de Peri et de Six et ça fait un peu tout le jus de la série, après une gestion des compagnons sous Five parfois hasardeuse. On retrouve un duo Docteur/fille terrienne qu’on n’avait plus eu depuis Sarah Jane (soit plus de 8 ans/saisons), tout de même !
Je suis assez content pour Nicola Bryant qu’elle ait enfin une tenue chaude… Et Peri est ici loin d’être la plus nunuche des compagnes qu’on ait eu. Elle reste quand même beaucoup plus “demoiselle qui fait des chichis” que ne l’étaient Tegan ou Nyssa, mais je trouve qu’on sent que c’est juste dans son caractère d’être ainsi, une américaine râleuse. Jusqu’à preuve du contraire, elle est encore là et est un vrai pilier pour ce Doc bien spécial qui la porte beaucoup en affection. J'aime beaucoup leur relation grandissante.
DOCTOR: Occasionally, just occasionally, your smugness infuriates me.
En tout cas, c’est une bonne première partie qui nous ramène sur une Terre toute juste pré-révolution industrielle. Le postulat d’une assemblée de “génies” est assez intéressant (même si je ne connais pas la figure historique principale, Georges Stephenson, qui a œuvré à la création de la machine à vapeur selon l’épisode).
Mais ce qui fait tout le sel de l’épisode c’est surtout la Rani et sa dynamique avec le Maître et le Docteur.
Concernant le Maître déjà. Cela fait du bien de retrouver le personnage sans déguisement farfelu (c’est la Rani qui s’y colle ici, mais c’est justifié par le scénario dans la mesure où elle est undercover sur Terre pour sa mission), et de retrouver un Anthony Ainley normal qui ne surjoue pas. Même si zéro explication est donnée sur sa survie suite à sa mort par incinération dans Planet of Fire, on notera tout de même que cet épisode est cité par trois fois (preuve que Chibnall a vraiment fait de la merde en saison 12 niveau continuité).
MASTER: I'm indestructible. The whole universe knows that.
La vraie bonne idée de l’épisode, c’est d’introduire un troisième pion dans la querelle éternelle Docteur/Maître qui ne veut rien avoir affaire avec eux, qui considère que le Maître a une obsession maladive et qui les regarde de haut : la Rani.
Clairement, elle est classe. Kate O’Mara est plutôt cool, et faire d’une autre Time Lord Renegate une chimiste qui ne veut pas “conquérir l’univers” ou “faire souffrir le Docteur à tout prix”, mais qui conduit simplement des expériences sur des espèces primitives, c’est super bien. Elle n’est pas méchante ou mauvaise dans le fond, juste sans vraie morale et solitaire.
De plus, toutes les répliques où la Rani décrit le rapport du Maître au Docteur sont super marrantes et clairement ma partie préférée de leurs interactions.
RANI: You and the Doctor are a well-matched pair of pests. You bring nothing but trouble.
Il y a même une vraie dimension méta dans ses phrases quand elle décrit le Maître en le résumant toujours à des plans capillotractés comme jamais :
RANI: What's the Master up to now? It'll be something devious and overcomplicated. He'd get dizzy if he tried to walk in a straight line.
Ce qui est aussi cool c’est que ce nouveau personnage dans le lore Gallifreyien est vraiment présenté de façon fluide. Le Maître connaît déjà la Rani, le Docteur aussi. L’audience n’est pas prise par la main et on sent vraiment que le Docteur a ainsi déjà vécu et peut tomber sur d’autres pseudo-rénégats comme lui à n’importe quel moment. Ce n’est pas le premier Time Lord qu’on trouve dans un épisode par hasard (The Armageddon Factor, The Twin Dilemma…) mais c’est la première fois qu’on tombe juste sur un Time Lord qui faisait son petit business, qui connaît vraiment déjà bien le Maître et le Docteur et qui ne veut pas être dérangée.
Comme si elle ne voulait pas apparaître dans la série et qu’on vient briser sa petite routine : ça renforce grandement l’impression que ce personnage de Rani existe vraiment en dehors de la série.
RANI: I am not interested in your pathetic vendetta one way or the other. Now clear off and let me get on with my work.
