Avis sur les séries
Avis sur les saisons
Une très bonne saison ! Sans doute la meilleure de Tennant, du moins celle qui aligne les meilleurs épisodes sans aucun doute.
La nouvelle compagne, Donna, est vraiment exceptionnelle, que ce soit son caractère, l’actrice, son duo avec le Docteur, tout. L’alchimie des deux porte vraiment tous les épisodes (et en sauve même certains).
L’image ne fait que s’améliorer, on voit que la série a eu plus de moyens. En conséquence, la saison est aussi moins avare en science-fiction, avec beaucoup plus de planètes et d’autres mondes. C'est sans doute encore aujourd'hui une des saisons les plus diverses, colorées, intéressantes à explorer.
La seconde partie est vraiment une des meilleures du show et enchaîne 6 épisodes fantastiques.
Les spéciaux sont plus en demi-teinte, les épisodes de Noël sont tous assez mauvais (et cette "saison + spéciaux" en compte 3, de 2007 à 2009), mais les deux différents finaux que Ten a eu, à savoir Journey's End (la fin de la saison 4 elle-même et la fin de l'ère du Dixième Docteur) et The End of Time 2 (pour le personnage de Ten en lui-même), sont tous les deux dans la même veine : bourrés de qualités malgré quelques faux-pas, ils font tout le charme de la saison et lui donnent son importance, mais montrent aussi ses limites.
La beauté de la saison, c'est que TOUS les épisodes contiennent au moins 2 ou 3 petites références étranges qui trouveront finalement leur explication sur la fin. Entre les multiples retours de personnages, de monstres et de lieux, la saison possède l'une des meilleures continuités du show et approfondit beaucoup la mythologie.
Bref, entre Donna, le fanservice, la conclusion de l'ère du Dizième Docteur et les scénarios globalement de haute volée, c’est du très bon Doctor Who !
Mon classement :
- Forest of the Dead - 18
- Silence in Library - 18
- The Waters of Mars - 18
- Turn Left - 17
- Midnight - 17
- The Stolen Earth - 17
- Journey's End - 16
- The End of Time Part Two - 16
- The Fires of Pompeii - 16
- Partners in Crime - 16
- Planet of the Ood - 15
- The Unicorn and the Wasp - 14
- The Doctor's Daughter - 14
- Planet of the Dead - 13
- The End of Time Part One - 10
- The Next Doctor - 9
- Voyage of the Damned - 9
- The Sontaran Stratagem - 9
- The Poison Sky - 8
"La saison 1, c'est un peu le brouillon de la série : le docteur et sa compagne, qui voyagent à travers l'espace, un mélange d'ambiances, d'époques, de genres et d'émotions. Il faudra attendre quelques années pour un peu plus de folie et de maturité."
Voilà l'avis que j'avais écrit il y a quelques années à propos de la série. Mon avis a depuis pas mal changé.
Cette saison 1 n'est pas que le "brouillon" de la nouvelle série, elle est aussi son socle et son modèle qui finalement a inspiré énormément la suite. Un acteur méconnu du grand public mais à la très bonne réputation dans le milieu, une actrice au contraire très mainstream pour attirer les téléspectateurs, une continuité avec l'ancienne série donnant l'impression d'entrer dans un monde au background immense mais aux possibilités encore plus grandes... Cette saison 1 a brillé dans beaucoup d'aspects, et sans elle, le show n'aurait jamais fonctionné et grandi pour être le show que l'on connait maintenant.
Et elle n'est pas qu'une saison servant de base où l'on "pardonne ses défauts car c'était la première", comme bien des œuvres surestimées sous prétexte de nostalgie, non non. Elle a aussi de très nombreuses qualités en soi. Aucun épisode ne brille particulièrement ni est au-dessus des autres, mais le niveau général est plutôt bon. Les histoires sont variées, différentes dans les tons, et la dynamique entre le Neuvième Docteur et Rose Tyler reste à ce jour l'une des meilleures.
Une chose qui explique selon moi le fait que la saison soit aussi réussie, c'est que Russel T. Davies avait convaincu la BBC de lui laisser reprendre le show afin que cette saison devienne le retour triomphant d'une légende, certes, mais à la base le show a également été conçu pour raconter une histoire avec un début et une fin, dans l'optique d'une annulation... Autrement dit en plus de voir plus large, elle raconte tout de même une histoire d'un point A à un point B et possède un vrai développement et une conclusion. C'est ce qui rend les personnages de Rose et du Docteur si attachants. La grande force de la saison 1 c'est le fait de les voir évoluer ensemble depuis le pilot jusqu'au season-finale. Toute la saison repose sur la spontanéité de Rose qui se mêle au monde à la fois tourmenté et merveilleux du Docteur, permettant à ces deux personnages de s'aider mutuellement à devenir de meilleures personnes. Très peu d'épisodes ne servent aucun propos dans la trame, ce qui donne cette atmosphère générale de confiance et de maîtrise dans toute l'histoire.
C'est cette réussite d'avoir réussi à réintroduire doucement mais sûrement toutes les bases pré-existantes d'une série culte, tout en y ajoutant des touches modernes dans les personnages et d'avoir réussi à écrire et boucler une histoire complète en 13 épisodes seulement, sans pour autant nuire de quelconque façon à une potentielle suite, qui fait de cette première saison une vraie réussite.
Et la suite nous réserve encore les meilleures choses !
Une citation pour résumer la saison :
You could stay here, fill your life with work and food and sleep, or you could go anywhere.
Moyenne de la saison 1 : 14.46
Classement :
- The Empty Child - 17
- The Doctor Dances - 17
- Dalek - 17
- The Parting of the Ways - 16
- Father's Day - 16
- The Long Game - 15
- The End of the World - 15
- The Unquiet Dead - 15
- Bad Wolf - 14
- Rose - 13
- Boom Town - 13
- World War Three - 11
- Aliens of London - 9
Le diptyque de Steven Moffat se place dans le haut du classement, clairement l'épisode le plus moderne et mémorable de la saison, même si finalement il ne représente pas vraiment cette dernière, avec son aspect très romantique, absurde et horrifique. Il est accompagné par le très bon one-shot de Robert Sherman, Dalek, qui complète le podium. Le series-finale et Father's Day complète les "16/20" et pour le coup représentent, eux, très bien cette première saison.
The Long Game a longtemps été un vilain petit canard pour ma part mais son commentaire "politique" sur l'humanité du futur, un gros gros thème de la saison qui se retrouve d'ailleurs dans The End of the World, donne vraiment des thèmes directeurs à cette saison 1. Ces deux épisodes sont très bons et dans le haut niveau de la saison. The Unquiet Dead est vraiment un historical sympa à mes yeux et est un nouvel exemple d'épisode qui s'inscrit très bien dans la saison, servant plusieurs rôles et dans lequel Rose et Nine brillent.
Bad Wolf est une première partie de finale perfectible mais très fun, tout comme Rose, un pilote encore plus perfectible et kitch mais très efficace.
Ne reste donc que le trio des épisodes Slitheen, lourdement en fin de classement. Boom Town ne s'en sort pas trop mal. A noter surtout deux ratés dans la saison : les deux parties de l'attaque des Slitheens à Downing Street. Aliens of London, est un pas en arrière après les trois premiers épisodes de la saison, mais est heureusement rattrapé par une deuxième partie plus réussie, mais pas fameuse non plus au contraire. Ils témoignent de l'aspect cheap souvent reproché à cette saison et à raison, et sont beaucoup plus lents et mal écrits que le reste.
Malheureusement l'une des plus mauvaises saisons du show, bien qu'elle reste suffisamment décente pour qu'on n'ait aucun mal à imaginer une saison moins réussie si cela devait se produire un jour - pour l'instant après 9 saisons, cela n'a toujours pas été le cas, espérons que cela continue.
EDIT de 2019 : lolilol la saison 11 existe donc oubliez, la 2 n'est clairement pas
La grande cause de cette saison 2 plus molassonne c'est que la qualité des standalones n'est pas au rendez-vous. Au cours de mon revisionnage, il n'y a pour ainsi dire qu'UN seul épisode que j'ai un peu plus aimé davantage que le précédent visionnage : School Reunion. TOUS les autres épisodes m'ont apparu comme, parfois, identiques, mais le plus souvent, moins bien que dans mes souvenirs par rapport aux autres saisons (la saison 1 comprise). Mis à part le season-finale, le two-parter du diable, School Reunion donc et ce petit bijou de The Girl in the Fireplace, le reste de la saison est souvent juste "pas mal".
J'aborde toujours chaque saison avec deux angles : la qualité intrinsèque de chaque histoire, grosso modo que l'on peut résumer comme étant la "qualité des standalones", ainsi que fil rouge, que ce soit un arc, une intrigue mystérieuse, l'évolution des personnages ou l'agencement et l'ambiance générale, bref l'objet de la saison. Le fond compte autant que la forme en somme.
J'en ai un peu parlé dans mon avis sur Army of Ghosts, mais Ten convaint moins que Nine en tant que Docteur. Je n'ai absolument rien contre Tennant, il est pour le moment bien dans le rôle, sauf qu'il n'a malheureusement pas encore eu beaucoup de palettes d'émotion à démontrer car l'écriture ne lui rend souvent que peu honneur (cela dépend des épisodes en fait, on en revient à la qualité des standalones, cette dernière ayant un rôle à jouer dans mon appréciation du fil rouge, ces deux blocs ne sont pas distincts). Pas de fausse note particulière pour Tennant donc, mais pas de réel moment emblématique non plus.
Le principal problème, c'est que la transition par Rose est très mal gérée. Elle est trop rapidement balayée dans The Christmas Invasion, ce qui laisse juste une saison où l'on est censé voir deux meilleurs amis vivre les meilleures des aventures possibles... et c'est tout ! Ce que la saison 1 avait soigneusement construit : un Docteur moralement complexe, une compagne humaine et attachante à ses côtés, une relation avec un apport mutuel, un point A et un point B... toute la saison 2 ne fait pas vraiment bouger les choses.
Le pitch est surtout : "donnons à Ten et à Rose une romance naissante", c'est assez bien fait mais ça donne une saison sans grand dynamisme.
A part ça le personnage du Doc n'est pas archi intéressant et se dévoile peu, puisqu'il est "humanisé" à l'extrême par Rose. Sauf rares exceptions (School Reunion par le biais de Sarah Jane Smith et de l'écriture de Toby Withouse qui lui rend honneur même face à des scènes triviales comme face aux Krilitaines, et The Satan Pit dans son échange face au Diable et sa croyance sur le temps), le Dixième Docteur n'est pas un Seigneur du Temps de 900 ans qui a fait une Guerre du Temps. Non, le Dixième Docteur est un alien qui a pour meilleure amie une londonnienne et qui a pris goût à la vie humaine. Pour de vrai. On ne retrouve pas le personnage du Docteur dans son ensemble mais seulement par certains endroits, c'est ce qui me gêne avec cette incarnation. Tous les autres Docteurs sont souvent impliqués et posent leur marque, ce qui créé bien sûr des aspects que l'on aime pas, mais Ten est juste... normal ? La saison s'occupe juste de lui trouver des aventures et du bon temps et ce n'est pas l'approche que je préfère chez Doctor Who.