RANI: To destroy the Doctor. You've never had any other. It obsesses you to the exclusion of all else. (...) You're unbalanced. No wonder the Doctor always outwits you...
De façon plus générale, les trois acteurs sont cool (Six blasé de retrouver la Rani est un bon moment). J’aime beaucoup le fait que tous les personnages clashent le style vestimentaire de Six et que ce dernier trouve que ce sont tous les autres qui ont mauvais goût. Et l’idée de montrer une Time Lady antagoniste est intéressante et rafraîchissante. Même si je trouve que la Rani se fait un peu trop vite maîtrisée par le Maître... Certes il faut une excuse pour qu’elle accepte de coopérer avec lui, mais c’est une erreur d’écriture de dire que ton nouveau personnage antagoniste est “la plus intelligente de toutes” puis la laisse se faire berner par le Master le plus débile de l'univers.
Ça reste une Time Lady sassy qui clashe le Docteur et le Maître, donc bon, je ne peux qu’aimer. Elle donne un ton assez moderne à l’écriture.
DOCTOR: Well, since we're insulting each other, I can't say I care much for your taste in clothes. Doesn't do a thing for you.
RANI: Hmm, your regeneration's not too attractive, either. But at least I can change my appearance. You're stuck with what you've got. :)
Pour l’instant tout de même le scénario ne casse pas trois briques. Le plan du Maître est, comme toujours, nul (à la fois se venger du Docteur et préparer sa conquête de l'univers...). L’histoire du liquide spécial dans le cerveau, faut un peu fermer les yeux dessus, bien que l’idée autour du sommeil perdu qui rend les hommes agressifs n’est pas si mauvaise. On y glisse aussi notamment un message vegan inattendu (la Rani s’en sert pour justifier ses actions sur les humains).
Il y a tout de même un effort de justifier le contexte historique et de l’exploiter à sa juste valeur. C’est assez sympa que dans la période de l’éveil “scientifique” de l’humanité on y découvre justement la Rani. Utiliser cela en combinaison avec le mouvement des luddites, travailleurs “briseurs de machines” qui ne voulaient pas des inventions technologiques qui allaient remplacer leurs métiers, est une bonne idée.
RANI: These humans you so admire are a feckless lot, always in disarray. The Trojan wars, the Dark Ages, the American War of Independence...
DOCTOR: And now the Luddite riots.
RANI: Perfect cover.
Et c’est con mais j’ai bien aimé le petit gadget de Six pour détecter les problèmes, très “David Tennant” dans l’esprit.
Le scénario n’est donc pas si mal, un peu succinct (on aurait pu imaginer que les effets secondaires des expériences sur la Rani soit vraiment à l’origine du mouvement du luddisme, ou autre) mais avec quelques idées (le simple fait que le contexte des révolutionnaires servent de camouflage pour les expériences de la Rani qui détraquent le cerveau de ses victimes, c’est pas mal). J’espère que le contexte historique sera encore plus développé en seconde partie.
Par contre, il y a tout de même ce cliffhanger horrible ahah. L’idée de prendre le TARDIS et de s’en débarrasser est bonne et aurait dû suffire - et la façon que trouve le Docteur pour s’échapper (mettre le doute dans l’esprit du Maître en lui suggérant l’idée que la Rani le manipule) est bonne également...
Pourquoi donc les scénaristes se sont donc sentis obligés de rajouter ce passage nul de Peri qui, en voulant s’enfuir, “oups”, pousse le brancard à roulettes du Docteur trop fort… ce dernier dévale une pente de 500 mètres pour arriver proche du trou dans lequel le TARDIS est tombé. Mais le Doc se fait arrêter de justesse par des villageois en colère (j’ai vraiment cru qu’ils allaient faire que Peri l’ait poussé dedans !)... pour que ce soit finalement eux qui le foutent sur les rails vers le puits sans fond ahah.
Le tout est super mal filmé en plus, dans un épisode autrement avec quelques plans sympas.
A part cette dernière scène donc et le scénario assez approximatif, cela reste un épisode fun. La dimension historique, le trio de Time Lords, la Rani notamment, Peri et Six : c’est du solide !