Le Neuvième Docteur avait un égo surdimensionné concernant son importance par rapport à celles des autres races, le Dixième Docteur est à l'inverse le plus proche possible des humains qu'on pourrait l'être. Le contraste est intéressant, et donne lieu à de très belles choses, notamment son émerveillement face à l'humanité et aux agissements des humains (un thème que l'on retrouve même dans The Age of Steel ou The Impossible Planet, ce genre de petits détails très sympathiques). Je n'ai rien contre un Docteur plus "humain", "charmeur", "drôle" et finalement, plus à même à parler à l'audience mainstream, et je trouve le contexte intéressant car cela permettra une descente aux enfers progressive (dans les saisons suivantes). Le problème est que vu que la descente aux enfers ne peut commencer QUE à partir du départ de Rose, c'est-à-dire dans le dernier épisode de la saison, on a donc toute une saison avec un Docteur qui ne bouge pas d'un pouce.
Il aurait été beaucoup plus judicieux d'intégrer des nuances plus subtiles à son personnage plus souvent. Comme je l'ai dit c'est tout de même en grande partie lié à la faible qualité des loners, il suffit de voir The Idiot's Lantern, Fear Her, Love and Monsters ou même New Earth et le two-parter Cyberman pour voir que le Docteur n'est pas à son meilleur jour. Sur une saison de 14 épisodes en incluant le Noël, c'est beaucoup.
Ce n'est pas la seule chose pour laquelle la saison a pris un tournant opposé à la une. Il n'y a pas de mention de la Time War avant très longtemps, une mythologie très peu poussée, un Docteur très peu intéressant d'un point de vue de son passé... mais aussi une Rose beaucoup plus controversée, à raison.
Si je n'ai aucun mal à dire que la relation Nine/Rose est l'une des meilleures du show, Rose Tyler dans la saison 2 est parfois agaçante sur les bords. Dans le Noël, sa réaction avec le Docteur est un peu disproportionnée. Dans la saison elle est hyper dure avec Mickey ou sa mère sans raison valable, parfois jalouse à l'extrême.
Elle n'a pas que de mauvais aspects cela dit, j'aime beaucoup l'assurance dont elle fait preuve dans certains épisodes comme Tooth and Claw, The Idiot's Lantern, Fear Her ou The Satan Pit, où elle n'hésite pas à prendre la situation en main. Mais où est la Rose Tyler qui était prête à se mettre entre un Dalek et le Docteur pour affirmer son opinion ? Où est la Rose Tyler qui a ouvert le coeur du TARDIS pour sauver le Docteur ? Où est la Rose Tyler qui a brisé toutes les lois du temps pour sauver son père ?
Oui, l'aspect téméraire est toujours là, mais il y a bien un facteur qui manque : le cœur, l'affection, l'humanité, la sensibilité de Rose de la saison 1.
En même temps, avec un Docteur aussi bon-copain, ce n'est pas étonnant. Il déborde tellement d'amour, de joie et d'émotions, qu'elle ne passe plus pour la jeune fille qui découvre l'univers et y apporte son humanité dans les pires situations même les plus négatives... non, maintenant en saison 2, Rose Tyler est plutôt la gamine capricieuse qui a eu la chance d'être dans le TARDIS et qui le prend pour acquis. Je grossis les traits car il y a des épisodes où elle est très bien. Et encore une fois, je n'ai rien contre cette évolution, qui est très joliment adressée par Jackie dans Army of Ghosts, quand elle lui dit qu'elle ne reconnaît plus sa fille... mais ça c'était l'épisode 12 ! Durant toute la majorité de la saison, j'aurais aimé avoir plus de nuances de ce type. En saison 1, on voyait déjà les mauvais traits de la personnalité de Rose, elle était déjà ennuyante avec Mickey, elle était déjà jalouse (de Lynda par exemple), mais puisqu'elle offrait beaucoup d'autres choses à côté, ces aspects ne semblaient pas dominer sa personnalité. Rose en saison 2 est toujours aussi attachante, et elle gagne en confiance, mais on perd ce côté si sensible qui faisait tout son charme et qui était pourtant - je le croyais - inscrit dans son personnage (rien que par son nom - fragile comme une Rose).
Forcément, si on associe dynamique de personnages statique et personnages en eux-mêmes attachants mais pas toujours montrés sous leur meilleur profil, et que l'on y ajoute un arc pas tip top ("Torchwood" étant beaucoup moins subtilement amené que Bad Wolf - c'est parfois mentionné deux fois par épisode - et moins mystérieux aussi), le fil rouge de la saison 2 n'est juste pas bon. La succession quasi-constante de loner est agaçante, il n'y a jamais aucune continuité hormis le départ de Mickey et son retour (une moitié de saison donc, au milieu tout est interchangeable). Pour que la continuité de la saison repose sur un personnage aussi médiocre (il faut voir la transition de Mickey entre School Reunion et The Girl in the Fireplace, elle est nulissime), c'est qu'il y a un problème.
Pour résumer tous mes problèmes avec cette saison 2 :
- Un Docteur limite trop puéril, ou qui ne possède pas assez de moments pour briller malgré Tennant qui pouvait pourtant faire "so much more !" (si vous avez capté la référence, bien joué).
- Une compagne qui perd l'un de ses principaux traits pour devenir parfois agaçante, même si paradoxalement elle est quasiment plus mise au centre que son Docteur dans la saison.
- Un arc qui n'en est pas un, ne laissant qu'une continuité branlante entre les épisodes
- Des standalones trop faibles (l'opener, le double sur les Cybermen, celui avec la télé qui bouffe les gens, celui avec la môme...)
On peut trouver de qualités à cette saison dans l'ensemble. Chaque point positif que je peux trouver ne résulte pas QUE de la performance d'un épisode individuel seulement. La relation Ten/Rose, j'ai beau objectivement trouvé les deux personnages un peu faibles, mon petit coeur de fan encore ébranlé par le premier visionnage de Doomsday ne peut s'empêcher des les aimer ! Ils sont charmants. La saison a aussi tenté de nouvelles choses (certains épisodes expérimentent des genres, comme The Girl in the Fireplace ou Love and Monsters, et la saison créé la notion de Christmas Special).
Oui mais voilà, il faut être réaliste, si le seul but de la saison après The Girl in the Fireplace est d'offrir une belle porte de sortie à Rose, il y avait beaucoup, beaucoup mieux à faire.
Mais au moins maintenant, la voie est libre pour que notre Docteur reprenne du pep's et s'affirme, en espérant que la saison 3 saura plus revenir à ce qui avait fait la très bonne qualité de la première saison : une compagne intéressante, une mythologie et un personnage principal complexes et une meilleure balance entre légèreté/kitsh et sérieux. Ce qu'elle réussira à peu près.
Moyenne de la Saison 2 - 13.85 (tout de même pas mal pour la "pire" saison d'un show)
Classement :
- The Girl in the Fireplace - 19
- Doomsday - 17
- The Satan Pit - 17
- School Reunion - 16
- The Impossible Planet - 16
- Tooth and Claw - 15
- Army of Ghosts - 14
- Love & Monsters - 13
- The Christmas Invasion - 13
- The Age of Steel - 12
- New Earth - 12
- The Idiot's Lantern - 11
- Rise of the Cybermen - 11
- Fear Her - 8
Avis sur les épisodes
Rien de révolutionnaire dans ce Revolution of the Daleks, mais Doctor Who revient avec un bon épisode spécial festif qui saura faire plaisir.
Plus de détails dans la critique...
Le début de l’épisode est un pur calvaire. Je parle souvent du “syndrome de la série classique” où sur les 25 minutes d’épisode, on suit un peuple sur une planète quelconque s’agiter autour d’enjeux incompréhensibles pendant 15 minutes, avec quelques maigres scènes dans le TARDIS pour nous faire patienter, jusqu’à ce que le Docteur décide enfin de se bouger les fesses et que le scénario les amène ensemble.
J’ai dit aussi que jusqu’à maintenant cette saison, les épisodes qui auraient pu souffrir de ça ont été assez épargnés grâce au format 45 minutes : après tout, si voir le Doc et Peri s’engager dans l’action qu’au bout de 15 minutes sur 25, c'est assez gênant, quand c'est 15 minutes sur 45, ce n’est plus si grave…
Et puis il y a Timelash. Bordel. Timelash qui prend tous ces défauts et les accentue à l’extrême :
- le Docteur et Peri ne viennent dans les événements qu’au bout de VINGT-DEUX MINUTES D’EPISODE. Ils passent TOUTE la moitié de cette partie, soit quasi l’équivalent d’un épisode classique conventionnel, à ESSAYER DE CONTRÔLER LE TARDIS.
- TOUT le lore des personnages sur la planète est complètement branlant et incompréhensible. On ne comprend pas qui est qui. Le système politique est flou. C’est tout bonnement interminable : le scénario fait des milles et des cents pour FAIRE PERDRE UNE AMULETTE à une fille qui tombe dans un portail (appelé “couloir temporel”, qui n’est autre que le fameux “Timelash” de l’épisode, une bonne idée mais reprise de Resurrection of the Daleks comme le fait remarquer Peri). Tout ça permet à cette fille de faire coucou au Docteur dans le TARDIS en apparaissant de façon fantomatique.... N’y avait-il vraiment AUCUN autre moyen pour arriver au même résultat ?!
- Les décors sont absolument à gerber, insipides à l’extrême. C’est du pur The Horns of Nimon : des murs de studio d’un blanc immaculé, des costumes pas crédibles, les personnages qui ont 4 ombres à cause des projecteurs. A aucun moment tu ne crois en l’existence de cette planète : le script n’est pas assez malin pour contourner ce problème en plaçant l’intrigue dans des immeubles, et la réalisation est risible. Je déteste, déteste cette ambiance. L'épisode a été clairement le "sacrifié" de la saison : ils ont tout réécrit pour avoir le moins de personnages et de décors à faire, et ça se voit.
Bref c’est vraiment un calvaire et en plus c'est totalement convenu. On a une population contrôlée par une puissance cachée à l’aspect secret, une histoire d’ancienne guerre, un petit groupe de résistants, des couloirs que Peri résume très bien en “It’s all the same to me”, et on a même une grosse bêbête dans une caverne.
On ne bite globalement pas grand-chose, principalement parce qu’on n’en a rien à foutre. Même si l’épisode se donne énormément de mal pour nous prendre par la main. Tu sens la détresse du scénariste quand il fait dire à ses personnages : “Mais si, trucmuche que j’ai connu toute ma vie, nos ennemis les Bandrils, tu te rappelles ? Ils vont finir par intervenir !”. A deux doigts de supplier l’audience de retenir les noms importants.
Déjà que Doctor Who est kitsch de base, je vous laisse imaginer le degré de crédibilité avec cet épisode kitsch lui-même de 10 ans au sein de la série (on dirait un épisode sorti tout droit des pires heures du début du show).
Et puis…
Et puis tout bascule. Vraiment. Ça ne devient pas non plus phénoménal, mais les bonnes idées s’enchaînent.
Déjà, je suis un peu de mauvaise foi quand je dis que tout le début est entièrement à jeter : malgré les passages douloureux, l’épisode a su capter mon attention quand tous les personnages de la planète nous font vite comprendre que le Docteur est déjà venu les voir. Je pensais au début à une visite en hors-champ, façon The Face of Evil. Et puis WHAT, un des personnages a un collier contenant le portrait de Jo Grant ? Pardon ? C'est trop cool !
Idem, même si Peri est nunuche, et que ce qu’on lui fait faire est nul, j’aime toujours autant son côté blazé de tout (et ça c'est volontaire dans l'écriture). Le Docteur semble toujours au bout avec elle, mais ne peut s’empêcher de la supporter car il l’aime bien, et ça me fait bien rire :
DOCTOR: Does nothing please you?
Puisque je parle de lui : Six a globalement toujours de super vannes avec tout le monde, d’ailleurs :
TEKKER: We are honoured that you have decided to visit us again after all this time.
DOCTOR: Indeed you are.
La politique au début était certes un peu incompréhensible, et pas très efficace dans son message pour l’instant, surtout par rapport à Vengence of Varos un peu plus tôt. Mais il y a, à nouveau, quelques bonnes répliques :
BORAD: Time for another election. Inform Tekker that I have elected him.
Et enfin, l’épisode décide de sortir de son horrible cadre pour exploiter son concept de couloir temporel (un pitch assez okay), débouchant à n’importe quelle époque sur Terre, pour nous amener en 1885. Les scènes dans le passé sont beaucoup mieux : le personnage d’Herbert est super sympa et ferait un très bon pseudo-compagnon. Les scènes comiques fonctionnent toutes (Herbert dont la première réaction en voyant le Doc est de vouloir l’exorciser). Et même si je ne capte toujours pas l’intérêt de la moitié du scénar’, les idées sont là.
Il commence même à y avoir quelques bonnes répliques méta, comme Peri qui commente la pauvreté des décors, ce qui pardonnerait presque la réalisation.
Je ne sais pas si cette fin d’épisode est une simple éclaircie dans un script lourdingue bourré de problèmes et accompagné par d’immenses lacunes dans l’exécution. Ou si Timelash dévoile vraiment ses cartes et pourra rebondir.
En tout cas, cette première partie ne reste pas très bonne. Impossible avec un Docteur si absent au début, un visuel si hideux, des personnages secondaires pour la majorité aussi médiocres (et l’acteur du “ministre” est très bof). Mais c’est aussi loin d’être la pire chose jamais vue dans Doctor Who, ne serait-ce que cette saison.
C’est pas bon hein, mais curieusement, l’épisode passe du catastrophique au “hey, mais c’est pas con du tout ça, ça devient regardable !”, ce qui me rend drôlement curieux.
HERBERT: After all, what is time to a time machine?
DOCTOR: A very great deal.
Damn ce glow-up de ouf.
Ça démarre doucement avec des trucs encore débiles : “the time web”, des personnages qui sont tenus en vie par magie, le Doc qui veut aller dans le timelash pour récupérer un crystal de je-ne-sais-quoi… L’intérieur du poortail part d’un bon concept et se vautre totalement : dans la tête des scénaristes, c’était sûrement une sorte de cascade abstraite de diamants. On a en fait un mur d’escalade cheap (on peut voir les découpes des cartons...) éclairé par une boule à facettes au rabais.
Pour couronner le tout, beaucoup d’acteurs sont absolument nuls : la fille autochtone notamment, récite ses répliques de la même façon, qu’elle soit inquiète, contente ou apeurée. En revanche, je dois dire que l’acteur qui joue “Tekker” le ministre à la botte du méchant, que je trouvais mauvais en première partie, a ici une vraie dimension over-the-top que je trouve réussie et qui donne des scènes plutôt drôles.
Et puis un peu comme en première partie, ça se réveille, plus rapidement cette fois. Enfin surtout grâce à une chose : le scénar’ laisse Colin Baker faire son Colin Baker. Et ça devient même super par moments.
Les dialogues de Six sont top. Mine de rien pour moi, un Docteur charismatique, c’est toujours ce qui fera la différence entre les épisodes classiques nuls et les épisodes classiques nuls ET non-sauvables. Je suis vraiment team Six à fond et je ne capte pas les critiques qu’on lui fait (je dois dire ça à chaque épisode cette saison). Il a certes une haute estime de lui-même, mais quel (bon) Docteur n’en a pas ? C’est ce qui le rend aussi alien et supérieur, parfois. De plus, tout est fait avec humour et bienveillance. Et malgré ses airs de loup solitaire et impitoyable, il est toujours dans l’envie d’aider et ici prévient même le méchant que c’est lui-même qui causerait sa fin en l’attaquant. Quelque chose que les Docteurs du New Who adorent faire notamment. Je peux citer une dizaine d’épisodes où j’ai trouvé One plus détestable ou Four plus sanguinaire et gratuitement violent.
DOCTOR: When we've stopped congratulating each other, perhaps we can get on.
Il y a aussi cette superbe idée du “décaleur” temporel du Docteur. Un gadget que le Doc se fabrique qui ne permet pas tout à fait un voyage dans le temps, pas tout à fait un arrêt du temps. C’est une suspension faite uniquement pour son point de vue qui lui permet de faire des actions en avance et de projeter un hologramme en parallèle. Il est ainsi à deux endroits en même temps, mais le reste de l’univers ne peut voir que sa projection et pas le "vrai lui" : ce qui le rend en gros invisible aux yeux des autres.
...
Pas mal hein ? L’invisibilité par du timey-wimey, même Moffat n’y a jamais pensé, et il nous a tout fait !
Ce concept explique aussi une image bizarre vue dans la première partie (un androïde qui apparaissait et prenait feu). Un concept très malin qui aurait certes pu intervenir dès cette première partie justement, plutôt que de n’être utilisé que deux fois. Mais c’est rare de voir la série classique jouer vraiment avec du timey wimey surtout depuis le départ de Douglas Adams, c’est donc assez créatif et jouissif.
En passant j’aime toujours autant l’idée d’avoir eu un ancien Docteur venu sur cette planète en hors-champ, même si c’est moins bien fait en tout point que The Face of Evil notamment, ça permet tout de même de faire sortir certains passages du lot (le poster de Three).
Le grand méchant Borad se révèle ensuite, et même si c’est une des pires parties de l’épisode, tout n’est pas mauvais à son sujet. Ses motivations sont nazes, mais son visuel réussi : le maquillage de son visage difforme est super cool et creepy et j’aime beaucoup cette référence au monstre du Loch Ness à la fin (qui n’est selon moi pas incompatible avec Terror of the Zygons). Son premier affrontement avec le Docteur n’est pas trop mal et permet de mettre en scène le fameux gadget d’invisibilité temporelle. Par contre, son deuxième affrontement (final) est expédié. Il y a quelques bonnes idées… mais son plan de capturer et convertir Peri pour en faire sa femme (n’y a-t-il aucune autre fille sur cette planète qui ferait l’affaire ?), c’est de la merde.
Peri qui d’ailleurs est toujours aussi inutile, c’est vraiment tragique de la voir cantonner à ce rôle de demoiselle en détresse. Tu sens que le script essaye d’être un peu progressiste sur ce point, cf la réplique suivante :
HERBERT: Oh, but she's a girl. This is work for men.
DOCTOR: Men? Look, what I'm about to do is very dangerous. There's nothing particularly masculine about throwing your life away.
Mais finalement les filles restent toujours inutiles dans tout l’épisode : le scénario n’applique pas ce qu’il dit. Je pense sincèrement qu’il était impossible pour les scénaristes ou pour Nicola Bryant de battre la vision préhistorique de la place de la compagne qu’avait JNT/la production de l’époque, et c’est bien malheureux… Timelash est probablement la pire histoire de Peri. Il faut en effet souligner ici que “Peri qui est une criarde”, c’est littéralement un point utilisé dans l’histoire par le Docteur… ça montre la vision du personnage dans l'univers aussi. Cette régression de la vision de la compagne, sérieux...
Le script est très mauvais sur plusieurs autres scènes. Le grand méchant a aussi sa faiblesse sur les miroirs qui donne un climax d’action tout naze et un dilemme éclaté sur son apparence. Sans parler de son retour balancé à la fin en mode “AHAH EN FAIT J’AVAIS UN CLONE” : c’est tout pourri. Le script est extrêmement faible, je pense que tout le monde le sait et personne ne peut défendre le contraire et je ne comprends pas comment personne n’a fait de relecture en disant “les gars, c’est nul”. Purée mais :
BORAD: I must have forgotten to mention the other experiment I have been engaged in!
Non quoi !...
Et puis cette histoire d’ennemis de la planète Karfel, les “Bandrils” qui arrivent pour lancer un missile sur tout le monde, ça se voyait venir à des kilomètres et ce n’est juste pas très divertissant ni bien écrit en termes de “politique” (même par rapport aux standards de la série). J’aime tout de même la réplique où Six menace les attaquants en disant qu’il est président du haut conseil gallifreyien, ça en jette.
C’est assez dingue d’avoir de superbes idées côtoyées par de si mauvaises - ou en tout cas, une si mauvaise exécution. Je pense qu’avec un meilleur script editor en charge, cet épisode serait très bien. Saward a en effet pas mal galéré en devant réécrire cet épisode, qui était trop explicatif dans sa première partie (sans blague) et trop court dans sa deuxième (d’où les idées de ramener le méchant ou meubler avec de longs dialogues).
Il y a tout de même ce superbe personnage de Herbert. Cette blague ambulante qui ne fait aucun sens (c’est un terrien du 19ème siècle et il n’est jamais choqué par ce qu’il voit). Sa dynamique et ses dialogues avec le Docteur sont super :
HERBERT: Shouldn't we prepare for the attack on this place, Doctor?
DOCTOR: I am!
HERBERT: Sorry about this, but I was only getting in the way with the others.
DOCTOR: And what makes you think you won't do the same for me?
HERBERT: Oh no, don't worry about me, Doctor.
DOCTOR: I'm not.
DOCTOR: To be perfectly frank, Herbert, when I go, thoughts of you will be very low on my list of regrets.
Le personnage est finalement un énorme pastiche de l’humain paumé qui accepte toute la SF comme argent comptant...
… et c’est car ce n’est autre que Herbert George Wells… auteur britannique considéré comme l’un des pères fondateurs de la science-fiction. Ce twist est génial parce qu’il donne du sens à tout l’épisode.
En effet, Timelash était finalement un concentré d’un peu tout et n’importe quoi de Doctor Who et de SF : une machine à remonter le temps bien sûr, des androïdes, une créature souterraine appelée Morlox, un hybride suite à une expérience qui a mal tourné, une réinterprétation de l’idée “”””chevaleresque”””” du méchant Roi qui veut trouver sa Reine, du voyage dans le temps à petite ou grande échelle, le concept d’un homme invisible, des négociations échouées entre deux peuples aliens, résistants d’une nation qui renversent leur oppresseur... Il y a BEAUCOUP de choses.
Or, Herbert George Wells a (selon Wikipédia) :
- écrit un roman littéralement intitulé “l’Homme Invisible”
- écrit "la guerre des mondes" avec une des premières descriptions du concept de robot extra-terrestre "moderne"
- un autre roman où des humains font des expériences se mixant avec des animaux (qu’un épisode des Simpsons a parodié de mémoire, c’était gênant d’ailleurs, bref)
- un autre littéralement appelé “The Time Machine” (!) avec un monstre appelé Morlock (!)
- était considéré comme le Jules Verne français qui exagérait les innovations technologiques de son époque, ce qu’il réfutait
- s’est dit en revanche inspiré par tous les travaux de type Frankenstein de Mary Shelley
- était apparemment un socialiste convaincu qui n’utilisait pas la science-fiction comme critique directe de la société mais comme futur alternatif possible...
En fait Timelash est une énorme mise en scène qui n’a pas beaucoup de sens, qui est arriérée sur certains points, progressiste sur d’autres, et qui est un joli bordel mash-up de plein d’idées.
Et avec ce twist, Timelash devient littéralement ce qu’il doit se passer dans la tête d’un auteur comme Wells pour aboutir à toute son œuvre et à “créer la science-fiction”. C'est brillant.
C’est bien sûr comme ça que je choisis de lire cet épisode, je lui pardonne sans doute trop à cause de ça. Mais je crois vraiment que c’est aussi l’intention de l’épisode. Après tout, comme 80% des scripts de la série classique, il a été commandé en n’ayant rien à voir avec sa version finale (à la base ça devait être des Daleks - d’où peut-être le couloir temporel qui revient ?). Mais UN élément était là dès le début : oui, Herbert. Je ne pense pas que ça soit une coïncidence si tout l'épisode est construit autour de lui. Quel dommage que Timelash ait été l'épisode jugé "classique" par la production et que ç'ait été celui qui a été sacrifié pour faire de la place pour les autres. J'aurais bien aimé qu'on nous épargne les Sontariens de merde à Séville pour voir ce qu'un vrai Timelash aurait pu donner.
Bref quoiqu'il en soit j’adore ce twist à fond, je pense qu’il illumine tout l’épisode différemment et je trouve ça parfait que l’épisode se conclut sur ça. Tout est résumé :
HERBERT: It's science fiction!
DOCTOR: Not quite.
Bien sûr je n’ai pas non plus adoré l’épisode. On reste dans Timelash, et là où il y a une bonne idée, il y en a toujours une autre très mauvaise pas loin derrière. Prenons la fin par exemple. Faut-il revenir sur ce climax immonde où le Docteur fait limite ses adieux à l’univers en faisant collider son TARDIS avec la météorite qui les menaçait tous… avant de revenir comme une fleur à la fin pour arrêter le méchant, et n’avoir en guise d’explication qu’un “I’ll explain later” ? Il est impossible de ne pas se dire que c’est en grande partie à cause de cette horrible résolution aussi honteuse que ce running-gag de “I’ll explain later” est né. Une moquerie que Moffat parodie allègrement dans The Curse of the Fatal Death, d’ailleurs. Incroyable de se dire que Saward a supprimé l’explication qui était dans le script de base. Après, c’est aussi à lui qu’on doit certains bons échanges entre Six et Herbert à la fin. Déjà que le budget de l'épisode était sacrifié, le script n'avait pas besoin de logique en moins.
Mais bordel, H.G. Wells pour expliquer de façon méta tout l’épisode, c’est une idée beaucoup, beaucoup trop brillante pour que tout l’épisode n’approche ne serait-ce que le bout du doigt le bottom des classiques.
J’avoue ne pas voir en quoi ce sérial est donc si honteux vis-à-vis de sa réputation et par rapport à tant d’autres épisodes moins inspirés que lui, même s’il a objectivement des problèmes d’écriture béants. Oui, il a des acteurs atroces, des incohérences énormes, du foutage de gueule sur certains points, Peri y est absolument massacrée et presque tout est cheap. Mais il y a aussi de jolies trouvailles scénaristiques, certains personnages attachants, des performances réussies, un Docteur impérial, quelques idées anodines intéressantes et un twist de malade qui rend le tout justifiable, historique et instructif - en tout cas qui me parle beaucoup. Je suis beaucoup trop fan quand Doctor Who se sert de la SF pour souffler des idées à des figures historiques et met leurs idéées en lien avec son propre scénario.
C’est du Doctor Who en roue libre total donc, mais c’est aussi du Doctor Who avec juste une super idée et parfois ça suffit.
Note moyenne : 11.5/20
Tous les épisodes de la saison sont-ils centrés sur des expérimentations génétiques ? On peut légitimement se demander…
Une première partie intéressante qui a une principale qualité : la réal’. Graeme Harper est derrière la caméra et c’est vraiment sublime. Les scènes d’extérieur sont superbes, la violence, le bleu des habits (bonne idée de Saward de cacher cet horrible costume de Six), la neige, les plans à travers les arbres : il y a une vraie ambiance de contraste chaud/froid super bien trouvée. Plusieurs plans sont originaux, ya des travelings (c’est si rare), et même si même Harper ne peut pas rendre crédible un cliffhanger si plat (une statue qui tombe sur le Doc, oulala je suis intrigué : le Docteur va-t-il survivre ?! ._.), et que certains zooms sont assez vieillots, dans l’ensemble c’est superbe.
La caméra à elle-seule porte tout le début d’épisode. Et elle souligne avec brio la violence de certaines scènes. Plus tard, le passage où la pilleuse de tombe retrouve son père à moitié muté en Dalek et placé dans une coquille vide de Dalek est génialement glauque. Le design du Dalek transparent est aussi superbe, dommage que la série ne le reprenne jamais.
Cette première partie commence super bien dans l’ensemble : l’idée de donner une raison à la présence du Doc et de Peri sur une planète (le Doc vient suite à la mort d’un de ses amis) est original et permet de nous présenter immédiatement les enjeux et un contexte crédible. Tout le world-building est assez exemplaire : il y a au bas mot 5 groupes différents de personnages (le Doc/Peri, les deux pilleurs de tombes, Jobel l'embaumeur, les travailleurs, Davros/les Daleks et la cheffe d'entreprise et son assistant)... et tu n’es plus ou moins jamais perdu, toujours intrigué.
Et c’est du Saward donc c’est méga sombre. J’ai déjà cité quelques scènes perturbantes, mais ça se retrouve dès les dialogues :
PERI: I killed him… and he forgave me.
C’est si sombre purée ahah.
En plus de l’écriture et de la caméra qui nous maintiennent en alerte, tout le début enchaîne les WTF : les transitions avec le présentateur télé qui prend les traits de John Lennon ou Elvis Presley et commente de façon méta l’épisode et les péripéties du Doc et de Péri en détresse, ça n’a aucun foutu sens ahah. L'acteur en fait des caisses parfois jusqu'à la gêne, mais étrangement ça marche.
Il y a aussi un passage où Davros regarde sur un écran ce qu’il se passe et commente ce qu’il voit. Notamment après que les pilleurs de tombe/l’audience découvre ce qu’il se passe avec les corps :
DAVROS: Suddenly everyone sees and knows too much!
Les intrigues sont assez inégales, mais aucune n’est mauvaise. Je suis particulièrement fan des deux pilleurs de tombes, la fille et le médecin :
GRIGORY: You forget I'm a doctor. When they slice me open, I'll know the name and function of each organ that plops out.
NATASHA: Well, at least you won't die in ignorance.
Ce qui est assez cool aussi c’est vraiment que tu captes tout le scénario sans jamais que l’épisode n’en parle une seule fois. Le Docteur et Peri n'interagissent avec personne et on n’a qu’une maigre présentation de l’univers, mais tu comprends tout ce qu’il se trame dans les coulisses de ces pompes funèbres de l’espace.
Il y a quand même un sérieux problème dans l’épisode à mes yeux, ce qui fait que ma note n’est pas non plus incroyablissime, et que je trouve pour l’instant ce sérial surcoté : ça reste un joyeux bordel... où peu de choses se passent et où on s'ennuie limite à la fin.
Les Daleks et Davros apparaissent très vite et c’est cool, mais concrètement, tu n’as aucune info sur eux. Le fait qu’ils conduisent des expériences pour s’en servir pour faire des corps/nouveaux hybrides, c’est un concept top (très avant-guardiste sur la nouvelle série, qui tourne H24 autour du concept d'hybride humain, en saisons 1 3 7 9 11 12...). Mais vu que l’épisode applique limite “trop” à la lettre la règle du “Show don’t tell”, aucun personnage n’en parle et l’idée est juste à peine présentée pour l'instant.
C’est divertissant et rythmé, mais il y a quand même des passages où je ne comprenais rien au début. Le présentateur télé par exemple : c’était wtf la première fois, marrant la deuxième, et ça devenait répétitif la troisième. J’ai compris au fil de l’histoire que le but de cet institut était de figer les personnes (riches) dans un état d’hibernation avant la mort, et que ce présentateur est censé les divertir - mais c’est quand même super implicite. J’adore l’idée, toutefois, et comment le caractère méta du personnage nous associe à ces légumes végétatifs qui se divertissent avant de mourir.
Le fait que Peri et le Doc ne croisent presque personne en 45 minutes est aussi un problème de taille malgré l’écriture solide du reste.
Et finalement j’ai trouvé la partie de plus en plus chiante vers la fin. C’est quand même un épisode 95% exposition. Pour le format de cette saison, c’est le seul, je crois, où il se passe aussi peu en première partie.
Ça reste bien surtout car : Graeme Harper à la caméra, Saward à l’écriture, ce qui donne un script assez fin qui te fait comprendre les choses au lieu de te les dire, et qui permet ce genre de répliques :
DOCTOR: America doesn't have the monopoly on bad taste.
Mais l’épisode semble tout de même tout se réserver pour la seconde partie... qui ne répondra pas à toutes les attentes...
Il y a tout de même (enfin) une nouvelle idée super dans les cinq minutes finales. J’ai déjà cité le cliff où le Doc se fait écraser par une statue qui est assez bof, mais j’ai omis de dire que la statue représentait… le visage du Doc. Une idée totalement “The Face of Evil” mais ici avec plus d’enjeux car étant donné que c’est un monument de commémoration, le Docteur s’imagine donc arriver sur son lieu de mort. C’est ultra “Trenzalore” avec Matt Smith, comme idée. Même si à 99% de chances, c'est juste une fausse piste.
Une introduction assez engageante avec un bel épisode visuellement, à l'univers crédible et à la narration originale, un peu déroutante et qui fait confiance à l'audience pour suivre, mais ça paie dans l'ensemble. Le problème est qu'il ne se passe vraiment pas grand-chose de super significatif et qu'on commence à bâiller vers la fin, qui ne nous laisse pas avec une envie folle de voir ce qu'il va se passer puisque l'histoire n'a vraiment pas démarré. En termes de construction du scénar c'est donc assez branlant et la deuxième partie en paiera les frais.
